Fantasme
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Jeux et séductions professionnels — Chapitre 4 · Samedi
Auteur
Jeux et séductions professionnels
Chapitre 4 · Samedi
La nuit du vendredi fut horrible. Je me mis au lit, éteignis la lampe, fermai les yeux. Le sommeil ne vint pas. Les souvenirs défilaient sans ordre, se chevauchaient pour mieux se télescoper. L'odeur de sa peau quand elle s'était penchée tout contre moi, le goût de sa salive — celui du café partagé, amer, tiède, légèrement sucré comme je m'imagine son goût intime. Je me retournai cent fois, l'oreiller tordu sous la nuque, le drap rejeté d'un coup de pied. À trois heures du matin, j'étais assis au bord du lit, les coudes sur les genoux, le visage dans les mains, et je me répétais que nous étions déjà samedi, qu'il ne restait que cinq jours avant jeudi soir. Cinq jours. Cent vingt heures à traverser minute par minute.
Et pour ne rien arranger, le début du week-end ne changea rien à ma situation. Pire, je ne pouvais la voir.
Je me levai tard, tentai de me détendre l'esprit devant une série — un truc scandinave, avec des enquêteurs taciturnes sous un ciel gris, et une histoire qui promettait d'être passionnante — mais au bout de vingt minutes, je ne savais plus qui était suspect ni qui était victime. Le visage de l'actrice principale avait la même forme de mâchoire que ma jeune collègue, mince, douce en apparence, si belle, et ça suffisait à tout faire dérailler. Je mis la série en pause, me levai, et me dirigeai vers la cuisine pour lancer un repas. Je sortis de quoi me faire une quiche du frigo, et pris le temps de préparer mon plat, enfin concentré sur quelque chose. L'odeur de la préparation en train de cuire finit par remplir la cuisine, et pendant quelques instants, je fus ailleurs. Puis, soudain, je repensais à Clémence.
Je me retrouvai debout au milieu du salon, le four bourdonnant derrière moi, la série en pause sur l'écran, et tout ce vide autour. Son odeur revenait par vagues, comme si elle avait laissé une trace invisible dans les fibres de mes vêtements, dans l'air même de l'appartement. Alors, je fis ce que je devais faire.
Je m'installai confortablement sur le canapé. Je passai une main sous mon t-shirt, la paume à plat sur mon sternum, et je commençai à me caresser le torse lentement, du plat de la main, les doigts écartés, traçant une ligne qui descendait de la clavicule vers le nombril. Ma peau se hérissa sous le contact. L'autre main trouva la boutonnière de mon pantalon, défit le bouton, fit glisser la fermeture, et se glissa sous l'élastique de mon caleçon. Mes doigts rencontrèrent ma queue déjà à moitié dure, et je la pris en main sans hâte, le pouce glissant sur le gland.
Dans ma tête, ce n'était plus ma main. C'était la sienne. Ou plutôt, c'était ma main sur elle. Je voyais un ensemble noir, la dentelle opaque et le tulle transparent, des demi-arceaux du soutien-gorge qui soulevaient les seins sans les dévoiler, et mes doigts passaient sous l'élastique de la culotte, ce bord de dentelle qui frôle la hanche, et je tirais vers le bas, lentement, comme elle méritait d'être déshabillée. Ma paume rencontra la douceur de sa petite toison — soyeuse, un duvet châtain qui couvrait le mont pubien. Mes doigts s'enfoncèrent plus bas. Entre ses lèvres, gorgées de jus, brûlantes, ouvertes comme une plaie vive. Je la sentais mouiller contre mes doigts, la cyprine qui coulait entre mes phalanges, et je m'enfonçai lentement, un doigt d'abord, puis deux, repliés dans sa chatte, pendant que mon pouce cherchait son clitoris et s'y posait sans bouger, juste là, pour faire monter la tension. Elle gémissait contre mon oreille.
Ma main sous le t-shirt pinça un de mes mamelons. L'autre joua sur ma queue de bas en haut, remontant vers le gland ; les yeux fermés, mon souffle se raréfiait, mes hanches se soulevèrent légèrement, et je jouis dans ma main, le sperme chaud giclant sur mes phalanges et sur mon ventre, un gémissement rauque emplissant toute la pièce. Je restai immobile, le souffle coupé, la main pleine, et le four émit un bip discret pour m'annoncer que la quiche était prête.
Je ne savais pas si je tiendrais jusqu'à jeudi soir.
Heureusement, j'avais de quoi m'occuper dans l'après-midi : j'avais ma séance de sport prévue à 16h. Je pris le temps de manger, de faire un peu de ménage, et de m'occuper de toutes ces tâches ingrates qui permettent de vivre dans un espace agréable. Sans trop y penser, le temps passa plus rapidement, et il fut l'heure de ma séance.
Je me levai, enfilai un short noir, un t-shirt technique gris qui moulait le torse, mis mes baskets, et je bus un grand verre d'eau froide en regardant une légère bruine tomber sur le balcon. Direction la salle de sport du quartier, à dix minutes à pied.
Sur place, l'odeur de néon et de caoutchouc, le bruit des poids qui s'entrechoquaient, les gémissements des autres sportifs — tout cela aurait dû continuer à me fixer dans l'instant présent. Mais rien n'y faisait. Je commençai par le développé couché, les bras tendus sous la barre, les pectoraux qui brûlaient. Elle était toujours dans ma tête. Je passai à la machine à papillon, réglai le poids, poussai les bras — et entre chaque répétition, son visage surgissait. J'enchaînai avec les tirages dorsaux, la sueur perlant sur mes tempes, et à chaque traction, je revoyais la ligne de sa clavicule, la naissance de sa poitrine dans le tissu beige de son chemisier. Je n'arrivais à rien. Mon corps travaillait mécaniquement, mais mon esprit était ailleurs — dans ce bureau, dans cette odeur de vanille et de fleur blanche, dans le goût salé et floral que je cherchais encore sur mes lèvres.
Alors une évidence s'imposa, presque froide, presque calculée. Je posai mon téléphone contre la bouteille d'eau, sur le rebord d'un miroir, et prit plusieurs photos de moi sur les machines. Sur le développé incliné, bras tendus, le t-shirt gris collé à mes pectoraux et à mes abdos, la transpiration accentuant les ombres des muscles. Sur la machine à tirage, dos bombé, épaules ouvertes. Sur le banc de musculation, avant-bras tendus, veines gonflées. Je changeai d'angle, de posture, cherchant celle qui me mettrait le mieux en avant — aucunement par vanité, mais parce que je voulais qu'elle voie, qu'elle comprenne que je me préparais pour elle, pour jeudi soir.
Après une dizaine d'essais, j'en trouvai une qui me plaisait : assis sur la machine à presse, cuisses écartées, le t-shirt remonté juste assez pour laisser deviner le bas de mes abdominaux, le regard droit vers l'objectif, un demi-sourire que je ne m'étais pas forcé à faire. Une fois satisfait, je récupérai le numéro de Clémence dans mes contacts, ouvris notre conversation, et là — un brouillon que j'avais commencé dans la nuit — alors que je ne trouvais pas le sommeil, et qu'elle en était la cause — quelque chose de trop long, trop explicite, que je relus une fois avant de l'effacer. À la place, je sélectionnai la photo, et tapai : « Cela fait du bien, une petite séance de sport ! Toujours se préparer à fond pour réussir son rendez-vous. » J'hésitai trois secondes, le pouce au-dessus du bouton d'envoi, puis j'appuyai.
Enfin libéré de ce poids, je finis ma séance comme dans un songe. Les machines défilaient sous mes mains, les poids montaient et descendaient, la sueur coulait, et tout cela me semblait léger, presque flottant. De retour chez moi, je cuisinai, rangeai, regardai un documentaire sur les volcans. Mon téléphone restait posé sur la table de la cuisine, silencieux. Je ne le regardais plus.
Puis, à un moment — je ne sais même plus quand, en fin d'après-midi, la lumière orangée du soleil couchant striant le parquet —, je vis la notification. Clémence. Il y a cinq minutes. Je restai une seconde sans bouger, le téléphone à portée de main, à regarder son prénom comme s'il pouvait disparaître si je le fixais trop longtemps. Puis je tendis le bras, les doigts légèrement humides, et ouvris le message : c'était un audio. Je portai l'appareil à mon oreille. Sa voix d'abord — un souffle, à peine, comme si elle avait hésité à lancer l'enregistrement — puis un son plus profond, un gémissement retenu qui montait puis se brisait, et un remerciement qui s'échappait de ses lèvres dans un doux murmure érotique. Des halètements ensuite, de plus en plus forts, de plus en plus aigus. Une note de détresse dans sa voix jusqu'à ce moment délicieux où elle lâcha un formidable « Romaiiiiiin ».
Je restai immobile, le téléphone collé contre ma tempe, les yeux fermés, à écouter jusqu'au silence. Puis je relançai l'enregistrement, cette fois, prêt à la rejoindre, à l'unisson de nos deux corps.
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