Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La Ligne blanche — Chapitre 1 · Ce qu'elle ne devait pas voir
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La Ligne blanche
Chapitre 1 · Ce qu'elle ne devait pas voir
Le samedi sent toujours la même chose au club : la résine de cordage, le caoutchouc des semelles neuves, et cette légère odeur de chlore, presque clinique, qui monte des vestiaires. Audrey aime ça. Elle aime ces samedis qui se ressemblent tous, entre copines dans le milieu de la quarantaine. Le rituel de la partie de tennis suivi du sauna, les rires avec Émilie et Céline, cette parenthèse hebdomadaire qui lui appartient, une bulle de respectabilité et de légèreté.
Elles ont joué deux sets et demi, Emma et elle contre Émilie et Céline. Emma a bien joué, elle joue toujours bien, précise, appliquée, un peu trop sérieuse parfois, comme dans tout ce qu'elle fait. Audrey la regarde avec une tendresse presque maternelle. La fille d'Émilie. Vingt-deux ans, des études de droit qui l'absorbent complètement, peu de vie sociale selon sa mère qui s'en inquiète parfois à voix basse. *Tu crois qu'elle voit des garçons ?* avait demandé Émilie une après-midi au sauna, sincèrement perplexe. *Parfois je me demande si elle n'est pas encore…* Elle n'avait pas fini sa phrase, l'ambiguïté était là, flottant dans la vapeur, mais elles avaient toutes compris.
Emma. Réservée. Timide, presque. Une jeune femme d'une sagesse et d'une innocence qui semblent presque irréelles.
Audrey sourit intérieurement en ramassant sa raquette, noue sa veste autour de sa taille et se dirige vers les vestiaires. Émilie et Céline sont déjà sous la douche. La routine : douche rapide, puis le sauna, toutes les quatre, vingt minutes à transpirer ensemble en refaisant le monde, puis chacune chez soi avec cette légèreté des corps bien dépensés. Cependant, depuis trois semaines, Emma s'éclipse après la partie de tennis, et elle ne réapparaît qu'au moment de rentrer.
C'est en sortant des vestiaires qu'elle les voit.
Emma et Björn, au bout du couloir principal, à une trentaine de mètres. Ils parlent. Enfin, Emma parle, elle est légèrement penchée vers lui, la tête levée parce qu'il la dépasse d'une bonne tête et demie, les bras croisés sur la poitrine dans cette posture fermée qu'elle a toujours en public. Et lui, ce géant blond, il l'écoute, les mains dans les poches, un sourire presque imperceptible sur les lèvres.
Audrey s'arrête.
Il n'y a rien d'extraordinaire là-dedans. Björn est l'homme à tout faire du club, il parle à tout le monde. Cela fait partie de son travail. Deux ans qu'il est là, venu de Suède après des études d'architecture qu'il a finalement abandonnées, content d'avoir un travail en attendant de savoir ce qu'il veut vraiment faire de sa vie. Très gentil, toujours disponible, un peu bourru parfois mais jamais désagréable. Les trois amies ont l'habitude de plaisanter sur lui entre elles : *quel gaillard ce Björn* avec cet humour de femmes qui ont passé la quarantaine et peuvent se permettre de regarder un homme de vingt-sept ans, sans complexe et avec une pointe d'envie plus ou moins assumée.
Mais là, quelque chose accroche le regard d'Audrey. Pas ce qu'ils font. La façon dont Emma se tient. Cette tension dans ses épaules. Ce sourire qu'elle esquisse, différent de son sourire habituel, moins poli, plus… personnel.
Audrey fait un pas en avant. Emma et Björn ont disparu.
Elle fronce les sourcils. Disparu où ? Elle était là deux secondes plus tôt. Audrey avance dans le couloir, regarde à gauche, à droite. Il n'y a qu'une direction possible : le fond du corridor, là où les portes portent des panneaux *Accès interdit au public* et *Zone technique*. Audrey s'arrête à l'entrée de ce couloir secondaire. Elle n'a aucune raison valable d'y aller.
Elle y va quand même, simplement curieuse des absences d'Emma ces dernières semaines.
Le couloir est moins bien éclairé, les néons bourdonnent légèrement. Ça sent le caoutchouc brûlé et quelque chose de métallique. Audrey avance, ses semelles de tennis presque silencieuses sur le carrelage. Il y a trois portes. Les deux premières sont ouvertes, une réserve de matériel, des filets empilés, des chariots de balles. La troisième est fermée.
Audrey s'arrête devant elle. Aucun bruit. Elle attend. Elle se sent légèrement ridicule, plantée là dans son équipement de tennis comme une gamine qui joue à l'espionne. Sans plus y penser, elle tourne les talons pour rejoindre les autres dans le sauna.
Et là, un son.
Faible. Étouffé par la porte. Pas un bruit de voix, pas un rire. Quelque chose d'autre. Audrey ne bouge plus. Elle attend encore. Le son recommence. Plus long cette fois. Sa main se pose sur la poignée sans qu'elle ait vraiment décidé de le faire.
La porte n'est pas fermée à clef.
Le local est grand. Bien plus grand qu'elle ne l'imaginait : une salle entière derrière cette porte, encombrée de cartons, d'armoires métalliques, de matériel de maintenance empilé sans logique apparente. Il y a une odeur de poussière, d'huile de machine. Au fond, le grondement sourd de ce qui ressemble à un système de ventilation ou de chauffage, une vibration basse et constante, comme le pouls d'un organisme vivant.
Elle entre. Elle referme la porte derrière elle, presque sans bruit. Le claquement étouffé résonne quand même dans le silence. Entre les piles de cartons, elle ne voit rien encore. Mais les sons, maintenant, ne laissent plus de place au doute. Une voix d'homme. Une voix de femme. Pas un éclat. Pas une dispute. Un dialogue, tendu, chargé, le genre de voix qu'on n'utilise qu'entre quatre murs.
Audrey se déplace latéralement, les épaules effleurant la poussière des étagères, chaque pas posé avec précision. Elle longe une rangée d'armoires aux portes grillagées, contourne un rack de raquettes entassées. Son cœur bat un peu trop vite sans qu'elle sache vraiment pourquoi. Elle ne réfléchit pas à ce qu'elle fait, elle suit quelque chose d'instinctif, d'animal, ce besoin de voir qui précède toute pensée rationnelle et qui, elle le sait déjà, la rendra complice de ce qu'elle va trouver.
Elle les trouve dans un espace dégagé au centre du local, entre un monte-charge métallique et une pile de couvertures roulées. La lumière crue et blafarde des néons s'abat sur eux comme un scalpel, elle découpe les corps et ne laisse rien dans le flou.
Emma est debout face à Björn, immobile, baignée dans cette clarté qui fait luire sa peau comme du marbre poli. Ses longs cheveux bruns, habituellement disciplinés en une queue-de-cheval stricte, s'échappent en mèches folles collées à sa nuque par une sueur fine, résidu du match. Lui occupe l'espace avec une présence imposante, presque monumentale. Deux mètres cinq. Cent kilos. Une masse dense et tranquille, épaules larges comme un cadre de porte, bras épais qui pendent le long du corps avec une décontraction qui n'appartient qu'aux gens qui savent exactement ce qu'ils sont capables de faire. Sa posture n'a rien de menaçant, il est comme une ancre, une force tranquille autour de laquelle l'énergie d'Emma gravite.
— Tu es revenue, Emma. Ta mère et tes partenaires de jeu vont finir par se demander où tu passes tout ton temps après les matchs.
Sa voix est une basse profonde, une vibration qui descend plus qu'elle ne monte, qui semble traverser les murs et résonner jusque dans la poitrine d'Audrey. Il n'y a pas de reproche dans son ton. Juste une constatation calme.
— Peut-être, répond Emma d'une voix qui ne tremble pas. Mais elles ne vont pas venir me chercher ici de toutes façons. Tu peux continuer à jouir de moi comme tu veux.
Audrey croit avoir mal entendu. Emma. La petite Emma si sage et réservée, qui passe ses week-ends à réviser ses cours de droit, la fille d'Émilie. Émilie qui lui confie ses doutes sur la vie affective de sa fille, qui s'inquiète qu'elle ne profite pas assez de sa jeunesse. L'audace de ses mots, la certitude dans sa voix, créent un contraste violent avec cette image, comme si deux personnes occupaient le même corps.
— Tu es déjà si sûre de toi, murmure Björn en faisant un pas vers elle. Tu trembles pourtant. Est-ce la peur… ou l'envie ?
Emma soutient son regard. Sous la lumière des néons, ses yeux brillent d'une détermination franche, une lueur qui n'a rien de sa timidité habituelle, quelque chose de plus nu.
— Pourquoi aurais-je peur ? Je sais très bien pourquoi je suis là. Et toi aussi.
— Vraiment ?
— Vraiment ?
Björn s'approche encore, envahissant son espace sans la toucher, sa seule présence suffisant à réduire le monde d'Emma à ce carré de béton nu. Il continue :
— Je veux que tu me le dises. Je veux que tu admettes que ce n'est pas l'étude du droit qui t'occupe l'esprit. Je veux que tu me dises ce à quoi tu penses, ce que tu viens chercher ici, dans ce local, avec moi.
Audrey sent son cœur s'accélérer dans sa poitrine. Sans y réfléchir, elle sort son téléphone de sa poche. L'écran s'allume, un rectangle de lumière froide dans l'obscurité des rangées de cartons. Elle commence à filmer. Elle zoome sur le visage d'Emma, captant chaque expression. Elle voit la tension dans la mâchoire de la jeune femme, la dilatation de ses pupilles, le mouvement imperceptible de sa gorge quand elle déglutit.
Emma semble secouée par une tension interne. Elle ne répond pas tout de suite. Elle regarde le sol, puis elle lève les yeux vers Björn. Son visage, sous la lumière impitoyable des néons, est d'une vulnérabilité totale : les traits ouverts, la peau qui rougit légèrement aux pommettes. Et en même temps, il y a de la détermination dans son regard, une lueur qui n'appartient pas à la fille sage qu'elle prétend être.
— Je n'attends que ça toute la semaine.
Sa voix est plus basse maintenant, chargée d'une honnêteté crue qui n'a plus rien à voir avec le tennis ni avec le droit.
— J'y pense tous les jours. Chaque soir dans mon lit.
Elle marque un temps, comme si elle livrait quelque chose d'irréversible.
— Je viens pour m'offrir. Je viens pour ton plaisir. Je viens pour… jouir.
L'aveu est lâché, pur, sans aucune honte. Audrey ne respire plus.
— Montre-moi, ordonne Björn.
Le ton n'est plus une question, c'est une direction, courte et précise, qui tombe comme un fait.
— Relève ta jupe. Jusqu'à tes hanches.
Audrey sent ses doigts trembler sur l'écran de son téléphone. Emma obéit avec une grâce qui n'a rien de la maladresse d'une débutante. Ses mains remontent lentement le long de sa jupe de tennis, des mains fines, aux ongles soignés, qui glissent sur le tissu blanc avec une délibération presque cérémonielle. La peau de ses cuisses se dévoile progressivement, ferme, lisse, illuminée par une lumière qui ne cache rien. Elle remonte la jupe jusqu'à la taille, exposant son intimité encore protégée par une culotte en coton blanc, sa blancheur presque provocante contre la grisaille poussiéreuse du sol.
— Enlève-la.
Emma semble presque hypnotisée par le regard de Björn. Elle retire le sous-vêtement avec une lenteur délibérée, un mouvement fluide, maîtrisé, qui dit clairement qu'elle est pleinement maîtresse de son désir même quand elle obéit. L'étoffe glisse le long de ses jambes et Emma l'envoie valser d'un geste de la cheville. Elle atterrit sur le sol, petite tache blanche abandonnée entre les cartons, un détail qui, pour une raison qu'Audrey ne s'explique pas, lui serre la gorge.
Emma est là, debout, sa jupe roulée sur les hanches, son top de sport moulant sa poitrine qui se soulève déjà au rythme d'une respiration trop rapide pour être calme.
— Avance vers le monte-charge. Tourne-toi. Dos à moi. Pose tes mains sur la colonne métallique. Cambre-toi, Emma. Offre-toi à moi.
Audrey observe, stupéfaite, tandis que la jeune fille soi-disant sage et parfaite s'exécute avec une dévotion presque religieuse. Emma se tourne vers le métal froid et rugueux du monte-charge. Elle y pose ses mains à plat, ses doigts fins s'agrippant au bord comme si elle cherchait une prise, quelque chose de solide auquel se tenir avant que tout vacille. Elle creuse le dos. Sa cambrure est marquée, ses hanches projetées en arrière, la ligne de sa colonne vertébrale formant une courbe tendue, une offrande géométrique, précise, assumée.
Le contraste est d'une beauté brute. La silhouette menue et délicate d'Emma, avec son mètre soixante, sa peau lisse qui se tend sur les os de ses hanches, face à la masse musculaire de Björn qui s'approche. Il se déshabille avec une efficacité tranquille, pas de mise en scène, pas de lenteur calculée, juste des gestes directs qui disent que cet homme n'a jamais eu besoin de théâtre. Lorsqu'il se tient nu derrière elle, Audrey ne peut pas ne pas regarder. Son sexe est proportionné à sa taille : épais, long, veiné sur toute sa longueur, d'une dimension qui n'a rien d'extraordinaire sur un corps comme le sien, mais qui, comparée à tout ce qu'Audrey peut convoquer dans son imagination en cet instant, est intimidante. Elle le regarde. Elle ne peut pas s'en empêcher.
Björn pose ses mains massives sur les hanches d'Emma. Ses doigts de géant s'enfoncent légèrement dans la chair ferme. Puis sa main glisse entre les cuisses d'Emma, lente, méthodique, comme une vérification de principe.
— Tu es déjà tellement trempée que je n'ai même pas besoin de te préparer, murmure-t-il contre sa nuque, sa voix si basse qu'Audrey doit retenir sa propre respiration pour l'entendre.
— Déjà pendant le match… j'avais du mal à me concentrer.
— Déjà pendant le match… j'avais du mal à me concentrer.
Emma parle, la voix légèrement étouffée.
— Je pensais seulement à ça. À ce moment. À ce que tu allais me faire.
— Et qu'est-ce que je vais te faire, Emma ?
— Et qu'est-ce que je vais te faire, Emma ?
Un silence. Emma déglutit.
— Tu vas… me remplir. Sa voix se brise légèrement sur le dernier mot. Ça fait une semaine que j'attends ça. Je veux que tu me remplisses. Je veux sentir chaque centimètre de toi en moi.
— Tu crois que ton corps peut tout prendre ?
— Tu crois que ton corps peut tout prendre ?
Un temps. Emma appuie son front contre le métal.
— Tu m'as déjà remplie… J'ai encore envie. J'ai besoin de te sentir en moi.
— Alors ne bouge pas.
— Alors ne bouge pas.
Court. Précis. Une direction, pas une question.
Le silence du local n'est plus rompu que par le vrombissement sourd des machines et la respiration d'Emma, audible, régulière, comme quelqu'un qui se prépare à quelque chose d'irréversible.
Puis l'impact est immédiat. Björn la pénètre d'un coup puissant, direct, sans hésitation, en s'arrêtant à mi-chemin. Emma pousse un son, ni un cri ni une plainte, quelque chose entre les deux, un son pur et involontaire arraché du plus profond d'elle, qui résonne dans le local comme une note unique.
— Björn… attends… c'est…
— Respire.
— Respire.
Elle respire. Ses doigts blanchissent sur le métal.
— Ouvre-toi plus.
Emma écarte légèrement les pieds sur le sol, ajuste la position de ses hanches. Audrey voit sa peau se tendre sur les côtes, voit le tremblement dans ses cuisses. Björn avance encore. Le son qu'émet Emma cette fois est différent, plus long, plus bas, comme une acceptation.
— Björn… tu me remplis… entièrement… je sens tout…
— Tout ?
— Tout.
— Tout ?
— Tout.
Elle laisse échapper un souffle tremblant.
— C'est… c'est presque trop… mais je veux tout.
Björn reste immobile un instant, laissant le corps d'Emma s'adapter, s'ajuster à lui. Puis le rythme s'installe : méthodique, puissant, implacable. Chaque coup de reins fait basculer le corps d'Emma contre le métal froid du monte-charge. À chaque poussée, ses pieds se soulèvent légèrement du sol, son corps propulsé vers l'avant, retenu seulement par ses propres mains sur le métal rugueux, les ongles cherchant une prise. Le contraste est saisissant : la chaleur vibrante de leurs corps qui s'entrechoquent contre la froideur rigide et indifférente de la machine.
Le bruit est organique. Un claquement sourd de chair contre chair qui résonne dans le local avec une clarté presque indécente. Le grondement des machines couvre les sons vers l'extérieur, mais ici, à l'intérieur, Audrey entend tout. Le frottement des ongles d'Emma sur le métal. Le souffle court qui s'échappe entre ses lèvres à chaque impact. Le son mouillé et chaud que font leurs corps : un son qui décrit à lui seul ce que les yeux n'ont pas besoin de confirmer.
Audrey filme, le souffle bloqué. Elle voit la sueur perler dans le creux du dos d'Emma, couler le long de sa colonne vertébrale comme du vernis sur de la porcelaine. Elle voit le contraste entre les mains fines de la jeune femme et les mains puissantes de Björn qui encadrent ses hanches comme s'il tenait quelque chose de précieux qu'il saisit quand même. Elle voit la façon dont Emma participe activement, propulsant ses hanches en arrière à chaque poussée, cherchant la profondeur maximale avec une avidité qui n'a plus rien de la retenue habituelle de la jeune fille innocente.
À quarante-quatre ans, Audrey regarde le corps de vingt-deux ans d'Emma s'offrir ainsi. Et ce qu'elle ressent n'est pas simple. Il y a de la jalousie dedans, cette jalousie féroce et précise face à la jeunesse insolente d'une chair qui n'a pas encore appris à se surveiller, qui s'offre sans calcul, sans peur des conséquences. Mais il y a aussi autre chose, quelque chose de plus trouble : une envie de possession. Pas de Björn. D'Emma. L'envie de comprendre comment elle est arrivée là, de démêler si c'est de l'inconscience ou de la maîtrise. Elle se dit qu'elle voudrait la diriger elle aussi, et l'ambiguïté de cette pensée la dérange autant qu'elle l'excite.
— Björn… tu me remplis si bien… regarde comme tu m'ouvres… prends-moi complètement…
Sa voix est maintenant décousue, les phrases s'effilochent en fragments, comme si le plaisir démantelait sa syntaxe.
Björn resserre les mains sur ses hanches, enfonce ses doigts dans la chair, sur son corps les marques sont roses, précises, les empreintes de chaque doigt imprimées sur la peau pâle comme une signature. Il accélère. Ses cuisses massives claquent contre les fesses d'Emma à chaque poussée, le bruit sourd résonnant dans le local comme un métronome.
— Ne t'arrête pas…Emma, la voix brisée. S'il te plaît… ne t'arrête pas…
— Regarde-moi.
— Regarde-moi.
Emma tourne la tête de côté, cherche son regard par-dessus son épaule. Ses yeux sont mi-clos, ses lèvres entrouvertes et gonflées.
— Je… je te regarde…
— Dis-moi ce que tu ressens.
— Je… je te sens en moi… chaque poussée… tu es trop… non, non, continue… je veux tout sentir… je veux que tu ailles encore plus loin…
— Dis-moi ce que tu ressens.
— Je… je te sens en moi… chaque poussée… tu es trop… non, non, continue… je veux tout sentir… je veux que tu ailles encore plus loin…
Sa voix monte dans un long gémissement qui se déploie dans le local et disparaît dans le grondement des machines.
Audrey tremble. Sa main droite est remontée sans qu'elle s'en rende vraiment compte vers sa propre poitrine, posée à plat sur son haut de sport. Sous le tissu, le mamelon est dur, sensible à la moindre pression. Elle le frotte du bout des doigts, un geste machinal, presque involontaire, qui échappe à sa conscience.
*Et si c'était moi à sa place ?*
La pensée s'impose sans prévenir, crue et directe. Elle regarde les mains de Björn sur Emma, la façon dont il la manipule avec une facilité tranquille, comme quelqu'un qui sait exactement quelle pression exercer, où, à quel moment. Elle se demande ce que ça ferait d'être tenue comme ça. D'être prise avec cette puissance calme qui ne demande pas, qui prend, sachant que l'autre en veut autant, peut-être plus. *Est-ce que je supporterais ça ? Est-ce que j'aimerais ça ?*
La réponse honnête, celle qu'elle se fait à elle-même dans ce local technique qui sent la poussière, le métal et le sexe, c'est oui. Oui, probablement. Oui, certainement même. La pensée la traverse comme une décharge électrique. Elle déplace le cadrage de son téléphone, zoome sur le point de jonction entre eux, sur les mains de Björn qui serrent les hanches d'Emma comme des étaux, sur le sexe de Björn qui disparaît entièrement à chaque poussée pour en ressortir dans un mouvement fluide. Elle zoome sur le visage d'Emma qu'elle entrevoit de profil, les yeux mi-clos, la bouche ouverte, les lèvres gonflées, le visage illuminé par une extase qu'elle assume pleinement, sans honte, sans calcul : le visage de quelqu'un qui sait exactement ce qu'il veut et qui l'a.
*C'est la fille d'Émilie.*
Audrey le sait. Et ça ne change rien. Pire : ça le renforce d'une façon qu'elle n'arrive pas à expliquer et n'essaie même plus d'analyser. Émilie, sa meilleure amie depuis vingt ans, celle qui lui confie ses inquiétudes sur Emma lors de leurs verres du jeudi soir, celle qui ignore tout de ce qu'elle est en train de vivre ici, dans ce local, contre ce métal froid, entre les mains de ce géant suédois.
Audrey tient tout ça au bout de ses doigts. Et elle filme.
Björn s'arrête.
Pas d'essoufflement, pas d'hésitation, il s'arrête simplement, avec cette économie de gestes qui lui appartient, comme quelqu'un qui décide souverainement de tourner une page. Il attrape d'une main les longs cheveux d'Emma, les enroule autour de son poing une fois, lentement, et tire.
Pas violemment. Avec une autorité naturelle, presque domestique, comme si c'était la chose la plus évidente du monde, et que son corps à elle le savait avant même que sa tête ait le temps de réagir.
Emma se cambre immédiatement. Le dos qui se creuse dans une courbe parfaite, la nuque renversée, la gorge exposée, la poitrine projetée vers l'avant. Ses seins, libres sous le haut de sport fin, lourds et ronds, la pointe durcie par le désir, se soulèvent et ballottent légèrement à chaque mouvement, leurs pointes dressées captées par la lumière blafarde des néons comme deux points de fièvre. Audrey voit la sueur perler à la base de ses seins, couler en filets fins le long de ses côtes, disparaître dans le creux de sa taille. Emma crie, un cri haut et pur qui ne ressemble à aucun son qu'Audrey lui ait jamais entendu faire. Un son brut, arraché, qui jaillit d'elle sans filtre, sans calcul, sans la moindre conscience de ce qu'il révèle.
— Oui… tire encore… prends-moi fort… ne t'arrête pas…
Les mots sortent décousus, dans l'ordre où ils lui viennent, sans syntaxe. Elle tremble. Ses cuisses s'ouvrent davantage, presque malgré elle, comme si son corps prenait des décisions indépendamment d'elle, ses hanches poussant en arrière pour l'accueillir encore plus profondément, cherchant à réduire le dernier centimètre d'espace entre eux comme si sa vie en dépendait.
Björn tire les cheveux d'un coup supplémentaire. Emma laisse échapper un son long, involontaire, guttural, quelque chose qui monte de sa gorge comme une vague et qui fait vibrer Audrey jusqu'aux orteils, jusqu'aux ongles, jusque dans les replis de son ventre.
Audrey a la main sous son legging. Elle ne sait pas exactement à quel moment c'est arrivé. Il y a eu le frôlement de ses propres doigts contre sa poitrine, et puis quelque chose a cédé en elle, un dernier verrou moral qui tenait depuis son entrée dans ce local, et maintenant sa main est là, sous le tissu, et elle se caresse doucement, les doigts qui glissent entre ses lèvres trempées, les cercles lents autour de son clitoris qui pulse déjà d'un rythme qu'elle ne contrôle plus. Elle ne regarde plus son téléphone. Elle regarde directement, à l'œil nu, avec une franchise qu'elle ne s'était pas encore autorisée jusqu'ici.
Elle change d'angle, capte le profil de Björn, les muscles qui jouent sous la peau à chaque poussée, creusant les fossettes au bas des reins, les fesses dures et rondes qui se contractent à chaque recul, les bras massifs dont les veines saillantes serpentent jusqu'aux épaules. Ses mains sur les hanches d'Emma, ces mains de géant qui la tiennent avec une possession tranquille, les doigts enfoncés dans la chair tendre, y imprimant des marques, la signature physique de ce moment.
Emma jouit.
C'est spectaculaire. Tout son corps se contracte, les muscles des cuisses qui tremblent violemment, les orteils qui se recroquevillent contre le sol, les doigts qui s'agrippent au métal du monte-charge comme si c'était le seul point fixe dans un monde qui bascule. Un cri qui monte et se brise à mi-chemin en quelque chose de plus primal, pas un son féminin au sens poli du terme, quelque chose d'antérieur à ça, quelque chose d'animal qui n'a plus rien à voir avec l'image de la jeune femme sage qui jouait au tennis un peu plus tôt. Björn la tient pendant toute la durée de la jouissance, ne ralentit pas, la maintient dans cette position cambrée par les cheveux comme s'il la sculptait, jusqu'à ce qu'elle soit complètement redescendue, les lèvres entrouvertes, les yeux vitreux, la poitrine qui se soulève et s'abaisse avec une irrégularité qui dit tout de l'état dans lequel elle se trouve. Puis seulement il relâche les cheveux. Laisse les mains d'Emma glisser sur le métal.
Un long silence relatif, seulement le grondement sourd des machines et la respiration haletante d'Emma, qui hoquète encore, par à-coups, comme si son corps prenait le temps de revenir à lui.
Puis Björn se retire.
Le mouvement produit un son humide, épais, organique, le genre de son qui ne laisse aucune ambiguïté sur ce qui vient de se passer. Un filet de cyprine coule lentement le long de l'intérieur de la cuisse d'Emma, traçant une ligne sur sa peau sous la lumière des néons. Emma reste un instant courbée, le dos voûté, les mains encore à plat sur le métal froid, comme si elle avait besoin d'une surface solide pour croire qu'elle existe encore. Elle se redresse lentement, les jambes légèrement flageolantes, et se retourne vers Björn.
La vision d'Emma de face achève Audrey.
Ses joues sont écarlates, ses lèvres gonflées et légèrement entrouvertes, ses yeux brillants comme des braises sous des paupières lourdes. Ses cheveux, habituellement disciplinés, lissés en arrière, impeccables, pendent en mèches désordonnées autour de son visage, collés par la sueur en lignes sombres sur sa nuque et ses tempes. Sa poitrine se soulève rapidement sous sa respiration saccadée, les tétons pointés, visibles sous le tissu fin du haut de sport qui colle à sa peau mouillée. Et entre ses cuisses, luisante, gonflée, les grandes lèvres rosies par la friction, ses sucs coulant doucement sur sa cuisse, son intimité visible, offerte, sans qu'elle pense un instant à se couvrir.
Audrey zoome. Elle n'a pas décidé de le faire, ses doigts bougent sur l'écran avant que sa conscience ait validé le geste. Elle capture ce détail avec une précision qui l'excite davantage encore. Elle recadre sur le visage d'Emma de trois quarts : la bouche entrouverte, les dents légèrement découvertes, la langue qui passe sur les lèvres, lente, inconsciente, comme pour y retenir quelque chose qui s'évapore.
Emma bouge. D'un geste fiévreux, elle glisse ses mains sous son haut et le fait passer par-dessus sa tête, libérant sa poitrine. Ses seins se déploient sous la lumière crue : deux globes d'une rondeur parfaite, fermes et généreux, dont la peau ambrée est magnifiée par un fin vernis de sueur qui brille à chaque inspiration. Ses aréoles, larges et sombres, entourent des tétons intensément durcis par le plaisir, pointés vers l'avant. Libérées du tissu, ces masses charnues et palpitantes se soulèvent au rythme de son souffle saccadé, offrant à l'objectif d'Audrey le spectacle fascinant d'une jeunesse insolente, offerte sans retenue dans toute sa nudité vibrante.
Björn avance, s'agenouille.
Il descend avec la fluidité naturelle de quelqu'un dont le corps n'est jamais un obstacle, une aisance physique qui n'a rien à prouver. Ses larges épaules viennent se placer entre les cuisses d'Emma avec une assurance qui n'attend pas la permission mais qui ne force rien non plus. Simplement, il s'installe là, et l'espace s'organise autour de lui. Il pose ses mains sur l'intérieur des cuisses d'Emma, les paumes calleuses frottant contre la peau sensible et encore frémissante, et les écarte doucement, révélant tout, sans hâte, comme s'il avait tout son temps et qu'Emma en avait tout autant.
Emma laisse faire immédiatement. Ses hanches avancent légèrement vers lui, ce mouvement instinctif du corps qui demande avant que la bouche ait eu le temps de parler. Ses mains passent derrière elle, s'appuient sur le monte-charge, les doigts agrippant le bord métallique avec cette même tension des jointures qu'Audrey commence à reconnaître comme le signe qu'Emma va lâcher quelque chose.
Et Björn la lèche.
Pas timidement. Pas pour un commencement. Avec une application méthodique et précise, comme quelqu'un qui connaît la géographie exacte de ce territoire et qui sait où appuyer, combien de temps, à quelle pression. Sa langue large lèche d'abord dans un mouvement vertical, de l'entrée de son sexe jusqu'à son clitoris, un seul tracé lent et ferme, et Emma laisse échapper un gémissement long, continu, qui monte en intensité comme une note qu'on tire.
Il ne se précipite pas.
Il commence par des cercles lents autour du clitoris, en appuyant juste assez pour faire frémir les hanches d'Emma sans la précipiter, la tenant délibérément à distance du bord. Puis il descend, lapant l'entrée de son sexe avec le plat de la langue, goûtant sans honte sa mouille, avant de remonter en une ligne humide jusqu'au clitoris. Il alterne entre une pression ferme et des effleurements presque inexistants, chaque changement de rythme provoquant chez Emma un nouveau frisson, une nouvelle tentative de mouvement des hanches qu'il contient d'une main posée sur son bas-ventre, juste sous son nombril.
Audrey entend tout. Le bruit humide de la bouche de Björn contre la chair d'Emma, un son qui devrait la choquer et qui, dans ce local, sous cette lumière, avec sa main toujours glissée sous son legging, est devenu une musique, une confirmation physique de ce que ses yeux voient.
— Oui… là… ta langue, continue… plus fort… La voix d'Emma est un murmure haché, à peine une voix.
La sueur brille sur sa gorge, coule entre ses seins, dessine sur sa peau des lignes qui luisent comme du métal sous les néons. Ses doigts se crispent sur le monte-charge, les jointures blanchissant. Ses hanches oscillent en petits mouvements circulaires, cherchant le contact, guidant sans forcer, comme si son corps et celui de Björn s'étaient accordés sur un tempo que personne d'autre ne pouvait entendre.
Audrey regarde les épaules larges de Björn entre les cuisses fines d'Emma. Ce contraste qui ne cesse pas de la frapper, cette démesure physique qui rend chaque geste visuellement intense, presque irréel, comme une image qu'on n'est pas censé voir mais qu'on ne peut pas s'empêcher de regarder. Les omoplates de Björn se contractent à chaque mouvement, et Audrey peut presque sentir la chaleur qui émane de son dos, la puissance contenue dans chaque muscle, la précision délibérée dans chaque geste de sa langue.
Emma jouit une deuxième fois.
Plus vite que la première. Plus aiguë. Un cri bref et net, presque surpris, suivi d'un long souffle tremblant qui descend par paliers, comme une marche d'escalier. Ses genoux fléchissent légèrement, et Björn la maintient debout de cette main posée à plat sur son ventre, sans effort apparent, comme si son poids n'était rien. Il continue, inébranlable, comme s'il avait décidé qu'elle pouvait encore.
Audrey tremble. Ses propres doigts accélèrent légèrement sous le tissu de son legging. Elle ne pense plus à tenir le téléphone à un angle correct. Elle pense à ce que ça fait d'être tenue comme ça par une main qui ne tremble pas.
Puis seulement, Björn se relève. Fluide, sans bruit, les mains qui remontent naturellement sur les hanches d'Emma, la maintenant contre lui.
Emma reprend son souffle. Elle le regarde, les yeux encore vitreux, le maquillage étalé en ombres sous ses yeux, les lèvres gonflées et rouges. Elle n'a jamais été aussi belle. Pas d'une beauté soignée ou calculée, d'une beauté brutale, construite sur l'abandon complet, sur le fait d'avoir laissé son corps prendre toute la place.
— C'est bon, dit-elle, la voix encore légèrement rauque. Vraiment bon.
Une pause, le temps d'un souffle.
— Mais j'aime encore plus quand tu me prends, quand je te sens en moi. Reprends-moi.
Pas une supplique désespérée. Une demande directe, formulée avec la certitude d'être entendue, presque un ordre déguisé, la forme grammaticale de la prière avec la substance du désir. Björn ne répond pas tout de suite. Il la regarde, immobile, les bras croisés sur son torse massif, et ce silence de quelques secondes est plus intense que n'importe quelle réponse. Emma soutient son regard, les lèvres entrouvertes, le corps encore haletant, et dans ses yeux cette lueur qu'Audrey a découvert : pas de la peur, pas de la soumission, de l'appétit.
Puis, sans rien dire, Björn pose une main sur son épaule. Légèrement. Presque délicatement. Et il la fait descendre.
Emma s'agenouille.
Pas par soumission, avec une anticipation qui ressemble davantage à un choix souverain. Elle prend son sexe en bouche sans hésitation, sans détour, les deux mains à la base, les doigts qui ne se touchent pas tout à fait autour de l'épaisseur, comme si elle mesurait quelque chose d'un peu plus grand qu'elle ne l'avait imaginé, et elle commence à le sucer avec une application tranquille, montant et descendant dans un rythme régulier, les joues légèrement creusées par l'effort.
Audrey entend les sons, humides, précis, clairs. Les lèvres d'Emma qui glissent le long de la hampe, la langue qui bouge sur le gland à chaque remontée, la respiration saccadée des deux côtés. Et puis la voix d'Emma, entre deux mouvements, dans un murmure qui n'est adressé à personne et à lui en même temps :
— Tu es tellement grand dans ma bouche…
Elle marque une pause, sa main remontant lentement le long de la hampe.
— Je me demande encore comment tu rentres en moi entièrement. Et pourtant tu y rentres.
Un souffle court, presque un rire.
— C'est ça que j'aime le plus.
Elle dit ce qu'elle pense. Elle commente ce qu'elle ressent comme on parle à voix haute dans une pièce qu'on croit vide, avec cette franchise totale des gens qui ont décidé, pour un moment donné, de ne plus se surveiller du tout.
C'est ça qui trouble le plus Audrey. Pas la démesure physique. Pas le contraste des corps. Cette authenticité totale. Emma n'est pas quelqu'un d'autre ici. Elle est plus elle-même qu'elle ne l'est jamais dehors. Et cette pensée, que la vraie Emma se trouve dans ce local poussiéreux, sous ces néons blafards, à genoux devant ce géant suédois, cette pensée déstabilise Audrey d'une façon qu'elle n'avait pas anticipée.
Elle cadre plus large pour capturer les deux corps ensemble. Le plan d'ensemble qui dit tout sans avoir besoin de commentaire : lui debout, immense, les mains posées dans les cheveux d'Emma avec une légèreté calculée. Elle agenouillée, les deux mains à sa base, les doigts à peine capables de faire le tour de son épaisseur, les yeux levés vers lui avec une expression qui n'est pas de la dévotion, qui est de la concentration, de l'appétit, de la fierté même.
Audrey réalise qu'elle retient sa respiration depuis plusieurs secondes. Elle la relâche lentement, silencieusement, en appuyant ses épaules contre le carton derrière elle pour ne pas vaciller. Sa main est toujours sous son legging. Elle ne la retire pas.
*C'est la fille d'Émilie.*
La pensée revient, automatique, comme un tic. Et comme la première fois, elle ne change rien, elle ajoute quelque chose.
Björn dit quelque chose à voix basse qu'Audrey n'entend pas distinctement. Une instruction. Courte, directe, le ton de quelqu'un qui ne formule pas une demande. Emma lève les yeux vers lui, ce regard de bas en haut, humide, les lèvres encore gonflées, les paupières légèrement lourdes, et se relève lentement, les jambes qui manquent légèrement de stabilité sous elle. Björn la prend par la taille. Ses mains descendent le long de ses hanches, passent sous ses fesses, se referment dessus avec une propriété tranquille.
Et il la soulève.
D'un seul mouvement, fluide, naturel, sans effort apparent, comme si Emma ne pesait rien, comme si son corps était une évidence entre ses mains. Emma laisse échapper un son surpris, pas de peur, quelque chose entre le rire et le gémissement, une syllabe pure d'abandon, et ses bras se passent autour du cou de Björn, ses mains s'agrippent à ses épaules, les doigts se perdant dans la sueur et le muscle. Ses pieds quittent le sol.
Björn la maintient en l'air, les bras tendus, le corps d'Emma suspendu entre le plafond et lui comme quelque chose qu'il aurait décidé de garder.
— Accroche-toi bien.
Pas une question. Une direction. Emma resserre sa prise autour de son cou. Ses cuisses s'ouvrent davantage de chaque côté de ses hanches, instinctivement, comme si son corps comprenait ce qui vient avant que sa tête ait eu le temps de formuler quoi que ce soit.
Il la descend sur lui.
Son sexe rentre en elle, lentement. Centimètre par centimètre, avec une précision délibérée. Emma laisse échapper un long gémissement montant qui se brise à mi-chemin, un son qui dit clairement que son corps reçoit quelque chose qu'il attendait. Ses ongles s'enfoncent dans la peau des épaules de Björn sans qu'il bronche d'un millimètre.
— Dis-moi ce que tu ressens.
La voix de Björn, basse, égale, une exigence posée comme une évidence.
Emma halète.
— Tu… tu me remplis encore… chaque fois c'est… je sens tout ton poids en moi… je sens chaque veine…
Elle marque une pause, les mots s'effilochant.
— C'est à la fois trop et j'en veux encore plus.
— Encore ?
— Je… je veux que tu me portes comme ça jusqu'à ce que je ne puisse plus tenir. Je veux sentir tes bras autour de moi et tes mains sur mes fesses et toi en moi jusqu'au fond.
— Encore ?
— Je… je veux que tu me portes comme ça jusqu'à ce que je ne puisse plus tenir. Je veux sentir tes bras autour de moi et tes mains sur mes fesses et toi en moi jusqu'au fond.
Emma émet un son déchiré.
— Je veux que tu décides tout.
Audrey entend le bruit de succion de la chair d'Emma qui enveloppe Björn à chaque mouvement descendant, le son de sa propre respiration qui s'est mêlée sans qu'elle s'en rende compte aux gémissements d'Emma. Elle presse son dos contre l'armoire métallique derrière elle pour ne pas vaciller.
Björn la fait monter et descendre. Lentement d'abord, ses bras qui se tendent, les muscles des avant-bras gonflant sous la peau, les veines qui courent jusqu'aux poignets comme des câbles sous tension. Puis il la laisse redescendre, Emma s'empalant d'elle-même sur lui avec un gémissement plus fort, plus long, qui rebondit contre les murs métalliques du local. Emma pèse cinquante-cinq kilos. Lui, cent qui sont tous du muscle. Il pourrait faire ça des heures. Il n'a pas l'air de chercher à s'en priver.
Emma s'accroche à son cou de toutes ses forces, les jambes enroulées autour de sa taille, les pieds dans le vide, ne touchant rien d'autre que lui, comme si tout ce qui l'ancrait au monde se résumait à ce corps.
— Tu me portes…
La voix d'Emma, décousue, les mots qui arrivent entre deux impacts.
— Comme si je ne pesais rien… je sens tout… jusqu'au fond… je t'ai là, partout en moi…
Un gémissement qui s'étire.
— Continue… ne t'arrête pas… je veux rester là pour toujours…
— Tu veux rester où, exactement ?
— Tu veux rester où, exactement ?
Un silence d'une seconde. Emma comprend ce qu'il veut.
— Je veux rester… sur toi… autour de toi… je veux que tu me gardes comme ça, dans tes bras, et que tu me prennes encore et encore jusqu'à ce que je n'arrive plus à tenir debout.
Le rythme s'accélère. Les bras de Björn travaillent avec régularité, et Emma suit le mouvement qu'il impose sans chercher à en modifier le tempo. Elle a abandonné cette tentative depuis longtemps, depuis qu'elle a compris que ce qu'il décide est exactement ce qu'elle veut. Elle monte et redescend sur lui, chaque cycle complet qui la fait gémir plus fort, plus longtemps. Ses seins bougent au rythme, leurs pointes dressées, ses cheveux oscillent, collés à son front, à ses joues, une mèche brune qui traverse sa bouche entrouverte et qu'elle n'a ni le geste ni la pensée de repousser.
Audrey, de l'autre côté du local, a abandonné toute distance. Sa main est dans sa culotte, les doigts actifs sur elle-même dans leur propre rythme, pressant, tournant, glissant entre ses lèvres trempées. Le téléphone est dans l'autre main, et elle zoome maladroitement sur Emma portée dans les airs, change d'angle, capte les bras de Björn, les fesses dures qui se contractent à chaque poussée vers le haut, les mains qui tiennent les fesses d'Emma comme deux prises d'escalade.
*Je veux être à sa place.*
La pensée est limpide. Sans filtre. Presque brutale dans sa clarté. *Je veux qu'on me tienne comme ça, qu'on me porte, qu'on me prenne sans que mes pieds touchent le sol. Je veux sentir cette force autour de moi, ces bras qui me soulèvent comme si j'étais légère, ces mains qui décident où je vais, ce corps qui impose son rythme au mien.*
Et dans le même battement de cœur, l'autre pensée. Celle qui arrive de plus loin, de plus trouble : *Je veux être celle qui décide. Moi qui pose les règles et qui regarde Emma les suivre avec cette grâce totale, cette absence absolue de calcul. Et je veux savoir jusqu'où Emma irait si c'était moi qui posais les termes.*
Les deux désirs coexistent sans se contredire. Et cette coexistence elle-même, cette contradiction qui n'en est pas une, qui dit quelque chose de précis sur ce qu'elle est en train de devenir dans ce local, la fait trembler davantage, ses doigts s'activant plus vite entre ses cuisses. C'est à ce moment qu'elle veut mieux voir. Elle se décale légèrement sur la gauche, pousse du genou un carton pour changer d'angle.
Le carton tombe.
Le bruit est sourd, métallique, quelque chose à l'intérieur roule sur le carrelage dans un clang étouffé qui semble résonner dans tout le local. Emma sursaute violemment, les yeux qui s'ouvrent en grand, les mains qui serrent les épaules de Björn de toutes ses forces, le corps qui se fige dans la position suspendue.
Björn continue.
Pas une hésitation. Pas un changement de rythme. Il continue à la soulever et à la faire redescendre avec la même régularité implacable, comme si le bruit n'avait pas existé, comme si rien d'extérieur à ce qu'il a décidé de faire ne méritait d'interrompre ce qu'il a décidé de faire. Sa voix tombe entre deux gémissements étouffés d'Emma, parfaitement calme :
— Nous sommes tranquilles. Personne ne vient jamais ici.
Un silence de deux secondes. Emma regarde par-dessus son épaule dans la direction du bruit, les yeux encore grands, la bouche entrouverte, la respiration suspendue. Audrey ne bouge pas, ne respire pas, rentrée dans le mur derrière elle, le carton à ses pieds, son propre cœur cognant dans ses tempes à un rythme qu'elle est certaine qu'ils peuvent entendre.
Emma se retourne vers Björn. Ses doigts se détendent légèrement sur ses épaules. Elle le regarde une seconde. Elle décide.
— D'accord.
Et ses gémissements reprennent, plus forts que avant, plus insistants, comme si le fait d'avoir cru être découverte, d'avoir frôlé l'exposition, avait ouvert quelque chose en elle qu'elle n'avait pas encore tout à fait lâché.
Audrey laisse échapper un souffle qu'elle retenait depuis plusieurs secondes. Son cœur cogne dans sa gorge, dans ses tempes, dans les paumes de ses mains. Elle repose le carton avec une précision chirurgicale, change d'angle avec une extrême lenteur, reprend le filmage, le téléphone maintenant glissant de sueur entre ses doigts.
Mais son cœur ne ralentit pas vraiment.
Après plusieurs minutes, Björn ramène Emma au sol. Il la guide vers une table de rangement basse couverte d'une vieille couverture de laine épaisse, il l'y couche sur le dos avec une détermination qui n'a rien d'une précipitation. Elle s'allonge sans résister, les bras un peu au-dessus de la tête, les jambes légèrement ouvertes, et elle est belle comme ça : la lumière froide des néons sur sa peau luisante, les longs cheveux bruns étalés sur la couverture sombre, le corps entièrement offert, sans la moindre conscience de lui-même.
Björn lui prend les chevilles. Il place les jambes d'Emma sur ses larges épaules avec cette même économie de gestes, pas de mise en scène, juste la décision et l'exécution.
— Dis-moi ce que tu veux.
Emma le regarde depuis le bas, les bras au-dessus de la tête, la gorge exposée. Un temps.
— Je veux que tu me reprennes. Que tu sois en moi encore. Que tu me prennes avec tout ce que tu as et que tu ne t'arrêtes pas avant que je t'en supplie.
— Et si je ne m'arrête pas même quand tu m'en supplies ?
— Et si je ne m'arrête pas même quand tu m'en supplies ?
Un silence. Emma déglutit.
— Alors je t'en supplie de continuer.
Il la pénètre à nouveau.
Ce n'est plus la même chose que les premières fois. Ce n'est pas un assaut, c'est une possession. Méthodique, profonde, implacable. Les hanches de Björn remontant vers elle à chaque coup de reins, les épaules qui maintiennent les jambes d'Emma relevées contre sa poitrine, la position qui expose tout. Et Audrey filme tout, zoome sur eux, sur le sexe Björn qui la remplit, sur les hanches d'Emma qui montent à chaque poussée pour l'accueillir, sur les seins qui bougent à chaque impact, sur le visage d'Emma dont les expressions se succèdent à un rythme effréné.
Björn prend son temps. Il ne précipite rien. Ses mains glissent des hanches d'Emma vers sa poitrine, la saisissant à pleine paume et cette image, les deux mains de géant qui recouvrent entièrement les seins d'Emma, les pouces qui frottent les tétons dressés, fait monter quelque chose de spécifique dans la gorge d'Audrey, quelque chose qu'elle avale avec difficulté.
— Tes mains…
Emma halète, les mots entre deux respirations.
— Elles couvrent mes seins en entier… j'aime sentir ta taille sur moi… j'aime que tu sois tellement plus grand que moi…
— Dis-moi pourquoi.
— Parce que… parce que quand tu me tiens comme ça je réalise que tu peux tout décider. Que tu décides déjà tout. Et que j'en veux plus encore.
— Dis-moi pourquoi.
— Parce que… parce que quand tu me tiens comme ça je réalise que tu peux tout décider. Que tu décides déjà tout. Et que j'en veux plus encore.
Un court silence de Björn. Puis :
— Plus encore comment ?
Emma ferme les yeux une seconde. Les muscles de son ventre se contractent involontairement.
— Plus profond. Plus fort. Je veux sentir chacune de tes poussées en moi demain.
Björn resserre les mains sur ses hanches. Ses doigts s'enfoncent dans la chair, les marques roses sont précises, profondes, la signature de chaque doigt imprimée sur la peau pâle. Il accélère. Le rythme monte progressivement, presque musicalement dans sa logique, comme s'il jouait d'Emma comme d'un instrument qu'il connaît par cœur, qu'il a pris le temps d'accorder avant de vraiment jouer.
Emma sent la différence. Ses gémissements montent en proportion, ses mains qui cherchent quelque chose à tenir et finissent par trouver les avant-bras de Björn, ses ongles qui s'y plantent sans qu'elle semble s'en apercevoir. Elle cesse de formuler des mots. Il n'y a plus que des sons, de plus en plus hauts, de plus en plus pressés, quelque chose qui ressemble à de la détresse et qui n'en est pas.
Björn accélère encore.
Emma crie.
Vraiment crie, sans retenue, sans filtre, un son long et déchiré qui dit tout de ce qu'elle est à cet instant précis, un son qui monte du plus profond de sa gorge et résonne dans le local technique comme une libération physique totale. Elle jouit une troisième fois avec tout son corps, les ongles enfoncés dans les avant-bras de Björn qui ne bronche pas, ne ralentit pas, la maintient dans cette position ouverte et vulnérable jusqu'à ce qu'elle soit complètement redescendue. Ses cuisses tremblent sur les épaules de Björn. Ça dure. Ça dure plus longtemps que les deux premières fois, comme si son corps avait décidé de tout rendre.
Puis Björn se retire, d'un mouvement fluide et délibéré. Il éjacule de longues giclées épaisses sur le ventre plat d'Emma, sur ses cuisses, sur son pubis, quelques gouttes atterrissant sur ses seins qui se soulèvent encore rapidement. Emma reste allongée, les yeux au plafond, le corps tremblant, le sperme de Björn brillant sous la lumière crue des néons, coulant lentement le long de ses flancs.
De l'autre côté du local, Audrey jouit presque en même temps. La main enfouie dans sa culotte, les jambes légèrement écartées, les doigts actifs sur son clitoris gonflé, le téléphone dans l'autre main qui filme encore. Elle jouit silencieusement, les dents serrées, le souffle coupé, le dos contre l'armoire métallique froide qui contraste avec la chaleur qui irradie de tout son corps, depuis son ventre jusqu'aux extrémités. Elle n'a pas prévu ça. Pas comme ça. Pas aussi fort. Pas avec cette sensation d'avoir été emportée par quelque chose qui la dépassait depuis le moment où elle a fermé la porte derrière elle.
Elle ferme les yeux une seconde, deux. Les images de Björn et Emma continuent à tourner derrière ses paupières closes.
Quand elle les rouvre, elle filme encore.
Emma n'est pas pressée de se relever. Elle reste allongée sur la couverture de laine, les bras légèrement écartés du corps, le regard au plafond, comme quelqu'un qui prend le temps d'habiter pleinement ce qu'il vient de vivre avant de le laisser derrière. Björn, debout à côté d'elle, reprend sa respiration normalement, les mains sur les hanches, et il la regarde, pas avec l'expression de quelqu'un qui cherche une validation, mais avec cette attention précise et tranquille qui lui appartient, comme un artisan qui examine son travail.
— Ne gâche pas ça.
Sa voix, égale, basse, une direction qui n'a pas besoin d'être expliquée.
Emma relève la tête. Elle regarde son ventre, ses cuisses, les traces blanches sur sa peau ambrée. Elle ne réfléchit pas, ou si elle réfléchit, la réflexion et le geste sont simultanés, sans espace entre les deux. Elle passe ses doigts dans la semence chaude, la récolte soigneusement entre ses doigts, et les porte à sa bouche. Elle recommence. Méthodiquement. Parcourant sa propre peau avec une lenteur délibérée, les yeux levés vers Björn tout le long, pas par calcul, pas pour l'effet, mais avec cette franchise totale qui lui appartient ici, dans ce local, dans cette version d'elle-même.
Audrey, qui pensait avoir atteint son plafond, se trompe.
Björn s'approche. Il ne dit rien. Emma, sans qu'il ait besoin de formuler quoi que ce soit, se redresse sur la table et le prend à nouveau en bouche, lui qui est encore à demi dressé, et le nettoie avec la même application concentrée, les deux mains à la base, la langue qui suit le contour du gland à chaque remontée, les joues légèrement creusées par l'effort.
Emma lève les yeux vers lui entre deux mouvements. Sa voix, un murmure entre ses lèvres, presque pour elle-même :
— J'aime le goût de nous deux mélangés… j'aime ce que nos corps font ensemble… j'aime te sentir encore dans ma bouche après t'avoir senti en moi.
Un temps.
— J'aime que tu décides quand ça commence et quand ça s'arrête. J'aime que tu saches exactement ce que tu veux de moi.
Elle n'est pas en train de jouer un rôle. Ces mots arrivent de quelque part de réel en elle, de cet endroit qu'elle n'expose jamais en surface, que personne au club ne soupçonne, que sa mère n'imagine pas. Et c'est précisément ça qui trouble le plus Audrey dans cet instant. Pas la démesure physique. Pas le contraste des corps. Cette authenticité totale. Cette Emma qui est plus elle-même ici, dans ce local poussiéreux sous ces néons impitoyables, que partout ailleurs.
Puis Björn dit, d'un ton égal, sans inflexion :
— Rhabille-toi. Rejoins les autres.
Emma glisse de la table.
Elle récupère ses vêtements avec une grâce tranquille, sa brassière de sport d'abord, qu'elle enfile lentement, les bras dans les manches, le tissu fin qui adhère encore à sa peau légèrement humide. Sa jupe. Elle ramasse sa culotte, la roule en boule dans sa main sans même regarder ce qu'elle fait.
Elle a les joues rouges, les cheveux défaits. Mais si on ne sait pas, on pourrait penser qu'elle revient d'un effort physique intense, ce qui, d'une certaine façon, est exactement le cas.
Elle se retourne vers Björn une dernière fois. Ce sourire léger, détendu, celui de quelqu'un qui a obtenu exactement ce qu'il voulait et qui n'en fait pas un mystère. Elle dit, avec une légèreté totale qui n'a rien d'une comédie :
— À la semaine prochaine.
Une pause.
— J'ai hâte.
Elle sort.
Audrey attend. Deux minutes, trois. Elle entend Björn se rhabiller, déplacer quelque chose, ses pas qui s'éloignent vers une autre issue. Puis le silence relatif, seulement les machines, toujours en sourdine, cette vibration basse et constante qui était là depuis le début et qui maintenant ressemble à une respiration.
Elle sort doucement. Les jambes légèrement instables sous elle. Elle fait tomber un deuxième carton en partant, mais n'attend pas de vérifier si quelqu'un a entendu. Le couloir est vide, elle le longe rapidement, et puis la lumière normale l'accueille, l'odeur du club de tennis remplace l'odeur du local, et cette transition brutale entre les deux mondes lui donne pendant quelques secondes une impression de vertige, comme au sortir d'un film.
Elle s'arrête. Dos au mur. Elle respire.
Son téléphone est toujours dans sa main. Chaud. La vidéo est là, dedans, quelques gigaoctets de ce qu'elle vient de voir. Elle la lance une seconde, voit le début, Emma de dos, les mains sur le monte-charge, la jupe remontée, le corps cambré, et coupe immédiatement. Elle glisse le téléphone dans son sac comme si elle pouvait y ranger aussi ce qu'elle ressent.
Le trajet vers le sauna prend deux minutes. Pendant ces deux minutes, le défilé dans sa tête est continu.
Emma. La Emma qu'elle croit connaître, sage, studieuse, réservée, celle qui range ses affaires de tennis dans le bon compartiment du bon sac. Et l'autre Emma, celle qui s'accroche au cou d'un géant les pieds dans le vide et qui dit : « tu peux décider tout » avec la certitude d'une femme qui sait exactement ce qu'elle fait. Ces deux Emma coexistent dans le même corps. Et Audrey ne sait pas laquelle est la vraie, ou peut-être qu'elles le sont toutes les deux, et c'est précisément ça qui la trouble.
Elle repense à la voix de Björn. Calme, directe, si sûre de son pouvoir qu'elle n'a jamais besoin de le démontrer. « Dis-moi ce que tu veux. Encore. Rhabille-toi. » Ce ton. Cette assurance qui n'a besoin ni de volume ni de violence pour être absolue. Il sait ce qu'il veut, il l'obtient, et il n'en fait pas un drame dans un sens ni dans l'autre et il y a quelque chose dans cette économie-là qui est plus efficace que n'importe quelle démonstration.
*Et si c'était moi à sa place ?*
Oui. Encore. Mais différemment. Pas comme une question abstraite, comme quelque chose de concret, de proche, qui a un visage et une voix. Elle a quarante-quatre ans, un corps qu'elle entretient, une poitrine qui fait encore son effet, une vie, surtout, dans laquelle les désirs de ce genre n'ont plus beaucoup de place. Elle ne se compare pas à Emma. Ce n'est pas le sujet. Le sujet, c'est qu'elle a regardé une femme prendre exactement ce qu'elle voulait sans honte, sans calcul et elle réalise en la regardant qu'elle-même a depuis longtemps arrêté de demander quoi que ce soit.
Et l'autre pensée. Celle sur le pouvoir. Sur Emma qui obéit.
*Jusqu'où irait-elle si c'est moi qui décide ?*
Audrey ne sait pas d'où vient cette pensée-là. Elle n'a jamais eu de désirs dans cette direction, ou peut-être qu'elle ne s'est jamais autorisée à les avoir. Mais aujourd'hui, dans ce couloir qui sent la résine et le chlore, la question est là, précise et entière, et elle n'a pas de réponse satisfaisante.
*Et jusqu'où irais-je, moi sachant que c'est la fille d'Émilie ?*
Le sauna est là. La porte entrouverte, la vapeur qui s'échappe en volutes chaudes, la voix de Céline qui dit quelque chose et le rire d'Émilie qui répond, ce rire qu'Audrey connaît depuis vingt ans, qui appartient à une autre réalité que celle du local technique, et pourtant qui se trouve à trente mètres de là.
Audrey s'arrête une seconde devant la porte.
Elle sent qu'elle est trempée entre les cuisses, et ce n'est pas à cause de la chaleur. Elle sent son cœur battre encore trop vite, son visage légèrement trop rouge pour être crédible. Elle sent le poids du téléphone dans son sac, ce poids qui est plus lourd que tout.
Elle inspire.
Elle pousse la porte, entre, s'installe sur le banc en bois à côté de Céline. Émilie lui sourit, les joues roses de la chaleur.
— T'étais où ? On t'attendait.
— Perdue dans mes pensées, dit Audrey en s'asseyant. Les cuisses serrées, involontairement.
— Perdue dans mes pensées, dit Audrey en s'asseyant. Les cuisses serrées, involontairement.
Ce n'est pas faux.
Elles reprennent la conversation là où elles l'avaient laissée, le match, le revers de Céline, quelque chose qu'Émilie a lu. Audrey répond aux questions, sourit aux bons endroits, dit les bonnes choses au bon moment avec la précision automatique de quelqu'un qui fait ça depuis assez longtemps pour ne plus avoir besoin d'y penser.
Mais dans sa tête, ça tourne.
La vidéo est dans son sac, contre le mur du sauna. Elle ne sait pas encore ce qu'elle va en faire. La revoir seule ce soir, volets fermés, en retrouvant toutes les sensations du local technique, la chaleur des corps, la sueur, les gémissements, la force des bras de Björn, la façon dont Emma s'exécute à chaque direction avec cette grâce totale, sans hésitation, sans calcul, juste le désir qui s'exprime.
Elle chasse la pensée. Elle la laisse revenir. Elle arrête de la chasser.
Cinq minutes plus tard, Emma entre dans le sauna.
Les cheveux refaits, l'air parfaitement composé, ce sourire sage et légèrement timide qu'elle a toujours avec les amies de sa mère, comme un costume qu'elle remet avec une aisance qui, maintenant, fascine Audrey autant qu'elle l'inquiète.
— Désolée, j'ai traîné.
Émilie lui fait signe de s'asseoir.
— On t'attendait plus.
— Je sais, dit Emma en s'asseyant sur le banc d'en face.
— Je sais, dit Emma en s'asseyant sur le banc d'en face.
Elle croise le regard d'Audrey.
Deux secondes. Neutre. Ordinaire. Le regard de quelqu'un qui n'a rien à cacher parce qu'elle n'a jamais eu besoin de se cacher.
Audrey lui sourit.
Emma lui sourit.
Tout va bien.
Rien ne sera plus jamais tout à fait pareil.
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Commentaires ()
Je vois bien Audrey, avec Emma la dominant
Et même les trois avec Björn
Après ce premier service, nous attendons de savoir qui va gagner le point suivant...
J'ai adoré...
Merci
Merci pour ce commentaire. Cela fait plaisir de voir une histoire appréciée.
Merci
Une maîtrise totale du texte