Note de l'auteur :
Cette nouvelle prend le temps de poser son univers, son décor et ses personnages avant d'entrer pleinement dans son sujet.
Par souci de transparence, elle est écrite avec l'aide de l'IA, mais pas par l'IA.
À cinq heures du matin, le laboratoire n'avait plus vraiment la même tête. La journée, il était rempli de voix, de portes qui s'ouvraient, de cafés abandonnés près des paillasses et de gens qui disaient « tu as deux minutes ? » alors qu'ils savaient parfaitement qu'ils allaient en prendre vingt. À cette heure-ci, tout ça avait disparu. Il ne restait que le ronronnement des systèmes de filtration, les diodes de contrôle et cette lumière blanche permanente qui donnait à tout le monde l'air malade, même quand il n'y avait plus personne.
Moi, j'étais encore là. Ce n'était pas exceptionnel. Je travaillais mieux quand le bâtiment se vidait. Pas parce que je détestais mes collègues. Au contraire, la plupart étaient plutôt sympas. Je déjeunais avec eux, je participais aux réunions, je riais quand il fallait rire et il m'arrivait même de proposer un café à quelqu'un sans qu'on me menace. Socialement, j'étais fonctionnel. Simplement, quand les autres commençaient à rentrer chez eux, quelque chose se simplifiait. Plus de discussions croisées, plus de questions posées au milieu d'une manipulation, plus de notifications sur les écrans communs. Je pouvais rester concentré sur un problème pendant trois heures sans avoir à expliquer pourquoi j'étais encore en train de regarder la même courbe.
Ce soir-là, enfin ce matin-là, le problème s'appelait B-2057. J'étais devant son incubateur depuis assez longtemps pour que mon reflet commence à m'agacer. Avec la lumière du labo, mes lunettes paraissaient encore plus épaisses qu'elles ne l'étaient, mes cheveux avaient abandonné toute idée de cohérence et mon visage donnait l'impression que quelqu'un avait choisi les différentes options du générateur humain sans vraiment vérifier le résultat avant de cliquer sur « confirmer ».
Je détournais les yeux vers l'écran. B-2057 était un clone de souris. Ou plutôt, il aurait dû l'être. Le processus fonctionnait presque parfaitement. À partir d'un animal vivant, nous produisions une réplique complète à l'aide d'une matière organique synthétique capable de reproduire exactement la structure biologique du modèle. Les tissus, les organes, le réseau sanguin, la structure osseuse, tout était recréé avec une précision telle qu'une analyse classique ne permettait plus de distinguer l'original de sa copie. Sur le papier, c'était formidable. Sur ma paillasse, c'était un peu moins impressionnant. B-2057 reposait sur le côté, parfaitement formé et parfaitement mort.
Je regardais les données une nouvelle fois. Tous les paramètres étaient bons. Ils l'étaient depuis des semaines. C'était justement ce qui commençait à devenir légèrement irritant. Nous savions fabriquer un organisme complet. Nous savions recréer un cœur, des poumons, un cerveau, des muscles, des nerfs, jusqu'aux minuscules variations propres à l'animal d'origine. En revanche, nous ne savions toujours pas convaincre l'ensemble qu'il était censé fonctionner. Le corps était là. La vie, elle, semblait attendre qu'on lui envoie une invitation officielle.
Je faisais défiler les résultats de la tentative précédente tout en avalant une gorgée de café froid. À ce stade, le mot café était une concession. Il s'agissait plutôt d'un liquide brun contenant suffisamment de caféine pour justifier son existence. B-2056 avait tenu onze secondes. B-2055, quatre. B-2054 n'avait même pas eu la courtoisie de commencer. Il y a quelques mois, chaque amélioration me faisait bondir de ma chaise. Maintenant, j'avais appris à attendre avant de célébrer quoi que ce soit.
La recherche apprend beaucoup de choses, dont une règle assez simple : si quelque chose fonctionne une fois, c'est probablement un accident. Si ça fonctionne deux fois, c'est peut-être intéressant. À partir de trois, on peut commencer à mentir dans une présentation PowerPoint. Je relançais l'analyse de B-2057. Toujours rien. Je me laissais tomber contre le dossier de mon siège. Sur mon téléphone, trois notifications attendaient depuis plusieurs heures. Deux messages sur un serveur de discussion où je passais probablement trop de temps et une vidéo qu'un ami m'avait envoyée avec la mention « regarde ça, c'est toi ».
Je n'avais pas besoin de l'ouvrir pour savoir que ce serait probablement un type maigre devant six écrans qui oubliait de manger. Ce qui était injuste. Je mangeais. Parfois. J'avais toujours été meilleur avec les gens quand ils étaient derrière un écran. Les conversations y étaient plus simples. On répondait quand on avait quelque chose à dire. On pouvait réfléchir avant d'envoyer une phrase. Personne ne fixait votre visage pendant que vous cherchiez comment terminer une anecdote qui, en réalité, n'avait probablement aucun intérêt dès le début.
Je ne savais pas vraiment quand ça avait commencé. Au lycée, peut-être. Ou après. À un moment, mes amis avaient commencé à sortir davantage pendant que je passais mes soirées en ligne, puis ils avaient rencontré d'autres gens, commencé des histoires, changé de ville, construit des vies un peu plus remplies que la mienne. Il n'y avait jamais eu de rupture nette. Personne n'avait cessé de m'appeler du jour au lendemain. Les appels s'étaient juste espacés. Et moi, je n'avais jamais été très doué pour rappeler. Ça ne me rendait pas particulièrement malheureux. La plupart du temps, je n'y pensais même pas. Surtout quand j'avais une souris morte devant moi.
Je regardais B-2057.
— Bon. On reprend.
Il ne manifestait aucun enthousiasme particulier. Je trouvais ça assez professionnel de sa part.
À huit heures, le laboratoire recommençait à vivre. Les premiers arrivaient avec cette énergie particulière des gens qui avaient dormi. Les portes s'ouvraient plus souvent, les lumières des bureaux s'allumaient les unes après les autres et la machine à café entamait son service avec un enthousiasme mécanique que personne ne partageait vraiment.
J'étais là depuis plus de quinze heures. À ce stade, rester davantage ne relevait plus du sérieux professionnel mais d'un problème de jugement, alors je sauvegardais mes dernières données, lançais une analyse comparative sur B-2057 et commençais à ranger ma paillasse.
Mon rythme de travail avait longtemps été un sujet de discussion avec mon responsable. Au début, il gueulait. Pas constamment, mais suffisamment pour que je sache qu'il considérait comme profondément anormal le fait de recevoir mes comptes rendus à trois heures quarante-sept du matin et de me voir disparaître au moment où le reste de l'équipe arrivait. Il avait essayé de m'imposer des horaires plus classiques. J'avais essayé. Pendant presque deux semaines. Le résultat avait été assez mauvais pour tout le monde. J'étais fatigué à des heures où je ne l'étais normalement pas, déconcentré par les mouvements permanents autour de moi et beaucoup trop sollicité par des gens parfaitement bien intentionnés qui venaient me demander mon avis sur des choses précisément au moment où mon cerveau était occupé à autre chose.
Mes résultats avaient baissé. Mon humeur aussi. La deuxième partie l'avait probablement moins préoccupé. Alors il avait fini par abandonner. Officiellement, mon organisation restait « atypique mais tolérée dans le cadre d'une autonomie opérationnelle ». En pratique, ça voulait dire : fais ce que tu veux tant que les résultats continuent à tomber. Et ils tombaient. Passablement bien, même. Assez pour qu'on me laisse tranquille, mais pas assez pour que je puisse me permettre de devenir complètement invisible. Mon responsable insistait donc pour qu'on se croise régulièrement, histoire de vérifier que je travaillais toujours pour lui et que je ne m'étais pas transformé en créature nocturne vivant exclusivement de café et de protéines en poudre.
On devait normalement se voir au moins deux ou trois fois par semaine. Ce matin-là ne compterait pas. Je passais devant son bureau encore vide et j'envoyais rapidement mon rapport.
B-2057 : échec d'activation stable. Résultats enregistrés. Analyse en cours. Je rentre dormir.
J'hésitais une seconde avant d'ajouter :
Oui, je sais quelle heure il est.
Puis j'envoyais. Il lirait ça dans quelques minutes. Il soupirerait probablement. Notre relation professionnelle reposait beaucoup sur sa capacité à soupirer sans déclencher de procédure disciplinaire.
Dans le couloir principal, je croisais Sarah qui arrivait avec un café dans une main et son sac coincé sous le bras.
— Tu pars ?
— Je commence ma journée.
Elle regardait ma veste. Puis ma tête. Puis l'heure affichée sur le mur.
— Tu pars.
— C'est une question de point de vue.
— Depuis quand t'es là ?
— Hier.
Elle secouait la tête, mais elle souriait.
— T'es vraiment pas normal.
— C'est ce qui me distingue dans un laboratoire qui fabrique des souris à partir de pâte biologique.
Elle réfléchissait une seconde.
— Vu comme ça.
On se décalait chacun d'un côté du couloir. Elle rejoignait le labo. Moi, la sortie. La relève était assurée.
Je rentrais chez moi alors que mes yeux commençaient sérieusement à fermer les volets tout seuls. L'idée de m'écrouler directement sur le lit me traversait l'esprit dès que je poussais la porte, mais je renonçais. Quinze heures de laboratoire, du café, de l'air recyclé et probablement quelques molécules dont je préférais ne pas connaître l'origine exacte méritaient au minimum une douche.
Je laissais tomber mes vêtements dans un coin de la salle de bains et me glissais sous l'eau chaude. Ça aidait. Un peu. Je restais là plusieurs minutes, immobile, le front presque contre le carrelage, pendant que l'eau coulait sur mes épaules et mon dos. Mon corps commençait enfin à ressembler à quelque chose depuis que je m'étais mis sérieusement à la salle. Rien d'impressionnant, mais les mois d'entraînement avaient fini par laisser des traces. Les épaules se dessinaient, le ventre tenait encore correctement sa place et, avec un éclairage favorable, je pouvais presque donner l'impression d'avoir une hygiène de vie cohérente.
C'était important. J'avais beau vivre à contretemps du reste de l'humanité, passer beaucoup trop de nuits devant des écrans et avoir une vie sociale qui tenait essentiellement dans quelques conversations en ligne, j'avais toujours refusé de devenir le cliché complet du nerd. Il fallait savoir poser des limites. Je pouvais travailler jusqu'à cinq heures du matin sur une souris artificielle, manger un repas froid devant trois moniteurs et oublier quel jour on était, mais me laisser pousser le ventre ? Certainement pas. On avait sa fierté.
La salle de sport était d'ailleurs probablement l'un des rares endroits où mon fonctionnement paraissait normal. Personne n'attendait vraiment de conversation. On mettait ses écouteurs, on soulevait des trucs lourds pendant une heure en faisant semblant de savoir pourquoi, puis on repartait. Socialement, c'était presque parfait.
Je coupais l'eau avant de m'endormir debout, ce qui aurait été une manière assez ridicule de mourir pour quelqu'un qui travaillait justement à comprendre comment démarrer un organisme vivant. Je m'endormais comme prévu, épuisé.
Au petit matin, l'air de la pièce était brûlant, même si une légère brise traversait encore l'appartement par les fenêtres entrouvertes. Je me réveillais lentement, sans savoir tout de suite ce qui m'avait tiré du sommeil. La chaleur, sans doute. Ou ce courant d'air irrégulier qui faisait bouger les rideaux et glissait jusque dans la chambre.
J'étais allongé sur le dos, à moitié découvert. Le drap s'était replié sur mes jambes pendant la nuit et la brise le soulevait par moments, juste assez pour le faire courir sur ma peau. Mon corps, lui, s'était réveillé avant moi. Je baissais les yeux. Évidemment. Il suffisait que je dorme dix heures, que l'appartement soit à trente degrés et que mon cerveau soit encore incapable de distinguer un mardi d'un extincteur pour que le reste de mon anatomie décide de faire preuve d'une motivation exemplaire.
Le drap se soulevait encore légèrement sous le courant d'air et venait effleurer mon sexe bandé. Je fermais les yeux.
— Formidable.
Au moins, il y en avait un ici qui démarrait sans problème. Je n'étais pas pressé ce matin-là. Je savais déjà que je veillerais certainement encore tard ce soir, alors je restais allongé quelques minutes de plus, à profiter du peu d'air qui traversait la pièce. Rien ne m'attendait vraiment avant plusieurs heures. Le labo tournait sans moi, les analyses étaient lancées, et personne ne s'étonnerait de ne pas me voir avant la fin de l'après-midi.
Alors je laissais le vent me caresser le corps. Mon sexe continuait de pointer vers moi, comme s'il voulait m'embrasser. Je fermais les yeux, et j'essayais de m'imaginer une situation.
Je suis sur un transat, près de la piscine d'un club de vacances quelconque. Le genre d'endroit où personne ne se connaît vraiment, mais où tout le monde finit par reconnaître tout le monde au bout de trois jours. Autour de moi, les corps sont à moitié nus, abandonnés au soleil. Les maillots de bain des femmes laissent apparaître beaucoup plus de peau qu'elles n'en accepteraient probablement le reste de l'année. Des jambes découvertes, des dos nus, des ventres dorés, des épaules brillantes de crème solaire.
L'été possède cette étrange capacité à modifier temporairement les règles. Je les observe derrière mes lunettes de soleil, avec toute la discrétion dont je suis capable. J'aime deviner une poitrine dans l'échancrure d'un maillot, ou le début d'un pubis dans cet espace infime que le tissu laisse parfois apparaître. Ce sont souvent ces presque-riens qui retiennent le plus mon regard. Ce qu'on voit à moitié laisse toujours beaucoup plus de place à l'imagination. Parfois, au détour d'un mouvement, j'ai même la chance d'apercevoir un morceau de sein que le maillot ne parvient pas tout à fait à contenir. Pas assez pour vraiment voir. Juste assez pour que mon imagination fasse le reste.
C'est dans cette ambiance que, toujours allongé dans mon lit, je laisse une main glisser sous le drap. Je garde les yeux fermés, accroché à cette piscine imaginaire, à la chaleur, aux peaux dorées et à ces morceaux de corps entrevus presque par hasard. Le fantasme suffit à entretenir le reste. Je n'ai aucune envie de me presser. Ma main caresse mes couilles et un de mes doigts glisse le long de ma bite déjà prête à exploser. Mon autre main caresse mes pectoraux et mes tétons devenus sensibles pour l'occasion.
Mon esprit est toujours au bord de cette piscine et je matérialise maintenant une jeune femme d'une vingtaine d'années. Elle est assez petite, brune, les cheveux courts, avec ce genre de silhouette fine qui paraît encore plus fragile sous la lumière crue du soleil. Ses seins sont à la mesure de son physique, discrets, juste assez marqués pour attirer le regard quand elle se penche ou relève les bras. Je lui invente une démarche, une manière de remettre une mèche derrière son oreille, puis un maillot sombre qui contraste avec sa peau.
Elle me regarde, puis me sourit. Son regard glisse autour d'elle, rapide, presque machinal. La zone est calme. Beaucoup de nos contemporains sont allongés de tout leur long, absorbés par le soleil, leur téléphone ou leur propre somnolence. Elle, au contraire, reste assise. Elle ramène légèrement les jambes vers son torse, assez pour refermer son corps sur lui-même et créer devant elle une sorte d'abri improvisé. Sa main disparaît alors à moitié derrière ses cuisses et commence à aller et venir lentement le long de son ventre.
Je la regarde sans bouger. Ses mouvements se font maintenant plus amples, mais restent suffisamment discrets pour se confondre avec une simple caresse distraite. Sa main descend plus bas sur son ventre, s'attarde un instant à la lisière du maillot, puis remonte lentement. Elle continue de me fixer derrière ses lunettes de soleil. Je le sais. Et moi, sur mon transat, je sens mon sexe gonfler. Dans mon lit, les mouvements de ma main se font également plus amples tout au long de mon sexe. Je ne le caresse plus. Je le prends à pleine main. Et j'accélère mes va-et-vient.
Ma brunette pose maintenant sa main sur le triangle en lycra de son maillot. Elle applique des mouvements circulaires plus prononcés. Et je continue de profiter du spectacle. Elle le sait. Tout en continuant de vérifier que personne ne peut la voir, sa tête bascule légèrement en arrière, comme si elle cherchait à se libérer de toute retenue. Puis elle redresse la tête et me lance un nouveau sourire. Sans équivoque, cette fois. Elle écarte légèrement le tissu de son bikini et laisse apparaître son intimité à mes yeux gourmands. Elle reprend ses caresses sans entrave. Elle accélère tandis que dans la réalité, je fais de même.
Je devine sa respiration s'accélérer de loin. J'aimerais être à côté d'elle pour accompagner sa main de la mienne. Je n'en peux plus, j'accélère mon mouvement et sens sur mon corps des flots de jouissance. Je l'imagine crier de son côté tandis qu'elle atteint également l'orgasme.
Après l'orgasme, je reste allongé quelques minutes, les yeux fermés, à laisser mon cerveau revenir doucement dans la pièce. La piscine disparaît. La jeune femme aussi. Il ne reste plus que la chaleur, la légère brise qui traverse encore l'appartement et ce calme un peu cotonneux qui suit les fantasmes trop bien construits. Je finis par ouvrir les yeux. Bon. Il va quand même falloir commencer cette journée. Je me lève enfin, direction la douche, puis la cuisine. À défaut d'avoir une vie parfaitement structurée, je peux au moins prétendre à un petit déjeuner correct.
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