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✦ tounet777 La dernière notification XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Gays Orientation principale dans ce chapitre

La dernière notification — Chapitre 5

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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tounet777
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La dernière notification

Chapitre 5

Chapitre 5
Le couloir semble interminable, un tunnel de béton brut et de câbles noirs qui serpentent au sol comme des serpents endormis. Chaque pas que je fais résonne trop fort, un écho qui amplifie mon malaise. L'homme du staff – Thomas, d'après son badge – marche devant moi d'un pas régulier, presque mécanique, sans se retourner. Son oreillette clignote par intermittence, et il murmure parfois des instructions incompréhensibles. Derrière nous, la rumeur de la foule qui applaudit encore le rappel d'Ezra s'estompe peu à peu, remplacée par le bourdonnement sourd des néons et le ronronnement lointain de la climatisation. Mon cœur cogne si fort que j'ai l'impression qu'il va finir par sortir de ma poitrine. Qu'est-ce que je fais ici ? Moi, Marceau, celui qui passe ses journées à scanner des articles sans que personne ne lève les yeux sur lui, je suis en train de suivre un inconnu vers les coulisses d'un concert que je n'avais même pas envie de voir.
Je jette un regard par-dessus mon épaule, vers la porte pare-feu qu'on a franchi il y a quelques minutes. Trop tard pour faire demi-tour. Mes mains sont moites, je les essuie discrètement sur mon jean. Pourquoi moi ? Parmi six mille personnes, pourquoi le siège K44 ? Est-ce vraiment un tirage au sort ? Ou est-ce que quelqu'un s'est trompé de nom sur la liste ? Peut-être que Tiphaine aurait dû être à ma place – c'est son billet à la base, après tout. Elle qui était tellement excitée dans la voiture, qui tapait sur le volant en rythme. Et c'est moi qui suis là, les jambes en coton, à me demander si je ne suis pas sur le point de me ridiculiser devant une star internationale.
Thomas s'arrête enfin devant une porte grise ornée d'une petite étoile dorée un peu passée. Il passe sa carte magnétique, et la porte s'ouvre avec un clic discret. Une bouffée d'air frais et parfumé me frappe : un mélange de fleurs, de parfum masculin et d'une légère odeur de sueur propre, celle qui reste après l'effort. La loge est immense comparée à mon studio – miroirs partout, lumières tamisées, un canapé en cuir noir qui semble n'avoir jamais servi, une table basse couverte de bouteilles d'eau, de fruits coupés, de barres énergétiques emballées individuellement. Sur les murs, des posters d'Ezra en pleine performance, des photos encadrées de lui sur scène, en studio, avec des prix dans les mains. Tout respire le luxe discret et l'organisation millimétrée.
— Installez-vous, monsieur, dit Thomas d'une voix neutre et professionnelle. Ezra termine son rappel et viendra directement ici. En attendant, est-ce que je peux vous offrir quelque chose à boire ? Eau plate, eau gazeuse, soda, café, thé glacé ?
Je m'assois prudemment sur le bord du canapé, comme si le cuir risquait de me mordre. Ma gorge est sèche, mais je n'ai pas envie de compliquer les choses.
— De l'eau, s'il vous plaît. Plate.
Thomas hoche la tête et disparaît par une porte latérale. Je reste seul. Le silence de la loge est presque oppressant après le vacarme du concert. Je me relève presque immédiatement, incapable de tenir en place. Mes pas me portent vers les miroirs, vers les étagères, vers tout ce qui peut détourner mon attention de la panique qui monte. Pourquoi moi ? La question tourne en boucle, insistante, presque douloureuse. Est-ce que j'ai fait quelque chose de visible depuis mon siège ? Est-ce que je me suis levé au mauvais moment ? Ou est-ce que quelqu'un de la production a remarqué que je n'applaudissais pas comme les autres, que je restais assis, le téléphone à la main ? Peut-être qu'ils choisissent les gens qui ont l'air les moins enthousiastes, pour faire une belle histoire : « Le fan qui n'y croyait pas ». Ou peut-être que c'est une erreur pure et simple, et qu'Ezra va arriver, me regarder avec surprise et me renvoyer poliment.
Je m'approche d'une étagère. Des photos encadrées : Ezra sur scène sous des projecteurs aveuglants, Ezra en interview avec un micro tendu, Ezra entouré de musiciens qui sourient tous sauf lui – son sourire à lui semble forcé sur certaines images, comme s'il jouait un rôle. Sur l'une d'elles, il est seul, assis sur un tabouret avec une guitare acoustique, les yeux baissés. Il y a quelque chose de triste dans cette photo, une fatigue qui transparaît malgré l'éclairage flatteur. Je me demande si la gloire est vraiment aussi brillante qu'on le croit. Est-ce qu'il se sent seul parfois, lui aussi ? Est-ce qu'il a des nuits où il fixe le plafond en se demandant à quoi bon tout ça ?
Plus loin, une pile de cadeaux de fans : des lettres pliées avec soin, des bracelets tressés aux couleurs de l'arc-en-ciel, des peluches minuscules, des dessins. J'en prends un doucement – un portrait d'Ezra au crayon, avec des yeux immenses et un sourire éclatant. C'est touchant, maladroit mais sincère. Je me demande ce que ça fait de recevoir des centaines de déclarations d'amour tous les soirs. Est-ce que ça remplit le vide, ou est-ce que ça le creuse encore plus ? Je repose le dessin et mes yeux tombent sur un énorme bouquet de roses rouges et de lys blancs. Je m'approche, inhale profondément. Le parfum est sucré, presque entêtant, avec une pointe verte et fraîche. C'est beau, mais ça me rend triste sans que je sache pourquoi. Peut-être parce que personne ne m'a jamais offert de fleurs. Peut-être parce que Félix m'a dit « je t'embrasse » tout à l'heure, et que ces pétales me rappellent qu'on est encore si loin l'un de l'autre.
Thomas revient avec une bouteille d'eau glacée, des gouttelettes qui perlent sur le plastique. Il me la tend.
— Voilà. Ezra ne devrait plus tarder, il termine juste son dernier morceau. Si vous avez besoin d'autre chose, appelez-moi, je reste dans le couloir.
Je prends la bouteille, mes doigts glissent sur le froid. Avant qu'il ne reparte, je ne peux plus me retenir.
— Excusez-moi… pourquoi moi ? Je veux dire, il y avait des milliers de personnes ce soir. Je ne suis même pas… je ne suis pas vraiment un fan. C'était le billet de ma collègue, à la base. C'est vraiment un tirage au sort ?
Thomas marque une pause, son regard glisse vers la porte comme pour vérifier qu'on est seuls.
— Ce n'est pas un tirage au sort, cette fois. C'est Ezra lui-même qui a demandé que ce soit la personne du siège K44 qui soit choisie. Il a insisté personnellement. Je ne sais pas pourquoi exactement, il ne nous donne pas toujours les détails. Mais c'est lui qui a donné l'ordre.
Je reste figé, la bouteille suspendue à mi-chemin de mes lèvres. Ezra m'a choisi. Moi. Pas un tirage au sort. Pas une erreur. Lui. Pourquoi ? Est-ce qu'il m'a repéré dans la foule ? Est-ce qu'il a vu que je restais immobile, que j'envoyais des messages au lieu de hurler ? Est-ce qu'il a senti quelque chose, une tristesse, une différence ? Ou est-ce qu'il choisit toujours quelqu'un qui a l'air perdu, pour se sentir moins seul lui-même ? Les questions se bousculent, me donnent le vertige. Thomas s'éclipse sans rien ajouter, me laissant avec cette bombe qui explose lentement dans ma tête.
Je bois une gorgée, l'eau est si froide qu'elle me fait mal aux dents. Je reprends mes allers-retours dans la loge. Je touche les post-it collés autour du miroir : « Respire », « Tu es plus que la scène », « H-30 min avant changement costume ». Des rappels humains dans un monde de paillettes. Je retourne vers les fleurs, respire à nouveau leur parfum. Je regarde l'heure sur mon téléphone – presque minuit. Félix n'a pas répondu à mon dernier message. Il doit être encore en plein boulot. J'aimerais tellement lui raconter ça. Lui demander ce qu'il en pense. Lui dire que j'ai peur, que je ne comprends rien, que j'ai envie de rentrer chez moi et de me cacher sous ma couette.
Mon téléphone vibre soudain dans ma main. Une notification SMS. Le prénom « Félix » illumine l'écran. Mon cœur fait un bond. Il répond enfin.
[SMS] Félix : Marceau… je sais que tu attends une photo depuis longtemps. Mais j'ai mieux que ça ce soir. Beaucoup mieux.
Je fixe les mots, le souffle coupé. Mieux qu'une photo ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Mes doigts tremblent quand je tape ma réponse.
[SMS] Moi : Quoi donc ? 😳 Tu me fais flipper là… Dis-moi !
Les trois petits points apparaissent presque immédiatement. Puis :
[SMS] Félix : Attends. Tu vas voir.
Je reste planté au milieu de la loge, le téléphone serré contre ma poitrine, les yeux rivés sur l'écran. Attends. Tu vas voir. Mon pouls s'accélère encore plus. Qu'est-ce qu'il prépare ? Une vidéo ? Un appel ? Ou… quelque chose de complètement fou ? Je relève la tête, soudain conscient du silence autour de moi. La porte de la loge est toujours fermée. Pas un bruit dans le couloir.
Et puis, lentement, la poignée tourne.
Ezra entre. Il est encore essoufflé, sa chemise noire de scène collée à son torse par la sueur, ses cheveux blonds humides plaqués sur son front. Il est plus grand que sur les écrans, plus imposant, mais aussi plus… humain. Il referme la porte derrière lui, et le bruit du couloir s'éteint d'un coup. Ses yeux bleus se posent sur moi. Il y a un sourire timide sur ses lèvres, presque hésitant, rien à voir avec le rictus éclatant qu'il arborait sur scène.
Je me lève d'un bond, les mains tremblantes, le téléphone toujours ouvert sur le dernier message de Félix.
— Bonjour… euh… merci de me recevoir ici. C'est… vraiment gentil. Inattendu.
Il me regarde longuement, sans bouger. Son sourire s'adoucit encore, mais il y a quelque chose de fragile dans son expression, comme s'il retenait son souffle.
Je sens la tension monter. Je bredouille :
— Il y a… un problème ?
Ezra prend une inspiration profonde. Puis, d'une voix grave, rauque de fatigue et d'émotion – exactement la même que dans les vocaux qui m'ont tenu éveillé des heures durant –, il dit simplement :
— Salut Marceau, c'est moi.
Je reste figé, le téléphone toujours serré dans ma main comme un objet brûlant. Les mots d'Ezra flottent encore dans l'air entre nous : « Salut Marceau, c'est moi. »
Mon cerveau refuse de connecter les points. C'est comme si on avait débranché un fil quelque part dans ma tête. Je cligne des yeux plusieurs fois, espérant que l'image va se stabiliser, que le chanteur en sueur devant moi va redevenir un inconnu, ou que je vais me réveiller dans mon studio, le billet de concert froissé sur la table.
— Comment… comment tu connais mon prénom ? je murmure enfin, la voix rauque, presque inaudible.
Ezra ne bouge pas. Il reste là, à quelques mètres, les mains ouvertes comme pour montrer qu'il ne cache rien. Son regard est doux, mais fatigué, les cernes sous ses yeux bleus plus visibles maintenant que les projecteurs ne l'éclairent plus.
— Parce que je suis Félix, Marceau. C'est moi depuis le début.
Le silence qui suit est si lourd qu'il semble absorber tout l'oxygène de la pièce. Je sens mes genoux fléchir. Je recule d'un pas, heurte le bord du canapé et m'y laisse tomber lourdement. Le cuir crisse sous moi.
— Non… non, ce n'est pas possible.
Ma voix tremble. Je regarde mon téléphone, l'écran encore allumé sur notre dernier échange : « Attends. Tu vas voir. » Et maintenant il est là. Devant moi. Le même numéro. La même voix. Le même sourire timide que j'ai imaginé mille fois en écoutant ses vocaux.
— Pourquoi tu n'as rien dit ? je souffle, les mots sortant presque malgré moi.
Ezra s'approche lentement, comme s'il craignait que je m'enfuie. Il s'assoit sur le bord de la table basse en face de moi, à bonne distance, pour ne pas m'envahir.
— Parce que je ne pouvais pas me le permettre. Pas tout de suite. Tu sais qui je suis… ou plutôt, qui je suis censé être. Ezra. La star, l'image, le produit. Si je t'avais dit dès le premier message qui j'étais vraiment, tu aurais eu deux réactions possibles : soit tu m'aurais cru fou et tu m'aurais bloqué, soit tu aurais été impressionné, intimidé, et tu aurais commencé à me parler différemment. À me voir comme tout le monde me voit : une célébrité, pas un mec qui a juste… besoin de parler à quelqu'un de vrai.
Il baisse les yeux un instant, passe une main nerveuse dans ses cheveux humides.
— J'ai commencé à avoir confiance en toi très vite. Tes messages étaient si… honnêtes. Pas de filtre, pas de « wow t'es Ezra j'adore tes chansons ». Tu me parlais comme à un inconnu normal. Et plus on discutait, plus je me disais que je pouvais peut-être te le dire un jour. Mais il fallait que ce soit au bon moment. Que tu me connaisses d'abord comme Félix.
Il relève la tête, cherche mon regard.
— Et quand tu m'as dit que tu venais au concert… j'ai su que c'était maintenant ou jamais. J'ai paniqué, mais j'ai aussi eu cette certitude : si je te laissais repartir sans te le dire, je risquais de te perdre pour de bon. Alors j'ai demandé à Thomas de te faire venir ici. Juste toi. Le siège K44. Parce que je voulais que tu vois mon visage quand je te dirais la vérité.
Je l'écoute, mais c'est comme si les mots arrivaient en différé. Mon cerveau rame. Je sens les larmes monter, chaudes, incontrôlables.
— Est-ce que… est-ce que tu m'en veux ? demande-t-il doucement. Pour le mensonge ?
Je secoue la tête, puis hoche la tête, puis hausse les épaules. Un rire nerveux, presque un sanglot, m'échappe.
— Oui… et non. Plus non, je crois. Je peux comprendre. Enfin… j'essaie. C'est énorme, quoi. Mais… et le reste ? Tout ce que tu m'as dit sur… sur ce que tu ressentais ? Sur le fait que je te plaisais ? C'était vrai, ou c'était juste… pour passer le temps entre deux concerts ?
Ezra se penche légèrement en avant, ses yeux plantés dans les miens. Il n'y a plus de masque, plus de sourire de scène. Juste lui.
— Non, Marceau. Pas du tout. Bien au contraire. Tu es encore mieux en vrai. Tellement mieux. J'ai passé tout le concert à te chercher dans la foule. À chaque chanson, à chaque mouvement, mes yeux revenaient vers le gradin K. Je chantais pour toi. Pas pour les six mille autres. Pour toi.
Je déglutis. Ma gorge est nouée.
— J'avais remarqué, je murmure. Ton regard… il revenait tout le temps vers notre secteur. J'ai cru que je délirais. Que c'était dans ma tête.
— Ce n'était pas dans ta tête.
Le silence retombe, plus doux cette fois. Je baisse les yeux sur mes mains, qui tremblent encore. Je ne sais plus quoi dire. Tout est trop. Trop d'émotions, trop d'informations, trop de lui en face de moi.
Et puis mon téléphone vibre violemment sur le canapé à côté de moi. L'écran s'allume : Tiphaine. Appel entrant en visio.
Je sursaute. Ezra regarde l'écran, puis moi.
— Ne pars pas, s'il te plaît, dit-il très vite, presque suppliant. Laisse-moi t'expliquer tout. Reste.
Je fixe l'écran qui continue de sonner. Tiphaine. Elle doit être dehors, furieuse, vexée, impatiente. Je ne peux pas l'ignorer éternellement.
— Je… je dois répondre. Elle m'attend. Elle était déjà super vexée que ce soit moi qu'on appelle et pas elle.
Ezra secoue la tête.
— Reste avec moi. Je te ferai raccompagner plus tard. Par quelqu'un de l'équipe. En sécurité. S'il te plaît, Marceau.
Sa voix tremble légèrement. Il a l'air épuisé, vulnérable. Pas du tout la star qu'on voit à la télé.
Je soupire, hésitant.
— D'accord… mais je dois au moins lui dire que je rentre plus tard. Elle va s'inquiéter. Ou pire, elle va venir me chercher.
Ezra hoche la tête, soulagé.
— Fais-le. Réponds. Et… passe-moi le téléphone après les premières secondes. Je vais lui parler.
Je décroche en visio. Le visage de Tiphaine apparaît immédiatement, éclairé par les lumières blafardes du parking, les yeux écarquillés, les joues encore pailletées du concert, les cheveux en bataille à cause du vent.
— MARCEAU ! Putain, mais t'es où ?! Ça fait une éternité que je t'attends ! T'as vu Ezra ? Il t'a dit quoi ? Il est comment en vrai ? T'as une dédicace pour moi au moins ?!
Sa voix est un mélange de colère et d'excitation hystérique. Elle zoome sur son visage, puis fait pivoter la caméra pour montrer la voiture derrière elle, le pare-brise couvert de buée.
Je jette un regard à Ezra, qui me fait signe de lui passer le téléphone. Je tends l'appareil.
— Euh… attends, Tiphaine. Quelqu'un veut te parler.
Ezra prend le téléphone, le tient face à lui. Quand son visage apparaît à l'écran, Tiphaine pousse un hurlement si aigu que le son grésille et que l'image tremble.
— OH MON DIEU ! EZRA ?! C'EST VRAIMENT TOI ?! MARCEAU, C'EST EZRA QUI ME PARLE EN VISIO ! JE VAIS MOURIR !
Ezra rit doucement, un vrai rire, pas celui de la scène. Il ajuste l'angle pour qu'on le voie bien, lui et moi en arrière-plan.
— Salut Tiphaine. Oui, c'est moi. Écoute, Marceau va rester encore un peu avec moi. On discute. Je m'occupe de le faire raccompagner chez lui tout à l'heure, en voiture sécurisée. Pas de souci pour toi.
Tiphaine plaque ses mains sur sa bouche, les yeux brillants de larmes d'excitation pure.
— Tu… tu vas vraiment le ramener ? Chez lui ? Genre… avec toi ? En voiture ? Et moi je reste là comme une conne sur le parking ?
Ezra sourit, fatigué mais sincère.
— Promis. Et pour te faire plaisir… attends deux secondes.
Il se rapproche de moi, passe un bras autour de mes épaules sans vraiment me toucher – juste assez pour qu'on soit tous les deux dans le cadre – et prend un selfie en visio. Son visage épuisé mais souriant à côté du mien, encore sous le choc, les lunettes de travers.
— Je viens de t'envoyer la photo par message. Pour te consoler un peu.
Tiphaine hurle à nouveau, cette fois en sautant sur place, la caméra tremblant dans tous les sens.
— JE VAIS MOURIR ! UNE PHOTO AVEC EZRA ET MARCEAU ! MARCEAU, JE TE HAIS ET JE T'AIME EN MÊME TEMPS ! TU ME DOIS TOUT ! ENVOIE-MOI TOUTES LES PHOTOS QUE TU PRENDS CE SOIR ! JE VEUX DES SELFIES, DES VIDEOS, TOUT !
Ezra rit encore, puis dit gentiment :
— Bonne nuit Tiphaine. Merci d'avoir emmené Marceau ce soir. Sans toi, rien de tout ça ne serait arrivé. Je te laisse, on va discuter un peu. Bonne route.
Il raccroche avant qu'elle ne puisse répondre autre chose, puis me rend le téléphone. L'écran affiche la photo qu'il vient d'envoyer : nous deux, côte à côte, dans cette loge qui semble soudain beaucoup plus petite.
Il s'assoit à nouveau en face de moi, plus près cette fois.
— Voilà. Elle est calmée. Et toi… tu restes ?
Je regarde la photo. Nous deux. Lui et moi. Dans la même pièce. Dans la même vie.
Je hoche la tête, lentement.
— Oui. Je reste.
Le silence qui suit ma réponse est chargé d'une électricité palpable, comme si l'air de la loge s'était épaissi autour de nous. Ezra me regarde avec une intensité qui me donne des frissons. Ses yeux bleus, encore brillants de l'adrénaline du concert, semblent scruter chaque trait de mon visage, comme s'il cherchait à mémoriser ce moment. Je suis assis sur le canapé, les mains jointes sur mes genoux pour les empêcher de trembler, et je me sens minuscule dans cette pièce trop grande, trop luxueuse. L'odeur des fleurs sur la table basse flotte encore dans l'air, sucrée et entêtante, mais elle ne masque pas celle de sa sueur, un rappel brut qu'il vient de passer deux heures à se donner sur scène. Pour moi, apparemment.
— Marceau, murmure-t-il enfin, sa voix grave et rauque, exactement comme dans les vocaux qui m'ont bercé ces derniers jours. Je… je t'ai promis quelque chose, dans nos messages. Tu te souviens ?
Je hoche la tête, la gorge serrée. Bien sûr que je me souviens. Les câlins. Cette affection simple qu'il disait chercher, qu'il disait manquer cruellement dans sa vie. Mon cœur bat plus fort, un mélange de peur et d'excitation qui me donne le vertige.
— Oui… je m'en souviens.
Il se rapproche un peu plus, s'assoit sur le canapé à côté de moi, mais pas trop près. Son genou effleure presque le mien, et je sens la chaleur de son corps irradiant à travers sa chemise encore humide.
— Est-ce que… est-ce que je peux te prendre dans mes bras ? Comme je te l'ai promis. Juste un câlin. Rien de plus, si tu n'es pas prêt.
Ses mots sont doux, hésitants, comme s'il craignait que je refuse. Je lève les yeux vers lui, et pour la première fois, je le vois vraiment : pas la star, pas l'image parfaite des posters, mais un homme fatigué, vulnérable, avec des mèches blondes collées à son front et une ombre de barbe naissante sur sa mâchoire. Mon estomac se noue, mais ce n'est pas de la peur. C'est du désir. Du vrai.
— Oui, je murmure. J'accepte.
Un sourire illumine son visage, un sourire timide et sincère qui fait fondre quelque chose en moi. Il ouvre les bras lentement, et je me penche vers lui. Ses mains se posent sur mon dos, chaudes et fermes, et il m'attire contre lui avec une douceur infinie. Mon visage se niche contre son épaule, et je sens son cœur battre à un rythme effréné, presque aussi vite que le mien. Son odeur m'envahit – un mélange de sueur salée, de parfum boisé et de quelque chose de plus personnel, comme le coton chaud de sa chemise. Ses bras se referment autour de moi, pas trop serrés, juste assez pour que je me sente enveloppé, protégé. Je ferme les yeux, et pour la première fois depuis des jours – non, des mois –, je me sens en sécurité. Ses doigts caressent légèrement mon dos, un geste rassurant, presque instinctif. Le câlin dure une éternité, ou peut-être juste une minute, mais il me semble que le temps s'est arrêté. Je n'entends plus que sa respiration, régulière et profonde, contre mon oreille.
Quand il me relâche enfin, doucement, comme s'il regrettait de devoir le faire, ses yeux sont brillants. Il ne dit rien tout de suite, se contente de me regarder, une main encore posée sur mon épaule.
— Merci, murmure-t-il. J'en avais besoin. Tellement besoin.
Je souris faiblement, les joues encore chaudes de l'émotion.
— Moi aussi.
Il prend une grande inspiration, comme pour se donner du courage, et son expression change légèrement – une ombre de tristesse passe sur son visage.
— Marceau… je dois partir demain. En milieu de matinée. La tournée reprend, et je ne peux pas rater l'avion. Mais… je ne veux pas que cette nuit se termine comme ça. J'aimerais tellement passer le reste du temps avec toi. Juste toi et moi. Est-ce que… est-ce que tu veux m'accompagner à mon hôtel ? On pourrait discuter, ou juste… être ensemble. Sans pression.
Je le fixe, surpris. L'hôtel ? Avec lui ? Mon esprit tourbillonne. C'est trop vite, trop fou. On vient à peine de se rencontrer en vrai, et déjà il me propose ça ? Mais en même temps… c'est Félix. L'homme qui m'a sauvé d'une nuit fatale avec un simple message. L'homme qui m'a fait me sentir vu, désiré, pour la première fois de ma vie. Je pense à ma journée de repos qui s'est transformée en ça : un concert que je n'avais pas prévu, une révélation qui a tout bouleversé. Je n'ai rien à faire demain, pas de caisse à ouvrir, pas de clients à supporter. Juste moi, et lui.
Je sens ma poitrine se serrer.
— Je… je ne sais pas quoi répondre, je balbutie. C'est… rapide.
Il hoche la tête, compréhensif, mais son regard est suppliant.
— Je sais. Crois-moi, je sais. Mais je repars demain, et je ne sais pas quand je pourrai revenir à Besançon. J'ai envie d'être avec toi avant de repartir. Vraiment avec toi. Pas juste par messages. S'il te plaît… dis oui.
Ses mots me touchent en plein cœur. Il y a une urgence dans sa voix, une vulnérabilité qui me fait fondre. Je pense à mon studio vide qui m'attend, à la lettre d'adieu que j'ai jetée au fond d'un tiroir, à ces derniers jours où il a été mon seul phare. Qu'est-ce que j'ai à perdre ? Rien. Absolument rien.
— D'accord, je murmure. J'accepte.
Son visage s'illumine. Il se lève d'un bond, m'aide à me relever, et appelle Thomas par un bouton sur le mur. Quelques minutes plus tard, on nous guide vers une sortie arrière de Micropolis, un couloir discret loin des fans et des lumières. Mais même là, rien n'est parfait. À peine avons-nous franchi la porte que des flashs crépitent. Des journalistes et des fans, postés malgré l'heure tardive, nous repèrent. Des cris fusent : « Ezra ! Par ici ! Qui est ce mec avec toi ? » Des appareils photo claquent, des téléphones filment. Ezra me protège instinctivement, un bras autour de mes épaules, nous pressant vers une voiture noire aux vitres teintées qui attend moteur allumé. Thomas ouvre la porte arrière, et on s'engouffre à l'intérieur. Le véhicule démarre en trombe, laissant les flashs derrière nous.
À l'intérieur, c'est le calme après la tempête. La voiture est spacieuse, avec des sièges en cuir chauffants et une vitre de séparation avec le chauffeur. Ezra s'assoit à côté de moi, expire longuement, comme s'il relâchait une tension accumulée.
— Désolé pour ça, dit-il en passant une main dans ses cheveux. Les paparazzis… c'est le prix à payer. Ça va ?
Je hoche la tête, encore étourdi par les flashs.
— Oui… c'était intense. Je n'imaginais pas que c'était comme ça pour toi. Tout le temps ?
Il sourit faiblement, un sourire las.
— Pas tout le temps, mais souvent. Surtout après un concert. Ils traînent partout, espérant un scoop. Mais ce soir… je m'en fous. Je suis avec toi.
Ses mots me font rougir. Je regarde par la vitre, les rues de Besançon qui défilent dans la nuit, éclairées par les lampadaires orangés. On passe devant des immeubles familiers, des quartiers que je connais par cœur, mais tout semble différent maintenant. Comme si j'étais dans un rêve.
Ezra se rapproche légèrement sur la banquette. Sa main effleure la mienne, hésitante. Puis il la prend doucement, entrelace nos doigts. Je baisse les yeux sur nos mains jointes – la sienne grande, chaude, avec des callosités de guitare sur les doigts ; la mienne plus fine, encore froide du choc. Je le regarde faire, surpris, mais pas désagréablement.
Il me sourit, un sourire doux et un peu nerveux.
— Ça ne te dérange pas ? J'en avais envie depuis… depuis que je t'ai vu dans la loge. Sentir ta main dans la mienne.
Je sens mon cœur s'emballer.
— Non… non, ça ne me dérange pas. Au contraire. Ça me fait plaisir.
On reste comme ça un moment, mains enlacées, le silence confortable. Puis il reprend, sa voix basse dans l'habitacle sombre.
— Parle-moi de ta journée. Tu étais en repos, c'est ça ? Qu'est-ce que tu avais prévu avant que Tiphaine ne t'embarque ?
Je ris doucement, me détendant un peu.
— Oui, c'était mon samedi libre. J'avais prévu de rester chez moi, de dessiner peut-être, ou de lire un truc tranquille. Rien de fou. Et puis elle est arrivée avec son énergie, son billet en trop, et… voilà. Je me suis retrouvé à Micropolis.
— Et tu regrettes ?
— Non. Pas du tout. Même si c'est surréaliste.
On discute comme ça, de tout et de rien : de mes dessins, qu'il veut absolument voir ; de sa tournée, épuisante mais addictive ; de nos peurs communes, cette invisibilité qu'on combat chacun à sa façon. Sa main ne lâche pas la mienne, son pouce caressant parfois le dos de ma main, un geste simple qui me donne des frissons.
Puis, soudain, il se tourne vers moi, son regard plus intense.
— Marceau… j'ai envie de t'embrasser depuis que je t'ai vu dans la loge. Depuis que tu as levé les yeux vers moi avec cet air surpris. Je peux ?
Je rougis violemment, mes joues en feu dans la pénombre. Je ne dis rien, trop submergé pour parler, mais je hoche la tête, imperceptiblement.
Il se rapproche doucement, son visage à quelques centimètres du mien. Je sens son souffle chaud sur ma peau, l'odeur de son parfum boisé mêlée à celle de la sueur. Ses lèvres effleurent d'abord les miennes, tendrement, un contact léger comme une plume. C'est doux, hésitant, comme s'il testait les eaux. Puis il approfondit le baiser, ses lèvres, pressant plus fermement contre les miennes, chaudes et humides. Sa main libre monte à ma nuque, me tenant doucement, et sa langue effleure mes lèvres, demandant la permission. J'ouvre la bouche, et nos langues se rencontrent, timides d'abord, puis plus assurées. C'est un tourbillon de sensations : le goût salé de sa peau, la douceur veloutée de sa langue qui danse avec la mienne, le léger grattement de sa barbe naissante contre ma joue. Le baiser est tendre, pas précipité, une exploration lente et profonde qui me fait fondre. Ses doigts dans mes cheveux, sa main qui serre la mienne un peu plus fort.
Il mordille légèrement ma lèvre inférieure, puis apaise la morsure d'un coup de langue, avant de plonger plus profondément, nos souffles se mélangeant. Je sens des papillons dans mon ventre, une chaleur qui se répand dans tout mon corps. Quand on se sépare enfin, essoufflés, nos fronts se touchent, et il murmure :
— C'était… parfait.
La voiture s'arrête devant l'hôtel, un bâtiment élégant et discret au centre de Besançon, avec une entrée privée pour éviter les regards. Ezra me guide à l'intérieur, sa main dans la mienne, jusqu'à sa suite au dernier étage. La pièce est immense : un lit king-size aux draps immaculés, une vue sur la ville endormie, un minibar rempli. Mais Ezra ne s'attarde pas.
— Attends-moi deux minutes, dit-il en se dirigeant vers la salle de bain. Je dois me doucher, je me sens tout poisseux après le concert. Installe-toi confortablement. Prends ce que tu veux dans le minibar.
Il disparaît, et j'entends l'eau couler. Je m'assois sur le bord du lit, encore étourdi par le baiser dans la voiture. Quelques minutes plus tard – il s'est vraiment dépêché –, il revient, frais et changé : un short de sport gris moulant ses cuisses musclées, un débardeur blanc qui révèle ses épaules et ses bras parfaitement lisses, sans aucune trace de tatouage. Ses cheveux sont encore humides, ébouriffés, et il sent le gel douche frais, une odeur de menthe et de citron.
Il s'installe sur le lit, adossé aux oreillers, et me tend la main.
— Viens me rejoindre.
Je m'approche, hésitant, et m'allonge à côté de lui. Il m'attire contre lui, ses bras autour de moi, et m'embrasse à nouveau. Ce baiser est plus lent, plus langoureux. Ses lèvres capturent les miennes avec une douceur possessive, sa langue explorant ma bouche avec une tendresse qui me fait fondre. Je sens sa main caresser mon dos, descendant lentement jusqu'à ma taille, tandis que l'autre tient ma nuque. Nos langues dansent ensemble, un ballet humide et chaud, avec de petits soupirs qui s'échappent entre nous. Il mordille légèrement ma lèvre inférieure, puis apaise la morsure d'un coup de langue, avant de plonger plus profondément, nos souffles se mélangeant. C'est intime, électrisant, et je me perds dans les sensations : la chaleur de son corps contre le mien, le goût de sa bouche, la façon dont ses doigts s'emmêlent dans mes cheveux. Quand on se sépare, haletants, il me serre plus fort contre lui, ma tête sur son torse.
— Reste comme ça, murmure-t-il. Juste comme ça.
Et je reste, écoutant son cœur battre, me sentant enfin à ma place.
Fin du chapitre 5.
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