Mona, ce qu’il reste du silence
Chapitre 1
00:00 00:00
ou pour accéder à la lecture audio sans limite de temps
✦ StanJR23 Mona, ce qu’il reste du silence XSTORY
Temps de lecture Vues Date de publication Commentaires Partager Liste de lecture
Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Mona, ce qu’il reste du silence — Chapitre 1

57 minutes
8.9k
Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

Auteur

Photo de profil de StanJR23
StanJR23
Histoires publiées
71
Abonnés
44
J'aime cumulés
4.4k

Mona, ce qu’il reste du silence

Chapitre 1

Mona, ce qu’il reste du silence
Du 7 décembre 2023 (Vancouver et Toronto)
⸻
Citation :
« Il vaut mieux avoir aimé et perdu que de n’avoir jamais aimé du tout. »
Alfred Tennyson, poète britannique.
Les premières lueurs d’un matin d’hiver caressaient timidement les façades de verre du quartier financier de Toronto. Depuis plusieurs milliers de mètres d’altitude, la plus grande ville canadienne ressemblait à une immense mosaïque d’acier et de lumière où les gratte-ciel semblaient vouloir rivaliser avec le ciel gris qui recouvrait le lac Ontario. À cette heure matinale, la CN Tower dominait encore la cité de toute sa hauteur, projetant sa silhouette familière sur les immeubles qui l’entouraient tandis que, plusieurs dizaines d’étages plus bas, les premiers automobilistes s’engouffraient déjà dans l’interminable ruban du Gardiner Expressway.
Puis, comme porté par une brise invisible, le regard quittait lentement les hauteurs pour glisser entre les tours du Financial District.
Le tumulte de la ville s’effaçait progressivement.
Une façade de verre aux lignes sobres attirait bientôt toute l’attention : Le St. Regis Toronto.
Ses immenses baies vitrées reflétaient les nuages d’un ciel encore hésitant, laissant seulement deviner la vie qui animait les suites les plus prestigieuses de l’établissement. Comme si personne ne pouvait l’en empêcher, le regard franchit silencieusement la vitre de l’une d’elle.
La suite baignait dans une douce lumière hivernale.
Une vaste pièce de vie s’ouvrait sur un salon où deux tasses de café encore fumantes reposaient sur une table basse en marbre. Plus loin, une bouteille de champagne oubliée dans son seau commençait doucement à perdre sa fraîcheur. Une robe noire avait été négligemment déposée sur le dossier d’un fauteuil tandis qu’une veste de costume attendait sagement sur le canapé, à côté d’un ordinateur portable resté ouvert sur quelques graphiques financiers. Deux valises entrouvertes occupaient un coin de la pièce, leurs vêtements dépassant sans véritable ordre comme si leurs propriétaires avaient préféré profiter de leur séjour plutôt que de ranger leurs affaires.
Le lit king-size, parfaitement visible depuis l’entrée, racontait à lui seul une partie de la nuit écoulée.
Les draps froissés semblaient encore garder le souvenir de leurs occupants.
Dans le silence feutré de la suite, un léger ruissellement d’eau parvenait depuis la salle de bain.
On y entendait quelques éclats de rire étouffés et quelques soupirs à peine perceptibles.
La ville semblait soudain très loin mais une sonnerie électronique retentit brusquement.
Les voix se figèrent lorsque une deuxième sonnerie tinta dans ce calme.
— Eh merde… l’appel de Benji ! lança une voix féminine derrière la porte de la salle de bain.
Un rire masculin lui répondit aussitôt.
— Encore un tout petit peu, bébé… Ton mari comprendrait qu’on profite toujours des bonnes choses jusqu’au bout.
— Tu en as déjà largement assez profité… répliqua-t-elle entre deux éclats de rire. Et je te rappelle que ton meilleur ami déteste attendre.
La porte de la salle de bain s’ouvrit brusquement.
Les cheveux encore humides, une jeune femme enveloppée dans un épais peignoir blanc brodé du monogramme doré du St. Regis traversa rapidement la chambre tout en essuyant distraitement quelques gouttes d’eau tombées sur son cou. Elle attrapa son téléphone posé sur la table de nuit, observa un instant l’écran qui continuait de vibrer avant de lever les yeux au ciel avec un sourire amusé.
Derrière elle, un homme continua tranquillement son chemin vers le minibar comme si rien ne pouvait venir perturber le cours parfaitement normal de sa matinée.
Winona secoua doucement la tête puis éclata de rire. L’écran de son téléphone continuait obstinément de vibrer entre ses mains.
— Bon… il va finir par croire que je suis morte.
Elle fit glisser son doigt sur l’écran. Quelques fractions de seconde plus tard, le visage souriant de Benjamin apparut.
— Salut vous de…
Il s’interrompit aussitôt. Ses yeux venaient de quitter le visage de son épouse pour se poser quelques mètres plus loin. Mike, totalement indifférent à la caméra, ouvrait tranquillement le minibar tout en examinant son contenu avec un sérieux presque scientifique.
— Sérieusement… soupira Benji en secouant la tête. Il pourrait au moins mettre un pantalon pour me dire bonjour.
Sans même prendre la peine de se retourner, Mike attrapa une bouteille d’eau pétillante avant de refermer la porte du minibar d’un coup de hanche.
Puis il pivota lentement vers la caméra, parfaitement à son aise.
— Bonjour Benji.
Il leva la bouteille comme on trinque avec un vieil ami.
— Et puis pas de ça entre nous… Après tous les vestiaires qu’on a partagés et toutes les parties qu’on a faites ensemble, tu vas pas commencer à jouer les pudiques maintenant.
Il ponctua sa phrase d’un clin d’œil tellement appuyé qu’il en devenait volontairement ridicule. Winona laissa échapper un rire qui oscillait entre l’amusement et cette légère exaspération qu’inspirait régulièrement Mike lorsqu’il décidait de faire son numéro.
Benji leva les yeux au ciel.
— Un jour, je jure que je finirai par te greffer définitivement un pantalon.
— Tu dis ça à chaque fois.
— Parce que tu ne m’écoutes jamais.
— Normal. Tu n’as encore jamais réussi à me convaincre.
Les trois éclatèrent de rire presque simultanément. Le silence qui suivit avait quelque chose de familier.
Celui de gens qui n’avaient plus besoin de faire semblant depuis bien longtemps.
Benji reprit finalement la parole.
— Bon… trêve de bêtises. Tu pars toujours demain ?
Mike hocha la tête en dévissant sa bouteille.
— Premier vol pour Pékin. Ensuite correspondance vers Shenyang, puis encore quelques heures de voiture jusqu’à Shenjiang.
— Tu es sûr qu’il vaut le déplacement, ton fameux prospect ?
— À dix-sept ans, il domine déjà des joueurs qui ont parfois huit ou neuf ans de plus que lui. Deux mètres trois, une mobilité incroyable, une lecture du jeu complètement folle… Si quelqu’un ne le signe pas maintenant, dans trois ans il coûtera une fortune.
Benji esquissa un sourire.
— Tu me connais… Dès que tu commences à parler basket, j’ai l’impression d’écouter un gamin le matin de Noël.
Mike haussa les épaules.
— C’est mon boulot… et puis j’aime encore croire qu’on peut changer la vie d’un môme avant que quelqu’un d’autre ne la lui gâche.
Cette fois, Benji acquiesça sans plaisanter. il connaissait suffisamment son meilleur ami pour savoir que derrière ses allures d’éternel adolescent se cachait souvent quelqu’un de beaucoup plus sensible qu’il ne voulait bien le montrer.
Il reporta ensuite son attention sur Winona.
— Et toi, quel est le programme aujourd’hui ? Toujours ton déjeuner avec Mona ?
Winona acquiesça en resserrant la ceinture de son peignoir avant d’aller s’installer près de l’immense baie vitrée. En contrebas, Toronto s’éveillait lentement sous un ciel couleur d’étain.
— Oui. Douze heures trente au Canoe. Ça fait presque six mois qu’on essaie de trouver une date où nos agendas acceptent enfin de coopérer.
— La fameuse Mona… souffla Mike avec un sourire malicieux.
Winona tourna aussitôt la tête vers lui.
— N’essaie même pas.
— Pourquoi ? Je suis simplement curieux.
— Tu es surtout beaucoup trop amoureux en ce moment.
Mike éclata de rire.
— Quel rapport ?
— Parce que Mona ferait de toi son petit-déjeuner… et elle passerait au déjeuner avant que tu aies eu le temps de comprendre ce qui t’arrive.
Mike porta une main théâtrale sur son cœur.
— Je suis profondément vexé.
— Tu devrais surtout te sentir prévenu.
Benji observa son épouse quelques secondes avec amusement.
— C’est vrai qu’elle est à ce point-là ?
Winona eut ce petit sourire que l’on réserve aux personnes que l’on connaît depuis trop longtemps pour les résumer en une phrase.
— Mona est brillante. Drôle. Elle ferait probablement une excellente épouse… si seulement elle croyait encore que ça existe. Les hommes entrent dans sa vie comme ils entrent dans un hall d’hôtel. Ils repartent généralement par la même porte quelques heures plus tard, sans qu’elle se retourne une seule fois.
Benji arqua un sourcil.
— Et pourtant c’est une de tes meilleures amies…
— Justement. Parce que derrière tout ce cinéma, je sais qu’il y a une femme qui refuse simplement de laisser quelqu’un s’approcher assez près pour lui faire du mal.
Pendant un bref instant, Mike cessa de sourire.
Comme si cette dernière phrase venait d’éclairer Mona d’une lumière totalement différente.
Puis il reprit aussitôt son ton habituel.
— Bon… du coup, je confirme : je vais rester fidèle à mon prospect chinois. Je tiens à mon petit cœur.
Winona éclata de rire une nouvelle fois.
— C’est effectivement beaucoup plus prudent.
Benji observa tour à tour son épouse puis son meilleur ami avant d’afficher ce sourire que seuls les très vieux amis savent encore provoquer.
— Bon… j’attends mon compte rendu. Comment était la nuit ?
Un silence s’installa. Mike et Winona échangèrent un regard. Leurs lèvres s’étirèrent exactement au même moment. L’homme noir leva lentement les deux pouces avec un enthousiasme volontairement grotesque.
— Je plaide coupable sur toute la ligne.
Winona leva les yeux au ciel.
— Ne l’écoute surtout pas…
Elle se tourna brièvement vers Mike, incapable de retenir un sourire.
— …il est encore très loin de la vérité.
— Je proteste ! s’exclama Mike en portant une main théâtrale sur son cœur. J’exige une contre-expertise indépendante.
Benji éclata de rire.
— Je savais que je n’aurais jamais dû poser cette question.
— Si, si… répondit Mike avec le plus grand sérieux. C’est même une excellente habitude. Ça entretient notre transparence conjugale.
— Notre quoi ? demanda Winona en le regardant, faussement incrédule.
— Notre transparence conjugale. Entre ton mari, toi et moi, il ne faut jamais laisser s’installer le moindre malentendu.
Et ni une, ni deux, il présenta son membre déjà bien proéminent, dressé devant le visage de la femme à la baie vitrée sous le regard très intéressé du mari de la demoiselle derrière le téléphone et à des milliers de kilomètres.
Winona regarda vers son mari qui haussa les épaules et s’enfonça dans son fauteuil pour apprécier le spectacle.
La jeune femme souleva les yeux vers l’homme noir qui la surplombait et lui dit, tout en empoignant son membre turgescent de sa main gauche :
— Tu as encore des forces après les cinq fois de cette nuit et tout à l’heure sous la douche.
— Pour toi bébé toujours lui répondit-il, et puis il faut mettre en pratique cette transparence conjugale.
Winona soupira puis commença à mettre de petit coup de langue sur le bout hypersensible sans jamais lâcher la connexion visuel avec son époux. Elle prit ensuite une boule en bouche puis l’autre et fit subir à Mike un traitement dont elle seule a le secret.
Benji regardait son épouse donnait du plaisir à son meilleur ami, il aurait pu l’encourager comme tout mari concupiscent et candaliste mais il préférait continuer à observer ce mouvement régulier de la bouche pulpeuse de Winona virevoltant sur ce mat noir très impressionnant.
Mike ne cherchait pas non plus a faire durer le plaisir comme il aurait fait d’ordinaire, il tenait la tête de la chair et tendre de son meilleur pote et prenait énormément d’amplitude pour se faire sucer sa bite.
Il imprimait un rythme de métronome et appréciait particulièrement cette langue qui le sucer sur toute les surfaces de son membre, pendant que deux mains lui massait les boules.
S’en était trop pour l’homme noir qui se tendit en ahanant et lâcha toute sa cargaison blanchâtre au fond de la bouche très accueillante de Winona.
Cette dernière continua à lui téter le bout pour extraire la moindre goutte de sperme restante.
— Alors c’est suffisamment transparent pour vous enchaîne-t-il dans un double sens totalement assumé.
Winona attrapa un coussin posé sur le canapé et le lança dans sa direction. Mike l’esquiva de justesse dans un éclat de rire. Le coussin termina sa course contre le minibar.
Benji secoua lentement la tête.
— Vous êtes vraiment irrécupérables…
— C’est aussi pour ça que tu nous aimes, répondit Winona avec un sourire malicieux tout en se passant sa langue sur ses lèvres pour récupérer les dernières traces de semence à la commissure de ses lèvres.
Le silence qui suivit n’avait rien de gênant. Il ressemblait plutôt à celui d’une vieille habitude.
À celui de trois personnes qui avaient depuis longtemps cessé de se justifier les unes devant les autres.
Au loin, les premiers rayons du soleil perçaient enfin entre les gratte-ciel de Toronto, faisant scintiller les façades de verre qui entouraient le St. Regis.
Une journée ordinaire commençait. Aucun des trois ne se doutait qu’à quelques kilomètres de là, une conversation entre deux femmes allait bientôt faire resurgir une histoire que l’une d’elles croyait pourtant avoir définitivement rangée dans un coin de sa mémoire.
Le trajet entre le St. Regis et le Canoe ne demandait guère plus de quelques minutes à pied, mais il suffisait à quitter l’effervescence des hôtels de luxe pour retrouver une autre facette du centre-ville de Toronto.
À cette heure de la journée, les cols blancs déferlaient sur Bay Street comme un courant ininterrompu. Téléphone vissé contre l’oreille, café brûlant à la main ou ordinateur glissé sous le bras, chacun semblait poursuivre une course dont lui seul connaissait la ligne d’arrivée.
Quarante-quatrième étage.
Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent silencieusement.
Une hôtesse adressa un sourire chaleureux à la jeune femme qui venait de pénétrer dans le restaurant.
Le Canoe n’avait pas besoin d’en faire trop.
Quelques tables seulement étaient déjà occupées. De larges baies vitrées encerclaient la salle et offraient un panorama spectaculaire sur Toronto. La CN Tower semblait presque assez proche pour être touchée du bout des doigts tandis que, plus loin, le lac Ontario disparaissait dans une légère brume hivernale. À l’intérieur, le bois clair, les fauteuils en cuir et les touches de pierre naturelle donnaient au restaurant une élégance discrète, presque apaisante.
Assise près de la baie vitrée, Winona consulta machinalement l’heure sur son téléphone avant de lever les yeux.
Elle l’aperçut immédiatement.
Un léger sourire illumina son visage.
Puis, presque imperceptiblement…
quelque chose changea.
Elle ne sut pas dire quoi.
Pas un détail précis.
Une impression.
Comme si Mona avait laissé quelque chose derrière elle sans même s’en rendre compte.
Cette dernière s’approcha en retirant ses gants de laine noire qu’elle glissa dans la poche de son long manteau couleur camel.
— J’espère que tu ne m’attends pas depuis une heure.
— Sept minutes.
— Tu les comptes maintenant ?
— Seulement avec toi. Les autres, je les facture.
Mona éclata de rire.
Elle se pencha pour embrasser son amie avant de déposer son sac en cuir brun contre le pied de la table.
En retirant son manteau, elle dévoila une silhouette élancée mise en valeur par une robe en maille bleu nuit dont la sobriété contrastait avec l’assurance naturelle qu’elle dégageait. Ses cheveux châtain foncé, légèrement ondulés, retombaient librement sur ses épaules. Quelques mèches rebelles s’étaient échappées malgré ses efforts pour les discipliner durant le trajet. Son maquillage était presque inexistant, laissant toute la place à un regard gris-vert étonnamment expressif, celui d’une femme habituée à observer les autres avant d’être observée elle-même.
Winona la détailla quelques secondes.
— Tu es magnifique.
Mona s’assit sans même relever la tête.
— Tu mens déjà et je ne suis même pas assise.
Les deux femmes éclatèrent de rire.
— Tu vois ? C’est exactement pour ça que je t’aime bien. Les autres me remercient quand je leur fais un compliment.
— Les autres ne te connaissent pas encore assez.
Un serveur s’approcha avec cette élégance presque chorégraphiée propre aux grandes maisons.
— Bonjour Mesdames. Soyez les bienvenues. Souhaitez-vous découvrir les suggestions du chef aujourd’hui ?
Les deux femmes acquiescèrent.
Le serveur ouvrit délicatement son carnet.
— Notre chef vous propose en entrée un saumon sauvage de Colombie-Britannique légèrement fumé au bois de pommier, accompagné d’une crème montée au raifort, d’œufs de truite et de jeunes pousses. Nous avons également un velouté de courge musquée relevé d’une huile de noisette torréfiée…
Mona leva doucement une main.
— Arrêtez…
Le serveur s’interrompit, surpris.
Elle afficha un sourire désarmant.
— Si vous continuez, je vais commander toute la carte.
Même le serveur esquissa un sourire.
Winona secoua la tête.
— Toujours aussi raisonnable.
— La gastronomie est une faiblesse parfaitement assumée.
— Les hommes aussi, non ?
— Les hommes sont surtout un excellent moyen de patienter entre deux bons repas.
Le serveur préféra contempler quelques instants le paysage derrière les baies vitrées afin de conserver tout le sérieux que lui imposait sa fonction.
Winona, elle, éclata franchement de rire.
— Je plains sincèrement le prochain.
— Moi aussi.
Le serveur reprit finalement son rôle.
— Et pour le plat ?
Quelques minutes plus tard, les commandes étaient prises.
Le serveur récupéra les cartes avant de désigner la carte des vins.
— Souhaitez-vous accompagner votre déjeuner d’un verre ?
— Volontiers, répondit Winona.
Le regard du serveur se tourna vers Mona.
— Non merci. Je conduis.
La réponse avait été immédiate.
Naturelle.
Pourtant…
Winona la connaissait suffisamment pour sentir qu’elle n’était pas complète.
Elle n’insista pas.
Le silence qui suivit n’avait rien de pesant.
Au contraire.
Deux amies qui n’avaient pas besoin de parler sans interruption.
Au loin, un avion traçait une fine ligne blanche au-dessus du lac Ontario.
Winona jouait distraitement avec le pied de son verre.
Puis elle releva les yeux.
— Tu sais…
Mona continua d’observer Toronto.
— Hum ?
— Tu es là depuis dix minutes…
Elle marqua une courte pause.
— …mais j’ai l’impression que toi, tu es encore à Vancouver.
Cette fois, Mona ne répondit pas.
⸻
Le serveur déposa les entrées avec une précision presque cérémonieuse.
L’odeur du saumon fumé se mêla à celle du pain encore tiède que l’on venait de poser au centre de la table.
Les deux femmes remercièrent d’un signe de tête.
Le serveur s’éloigna.
⸻
Mona attendit qu’il disparaisse entre les tables.
Elle prit une inspiration.
Son regard se perdit une nouvelle fois vers les gratte-ciel qui dominaient Toronto.
Puis elle souffla presque pour elle-même.
— Tu te souviens du reportage que je devais faire au nord de la ville… il y a quelques mois ?
Winona acquiesça doucement.
— Oui.
Un léger sourire apparut sur le visage de Mona.
Un sourire différent.
Ni heureux.
Ni triste.
Simplement nostalgique.
— Tout a commencé… avec une émission de radio.
Quelques mois plus tôt…
La Highway 400 déroulait son interminable ruban d’asphalte entre les champs enneigés du sud de l’Ontario. Le soleil disparaissait lentement derrière une épaisse couche de nuages gris qui promettait une nouvelle chute de neige avant la nuit. Les essuie-glaces effectuaient inlassablement leur va-et-vient sur le pare-brise de la Ford Edge, repoussant les quelques flocons qui venaient s’y écraser.
Au volant, Mona Gauthier poussa un léger soupir. Une imposante camionnette américaine occupait obstinément la voie de gauche depuis plusieurs kilomètres.
— Évidemment… marmonna-t-elle.
Elle jeta un rapide coup d’œil à droite, libre.
À gauche.l, toujours lui.
— Trois tonnes de tôle pour transporter un café et un ordinateur portable… fallait oser.
Comme pour lui donner raison, le conducteur freina sans raison apparente. Mona leva les yeux au ciel.
— Allez… tu peux le faire… les clignotants étaient compris dans le prix.
Quelques secondes plus tard, le pickup finit enfin par regagner la voie de droite.
— Merci. On progresse.
Elle enclencha son dépassement avec un sourire satisfait.
Le silence revint dans l’habitacle. À sa droite, son sac de reportage débordait de carnets de notes, d’un micro frappé du logo de sa chaîne et d’un appareil photo dont elle n’avait même pas pris le temps de retirer la carte mémoire. La journée avait été longue. Très longue.
Le reportage sur la reconversion d’une ancienne papeterie de Barrie en complexe consacré aux nouvelles technologies n’avait rien de passionnant, mais il fallait bien remplir les journaux régionaux.
Son téléphone vibra brièvement. Elle jeta un coup d’œil à l’écran : Winona.
Mona sourit.
— Tu attendras bien que je rentre, toi…
Elle laissa l’appel s’éteindre avant d’augmenter légèrement le chauffage. Ses doigts encore froids se refermèrent un peu plus fermement sur le volant.
Machinalement, elle alluma la radio. Le jingle familier de CBC Radio One Vancouver résonna dans l’habitacle.
— Tiens… souffla-t-elle. Voyons ce que racontent nos cousins de l’Ouest aujourd’hui…
« Bonsoir. Voici les principaux titres de l’actualité… »
« Aux États-Unis, plusieurs figures du Parti républicain poursuivent leurs déplacements à travers le pays, alimentant déjà les spéculations autour de l’élection présidentielle de 2024… »
Mona esquissa un sourire.
— Ils ont presque deux ans d’avance… ils sont vraiment incroyables.
« À Vancouver, les travaux du prolongement de Broadway entraînent encore d’importantes perturbations de circulation cette semaine. La municipalité invite les automobilistes à privilégier les transports en commun… »
— Bonne chance…
Quelques informations météorologiques suivirent. Puis une nouvelle voix prit l’antenne.
Une femme jeune et posée. Mona fronça légèrement les sourcils.
— Oh non… pas elle…
La journaliste poursuivit pourtant son lancement.
« …ce soir, dans Regards sur la vie, nous recevons un père de famille de Vancouver qui a accepté de revenir sur les semaines ayant suivi le décès de son épouse… »
Mona soupira.
— Si tu pouvais éviter de respirer au milieu de chaque phrase, on gagnerait cinq minutes d’émission…
Elle secoua doucement la tête. Puis sourit malgré elle.
— Et après on dit que je suis mauvaise langue…
La journaliste reprit.
”…Nathan Mercer a perdu sa femme, Claire, le 25 novembre dernier des suites d’une maladie neurologique particulièrement rare. Depuis, il élève seul leur fille Avery, âgée de dix ans. C’est cette dernière qui nous a contactés il y a quelques jours afin que son père puisse partager son histoire avec nos auditeurs…”
Le sourire de Mona disparut. Son index cessa de battre le rythme contre le volant.
Cette fois…Elle écoutait.
Un très léger souffle se fit entendre dans le casque du studio.
Puis une voix grave, calme, presque trop calme.
— Bonsoir…
Mona baissa instinctivement le volume de la ventilation. Dehors, la neige continuait de tomber.
À l’intérieur de la Ford, il ne restait plus que cette voix. Et le silence.
Le léger souffle du studio précéda la voix de l’animateur.
— Nathan, merci d’avoir accepté notre invitation. Je sais que les dernières semaines ont été particulièrement éprouvantes pour vous et votre fille.
Quelques secondes s’écoulèrent.
— Merci de m’avoir reçu.
La voix était posée. Trop posée. Pas monotone. Simplement… maîtrisée.
Comme celle d’un homme qui avait soigneusement choisi chacun de ses mots avant même d’entrer dans le studio.
L’animateur reprit doucement.
— Votre épouse, Claire, est décédée il y a un peu plus d’un mois. Beaucoup de nos auditeurs se demandent certainement comment on continue à avancer après une telle épreuve…
Un silence. Très court. Puis Nathan répondit.
— Je crois qu’on n’avance jamais vraiment. On apprend seulement à faire semblant d’avancer pour ceux qui nous regardent.
Mona hocha presque instinctivement la tête.
— Pas mal…
Elle prit la bretelle en direction de l’autoroute principale. Le trafic s’épaississait progressivement à mesure qu’elle se rapprochait de Toronto.
L’animateur poursuivit.
— Votre fille Avery nous a écrit. Elle disait qu’elle était très fière de vous.
Cette fois…Nathan rit doucement. Un rire bref presque timide.
— Elle me surestime énormément.
Le sourire de Mona s’effaça, son regard resta fixé sur la route. Quelque chose venait de l’interpeller mais elle ne savait pas encore quoi.
⸻
L’entretien se poursuivit. Nathan parlait de Claire avec beaucoup de douceur. Il évoquait leur rencontre puis leur mariage, ensuite les derniers jours à l’hôpital.
Chaque réponse semblait parfaitement construite. Trop parfaitement.
Comme si chacune d’elles avait déjà été racontée plusieurs fois. Comme si chaque émotion arrivait exactement à l’endroit où elle était attendue.
Mona fronça légèrement les sourcils. Elle baissa encore le volume de la ventilation puis celui de la musique de fond diffusée dans le studio.
Elle voulait entendre.Tout entendre.
L’animateur posa finalement une question beaucoup plus personnelle.
— Qu’est-ce qui vous manque le plus aujourd’hui ?
Un nouveau silence. Nathan inspira profondément.
— Le bruit.
Mona arqua un sourcil.
— Tiens…
— Claire chantait tout le temps. En préparant le petit-déjeuner. En rangeant la maison. Même lorsqu’elle oubliait les paroles… elle continuait quand même. Depuis qu’elle est partie… la maison est devenue incroyablement silencieuse.
Cette fois… Mona ne dit rien parce que cette réponse… Elle ne l’avait pas vue venir.
L’animateur laissa quelques secondes s’écouler.
Puis reprit.
— Vous donnez pourtant l’impression d’être très solide.
Nathan répondit presque immédiatement.
— Je n’ai pas vraiment le choix. Avery a déjà perdu sa mère. Elle n’a pas besoin de perdre son père en même temps.
Mona acquiesça doucement.
— Évidemment…
Encore un détail, une sensation Impossible à expliquer.
Elle augmenta légèrement le volume. Nathan poursuivait, les mots étaient justes tout comme les silences. Les émotions étaient justes.
Tout… était parfaitement juste.
Et c’était précisément ce qui dérangeait Mona. Elle ne savait pas encore pourquoi.
Mais une petite voix, quelque part au fond d’elle, venait de souffler :
Il joue un rôle. Elle serra légèrement le volant.
— Non…
Elle secoua doucement la tête.
— Tu ne me racontes pas toute l’histoire…
Comme si Nathan avait pu l’entendre, celui-ci conclut sa réponse par une phrase qui bouleversa les auditeurs.
Mona, elle… N’écoutait déjà plus les mots. Elle écoutait les silences. Les respirations. Les hésitations. Les endroits où la voix tremblait.
Et surtout… Les endroits où elle ne tremblait pas.
L’émission s’acheva quelques minutes plus tard.
Le générique retentit. La journaliste remercia chaleureusement son invité.
Quelques secondes de silence.
Puis les premières notes d’une chanson envahirent doucement l’habitacle.
Mona reconnut immédiatement la voix.
Marie-Mai.
Elle laissa passer quelques mesures. Les toutes premières paroles commencèrent.
Sa main se dirigea presque malgré elle vers l’autoradio.
Clac.
Le silence revint. Elle fixa la route longtemps puis souffla dans un demi-sourire.
— Je ne sais pas qui tu es, Nathan Mercer…
Une voiture la dépassa en klaxonnant. Elle ne détourna même pas les yeux.
— …mais je viendrai te rencontrer.
⸻
Le serveur débarrassa discrètement les assiettes d’entrée tandis que le murmure des conversations reprenait doucement possession du Canoe.
Pendant quelques instants, aucune des deux femmes ne parla.
Winona observait son amie, elle connaissait ce silence. Celui qui annonçait toujours qu’un détail lui échappait encore. Elle finit par rompre le premier le calme.
— Je te connais…
Mona releva les yeux de son assiette.
— Ça commence toujours comme ça quand tu vas me reprocher quelque chose.
— Tu n’écoutais déjà plus l’émission au bout de cinq minutes.
Mona esquissa un sourire.
— Je l’écoutais.
— Non.
Winona secoua doucement la tête.
— Tu auscultais le bonhomme.
Un bref silence.
— Déformation professionnelle.
— Tu avais surtout déjà décidé qu’il cachait quelque chose.
Mona joua distraitement avec son couteau.
— Disons que son histoire était… trop parfaite.
— Tu veux dire ?
— Chaque réponse tombait exactement au bon moment. Chaque émotion arrivait exactement là où elle devait arriver. Il ne disait jamais un mot de trop.
Winona haussa un sourcil.
— C’est plutôt une qualité quand on passe à la radio.
— Justement.
Mona leva doucement son regard.
— Les gens qui souffrent vraiment ne parlent presque jamais aussi bien de leur douleur.
Le serveur arriva avec les plats, une délicate odeur de beurre noisette accompagna un magnifique filet de flétan de Colombie-Britannique posé sur un risotto d’épeautre crémeux, relevé de légumes racines glacés et d’une émulsion aux herbes fraîches.
Devant Winona, un filet de bœuf canadien reposait sur une purée de pommes de terre au cheddar vieilli, nappé d’une réduction au vin rouge dont les effluves embaumèrent immédiatement la table.
Le serveur souhaita un bon appétit avant de s’éclipser.
Mona contempla quelques secondes son assiette.
— Je déteste les restaurants où les plats sont plus beaux que bons…
Elle goûta une première bouchée.
Ferma brièvement les yeux.
— …heureusement celui-ci ne fait pas partie de la liste.
Winona éclata de rire.
— Tu pourrais tomber amoureuse d’un chef.
— Certainement pas.
Une seconde bouchée.
— En revanche, je pourrais très bien épouser sa carte.
Les deux femmes rirent ensemble, puis Winona reprit, plus sérieusement.
— Qu’est-ce que tu as fait après l’émission ?
— J’ai appelé la rédaction de la CBC.
— Directement ?
— Je me suis présentée. Je leur ai expliqué que je souhaitais rencontrer Nathan Mercer pour un sujet.
— Et ils ont accepté ?
— Ils ont simplement promis de lui transmettre ma demande.
Winona acquiesça.
— Ensuite ?
— Deux heures plus tard, mon téléphone a sonné.
— C’était lui ?
Mona hocha lentement la tête.
— Je m’attendais à tomber sur une secrétaire, un standard ou un message enregistré…
Elle esquissa un léger sourire.
— À la place…
Sa voix se fit presque amusée.
— “Nathan Mercer à l’appareil.”
— Ça t’a surprise ?
— Beaucoup.
Winona attendit la suite.
— Les gens qui ont quelque chose à cacher évitent généralement de décrocher eux-mêmes.
Elle marqua une courte pause.
— Lui, non.
— Et il a accepté ?
— Sans poser la moindre question.
— Comme ça ?
— Comme ça.
Mona reprit une bouchée.
— On a fixé un rendez-vous pour le mardi suivant. Onze heures. Chez lui.
Winona sourit doucement.
— Et toi, tu étais déjà persuadée qu’il te cachait quelque chose.
Mona reposa lentement sa fourchette.
— Non.
Winona la regarda.
— J’étais persuadée d’une seule chose.
— Laquelle ?
Le regard de Mona se perdit quelques instants derrière les immenses baies vitrées du Canoe.
Toronto semblait flotter au-dessus du lac Ontario.
— Que cette histoire était beaucoup trop bien racontée pour être complètement vraie.
Elle inspira profondément.
— Je suis arrivée à Vancouver un mardi matin.
Un froid sec, le genre de froid qui te rappelle que l’hiver canadien ne plaisante jamais.
⸻
Quelques mois plus tôt…
Le taxi quitta progressivement les grands axes du centre-ville avant de s’enfoncer dans les rues paisibles de Kerrisdale, les larges trottoirs étaient bordés d’érables encore dépouillés par l’hiver.
Quelques enfants revenaient de l’école en riant.
Un voisin pelletait tranquillement l’allée de sa maison pendant qu’un golden retriever attendait patiemment à côté de lui.
Le chauffeur ralentit devant une élégante maison de briques claires entourée d’un petit jardin soigneusement entretenu, avec rien d’ostentatoire.
Simplement la maison d’une famille qui avait construit, année après année, une vie confortable.
Mona consulta une dernière fois son carnet : Nathan Mercer à 11 h 00.
Elle régla la course, remercia le chauffeur avant de sortir du taxi où l’air froid saisit immédiatement son visage. Elle referma doucement la portière, son regard remonta lentement vers la façade où elle fut captée par le simple aspect d’une maison ordinaire. Presque rassurante.
Elle souffla dans un demi-sourire.
— Voyons voir qui tu es vraiment…
Au même instant…La porte d’entrée s’ouvrit.
L’homme qui apparut n’avait absolument rien de celui que Mona s’était imaginé pendant tout le vol.
Il devait approcher la quarantaine. Grand, les épaules larges sans être imposantes, il portait un simple jean sombre et un pull bleu marine dont les manches étaient légèrement retroussées jusqu’aux avant-bras. Ses cheveux châtains, encore humides, semblaient avoir été séchés à la hâte. Une barbe de quelques jours adoucissait des traits pourtant marqués par une fatigue que même une bonne nuit de sommeil n’aurait probablement pas effacée.
Mais ce qui surprit surtout Mona… Ce fut son regard, il ne cherchait rien, ni à séduire, ni à convaincre, il paraissait simplement heureux d’accueillir quelqu’un.
— Madame Gauthier ?
Sa voix était exactement la même que celle de la radio, grave, calme et posée.
Mais débarrassée des micros et des casques, elle semblait beaucoup plus chaleureuse.
Mona acquiesça.
— Bonjour, Monsieur Mercer.
Un sourire discret éclaira le visage de Nathan.
— Nathan suffira largement.
Il se décala aussitôt pour lui libérer le passage.
— Entrez, je vous en prie. Il commence à faire vraiment froid dehors.
Mona franchit le seuil où une agréable odeur de café flottait encore dans l’entrée.
La maison ressemblait à toutes celles qu’elle avait déjà visitées au cours de sa carrière, des chaussures soigneusement alignées près de la porte et quelques manteaux suspendus à un portemanteau en bois.
Un cartable d’enfant appuyé contre le mur, rien n’avait été déplacé pour impressionner une journaliste. Nathan referma doucement la porte derrière elle.
— Vous avez trouvé facilement ?
La question était si banale qu’elle déstabilisa presque Mona.
— Oui… votre quartier est plutôt facile à repérer.
— Tant mieux. Le GPS a parfois tendance à envoyer les gens deux rues plus loin.
Il esquissa un léger sourire, puis lui désigna le salon.
— Vous prendrez bien un café ? Ou peut-être un thé ?
Mona hésita une fraction de seconde. Elle s’était préparée à beaucoup de choses : Un homme sur la défensive, quelqu’un qui contrôlerait chaque mot, un veuf soucieux de son image. Pas à cet hôte presque embarrassé de ne pas encore lui avoir proposé quelque chose à boire.
— Un café, volontiers.
— Parfait.
Il hocha la tête avec un naturel désarmant.
— Je viens d’en refaire.
Au moment où il s’apprêtait à traverser le couloir, une petite voix retentit à l’étage.
— Papa ?
Nathan leva immédiatement les yeux, son visage changea, pas de manière spectaculaire. Simplement… Il devint celui d’un père.
— Oui, ma puce ?
— Tu peux venir deux secondes ?
Il se tourna vers Mona avec un sourire presque gêné.
— Excusez-moi… ça ne sera pas long.
— Je vous en prie.
Il gravit les premières marches sans se presser. Mona resta seule dans l’entrée, son regard se posa machinalement sur les cadres accrochés au mur.
Des vacances au bord d’un lac, une photo d’école, un dessin maladroit représentant une maison sous un immense soleil jaune, aucun portrait solennel, aucune mise en scène du bonheur.
Seulement les souvenirs ordinaires d’une famille.
Quelques secondes plus tard, elle entendit une voix enfantine.
— C’est la journaliste ?
— Oui.
— Elle est arrivée.
— Comme tu peux le constater.
Un petit silence, puis, presque en chuchotant :
— Sois gentil avec elle.
Nathan laissa échapper un rire discret, un rire sincère.
— Je vais faire de mon mieux.
— Papa…
— Quoi ?
— Je suis sérieuse.
— Moi aussi.
Mona sourit malgré elle, cette conversation n’avait rien de préparé, rien d’une représentation, seulement la complicité tranquille d’un père et de sa fille.
Quelques instants plus tard, des pas résonnèrent dans l’escalier ou apparut une fillette d’une dizaine d’années, une chaussette à moitié enfilée et un livre serré contre elle.
Elle s’immobilisa en apercevant Mona, ses joues rosirent légèrement.
Puis elle s’avança avec un courage qui semblait lui demander un véritable effort.
— Bonjour, Madame.
— Bonjour.
Avery releva les yeux vers elle.
— Merci d’être venue voir mon papa.
Mona resta un instant sans répondre, elle s’était attendue à beaucoup de choses : de la méfiance, de la tristesse, une enfant renfermée, pas à être accueillie avec une telle simplicité.
Elle finit par sourire.
— C’est moi qui te remercie de me recevoir.
Avery sembla réfléchir quelques secondes.
— C’est moi qui ai inscrit papa à la radio.
Nathan, qui venait de rejoindre le bas de l’escalier, passa une main affectueuse dans les cheveux de sa fille.
— Avery…
— Ben quoi ? C’est vrai.
Elle haussa les épaules avec le naturel désarmant des enfants.
— Tu voulais pas y aller.
Nathan esquissa un sourire embarrassé.
— Disons que je n’étais pas très convaincu.
— Tu disais que personne n’avait envie d’écouter un monsieur triste.
Mona observa Nathan, il n’essaya pas de reprendre la main, ne corrigea pas sa fille, ne chercha pas non plus à minimiser ses paroles mais attendit simplement qu’elle ait terminé.
— Et puis je t’ai dit que les gens avaient peut-être besoin de t’entendre, poursuivit Avery.
Elle leva les yeux vers son père.
— Tu te souviens ?
Nathan acquiesça doucement.
— Je m’en souviens.
Il se tourna ensuite vers Mona.
— Excusez-la… elle raconte les choses beaucoup mieux que moi.
— C’est faux, protesta Avery.
Nathan sourit.
— Tu vois ?
Avery leva les yeux au ciel avec une gravité très étudiée.
— Les adultes disent toujours que les enfants exagèrent.
Puis elle adressa un petit signe de la main à Mona.
— Bonne interview.
Elle repartit vers l’étage, son livre toujours serré contre elle, quelques secondes plus tard, une porte se referma doucement.
Le silence revint dans la maison, Nathan souffla discrètement.
— Elle avait très envie de vous rencontrer.
Mona ne quittait pas l’escalier des yeux.
— J’ai l’impression que c’est surtout elle qui a organisé tout ça.
Un léger rire échappa à Nathan.
— Ce ne serait pas la première fois.
Il désigna le salon.
— Venez… nous serons plus à l’aise.
La pièce était baignée d’une lumière douce, une grande bibliothèque occupait tout un pan de mur.
Quelques romans côtoyaient des ouvrages d’architecture, des albums jeunesse et plusieurs jeux de société soigneusement empilés sur une étagère.
Près de la baie vitrée, une table ronde accueillait deux tasses encore fumantes.
Nathan s’arrêta devant la cafetière.
— Sucre ?
— Non merci.
Il lui tendit une tasse.
— J’espère qu’il n’est pas trop fort.
— Vous demandez ça à toutes les journalistes ?
Il réfléchit sérieusement.
— Non.
Un silence.
— En réalité, vous êtes la première.
Mona prit la tasse.
— Je m’attendais à une réponse plus travaillée.
Nathan fronça légèrement les sourcils.
— Pourquoi ?
— Vous venez quand même de passer à la radio.
— Oui…
Il semblait chercher où elle voulait en venir.
— Mais je ne passe pas ma vie à recevoir des journalistes.
Cette réponse était si spontanée que Mona ne trouva rien à ajouter. Nathan s’assit dans un fauteuil mais ne choisit pas la place dominante, ne lui demanda pas non plus où elle souhaitait s’installer.
Il attendit simplement qu’elle choisisse. Elle prit place finalement en face de lui, son carnet resta fermé, son dictaphone également.
Nathan le remarqua.
— Vous ne prenez pas de notes ?
— Pas tout de suite.
— Vous préférez observer ?
Cette fois, ce fut au tour de Mona d’être surprise.
— C’est si évident ?
Nathan eut un sourire discret.
— Pas vraiment.
Il désigna ses mains.
— Vous tenez votre stylo depuis que vous êtes entrée, mais vous ne l’avez toujours pas sorti.
Mona baissa instinctivement les yeux, il avait raison.
Nathan reprit avec une simplicité presque désarmante.
— J’en ai déduit que vous attendiez encore de savoir si j’étais intéressant.
Un léger sourire apparut sur les lèvres de Mona.
— Et votre conclusion ?
Nathan prit quelques secondes avant de répondre.
— Je pense que c’est à vous d’y répondre.
Le silence qui suivit ne ressemblait pas aux précédents, n’était ni gênant ni pesant mais avait quelque chose d’étrangement confortable.
Comme si deux personnes qui ne se connaissaient pas acceptaient déjà de ne pas combler chaque vide par des mots.
Mona ouvrit enfin son carnet puis posa son dictaphone sur la table.
Puis elle leva les yeux vers Nathan.
— J’aimerais vous poser une première question.
— Je vous écoute.
Elle inspira lentement, toutes les questions qu’elle avait préparées depuis Toronto lui parurent soudain inutiles, alors elle en choisit une autre. Une seule, toute simple.
— Pourquoi avez-vous accepté de me recevoir ?
Nathan ne répondit pas immédiatement, son regard glissa quelques instants vers l’étage, là où Avery avait disparu, puis il revint vers Mona.
Un sourire presque imperceptible se dessina sur son visage.
— Parce que ma fille pensait que c’était une bonne idée.
Mona resta immobile, elle s’était préparée à entendre beaucoup de réponses, aucune ne ressemblait à celle-ci.
Le silence s’installa une nouvelle fois entre eux, pour la première fois depuis qu’elle avait entendu sa voix à la radio… Mona eut la sensation très nette que son enquête venait de prendre une direction qu’elle n’avait absolument pas prévue.
Nathan posa sa tasse sur la table basse avant de s’installer dans le fauteuil qui faisait face à Mona, aucun des deux ne parla immédiatement.
Le tic-tac discret d’une horloge murale semblait mesurer un temps différent de celui de la ville qui continuait de vivre derrière les baies vitrées puis Mona sortit enfin son dictaphone.
— Ça ne vous dérange pas ?
Nathan secoua doucement la tête.
— Pas du tout.
Elle enclencha l’enregistrement, un bref bip électronique rompit le silence.
— Nathan Mercer. Première rencontre. Mardi 17 janvier 2023. Onze heures dix-sept.
Elle releva les yeux.
— Merci de m’accueillir chez vous.
— C’est normal.
Il marqua une courte pause.
— Vous avez fait beaucoup de route.
— Quelques heures d’avion seulement.
Nathan sourit.
— Les Canadiens ont une drôle de façon de dire “à côté”.
Mona esquissa un sourire malgré elle, la glace venait de se fissurer, juste assez.
Elle ouvrit son carnet.
— Je vais vous poser une question un peu banale pour commencer.
— Ce sont souvent les plus difficiles.
Elle nota mentalement la phrase.
— Qui était Claire ?
Nathan ne répondit pas immédiatement, son regard glissa vers une photographie posée sur une étagère.
Une femme riait, les cheveux balayés par le vent, pendant qu’une petite Avery, beaucoup plus jeune, tentait de lui voler sa casquette. Un sourire discret apparut sur ses lèvres.
— Elle chantait faux.
Mona leva les yeux.
— Pardon ?
Nathan eut un léger rire.
— C’est la première chose qui me vient.
Il désigna la photographie.
— Elle chantait tout le temps.
Dans la cuisine, sous la douche, en voiture. Même lorsqu’elle ne connaissait pas les paroles, elle inventait la moitié des couplets. Mona se souvenait immédiatement de la radio : Le bruit.
Elle nota simplement : « Elle chantait »
Nathan poursuivit.
— Avery disait qu’elle connaissait plus de chansons inventées que de vraies chansons.
Ils sourirent tous les deux, puis le silence revint.
Mona observa Nathan, elle connaissait ce moment.
D’ordinaire, les gens continuaient. Ils se perdaient dans les souvenirs, les anecdotes, les émotions.
Nathan, lui… S’arrêtait là.
Comme si cette réponse lui suffisait.
Elle reprit.
— Vous en parlez avec beaucoup de tendresse.
— Parce que c’était une femme qui en méritait beaucoup.
Cette fois…Quelque chose accrocha Mona.
La phrase était parfaite, Mais… Elle ne contenait pas un seul mot d’amour, elle relut mentalement sa réponse:
“C’était une femme qui en méritait beaucoup.”
Pas :
“Je l’aimais.”
Pas :
“C’était la femme de ma vie.”
Rien.
Elle leva discrètement les yeux vers lui, Nathan semblait parfaitement serein, elle décida de pousser un peu plus loin.
— Vous avez été mariés combien de temps ?
— Douze ans.
— Et ensemble ?
— Presque quinze.
— C’est long.
— Oui.
Il n’ajouta rien, encore une fois. Mona sentit naître cette même frustration qu’à la radio.
Chaque réponse était exacte, précise, mais il manquait toujours quelque chose, comme si elle contemplait un tableau dont une couleur aurait disparu.
Elle changea d’angle.
— Pendant l’émission, vous avez dit que le silence était ce qui vous manquait le plus.
Nathan secoua doucement la tête.
— Non.
Mona consulta rapidement ses notes.
— Pourtant…
— J’ai dit que le bruit me manquait.
Il sourit presque timidement.
— Ce n’est pas la même chose.
Mona s’immobilisa, elle revit mentalement l’émission, il avait raison car elle avait elle-même transformé la phrase.
Nathan poursuivit tranquillement.
— Le silence a toujours existé dans cette maison.
Le bruit… C’était Claire.
Nouvelle note.
“Le bruit = Claire.”
Mona sentit son intérêt grandir, quelque chose n’allait toujours pas, mais ce n’était pas ce qu’elle avait imaginé, elle referma doucement son stylo.
— Je vais être honnête avec vous.
Nathan acquiesça.
— Je préfère.
— Quand je vous ai entendu à la radio…
J’ai pensé que vous jouiez un rôle, Nathan ne sembla ni surpris, ni vexé.
— Je comprends.
Cette réponse la déstabilisa.
— Vous comprenez ?
— Oui.
Il réfléchit quelques secondes.
— Les gens attendent souvent qu’un veuf ressemble à l’idée qu’ils se font d’un veuf.
Mona resta silencieuse, Nathan continua.
— Si je pleure, certains diront que c’est normal.
Si je ne pleure pas, d’autres penseront que je cache quelque chose, dans les deux cas…Ils auront déjà décidé qui je suis avant même de me rencontrer.
Le dictaphone continuait d’enregistrer mais Mona ne prenait plus de notes.
— Pourtant…
Il y a quelque chose qui me dérange, Nathan acquiesça doucement.
— Je m’en doute.
— Vous ne semblez jamais perdre le contrôle.
Il réfléchit longtemps puis répondit avec une sincérité désarmante.
— Parce qu’Avery me regarde.
Le silence qui suivit fut le premier véritable silence de l’entretien, pas un silence de réflexion mais un silence qui obligeait à réfléchir.
Nathan reprit d’une voix plus basse.
— Les enfants passent leur temps à observer leurs parents.
Ils apprennent en nous regardant, si je m’effondre tous les jours…Qu’est-ce que je lui apprends ?
Mona sentit quelque chose vaciller, pas une certitude, une hypothèse.
Depuis Toronto, elle cherchait un manipulateur, un homme qui fabriquait soigneusement son personnage.
Pour la première fois… Une autre idée traversa son esprit, et si cet homme ne manipulait personne…Sinon lui-même, pour tenir debout devant sa fille.
Nathan reprit sa tasse de café.
— Vous avez pensé à quoi, exactement ?
Mona hésita, c’était inhabituel, d’ordinaire, c’était elle qui posait les questions.
— Honnêtement ?
— Oui.
Elle inspira lentement.
— Je me suis demandé si vous n’étiez pas un pervers narcissique.
Nathan cligna des yeux.
Puis…
Il éclata franchement de rire, un rire franc, spontané, presque surpris.
Lorsqu’il retrouva son calme, il essuya discrètement le coin de son œil.
— C’est probablement le diagnostic le plus original qu’on m’ait attribué.
Mona resta interdite, elle s’était préparée à de la colère, de la froideur, à une défense mais pas à ce rire.
Nathan la regarda avec bienveillance.
— Vous savez…
Si c’est vraiment ce que vous avez pensé… Alors vous avez bien fait de venir.
Un léger silence s’installa. Mona referma distraitement son stylo.
Pour la première fois depuis le début de l’entretien, elle avait l’impression que les rôles venaient de s’inverser. Elle reprit pourtant très vite le contrôle.
— Vous savez ce qui m’a dérangée pendant l’émission ?
Nathan hocha simplement la tête.
— Non.
— Vous parliez de Claire avec beaucoup de respect.
— Parce que je lui en dois.
— Mais jamais avec nostalgie.
Nathan resta silencieux quelques secondes.
— C’est une question ?
— Une observation.
Il acquiesça.
— Les observations sont souvent plus difficiles que les questions.
Mona esquissa un sourire.
— Vous éludez souvent ?
— Seulement lorsque je ne comprends pas encore où l’on veut m’emmener.
Elle nota mentalement la formule.
Puis attaqua autrement.
— Racontez-moi Claire.
Nathan ne répondit pas tout de suite, prit sa tasse, but une gorgée, comme s’il cherchait moins une réponse qu’un point de départ.
— Claire aimait que les choses soient à leur place.
Mona attendit.
— Les vêtements étaient classés par couleur, les épices par ordre alphabétique, les serviettes de bain toujours pliées de la même manière.
Il sourit doucement.
— Un jour, j’ai déplacé le grille-pain de vingt centimètres.
— Et ?
— Elle l’a retrouvé avant même de poser son sac.
Mona rit.
— À ce point-là ?
— À ce point-là.
Il réfléchit.
— Ça pouvait être… impressionnant.
Mona leva les yeux de son carnet.
— Impressionnant ?
Nathan sourit.
— Quand Avery était petite, elle cachait parfois les télécommandes pour voir combien de temps il faudrait à sa mère pour les retrouver.
— Et alors ?
— Le record est de trente-sept secondes.
Ils rirent tous les deux.
Puis Nathan ajouta presque machinalement :
— Claire supportait difficilement que quelque chose lui échappe…
Il s’interrompit, à peine une seconde, mais Mona la vit, Nathan baissa brièvement les yeux vers sa tasse, puis reprit, avec une voix identique.
— …elle disait que l’organisation lui permettait de penser à autre chose.
Mona ne nota rien, elle observa simplement.
C’était la première fois que Nathan semblait corriger sa propre pensée. Elle poursuivit doucement.
— Vous admiriez cette capacité ?
Nathan réfléchit.
— Je crois que je la respectais.
Encore.
Pas “j’aimais”.
Pas “j’admirais”.
Respecter.
Toujours ce choix de mots.
— Et elle ?
— Claire ?
— Oui.
Qu’est-ce qu’elle admirait chez vous ?
Nathan eut un léger sourire.
— Ma patience.
— Seulement ?
Il haussa les épaules.
— Enfin… au début.
Cette fois… Le silence dura un peu plus longtemps.
Mona sentit qu’elle venait d’effleurer quelque chose, pas une blessure, une cicatrice.
Elle décida pourtant de ne pas s’y engouffrer, pas encore.
Elle changea légèrement de direction.
— Pendant votre passage à la radio, vous avez dit que votre fille vous surestimait.
Pourquoi ?
Nathan leva immédiatement les yeux.
— Parce qu’elle est persuadée que je sais toujours quoi faire.
— Et ce n’est pas le cas ?
Un sourire triste passa fugitivement sur son visage.
— Si vous connaissiez le nombre de décisions que j’ai prises trop tard…
Il s’arrêta, comme surpris d’avoir parlé à voix haute.
Puis il se reprit aussitôt.
— Enfin… comme tous les parents, j’imagine.
Mona sentit de nouveau cette étrange impression, Nathan venait encore de refermer une porte, pas brutalement, délicatement. Comme quelqu’un qui protège une pièce dans laquelle il ne veut laisser entrer personne.
Elle posa lentement son stylo.
— Vous choisissez vos mots avec beaucoup de soin.
Nathan la regarda.
— Oui.
— Pourquoi ?
Il répondit sans la moindre hésitation.
— Parce que certains continuent d’exister longtemps après qu’on les a prononcés.
Mona demeura silencieuse, Nathan ne parlait pas seulement de l’interview mais d’Avery.
Elle en était presque certaine.
Nathan remarqua que la tasse de Mona était vide, il se leva.
— Je vous en ressers ?
Mona hésita.
— Volontiers.
Il prit les deux tasses, la cafetière ronronna quelques secondes dans la cuisine, aucun des deux ne parla.
Lorsque Nathan revint, il posa délicatement la tasse devant elle avant de reprendre sa place, Mona le remercia d’un signe de tête, puis ouvrit de nouveau son carnet.
Nathan sourit doucement.
— Vous avez beaucoup moins écrit ces dix dernières minutes.
Mona releva les yeux.
— Vous observez souvent les gens ?
— Seulement quand ils viennent chez moi.
— C’est une habitude ?
— Je crois.
Il haussa légèrement les épaules.
— Quand on déteste les disputes, on finit par regarder les gens avant de les écouter.
Cette phrase surprit Mona.
— Pourquoi ?
Nathan prit quelques secondes.
— Parce qu’un conflit commence rarement avec des mots.
Elle nota la phrase, Nathan l’observa faire.
— Voilà.
— Quoi ?
— Vous venez d’écrire quelque chose.
— C’est mon métier.
Il secoua doucement la tête.
— Non.
Mona fronça légèrement les sourcils.
— Vous écrivez uniquement lorsque quelque chose vous surprend.
Elle resta immobile, Nathan poursuivit avec le même calme.
— Depuis que vous êtes arrivée, vous n’avez presque rien noté lorsque je parlais de Claire.
En revanche, chaque fois que je vous ai répondu d’une manière que vous n’attendiez pas…Vous avez écrit. Mona regarda son carnet, il avait raison.
Nathan esquissa un sourire presque désolé.
— J’espère que vous ne le prendrez pas mal.
— Continuez.
Il hésita, pour la première fois depuis le début de l’entretien.
— Je crois que vous aimez comprendre les gens avant qu’ils ne vous comprennent.
Le silence s’installa, Mona ne répondit pas, Nathan baissa les yeux vers sa tasse.
— Je peux me tromper.
— Continuez.
Sa voix était devenue beaucoup plus basse, Nathan leva de nouveau les yeux.
— Vous posez énormément de questions.
Mais vous répondez très peu lorsqu’on vous en pose une, Elle esquissa un léger sourire.
— C’est pourtant moi la journaliste.
— Je sais.
Il sourit à son tour.
— Mais ça ne répond pas à ma remarque.
Mona s’adossa lentement à son fauteuil.
— Vous faites ça avec tout le monde ?
— Observer ?
— Oui.
Il réfléchit.
— Pas vraiment.
— Pourquoi moi ?
Nathan répondit avec une sincérité désarmante.
— Parce que j’ai eu l’impression que vous faisiez la même chose avec moi.
Les deux restèrent silencieux quelques instants, puis Mona demanda :
— Et votre conclusion ?
Nathan souffla discrètement, comme s’il regrettait déjà d’aller plus loin.
— J’ai l’impression…Que vous avez beaucoup appris des autres. Mais très peu laissé les autres apprendre de vous.
Mona sentit son estomac se nouer. Cette fois… Il venait de toucher quelque chose sans connaître son histoire, sans connaître ses parents, sans connaître ses blessures. Simplement…En l’observant.
Elle détourna quelques secondes le regard vers la fenêtre, le jardin était parfaitement immobile.
Lorsqu’elle revint vers Nathan, son sourire avait disparu.
— Vous vous trompez peut-être complètement.
Nathan acquiesça immédiatement.
— C’est possible.
Il ne chercha pas à la convaincre mais reprit simplement sa tasse.
— C’est pour ça que je ne fais pas votre métier.
Cette réponse arracha malgré elle un sourire à Mona, un vrai, le premier depuis le début de leur entretien, Nathan le remarqua mais il n’en dit rien.
Il se contenta de boire une nouvelle gorgée de café, le silence revint naturellement entre eux.
Et, contre toute attente… Il n’était plus inconfortable.
Quelques secondes s’écoulèrent, Mona referma lentement son carnet puis regarda le dictaphone posé entre eux, le petit voyant rouge continuait de clignoter, elle tendit la main puis s’immobilisa.
— Une dernière question.
Nathan esquissa un léger sourire.
— Je vous écoute.
— Depuis le début de notre entretien…
Elle chercha ses mots.
— J’ai l’impression que vous choisissez très soigneusement ce que vous racontez.
Nathan acquiesça simplement.
— Oui.
Une réponse si directe qu’elle déstabilisa Mona.
— Pourquoi ?
Il prit le temps de réfléchir mais pas pour fabriquer une réponse, mais pour trouver les mots justes.
— Parce qu’il existe des vérités qui n’appartiennent pas qu’à moi.
Mona resta silencieuse, Nathan poursuivit calmement.
— Lorsque deux personnes partagent une vie, leurs souvenirs cessent d’être entièrement les leurs mais deviennent aussi ceux de leurs enfants.
Il marqua une courte pause.
— Je peux raconter mon histoire mais ne suis pas certain d’avoir le droit de raconter celle d’Avery.
Mona sentit un léger frisson lui parcourir l’échine, cette réponse… Elle ne l’avait pas vue venir.
— Pourtant…
Vous acceptez aujourd’hui qu’une inconnue vienne vous poser des questions sur votre famille.
Nathan sourit.
— Sur moi. Pas sur elle.
— Vous faites une différence ?
— Une très grande.
Il baissa un instant les yeux vers sa tasse désormais vide.
— Avery a perdu sa mère. Je refuse qu’elle perde aussi les souvenirs qu’elle en garde.
Le silence retomba, cette fois, Mona ne chercha pas à le combler car elle comprenait soudain pourquoi certaines réponses semblaient incomplètes. Ce n’était pas de la prudence et encore moins une stratégie, c’était une limite, une frontière que Nathan s’était imposée.
Mona coupa enfin le dictaphone, le petit voyant rouge s’éteignit, Nathan remarqua le geste.
— C’est terminé ?
Mona acquiesça.
— Pour aujourd’hui.
Nathan se leva, elle fit de même, ils traversèrent lentement le salon.
En passant devant une bibliothèque, Mona remarqua un cadre qu’elle n’avait pas vu en arrivant, Claire y tenait Avery dans ses bras sur une plage.
Toutes les deux riaient, Nathan suivit son regard, un sourire discret passa sur son visage.
— Elle adorait cette photo.
Mona observa quelques secondes le cliché.
— Vous aussi ?
Nathan réfléchit, puis répondit très doucement.
— Avery surtout.
Ils arrivèrent devant la porte d’entrée, Nathan attrapa le manteau de Mona et le lui tendit, elle enfila ses manches en silence.
Il ouvrit la porte, l’air froid de Vancouver s’engouffra immédiatement dans l’entrée, Mona remit ses gants puis Nathan reprit la parole.
— Merci d’être venue.
Elle leva les yeux vers lui.
— Je ne suis pas certaine d’avoir trouvé ce que je cherchais.
Nathan sourit avec une sincérité désarmante.
— Moi non plus.
Elle s’apprêtait à franchir le seuil lorsqu’il ajouta, presque pour lui-même :
— J’ai peut-être parlé un peu vite tout à l’heure…
Mona se retourna.
— À quel sujet ?
Nathan resta quelques secondes silencieux, son regard monta instinctivement vers l’étage, puis revint vers elle.
— Claire.
Mona attendit.
— Je n’ai rien dit de faux.
Mais…
Il chercha ses mots.
— Certaines vérités deviennent inutiles lorsqu’elles risquent seulement de faire du mal à ceux qui restent.
Elle ne répondit pas, Nathan poursuivit d’une voix presque plus basse.
— Un enfant n’a pas besoin de connaître tous les détails de l’histoire de ses parents pour continuer à aimer les deux.
Un long silence s’installa, Mona comprit alors qu’il ne lui demandait pas de garder un secret, il lui expliquait simplement pourquoi il avait choisi le sien.
Nathan sembla réaliser qu’il venait d’en dire davantage qu’il ne l’aurait souhaité, il esquissa un sourire.
— Enfin… Ce sont des réflexions de père, n’y voyez rien de plus.
Mona soutint son regard.
— Je ne crois pas que je pourrai.
Leurs yeux restèrent quelques secondes accrochés l’un à l’autre, ni défi, ni séduction.
Simplement deux personnes qui avaient désormais davantage de questions que de réponses. Nathan inclina légèrement la tête.
— Prenez soin de vous, Madame Gauthier.
Un léger sourire apparut sur les lèvres de Mona.
— Mona.
Il lui rendit son sourire.
— Alors… Prenez soin de vous, Mona.
Elle descendit les quelques marches du perron, le froid lui saisit immédiatement le visage, lorsqu’elle rejoignit le trottoir, elle se retourna une dernière fois, Nathan était toujours sur le seuil, il leva discrètement la main puis referma doucement la porte.
Pour la première fois depuis longtemps, Mona quitta un entretien avec une certitude inhabituelle, car elle n’avait découvert aucun mensonge. Et pourtant… Elle était convaincue que l’histoire de Nathan Mercer ne commençait pas là où il venait de la raconter.
Le moteur de la voiture ronronna doucement avant de s’éveiller tout à fait. Quelques flocons humides continuaient de tomber sur Kerrisdale, recouvrant d’un voile blanc les haies soigneusement taillées qui bordaient les propriétés du quartier. Les trottoirs avaient déjà été dégagés par la plupart des riverains, laissant apparaître un ruban de béton sombre où quelques enfants avaient dessiné des traces de bottes avant de rentrer se mettre au chaud.
Mona ajusta son siège, boucla sa ceinture puis programma l’aéroport international de Vancouver sur le GPS.
Une voix synthétique annonça l’itinéraire : Prenez West 41st Avenue en direction est, elle enclencha donc la marche arrière.
La maison des Mercer disparut lentement dans son rétroviseur, elle ne se retourna pas.
Quelques minutes plus tard, elle roulait sur West 41st Avenue. Les commerces de Kerrisdale défilaient lentement derrière les vitres encore constellées de neige fondue. Une boulangerie venait d’ouvrir ses portes. Plus loin, un fleuriste installait des compositions hivernales devant sa vitrine malgré le froid humide qui s’était abattu sur la ville depuis le début de la semaine.
Les essuie-glaces poursuivaient leur va-et-vient régulier, le chauffage diffusait une chaleur discrète.
À l’extérieur, Vancouver semblait avancer au ralenti.
À l’intérieur… Les mots de Nathan continuaient de tourner.
« Certaines vérités deviennent inutiles lorsqu’elles risquent seulement de faire du mal à ceux qui restent. »
Mona serra un peu plus le volant.
— Bon sang…
Elle avait connu des ministres, des chefs d’entreprise, des sportifs, des élus, des escrocs, des hommes convaincus d’être plus intelligents que les journalistes mais elle avait appris à reconnaître leurs mécanismes : le regard qui fuyait au mauvais moment, la respiration qui s’accélérait, les silences trop longs, les émotions arrivant exactement lorsqu’elles étaient attendues.
Nathan Mercer… Ne ressemblait à aucun d’eux.
Un feu passa à l’orange, la faisant ralentir avant de s’immobiliser à l’intersection de Granville Street.
Le ballet des autobus, des taxis et des cyclistes reprit aussitôt devant son pare-brise : Une femme promenait un labrador emmitouflé dans un petit manteau rouge, un homme referma précipitamment son parapluie avant de traverser, la neige se transformait déjà en pluie comme souvent à Vancouver.
Le feu passa au vert, Mona repartit.
— Qu’est-ce que tu caches…
Ce n’était plus une accusation, presque une question, elle poursuivit sa route vers le sud.
Les maisons laissèrent progressivement place aux grands axes qui menaient vers le Fraser River puis la circulation s’ouvrit brusquement lorsqu’elle s’engagea sur Arthur Laing Bridge.
Sous le ciel d’un gris uniforme, le fleuve semblait disparaître dans une légère brume hivernale. Quelques cargos étaient immobiles au loin tandis que les silhouettes enneigées des montagnes de la rive nord apparaissaient par intermittence entre les nuages, Mona baissa instinctivement le pare-soleil.
La lumière se reflétait sur l’eau, elle inspira profondément, puis alluma la radio, quelques stations défilèrent : Informations, publicités, jazz puis… Les premières notes d’un piano, elle reconnut immédiatement la chanson : Marie-Mai - Comme avant.
Ses doigts restèrent immobiles sur le bouton du volume, D’ordinaire…Elle aurait changé de station avant même le premier refrain mais Aujourd’hui…Elle laissa la musique remplir l’habitacle.
Sans vraiment écouter les paroles, seulement cette impression étrange qu’elles réveillaient, comme si quelqu’un lui rappelait qu’il existait parfois une différence entre comprendre une histoire…et comprendre les personnes qui l’avaient vécue.
Elle revit Nathan, son rire lorsqu’elle l’avait traité de pervers narcissique, son hésitation en parlant de Claire, son regard montant instinctivement vers l’étage chaque fois qu’il évoquait Avery.
Elle tapa doucement du bout des doigts contre le volant.
— Tu n’es pas celui que je croyais…
Un léger silence, puis elle secoua la tête.
— Non…
Ce n’est pas ça, elle quitta le pont.
Les panneaux indiquant Sea Island puis Vancouver International Airport se succédaient désormais au-dessus de la chaussée. Elle inspira profondément, sa main se dirigea vers l’autoradio, la musique s’interrompit brusquement.
Le silence revint, cette fois… Ce n’était pas la chanson qui la dérangeait, c’était l’idée qui venait de s’imposer à elle.
Pour la première fois depuis qu’elle exerçait ce métier…Elle venait de terminer une interview sans avoir débusqué le moindre mensonge.
Et pourtant…Quelque chose refusait obstinément de trouver sa place, elle avait eu raison, Nathan Mercer ne racontait pas toute son histoire.
Mais elle commençait à comprendre qu’elle s’était trompée sur une chose essentielle, il ne cachait pas la vérité mais protégeait quelqu’un.
Au loin, les verrières de l’aéroport émergèrent de la brume, Mona ralentit en suivant les indications vers le retour des véhicules de location.
Sans qu’elle sache encore pourquoi…Elle avait la certitude qu’elle reviendrait à Vancouver.
__________________________
Quelques secondes plus tard…
Le murmure du restaurant ramena doucement Mona à Toronto.
Pendant quelques instants, aucune des deux femmes ne parla. Mona contemplait distraitement son assiette tandis que Winona l’observait en silence. Finalement, cette dernière prit ses couverts.
— Bon…
Elle découpa tranquillement un morceau de bœuf.
— Tu vas finir par me dire ce qui ne va pas.
Mona releva lentement les yeux.
— Rien ne va.
Winona esquissa un sourire.
— À ce point-là ?
Mona attrapa sa fourchette. Elle la planta machinalement dans son risotto, puis la reposa sans avoir porté la moindre bouchée à sa bouche.
— Je déteste cet homme.
Winona éclata de rire.
— C’est donc si catastrophique ?
— Justement non.
Elle souffla longuement.
— C’est bien ça le problème.
Winona comprit immédiatement que la plaisanterie venait de s’arrêter.
Elle attendit.
Mona finit par reprendre.
— Je n’ai trouvé aucun mensonge.
— C’est plutôt une bonne nouvelle pour ton article.
— Pour lui, oui.
Elle secoua doucement la tête.
— Pour moi, c’est un cauchemar.
Winona fronça légèrement les sourcils.
— Explique-moi.
Mona prit enfin une bouchée de son plat. Comme toujours, la cuisine du Canoe était irréprochable. Elle en eut parfaitement conscience. Pourtant, c’était la première fois qu’elle aurait été incapable de dire ce qu’elle était en train de manger. Elle avala, puis reposa lentement ses couverts.
— Il répond à toutes les questions.
— Et alors ?
— Il ne cherche jamais à éviter un sujet, jamais à m’impressionner, jamais à me convaincre. Elle marqua une courte pause.
— Il ne cherche même pas à être sympathique.
Winona esquissa un sourire.
— Tu viens de me décrire quelqu’un de plutôt agréable.
— Justement !
Mona laissa échapper un rire nerveux.
— Ce n’est pas normal.
— Pourquoi ?
— Parce que tout le monde veut convaincre un journaliste. Tout le monde. Même ceux qui prétendent le contraire.
Elle regarda quelques secondes la ville derrière les immenses baies vitrées. Toronto semblait flotter dans une légère brume hivernale.
— Lui… J’avais parfois l’impression qu’il oubliait complètement que j’étais journaliste.
Winona goûta à son tour son plat avant de reprendre.
— Tu as quand même remarqué quelque chose.
Mona acquiesça lentement.
— Oui.
— Quoi ?
Elle prit quelques secondes, comme si elle cherchait encore la meilleure façon de formuler ce qu’elle avait ressenti.
— Il a laissé échapper une phrase. Une seule.
Winona attendit.
— Il parlait de Claire. Il a commencé à dire qu’elle supportait difficilement que certaines choses lui échappent… Puis il s’est arrêté, il a reformulé, presque immédiatement.
— Tu penses qu’il mentait ?
— Non.
La réponse fut immédiate.
— Je pense au contraire qu’il disait exactement la vérité.
Winona haussa un sourcil.
— Je ne te suis plus.
Mona reprit sa fourchette. La fit tourner distraitement entre ses doigts.
— Tu sais ce qui m’a frappée ? Ce n’est pas qu’il ait corrigé sa phrase. C’est la raison pour laquelle il l’a corrigée.
Winona posa à son tour ses couverts.
— Et cette raison serait ?
Mona inspira profondément.
— Je crois qu’il protège encore l’image de Claire.
— Même après sa mort ?
Un silence.
Puis Mona secoua doucement la tête.
— Non.
Elle leva les yeux vers son amie.
— Pour Avery.
Les deux femmes restèrent silencieuses quelques secondes.
Au loin, un avion traversait lentement le ciel gris au-dessus du lac Ontario.
Winona finit par rompre le silence.
— Tu crois vraiment que quelqu’un ferait attention à un détail pareil ?
Mona ne répondit pas tout de suite. Elle observait les immeubles qui entouraient le restaurant. Puis souffla presque pour elle-même.
— Je crois qu’il m’a raconté toute la vérité…
Winona attendit la suite.
Mona termina enfin sa phrase.
— …sans jamais me raconter toute son histoire.
Le silence qui suivit n’avait rien d’inconfortable. Winona connaissait suffisamment son amie pour savoir qu’elle venait de mettre des mots sur quelque chose qu’elle n’avait pas encore totalement compris elle-même. Elle reprit calmement son couteau.
— Alors… Tu vas écrire ton article ?
Mona regarda son assiette. Puis les baies vitrées. Puis la silhouette de la CN Tower qui dominait toujours Toronto. Enfin, elle revint vers Winona.
— Non.
— Pourquoi ?
Un très léger sourire apparut sur le visage de Mona. Le premier depuis qu’elle était revenue de Vancouver.
— Parce que je ne comprends toujours pas Nathan Mercer.
Commentaires Partager Liste de lecture

Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.

J'aime
ou laissez un mot
Soyez respectueux
Publier
Chapitre suivant
Chapitre 2
61 minutes
2.7k
11
4
Chapitre suivant

Commentaires ()

Passer les 7 commentaires
Alex74
4 octobre 2026 à 18:40
Impatient de lire la suite, le chapitre est un peu long il aurait peut-être dû le couper en deux.
Une petite erreur dans le texte par contre, elle arrive en taxi et repart en voiture de location.
J'ai quand même adoré ce premier chapitres.
Soyez respectueux
Répondre
OlgaT
30 juillet 2026 à 21:59
Cher StanJR23, d'abord bravo pour la qualité de l'écriture. Il y a peut-être des longueurs qui auraient mérité que le texte soit publié en deux parties.
En découvrant le début, on pense à un scénario candauliste assez classique, puis les choses deviennent plus mystérieuses. On a en effet envie d'en savoir plus, de découvrir la suite!
Soyez respectueux
Répondre
OlgaT
29 juillet 2026 à 22:46
C'est un vrai bonheur que de vous retrouver ici! Je vais relire à tête reposée et commenter, avec plaisir!
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Monsieur Plume
Monsieur Plume
29 juillet 2026 à 21:03
Cela fait plaisir de te retrouver par ici !
J'ai beaucoup aimé le début très cinématographique avec ce zoom jusqu'à la chambre d'hôtel. La suite de l'histoire reste mystérieuse et donne envie d'en savoir plus.
Soyez respectueux
Répondre

Histoires similaires

✦ StanJR23 Natacha, de 14h à 17h XSTORY
Natacha, de 14h à 17h
Chapitre unique
Par StanJR23
9
6
6.8k
Hétéro
✦ NathNMitch (47) Nath et Mitch - Le scandale arrive à la… XSTORY
(47) Nath et Mitch - Le scandale arrive à la Saint-Valentin
Chapitre 1
Par NathNMitch
240
2
2.9k
Hétéro
✦ NathNMitch (02) Le Ranch JMJ – Nathalie: Le retour d’une… XSTORY
(02) Le Ranch JMJ – Nathalie: Le retour d’une femme blessée!
Chapitre 5
Par NathNMitch
155
5
1.8k
Hétéro
✦ NathNMitch (50) Nath et Mitch – Le déclin d’un empire XSTORY
(50) Nath et Mitch – Le déclin d’un empire
Chapitre 2
Par NathNMitch
297
21
4k
Hétéro
✦ Charline88 Mon enfer XSTORY
Mon enfer
Chapitre 5
Par
65
7
1.2k
Hétéro
✦ Jane Does Le satin de Noêl XSTORY
Le satin de Noêl
Chapitre 1
Par Jane Does
108
7
4.6k
Hétéro
✦ Jane Does Misette est morte XSTORY
Misette est morte
Chapitre 2
Par Jane Does
213
2
6.7k
Hétéro
✦ Anthynéa Le baume de l'âme XSTORY
Le baume de l'âme
Chapitre 1
Par Anthynéa
53
10
6.4k
Hétéro
✦ Exorium Voisines (1) XSTORY
Voisines (1)
Chapitre 13
Par Exorium
258
8
11.1k
Hétéro
✦ Jane Does Le satin de Noêl XSTORY
Le satin de Noêl
Chapitre 2
Par Jane Does
77
11
3.3k
Hétéro

Restez informé des nouvelles histoires

Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail

Explorez les catégories

Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir

Mode sombre
Apparition progressive
Lecteur Audio