Bronzer seins nus.
La torpeur estivale écrasait la campagne, seules les cigales, infatigables, stridulaient sans relâche. Claire, la peau brillante d'huile solaire, somnolait sur son transat. Franck, sortant de la piscine, secoua ses cheveux au-dessus d'elle. Elle sursauta, protesta en riant :
— Franck ! Arrête, ça fait froid, espèce de pingouin !
Il lui planta un bisou mouillé dans le cou.
— Je crois bien que tu es prête pour quelque chose d'un peu plus... audacieux.
Un sourire dévoilait ses dents. Un sourire qu'elle ne connaissait que trop bien, celui qui annonçait des lubies aussi farfelues qu'irrésistibles.
— Tu veux dire que je dois encore me changer ? dit-elle, jouant une lassitude exagérée.
— Ce qui serait vraiment sexy, c'est te voir bronzer topless !
— Hein ? Tu veux que j'enlève le haut. Ici ?
— Pourquoi pas ? Tu es sublime et tu le fais bien à la plage !
Elle bougonna un peu, mordillant légèrement sa lèvre inférieure, un tic quand elle hésitait.
— C'est pas pareil à la plage. Là-bas, je suis juste une fille parmi d'autres. Ici... je vais être la seule nana à mater !
Sans répondre, Franck se redressa et fit un grand geste pour appeler Alain.
— Hé Alain ! Claire voudrait bronzer topless, ça ne te dérange pas ?
Elle manqua de s'étrangler.
— Tu es incorrigible, Franck !
Pris au dépourvu, Alain manqua de renverser sa citronnade.
— Euh... non ! Bien sûr que non, bafouilla-t-il.
Claire leva les yeux au ciel, jouant distraitement avec la bretelle de son bikini. « Allez, c'est les vacances, on se lâche un peu. »
— Bon, d'accord, capitula-t-elle, j'enlève le haut. Et, pas de commentaires libidineux messieurs, je vous ai à l'œil !
Franck porta la main à son front dans un salut militaire exagéré, un éclat de rire dans la voix.
— Promis, chef ! Juste une admiration silencieuse et respectueuse.
— À la santé de l'admiration respectueuse, confirma Alain en levant son verre, ses lunettes glissant sur son nez.
Elle dégrafa son bikini. Ses seins restèrent en place. « Pas besoin de soutien-gorge finalement », pensa-t-elle avec un petit sourire satisfait.
— Tu vois, ce n'était pas si difficile.
Elle lui tira la langue avec une petite moue boudeuse et s'allongea aussitôt sur le ventre. Les yeux fermés, s'efforçant de se perdre dans la quiétude ambiante. Le chant des cigales semblait amplifier le silence.
Alain tenta de reprendre sa lecture. « Que voulait vraiment Franck à la fin ? » Ils jouaient tous avec le feu, et lui, simple hôte, redoutait de devoir payer les pots cassés. « Carpe diem », se dit-il avec une pointe d'ironie, tournant une page qu'il ne lisait déjà plus.
Quelques minutes plus tard, Franck s'approcha de Claire, sa main effleurant doucement son dos.
— Tu devrais peut-être te retourner. Enfin... pour un bronzage uniforme, bien sûr.
Elle savait qu'il attendait ce moment. Elle l'avait fait languir exprès, savourant en secret le pouvoir qu'elle exerçait. « Il veut du spectacle ! Il va l'avoir... »
— Promets d'être sage, glissa-t-elle, taquine.
Savourant d'avance l'effet que ses gestes produiraient, elle attrapa la bouteille d'huile solaire, en fit couler généreusement sur sa poitrine et l'étala lentement. Ses mains semblaient caresser ses seins, tracer des cercles autour de ses tétons dressés.
Franck effleura ses lèvres d'un baiser.
— Regarde-le... Il te dévore des yeux.
— Tu crois ? répondit-elle, jouant l'ingénue avec un battement de cils.
— Il ne peut pas s'en empêcher. Je parie que si tu lui souris encore, il fait tomber son livre !
Elle lui envoya un baiser du bout des lèvres avant de s'étendre sur son transat, offerte au soleil
Franck s'assit près d'Alain et servit une nouvelle tournée de citronnade.
— Alors, la vue n'est-elle pas encore plus agréable maintenant ?
Il faillit avaler un glaçon.
— Van Gogh en aurait fait une toile.
Claire secoua la tête, amusée.
— Les garçons, vous êtes vraiment irrécupérables... Ce n'est tout de même pas la première fois que vous voyez une paire de nibards !
Un grondement lointain, suivi d'un nuage de poussière ocre, annonça l'arrivée d'une camionnette blanche siglée « Piscines Nouvelles ». Un homme en descendit, la trentaine bedonnante, une caisse à outils bringuebalant à son épaule.
— Bonjour, m'sieurs-dames, lança-t-il avec un accent chantant. J'viens pour le filtre de la piscine. Ça vous dérange pas, hein ?
Franck haussa les épaules.
— Je vous en prie. Faites comme chez vous.
L'employé – Jean-Claude, d'après le badge épinglé à sa chemise – posa sa caisse près du bassin, ses yeux s'égarèrent vite.
— Il fait chaud, hein, mademoiselle ? hasarda-t-il, tripotant nerveusement un chiffon.
Claire croisa son regard. Une semaine plus tôt, la seule idée d'être exposée à d'autres yeux que ceux de Franck l'aurait certainement mise mal à l'aise. Mais ici, dans l'écrin isolé de cette propriété, elle se découvrait des audaces insoupçonnées. Au lieu de se couvrir, elle se redressa, bombant légèrement la poitrine.
— Il faut bien profiter de l'été ! répondit-elle, d'une voix sucrée.
Jean-Claude rougit jusqu'aux oreilles.
— Euh... Ouais, c'est vrai que... qu'il fait chaud...
Une goutte de sueur roula entre ses seins, scintillant dans la lumière comme une perle de rosée.
— Alors vous devez souvent changer des filtres sous ce soleil ?
Jean-Claude faillit trébucher sur sa caisse, son chiffon tomba dans l'eau. Il jura entre ses dents, plongea le bras pour le récupérer.
— Faites attention quand même de ne pas tomber, taquina-t-elle.
Elle étouffa un rire léger, toujours surprise du pouvoir absurde qu'une paire de seins pouvait avoir sur les hommes.
Franck jouait nerveusement avec son verre.
— Le filtre, Jean-Claude. Concentrez-vous sur le filtre.
Sa voix un peu sèche trahissait une pointe de jalousie.
— Ouais, ouais, bredouilla l'homme.
Jean-Claude repartit, le bras trempé, emportant avec lui un vieux filtre et de nouveaux souvenirs. Franck servit une citronnade à Claire.
— Je vois que tu commences à te prendre au jeu !
— Tu me demandes de m'exposer et tu es jaloux d'un gars comme Jean-Claude, c'est quand même pas toujours évident de te suivre.
— C'est moi qui décide à qui je te montre. Et lui, il ne te méritait pas !
Les cigales reprirent leur chant. Claire commençait à s'assoupir. Elle sursauta, une goutte froide venait de tomber sur sa poitrine. Ouvrant les yeux, elle vit le glaçon dégoulinant entre les doigts de Franck.
— Tu fais quoi ! Tu veux que je fasse une crise cardiaque ?
— C'est scientifique. Juste une petite expérience.
Il traça des cercles glacés sur sa peau, ses tétons durcirent instantanément.
— Je teste si tu bronzes mieux avec un peu de... stimulation.
Elle lui lança un regard faussement outragé.
— Tu es insupportable ! Mais, moi aussi je peux jouer.
Elle attrapa le glaçon, l'approcha de sa bouche. Sa langue glissa dessus dans un geste délibérément suggestif. De l'autre côté de la piscine, Alain toussa pour s'éclaircir la gorge, et referma son livre avec un bruit sec.
— Je... vais chercher... une autre citronnade à la maison, marmonna-t-il, en s'éloignant précipitamment.
Franck éclata de rire, lança le glaçon dans l'herbe.
— Surtout mets bien de l'huile sur ta jolie poitrine, je compte bien l'utiliser plus tard ! précisa-t-il d'un ton égrillard.
La matinée s'écoulait entre jeux de séduction feutrés et audaces assumées. Frank observait, satisfait, Claire s'investir dans son rôle. Elle sortait de l'eau, s'étirait sur la chaise longue. Belle comme une statue antique elle s'exposait librement aux regards. Pourtant, c'était lui le marionnettiste, la main invisible qui dirigeait son monde.
Lorsque le Soleil atteignit son zénith, il proposa :
— Et si on déjeunait ? Alain, vous vous joignez à nous bien sûr.
Il accepta poliment.
Ils s'installèrent à l'ombre, Claire avait apporté une salade de tomates au thon. Les anecdotes et les éclats de rire s'enchaînaient sans effort.
— Je vais chercher une autre bouteille, annonça Alain en se levant.
Il disparut un instant dans la maison et revint avec une bouteille de rosé frais et une petite boîte en bois. À l'intérieur, un mélange de petites perles de verre multicolores et de vieilles pièces usées.
— Ce sont des perles de traite, expliqua-t-il. On en fabrique depuis l'Antiquité pour faire des bijoux ou du troc. Au Moyen Âge, les marchands vénitiens les échangeaient contre de l'huile d'olive ou du vin. J'en ai trouvé tout un lot près du ruisseau.
Il en déposa dans la paume de Claire. Ses doigts effleurèrent les siens. Elle fit tourner la petite perle dans la lumière. Le verre captait le soleil en éclats bleus et verts.
— C'est fou quand on y pense, reprit Alain, la voix plus songeuse. Une femme a probablement perdu son collier à cet endroit il y a six ou sept siècles, et aujourd'hui, c'est nous qui le retrouvons... Il sourit. La terre se souvient.
Il sortit ensuite une vieille pièce toute lisse.
— Celle-ci vient de l'ancienne mine de cuivre, un peu plus haut dans la colline. Si ça t'intéresse, je te la montrerai, Franck. Imagine :quelqu'un l'a laissée tomber, peut-être avait-il simplement un trou dans sa poche ou fuyait-il quelque chose. Chaque objet a une histoire, il suffit de savoir l'écouter.
— Tu as étudié l'histoire ? demanda Claire, fascinée.
Alain haussa les épaules.
— Un peu. J'ai même enseigné la littérature à Aix pendant quelques années. Une ombre passa sur son visage. Et puis la vie... J'étais jeune, je suis tombé amoureux, j'ai suivi une fille à Las Vegas, en Amérique... Et puis le temps a filé.
Un silence s'installa. Franck se pencha en avant, curieux malgré lui.
— Raconte-nous.
Alain eut un petit rire.
— Elle me disait souvent que je parlais trop. Mais puisque vous insistez...
Il désigna un abri en pierre qu'on apercevait près de la maison.
— Cette bergerie date du début du XIXe siècle. Elle était en ruine quand je me suis installé. J'ai mis presque trois ans à la reconstruire pierre par pierre, exactement comme elle était à l'origine.
Claire l'écoutait, captivée. La façon dont il parlait, sans se vanter, sans donner de leçon. Il partageait ses passions comme on offre un cadeau. Franck resservit du rosé, étrangement mal à l'aise. Lui, il savait parler affaires, foot ou voitures. Mais faire revivre le passé à partir d'un simple morceau de verre ou d'une vieille pièce… ça, c'était autre chose.
— Pourquoi tu l'as reconstruite ? Pourquoi c'était si important ?
— Parce que celui qui l'avait bâtie à l'époque y avait mis assez de cœur pour qu'elle tienne plus de cent cinquante ans. Il n'a même pas laissé son nom gravé sur une pierre. Peut-être qu'il ne savait pas écrire, ou que ça ne lui a pas semblé utile.
Il marqua une pause.
— Il savait simplement que faire les choses bien, ça compte. Alors, je ne sais pas pourquoi, mais je me suis senti obligé de respecter ça.
Claire sentit ses yeux picoter. Quelque chose dans la voix d'Alain la touchait profondément : ce respect tranquille pour le travail bien fait, son envie de préserver une culture oubliée. Sans s'en rendre compte, ses doigts caressaient les perles comme des talismans.
— Tu dois nous trouver terriblement ordinaires.
Alain plongea son regard dans le sien. Son sourire était doux, sincère.
— Ordinaires, vous deux ? Vous m'invitez à manger à votre table, Franck me sert un vin digne d'un roi. Quant à toi, tu redonnes vie à des perles qui n'ont pas été touchées par des mains de femme depuis des siècles. Non, il n'y a rien d'ordinaire à être vraiment présent… La plupart des gens ne le comprendront jamais.
Claire sentit quelque chose remuer dans sa poitrine. Ils se connaissaient à peine, mais la manière dont il prononçait son prénom, dont il la regardait. Sans jugement, sans lourdeur. Juste… comme s'il la voyait vraiment. Elle se sentait si comprise. Franck le ressentait aussi. Il s'était trompé sur cet homme. Alain ne courait ni après l'argent ni après la reconnaissance. Il respectait le passé et le travail des gens, même celui de simples bergers illettrés.
— Tu as tout fait tout seul ? demanda-t-il. Sans personne pour t'aider ?
— Oui, tout seul. La voix d'Alain était étrangement calme. Certaines choses ne se précipitent pas, ne se délèguent pas. Il faut sentir le poids de chaque pierre, comprendre comment elle veut reposer. C'est presque une méditation.
Franck s'éclaircit la gorge.
— On devrait refaire ça. La bergerie, le cercle de pierres... Tu vois, c'est le genre de truc où je pourrais donner un coup de main.
— J'en serais ravi, répondit Alain en commençant à ranger ses trésors. Je vais vous laisser profiter de votre journée.
— Merci pour tout, Alain. Votre accueil, votre gentillesse, dit Claire avec un sourire. Vous rendez ce séjour inoubliable.
— C'est moi qui devrais vous remercier, répondit-il. Vous illuminez cette maison.
Il s'inclina avant de s'éloigner.
Arrivé dans sa chambre, il s'effondra sur son fauteuil, une vieille photo à la main. Marie-France, vingt-cinq ans plus jeune sur l'image, riait d'une blague dont il ne se souvenait plus.
— Que dirais-tu ? demanda-t-il au sourire figé. Tu rirais de moi ou tu aurais pitié ?
Marie-France vivait sans s'excuser. Elle aimait nager nue sous la lune, lui faire l'amour sur l'herbe. Quand le cancer l'avait emportée, elle l'avait affronté avec la même fougue qu'elle avait toujours mise dans tout ce qu'elle entreprenait.
— Tu l'aimerais bien, dit-il. Elle a la même soif de vivre que tu avais.
Il crut voir une ombre dans la lumière, une silhouette transparente qui disait :
— Je l'aime bien en vérité, mais tu rêves mon vieux, elle est avec Franck.
Il écarquilla les yeux, mais il n'y avait que du vide.
Alain partit, Franck se pencha vers sa fiancée.
— Alors, comment te sens-tu... réellement ?
Elle réfléchit un instant, observa l'abri de pierre. Alain l'avait reconstruit, patiemment, pierre par pierre. Simplement parce qu'il pensait qu'il devait le faire.
— Il est... différent, murmura-t-elle. Tu l'as senti, toi aussi ?
Frank sourit. Il ne dit rien, mais il savait. Il l'enlaça, jeta un regard discret vers la maison d'Alain.
— Tu l'as vue repartir, il était tout raide.
Il imita une voix mécanique
— Monsieur robot rentre au bercail.
— Ne sois pas méchant, protesta-t-elle en riant. Il reste toujours un parfait gentleman.
— Tu es si belle, et tu vois le bien partout. C'est l'une des nombreuses qualités qui me fascinent chez toi.
Leurs lèvres se trouvèrent, puis s'unirent dans un baiser ardent.
— Tu veux vraiment que je retourne bronzer ? demanda-t-elle faussement innocente.
— Pas le temps, j'ai trop envie de toi !
Ils partirent en riant, main dans la main. Ils n'atteignirent pas la chambre. À peine la porte d'entrée franchie, dans une urgence brûlante, elle exigea la voix rauque :
— Prends-moi ici, debout.
Franck la plaqua violemment face contre le mur. Il ne prit même pas la peine de lui enlever son string. D'un geste brusque, il écarta la fine ficelle et s'enfonça en elle d'un seul coup de reins, lent et profond.
— Ah ! Franck... attends... doucement par là, souffla-t-elle, la joue écrasée contre le mur.
Ses mains écartaient ses fesses pour mieux la pénétrer. À chaque poussée, le crépi râpait ses seins, son ventre. Elle gémissait, mais cambrait davantage les reins.
— Putain... ça fait mal... murmura-t-elle entre deux halètements.
— Tu adores ça, grogna-t-il la voix rauque.
Ses coups de reins devinrent plus rapides, plus sauvages. Ses tétons raclaient le mur à chaque va-et-vient. La brûlure sur sa peau comme une réplique de la chaleur liquide qui montait entre ses cuisses. Ses ongles griffaient le crépi. Ses genoux tremblaient. Offerte et impuissante, elle gémissait tout en s'ouvrant davantage.
— Plus fort... finit-elle par supplier, la voix cassée.
Franck la pilonnait sans retenue. Le claquement humide de leurs corps résonnait dans l'entrée comme un étrange métronome. Claire jouit la première. Violemment. Le corps secoué de spasmes. Ses jambes ne la portaient plus, elle essayait de se retenir au mur. Dans un dernier coup de reins, Franck se déversait en elle avec un grognement animal, lui mordant l'épaule pour s'empêcher de crier.
Ils restèrent un long moment immobiles, le souffle court, corps contre corps. Curieusement, même dans cette brume de plaisir, Claire se demanda ce qu'Alain aurait exigé de plus. Alors, effaçant toute trace de pudeur, elle s'agenouilla et offrit sa bouche, léchant leur plaisir mêlé. Un hommage humiliant et libérateur.
Frank glissa les doigts dans ses cheveux, la regardant avec un sourire satisfait.
— Tu sais que j'adore quand tu deviens une sale petite vicieuse...
Claire ne répondit pas. Sa bouche s'affairait encore, les yeux mi-clos elle savourait le goût salé qui lui tapissant la langue.
La Naïade dévoilée
Après son jogging, Claire avait pris une douche et avalé un café à la hâte. Une serviette sur l'épaule, elle se dirigeait vers la piscine, bien décidée à bronzer jusqu'à midi. Franck l'intercepta.
— Je pense que tu es prête pour la suite.
Elle le regarda en plissant les yeux, sans trop comprendre où il voulait en venir. Il glissa un doigt sous la fine lanière de son string.
— Terminé le maillot. Maintenant tu te baignes toute nue !
Elle eut l'impression de recevoir une douche froide, un petit rire nerveux lui échappa.
— Toute nue ? Franck, mais... c'est un peu...
Il haussa les épaules, l'air détendu.
— Ce n'est pas aussi bizarre que ça. Avant-hier, tu hésitais à bronzer seins nus, et maintenant, tu n'y penses même plus.
Elle ouvrit la bouche pour protester, mais aucun son ne sortit. Son ton était si désinvolte, tellement à l'opposé de l'audace de sa demande. Son esprit tentait d'assimiler ce qu'il venait de lui demander.
— Imagine. Juste toi, l'eau, et rien d'autre. Tu sais bien que tu en as envie au fond.
— Je ne sais pas ! C'est... c'est vraiment différent, tu sais ?
Un sourire un peu crispé aux lèvres, elle tripotait nerveusement sa serviette. Oui, c'était un fantasme dont elle avait parlé. Mais en parler sous la couette, c'était une chose, le réaliser, c'en était une autre. Sa voix hachée trahissait son stress.
— Et si Jean-Claude revenait !
Une ombre de doute effleura Franck, puis il haussa à nouveau les épaules. Après tout, c'était son jeu et il en dictait les règles.
— Ça ne lui gâchera pas la vue.
Il marqua une pause en ricanant.
— Par contre, il risque de tomber et de se noyer dans la piscine.
Il couvrit sa main de baisers, lui donnant l'illusion du choix tout en la guidant.
— Je ne te forcerai jamais. Mais, je te connais. Je vois bien cette étincelle dans tes yeux quand tu oses. D'ailleurs, tu crois encore hésiter, mais regarde-toi : ton corps lui, a déjà choisi !
Elle baissa les yeux. Les pointes turgescentes de ses seins saillaient, dures comme du bois, révélant une vérité qu'elle ne pouvait nier. Elle indiqua Alain d'un mouvement discret du menton.
— Et Alain ? balbutia-t-elle, presque dans un souffle. Il va me voir...
— Et alors ? Tu apportes de la joie à un vieil homme. C'est un geste charitable en somme. Arrête de réfléchir, profite, lâche prise.
— Tu es incurable, Franck, il faut vraiment que la médecine s'intéresse à ton cas.
Il haussa les sourcils, son sourire plus charmeur encore. Il déposa un baiser léger sur son épaule.
— Je sais. Et c'est pour ça que tu m'aimes.
L'idée de s'exposer complètement, de s'offrir sans rempart, était aussi terrifiante que délicieusement excitante. Mais, cela restait un grand pas.
— Je te promets d'y penser, Franck.
Elle plongea, laissant derrière elle ses doutes et les murmures des hommes. Elle resta longtemps sous l'eau. Lorsqu'elle refit surface, elle se laissa flotter, le regard perdu dans l'immensité bleue. Elle était parfaitement consciente que son string, ce dernier rempart dérisoire, ne cachait plus grand-chose. « Après tout, pourquoi pas ? Il n'y a que Franck et Alain ici... » Des vaguelettes léchaient son visage. Une chanson de Gainsbourg lui revint : « Tu es la vague. Moi l'île nue. » Et là, dans le silence aquatique, une certitude jaillit, limpide.
Elle se hissa sur la margelle, essora ses cheveux comme pour retarder encore un peu sa décision. Un craquement dans les buissons la fit sursauter. Rien, sans doute un oiseau ou un écureuil. D'un geste lent, presque cérémoniel, elle accrocha l'élastique de son string. Ses doigts tremblaient légèrement. « Allez, c'est maintenant. » Le tissu tomba au sol dans un soupir mouillé qui lui sembla résonner comme un gong. L'instant parut s'étirer à l'infini ; même les cigales s'étaient tues. Elle releva le menton, mains sur les hanches, défiant le soleil et le regard des hommes.
Alain leva la tête, surpris. Son livre lui glissa des genoux. Pour Claire, ce fut comme un déclic, une déferlante de désir la balaya. Ce geste d'abandon total avait libéré une part d'elle-même, une révélation, un pas vers une liberté nouvelle.
— Alors messieurs, satisfaits ? lança-t-elle.
Alain, héroïque de sang-froid, retira ses lunettes, essuya une goutte de sueur.
— Vous êtes une véritable naïade, Claire. Cet endroit vous va à merveille, l'eau semble être votre élément.
Elle sourit, touchée par le compliment.
— Merci Alain, c'est adorable.
Franck l'observait, un artiste devant son chef-d'œuvre.
— Tu es magnifique.
Des mots si simples, et pourtant ils résonnèrent en elle avec une force étrange. Elle devenait le centre de leurs regards, l'objet de leurs envies. Encore toute frémissante de son audace, elle replongea. Sirène retournant en son royaume aquatique.
Alain posa une main sur l'épaule de Franck.
— Pour fêter ça, je vais chercher une bonne bouteille à la cave, l'instant mérite mieux qu'un simple rosé.
Il revint, et déboucha une bouteille poussiéreuse.
— Tu vas goûter ça, Franck. Un Cabernet vieille vigne, cinq ans d'âge.
Franck fit mine d'apprécier. Au fond, il préférait la bière, il buvait du vin surtout pour montrer qu'il en avait les moyens.
— Votre famille est installée ici depuis longtemps ? demanda-t-il.
Alain pencha la tête, l'air pensif.
— Mon arrière-grand-père a acheté le domaine en mille neuf cent vingt-trois. Il pensait faire une affaire après le krach. Mais à la vérité, vous n'imaginez pas ce que coûte l'entretien d'un endroit pareil.
Mille neuf cent vingt-trois..., pensa Franck. L'année où son arrière-grand-père arrivait de Pologne avec sept francs en poche et une valise en carton.
Alain le regarda par-dessus son verre.
— Vous avez bien réussi, Franck. Claire m'a dit que vous aviez créé votre entreprise à partir de rien.
— En gros, oui. J'ai bossé sur les chantiers pour payer mes études. J'ai plus appris là-bas que dans les salles de cours.
Alain leva son verre.
— Félicitations. Je dois avouer que je n'aurais pas tenu une journée à votre place. J'ai hérité de cette maison. Je n'ai jamais eu vraiment à faire mes preuves.
Il y avait dans sa voix quelque chose d'ambigu ; du respect ou de la condescendance ? Franck n'aurait su le dire.
Le regard d'Alain se posa sur Claire, qui sortait de la piscine.
— Et vous avez une femme remarquable. Vous êtes un homme chanceux, Franck.
Claire s'approcha d'eux, les cheveux ruisselants collés à ses épaules. Elle attrapa une serviette, mais ne s'enroula pas dedans. Elle s'essuya, d'abord le visage, puis le corps, chaque geste déroulé comme une chorégraphie, une ode muette à sa liberté. Elle était fière. Fière d'avoir osé. Avec une urgence fiévreuse, elle se blottit contre Franck, capturant ses lèvres dans un baiser passionné. Auraient-ils été seuls, elle lui aurait fait l'amour, là, tout de suite, sur la table de jardin.
— Alain nous offre l'apéritif, dit Franck en désignant la bouteille de Cabernet.
— Je vais chercher des amuse-bouches, répondit-elle.
Elle voulut attraper sa serviette au passage. Franck arrêta son geste.
— Pas besoin, reste comme ça !
Un picotement lui hérissa la nuque. C'était un ordre, déguisé en caresse. L'idée se répandit en elle, troublante comme une goutte d'encre dans l'eau. Elle essayait de paraître détendue malgré l'adrénaline qui bouillonnait dans ses veines. « S'il le veut, je peux le faire. »
— D'accord Franck... Si tu veux.
Elle abandonna la serviette sur le dossier de la chaise. Alain observait en silence, les doigts crispés sur son verre, envoûté par une convoitise qu'il ne pouvait plus dissimuler. Elle traversa la terrasse avec la souplesse d'une panthère. Son reflet dans la baie vitrée renvoyait l'image d'une femme qu'elle reconnaissait à peine : une nouvelle Claire, plus audacieuse, plus sauvage. Les hommes discutaient entre eux, trop bas pour qu'elle puisse entendre, mais elle savait leurs attentions rivées sur elle, des caresses invisibles qu'elle accueillait avec délice.
— Alors Alain, ton parc doit te sembler encore plus beau maintenant, non ? lança Franck en trinquant.
Alain acquiesça, encore un peu perdu, mais incapable de nier l'excitation qui montait en lui.
La fraîcheur de l'intérieur accentua encore la conscience de sa nudité. Elle ouvrit le réfrigérateur, en sortit un plateau préparé plus tôt. Olives marinées, fromage frais, tranches de melon et de jambon cru. À son retour, Alain détourna le regard par politesse contrainte. Son bras frôla par accident la hanche de Claire lorsqu'elle déposa le plateau. Une décharge électrique qui le fit sursauter. Son verre tomba, se brisant sur la table.
— Alain, vous devriez investir dans des verres incassables ! taquina-t-elle, épongeant les dégâts avec un sourire espiègle.
Il rit, un peu gêné.
— Vous êtes une inspiration, Claire. Votre joie de vivre est contagieuse.
Elle s'assit, s'interdisant de croiser les jambes, défiant les réflexes de pudeur qui s'agitaient encore en elle. Franck observait, triomphant.
— Tu vois, tout est plus simple quand tu arrêtes de te prendre la tête ! Fais ce que je te dis, fais-moi confiance...
Le moment paraissait irréel. La lumière douce, filtrée par le feuillage, le tintement subtil des verres, le bruissement léger du vent, et elle, nue, au centre de cette scène. Elle tendit à Alain un nouveau verre de vin. Leurs doigts se frôlèrent, il manqua de le renverser. Claire, joueuse, lui adressa un large sourire.
— Un rien vous déconcentre, Alain !
Il leva son verre et trinqua. Un sourire sincère éclairait son visage. Franck se resservit et posa tranquillement sa main sur la cuisse de Claire.
— Tout est parfait maintenant.
L'apéritif s'écoulait dans une convivialité fluide, emplie de rire et de complicité. La conversation glissa vers des sujets légers : le charme de la campagne, les recettes locales, des bribes de souvenirs.
— C'est fou comme tout semble différent ici, confia Claire. Le temps s'écoule à un autre rythme.
Alain acquiesça, une touche de mélancolie dans la voix.
— La ville a ses charmes, mais rien ne peut rivaliser avec cette paix.
Franck soupira.
— Je crois que nous avions besoin de cette parenthèse. Se recentrer, prendre le temps de vivre.
— Et se découvrir vraiment, ajouta Claire sur un ton joueur.
Claire se leva, sa silhouette dorée captait la lumière.
— J'avais préparé une salade de maïs, je vais la chercher.
— J'adore les marques de la chaise sur tes fesses, lança Franck d'un ton grivois.
Après déjeuner, tandis que Franck et Alain débarrassaient la table, Claire s'éclipsa vers l'ombre d'un vieux figuier. Elle s'adossa au tronc, l'écorce rugueuse griffait ses fesses. Le bourdonnement des insectes et l'odeur douce des figues mûres enveloppaient ses sens.
À travers la fenêtre, elle aperçut Franck. Ses boucles brunes dansaient sur son front, ses gestes larges et assurés. Il avait cette aisance, cette autorité naturelle, cette manière de remplir l'espace qui la fascinait toujours.
Alain, plus posé, ses mouvements mesurés, essuyait un verre. Que voyait-il en elle ? Un instant, elle pensa à fuir, à enfiler un vieux short et redevenir la Claire d'avant. Celle qui ne jouait pas avec le feu, qui ne se laissait pas dévorer par des regards étrangers. Pourtant, quelque chose en elle s'éveillait, quelque chose de sauvage, de primal. Quelque chose qui n'accepterait pas de revêtir la tenue d'une gentille secrétaire. Sans qu'elle en soit vraiment consciente, sa main droite glissa entre ses cuisses, son dos frottait contre l'écorce rugueuse. Cette sensation d'être convoitée. Cette façon dont leurs yeux s'attardaient sur elle, la sculptant dans une lumière qu'elle n'aurait jamais osé réclamer. C'était comme une drogue. C'était à la fois exaltant et terrifiant.
Un bruit de verre brisé la tira de sa rêverie. Franck riait, ramassant les éclats tandis qu'Alain secouait la tête l'air désolé. Elle les rejoignit, les apostrophant avec une voix faussement courroucée :
— Mon Dieu, les garçons ! Je ne peux vraiment pas vous laisser seuls cinq minutes !
La nuit était tombée depuis longtemps. L'air restait étouffant. Claire n'arrivait pas à dormir. Elle se glissa hors du lit, prenant soin de ne pas réveiller Franck étendu sur les draps, ronflant doucement. À pas feutrés, elle ouvrit la porte-fenêtre. La pleine lune transformait la piscine en une nappe d'argent. Un pas silencieux, puis un autre, et elle entra dans l'eau. Elle flottait les bras écartés, le regard perdu dans la myriade d'étoiles.
Un gros plouf rompit le silence. Franck avait plongé, nu lui aussi. Le clair de lune sculptait ses épaules. Elle sourit, lui tendit la main.
— Viens.
Ils se retrouvèrent, leurs corps s'effleurant, s'enlaçant. Dans l'obscurité, leurs soupirs semblaient plus forts, leurs regards plus intenses. Franck la saisit par les hanches, la poussa dos contre le bord. L'eau claquait autour d'eux. Ses mains exploraient chaque courbe, chaque rondeur de son corps comme s'il le découvrait pour la première fois.
— Putain, tu aimes ça, hein ? Être nue, offerte, regardée... murmura-t-il contre son oreille, la voix rauque.
Elle n'eut pas le temps de répondre. Ses mains fermes lui écartèrent les cuisses. D'un coup de reins puissant, il s'enfonça en elle. Elle étouffa un cri. Ses ongles s'enfoncèrent dans ses épaules. Il ne ralentit pas. La pierre de la margelle rappait son dos.
— Dis-le, grogna-t-il. Dis que tu aimes être nue comme ça... que tu bandes rien qu'à l'idée qu'on te voie.
— Oui... haleta-t-elle toute honte bue. J'aime ça...
Il accéléra. L'eau giclait autour d'eux. Ses seins jaillissaient à chaque coup de reins avant de replonger. Elle sentit l'orgasme monter, violent, presque douloureux. Elle jouit en criant son nom, corps secoué de spasmes, tête rejetée en arrière. Franck la suivit quelques secondes plus tard. Il se déversa en elle avec un râle sourd, front contre le sien.
Ils restèrent un long moment collés, souffle court, corps encore unis. Puis il lui mordilla le lobe de l'oreille.
— Tu sais... C'est la première fois que je te fais l'amour dans l'eau.
Plus tard, enlacés sur les marches, à moitié dans l'eau, à moitié hors de l'eau, elle prit sa main. Ils restèrent là, quelque temps les doigts entrelacés. Dans son demi-sommeil, elle ne savait plus si les regards qu'elle sentait étaient réels ou imaginaires. Peut-être que ça n'avait plus d'importance finalement.
À l'étage, derrière des volets clos, les lumières éteintes, Alain restait éveillé.
Il regardait.
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