La résidence des cèdres
Chapitre 1
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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La résidence des cèdres — Chapitre 1

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NeelosS
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La résidence des cèdres

Chapitre 1

La première chose qu'Emma Delcourt remarqua en franchissant le portail de la Résidence des Cèdres, c'est le silence.
Pas le silence vide d'un appartement témoin. Un silence habité, épais, comme si les murs eux-mêmes retenaient leur souffle. Elle coupa le moteur de sa berline grise et resta assise, les mains sur le volant. Le cuir était tiède sous ses paumes. Elle n'avait pas de raison de rester là. Elle resta quand même.
Le bâtiment principal s'élevait devant elle, pierre blonde et baies vitrées fumées, entouré de cèdres centenaires qui justifiaient le nom. Les allées étaient désertes. Pas un bruit de télévision derrière les fenêtres. Pas un enfant qui crie dans le jardin. Juste le vent dans les branches et le cliquetis du moteur qui refroidissait.
Emma compta jusqu'à trente. Puis elle ouvrit la portière.
Elle traversa le hall de marbre sans regarder les boîtes aux lettres en laiton, sans lire les noms sur les sonnettes. Elle connaissait déjà le sien : Delcourt, appartement 3B. Elle l'avait choisi sur plan, trois mois plus tôt, assise dans son bureau du seizième arrondissement, entre deux dossiers de défiscalisation.
La conciergerie était à droite. Une porte vitrée entrouverte. Derrière le comptoir, une femme leva les yeux.
La soixantaine, peut-être soixante-cinq. Chignon gris acier, tailleur anthracite, un rang de perles autour du cou. Ses lunettes en demi-lune étaient posées sur le bout de son nez, et elle les abaissa pour regarder Emma par-dessus la monture. Un mouvement lent, calculé. Le genre de mouvement qui dit : je vous ai vue avant que vous ne me voyiez.
— Madame Delcourt.
Ce n'était pas une question.
— Bonjour, dit Emma.
La femme se leva sans hâte. Elle était plus grande debout qu'assise, ce qui surprit Emma. Ses mains, posées à plat sur le comptoir, étaient manucurées avec une précision presque agressive.
— Je suis Madame Vernon. La concierge.
Elle prononça le mot comme on prononce un titre. « Votre arrivée était prévue à quinze heures. »
Il était quinze heures douze.
Emma ne dit rien. Elle se contenta de soutenir le regard de Madame Vernon.
Madame Vernon hocha la tête, une fois. Ses yeux firent le tour d'Emma—le tailleur sombre, les escarpins, l'absence de bagues aux doigts. Une valise. Une seule. Pour une femme qui emménage.
— Votre mari vous rejoint plus tard ?
— Non.
Le mot tomba. Madame Vernon le reçut sans broncher. Elle tendit un trousseau de clés.
— Troisième étage. Ascenseur à gauche. Le digicode de la porte d'entrée change tous les premiers lundis du mois, vous recevrez le nouveau par mail. Les poubelles de tri sont au sous-sol. La piscine est ouverte de sept heures à vingt-deux heures, la salle de sport également. Le barman est là du jeudi au dimanche à partir de dix-huit heures.
Elle débita ces informations d'une traite, sans consulter de notes. Ses yeux ne quittaient pas le visage d'Emma.
— Des questions ?
— Non.
— Bien.
Emma prit les clés. Le métal était froid. Elle se tourna vers l'ascenseur.
— Madame Delcourt ?
Elle s'arrêta.
— Bienvenue aux Cèdres.
Le ton était parfaitement neutre. Emma se retourna. Madame Vernon s'était rassise derrière son comptoir, les mains croisées, les lunettes remontées sur le nez. Elle souriait. Un sourire qui n'engageait à rien, qui ne promettait rien, qui notait tout.
Emma soutint son regard une seconde de trop. Puis elle se dirigea vers l'ascenseur sans se retourner.
Dans le miroir fumé de la cabine, elle vit son propre visage. Trente-huit ans. Des rides au coin des yeux. Des cheveux bruns qu'elle n'avait pas fait couper depuis six mois, qui lui tombaient sur les épaules sans forme particulière. Elle portait encore les fringues de l'époque où elle était quelqu'un.
Les portes s'ouvrirent sur le troisième étage.
Une moquette beige. Des appliques murales en verre dépoli. Trois portes : 3A, 3B, 3C. Aucun bruit derrière aucune d'elles.
Emma déverrouilla le 3B et entra.
L'appartement sentait le neuf—peinture fraîche, bois ciré, un fond d'agrume qui devait venir d'un diffuseur branché quelque part. Le salon était vaste, baigné de lumière, meublé avec goût par le décorateur qu'elle avait engagé à distance. Canapé crème, table basse en verre, une bibliothèque vide contre le mur du fond. La baie vitrée donnait sur le parc intérieur de la résidence : pelouse impeccable, massive de lavande, la piscine turquoise visible entre deux haies de troènes.
Emma posa sa valise au milieu du salon. Elle ne l'ouvrit pas.
Elle s'assit sur le canapé crème, les mains sur les genoux, et regarda la bibliothèque vide.
Dans l'appartement d'à côté—le 3C—quelqu'un mit de la musique. Un jazz langoureux, étouffé par la cloison. Une contrebasse qui ronronnait dans les graves.
Emma ferma les yeux.
À dix-neuf heures quarante, elle avait fini de ranger ses produits de beauté.
Elle fit couler de l'eau froide sur ses poignets. Elle retira son tailleur, le laissa tomber sur le lit—la veste, la jupe, les escarpins qu'elle repoussa du pied. Elle défit deux boutons de son chemisier, enleva son soutien-gorge. Elle enfila un jean noir et une veste en lin légère, sans se rhabiller en dessous. Le tissu était doux contre sa peau.
Elle prit son sac et sortit.
Le couloir du troisième étage était vide. La moquette beige étouffait ses pas. Dans l'ascenseur, elle appuya sur RDC et regarda son reflet dans le miroir fumé—les pointes de ses seins visibles sous le lin clair. Elle ne croisa pas les bras.
Le bar était au fond du hall, après la conciergerie. Une porte battante en verre dépoli, une enseigne discrète en lettres dorées :Le Cèdre Bleu. La lumière à l'intérieur était tamisée, orange, chaude. Il y avait du monde—une dizaine de personnes, peut-être. Des résidents. Des couples pour la plupart, la cinquantaine, des verres de vin blanc devant eux. Une femme seule lisait un magazine au comptoir. Deux hommes en costume parlaient à voix basse près de la fenêtre.
Et derrière le comptoir, il y avait lui.
Il essuyait des verres. Un torchon blanc sur l'épaule, les manches de sa chemise retroussées jusqu'aux coudes. Des avant-bras fins, des mains longues, des gestes précis, mais pas pressés. Il avait les cheveux châtains, un peu trop longs, qui lui tombaient sur le front quand il baissait la tête. Il devait avoir trente ans, peut-être un peu moins.
Emma s'assit au comptoir, à l'autre bout de la rangée. Elle posa son sac sur le tabouret d'à côté et ne regarda pas dans sa direction.
Il la vit.
Elle le sut sans avoir à tourner la tête. Elle l'entendit au rythme du torchon qui ralentissait, au tintement du verre qu'il reposait sur le comptoir, au silence qui s'étirait entre deux passages de chiffon. Elle sentit son regard sur elle—un regard qui hésitait, qui glissait sur sa nuque, sur ses épaules, sur la courbe de ses seins sous la veste en lin.
Elle ne se retourna pas.
Une minute. Deux. Elle consulta son téléphone, fit défiler des mails qu'elle ne lisait pas. Elle sentait son hésitation, là-bas, au bout du comptoir. L'envie de venir. La peur de venir. Le torchon qui n'essuyait plus rien du tout.
Il vint.
— Bonsoir, madame.
Sa voix était plus grave qu'elle ne l'aurait cru. Un peu rauque, comme s'il avait forcé dessus pour qu'elle porte jusqu'à elle.
Emma releva les yeux.
Il était plus mignon de près. Des yeux noisette, une barbe de trois jours, une cicatrice minuscule sur la lèvre inférieure. Il tenait son torchon à deux mains, comme un bouclier.
— Qu'est-ce que je vous sers ?
Elle le regarda sans répondre tout de suite. Juste assez longtemps pour qu'il baisse les yeux le premier.
— Un gin-tonic.
Il hocha la tête, se tourna vers les bouteilles, et elle vit ses doigts trembler légèrement en saisissant le verre.
Pendant qu'il préparait son cocktail, elle l'observa. Pas son visage—ses mains. La façon dont il tenait le shaker, le geste un peu trop appliqué, le soin qu'il mettait à couper la tranche de citron.
Il posa le verre devant elle, sur un sous-bock en carton frappé du logo des Cèdres. La tranche de citron était parfaitement placée sur le bord du verre.
— Vous êtes nouvelle, non ?
Il avait dit ça en essuyant le comptoir à côté d'elle. Un prétexte. Le comptoir était déjà propre.
— Oui.
— Je m'appelle Dorian.
Il avait lancé son prénom comme on lance une pièce dans une fontaine—en espérant quelque chose en retour. Emma but une gorgée de gin-tonic. Le citron était trop amer, il l'avait coupé trop épais.
— Emma, dit-elle sans lui rendre son sourire.
Il resta planté là une seconde de trop, son torchon à la main, avant de retourner à l'autre bout du comptoir. Mais il ne s'éloigna pas vraiment. Elle le vit passer et repasser devant elle—pour ranger des verres, pour encaisser un couple, pour changer un cendrier qui n'avait pas besoin d'être changé. Chaque passage était un peu plus lent que le précédent. Chaque regard s'attardait un peu plus bas.
Emma but son gin-tonic. Elle ne commanda rien d'autre.
À vingt et une heures, la femme au magazine était partie. Les deux hommes en costume avaient plié leurs serviettes et regagné l'ascenseur. Le couple près de la fenêtre signait l'addition. Dorian débarrassait les tables, empilait les verres, remontait les tabourets sur les tables. Ses gestes étaient plus rapides maintenant, plus mécaniques.
À vingt et une heures trente, il éteignit l'enseigne lumineuse. Le Cèdre Bleu disparut derrière la vitre dépolie. Il baissa le store, tira le verrou de la porte d'entrée. Le hall était vide. La conciergerie était fermée. Il n'y avait plus que la lumière orange du comptoir et le bourdonnement du lave-vaisselle en cuisine.
Et elle.
Toujours assise. Son verre vide devant elle. La tranche de citron au fond, noyée dans les glaçons fondus.
Dorian s'approcha. Il avait enlevé son tablier. Sa chemise était froissée aux coudes. Il tenait son torchon, encore—elle se demanda s'il savait qu'il le tenait encore.
— Je... je vais devoir fermer.
Sa voix était moins assurée que tout à l'heure.
Emma le regarda. Vraiment. Pour la première fois depuis qu'elle était entrée, elle planta ses yeux dans les siens et elle ne les lâcha plus.
Il ne baissa pas les yeux cette fois. Mais il déglutit.
Elle posa son sac par terre. Elle fit glisser le tabouret vers l'arrière, juste assez pour dégager l'espace entre le comptoir et elle. Ses cuisses s'écartèrent légèrement sous le lin de son pantalon.
— Viens ici.
Il fit un pas. Puis un autre. Il contourna le comptoir, lentement, comme s'il marchait dans l'eau. Son torchon tomba par terre. Il ne le ramassa pas.
Quand il fut devant elle, elle leva la main et posa deux doigts sur son poignet. Juste deux doigts. La peau était chaude, le pouls rapide. Elle le laissa debout devant elle, immobile, sans savoir quoi faire de ses bras, de ses mains, de son souffle qui s'accélérait.
Elle retira ses doigts.
— À genoux.
Il tomba.
Pas comme on tombe amoureux. Les genoux sur le carrelage, les mains en appui sur ses propres cuisses, le visage à la hauteur des hanches d'Emma. Il leva les yeux. Il attendait.
Elle ne dit rien. Elle déboutonna son pantalon, lentement, sans le quitter des yeux. Le bruit de la fermeture éclair fut le seul son dans le bar vide. Elle souleva les hanches, fit glisser le jean sur ses cuisses, le laissa tomber en boule sur le tabouret d'à côté. Sa culotte suivit—un triangle de coton noir qu'elle fit descendre le long de ses jambes et qu'elle posa, pliée, sur le comptoir, à côté de son verre vide.
La lumière orange du bar dessinait des ombres chaudes sur ses cuisses, sur le triangle de poils bruns entre ses jambes. L'air frais du bar lui fit contracter les muscles du ventre.
Dorian regardait. Ses yeux allaient de son visage à son sexe, incapable de se fixer. Sa bouche était entrouverte. Ses mains tremblaient sur ses cuisses.
Emma prit son verre. Elle le vida des derniers glaçons fondus. Puis elle reposa le verre et posa une main sur la nuque de Dorian.
Ses cheveux étaient doux. Plus doux qu'elle ne l'aurait cru. Elle les enroula autour de ses doigts, tira doucement sa tête vers l'avant. Il résista une fraction de seconde—l'instinct—puis céda.
Elle guida son visage entre ses cuisses et le maintint là, la bouche contre sa chatte, sans bouger. Elle sentit son souffle chaud sur sa peau. Ses lèvres qui effleuraient sans oser. Son nez qui s'écrasait contre son pubis.
— Sors ta langue.
Il obéit.
Le premier contact fut timide—un coup de langue hésitant, plat, qui remonta du bas de sa vulve jusqu'à son clitoris sans vraiment appuyer. Un coup de langue de quelqu'un qui a peur de mal faire. Emma ne réagit pas. Elle garda la main sur sa nuque, les yeux ouverts, le regard fixé sur le mur du fond.
Il recommença. Plus lent. Plus appuyé. Sa langue s'attarda sur le bourgeon, fit le tour, revint en arrière. Il commençait à comprendre que ce n'était pas lui qui décidait du rythme.
Emma resserra les doigts dans ses cheveux.
Elle se mit à bouger contre sa bouche. Des mouvements lents, de hanches, comme on se balance sur une musique qu'on est seul à entendre. Elle ne cherchait pas encore l'orgasme. Elle cherchait la position. L'angle. Le frottement exact qui ferait de sa langue un outil, et de son visage un support.
Elle le trouva.
Sa main gauche agrippa le bord du comptoir. Sa main droite tenait toujours la nuque de Dorian, ferme, sans cruauté. Elle accéléra le mouvement de ses hanches. Sa respiration changea—plus courte, plus haute dans la poitrine. Ses cuisses se serrèrent autour des oreilles de Dorian.
Il grogna. Un son étouffé, vibrant, qui se répercuta directement dans sa chatte. Emma arqua le dos.
— Continue.
Elle se mit à frotter son sexe contre sa bouche avec des mouvements plus amples, plus durs. Elle n'y allait plus doucement. Elle utilisait son visage comme on utilise un coussin, un accoudoir, n'importe quel objet qu'on cale entre ses cuisses pour se soulager. Le nez de Dorian s'enfonçait dans sa fente. Sa langue était écrasée contre son clitoris, bougeant à peine maintenant—c'était elle qui bougeait. Elle qui dictait la pression, le rythme, la friction.
Les mains de Dorian remontèrent le long de ses mollets, hésitantes. Il voulait la toucher. Il voulait participer. Il voulait qu'elle le voie.
Elle ne le voyait pas.
Elle regardait toujours le mur du fond, la bouche entrouverte, la respiration saccadée. Sa main gauche lâcha le comptoir pour venir se poser sur son propre sein, à travers le lin de sa veste. Ses doigts trouvèrent son téton, le pincèrent à travers le tissu. Un spasme lui traversa le ventre.
Elle accéléra.
Le bruit était obscène maintenant—un frottement mouillé, des succions involontaires, la respiration rauque de Dorian qui s'étouffait à moitié contre sa chatte. La bave et la cyprine mélangées dégoulinaient sur son menton, sur sa chemise. Le tabouret grinçait sous les à-coups des hanches d'Emma.
Elle lâcha ses cheveux et posa les deux mains sur le comptoir, derrière elle, en appui. Ses hanches décollèrent presque du tabouret. Elle se mit à baiser sa bouche comme on baise une queue—des coups de reins précis, réguliers, qui plaquaient sa chatte contre ses lèvres.
Le mur du fond disparut. La lumière orange disparut. Il n'y avait plus que cette bouche écrasée contre sa chatte, ce nez qui s'enfonçait dans sa fente, cette langue inerte qu'elle utilisait comme un jouet. Elle n'était plus dans le contrôle. Elle était dans la sensation. Et elle s'en foutait.
— Putain.
Le mot sortit tout seul. Sa voix était méconnaissable—grave, étranglée, animale.
L'orgasme monta d'un coup, brutal, comme une main qui lui empoignait les entrailles. Elle grogna, les dents serrées, et ses cuisses se verrouillèrent autour de la tête de Dorian. Sa chatte explosa contre sa bouche—pas un écoulement, un jet. Elle gicla. Un premier spasme qui lui arracha un cri rauque et projeta sa mouille sur le menton de Dorian, dans sa bouche ouverte, sur ses joues. Un deuxième, plus violent, qui trempa le col de sa chemise et dégoulina dans son cou. Il tenta de refermer la bouche, d'avaler—elle lui écrasa la vulve sur les lèvres sans ralentir. Elle se souleva à moitié du tabouret, les mains agrippées au comptoir, et se vida sur lui par saccades—des giclées chaudes qui ruisselaient sur son visage, qui coulaient dans ses yeux, qui s'accrochaient à ses cils. Elle pissait littéralement sa cyprine sur lui, et chaque contraction de sa chatte envoyait une nouvelle vague s'écraser contre ses lèvres.
— Putain de salope, grogna-t-elle—et elle ne savait plus si elle parlait d'elle ou de lui.
Elle continua de se frotter contre sa bouche trempée, écrasant son clitoris sur sa langue inerte, faisant durer chaque pulsation, chaque giclement, chaque spasme qui lui tordait le ventre. Le visage de Dorian était inondé, luisant sous la lumière orange, méconnaissable. Elle sentit un dernier jet monter, le plus violent, et elle lâcha un cri étranglé en arrosant son front, ses cheveux, le comptoir derrière lui.
Puis plus rien.
Elle resta immobile. Sa poitrine se soulevait par à-coups. Ses cuisses tremblaient. Le silence retomba sur le bar, troublé seulement par sa respiration et le bruit d'une goutte qui tombait du menton de Dorian sur le carrelage.
Elle se leva.
Elle prit une serviette en papier sur le comptoir, s'essuya les doigts, et laissa la boule de papier froissé à côté du verre vide.
Elle attrapa sa culotte, remonta son pantalon, reboutonna le jean. Ses gestes étaient lents, précis, sans pudeur. Elle prit son sac sur le tabouret, vérifia son téléphone, le rangea.
Dorian était toujours à genoux. Le visage dégoulinant, les lèvres gonflées, la chemise trempée. Il bandait—elle le voyait à la bosse dans son pantalon, à la façon dont il se retenait de poser sa main dessus.
Emma le regarda. Une seconde. Pas plus. Ses yeux glissèrent sur son visage inondé, sur sa chemise souillée, sur la bosse qui tendait son pantalon.
Puis elle sortit.
Dans le hall, la lumière de la conciergerie était éteinte. L'ascenseur l'attendait, portes ouvertes. Elle entra, appuya sur le troisième.
Les portes se refermèrent.
Le silence retomba.
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