Fiction
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hvar — Chapitre 3
Auteur
Hvar
Chapitre 3
Inès s'est levée d'un bond, la provocation irradiant dans ses pupilles. Elle a contourné la table escamotable pour me tendre la main, un sourire radieux barrant son visage.
— Les filles d'abord, a-t-elle décrété.
Je me suis redressée à mon tour. Mes rotules flageolaient imperceptiblement. La théorie intellectuelle, les fantasmes susurrés au téléphone à Sylvain et les fanfaronnades de l'après-midi venaient d'être vaporisés. Ne restait que la réalité, physique, charnelle, imminente. Sous le feu croisé des regards de Romain et Maxence, ma trachée s'est nouée. Mes doigts ont cherché à l'aveugle les fines bretelles de ma robe, triturant le lin noir sans trouver la force de tirer. L'appréhension m'a figée sur place, l'espace d'une poignée de secondes interminables.
Inès a jaugé mon trouble avec une lucidité chirurgicale. Sans se départir de son sourire, elle a franchi le pas qui nous séparait, a entrelacé ses doigts aux miens avec une autorité bienveillante et a planté ses iris d'ébène dans les miens. Un regard sans équivoque, qui dictait l'allure : On y va. Ensemble.
Rassérénée par cet ancrage charnel, j'ai relâché mon souffle. D'un mouvement sec, Inès a fait glisser sa propre robe sur le pont, révélant la perfection dorée et plantureuse de son anatomie. Calquant mon geste sur le sien, j'ai abaissé mes bretelles. Le lin noir a coulé le long de mon torse, frôlé mes hanches et s'est écrasé sur les lattes de teck. D'un dernier frisson d'impudeur, je me suis débarrassée de ma culotte en dentelle, dont l'humidité trahissait déjà mon naufrage.
La brise nocturne s'est emparée de ma nudité intégrale, hérissant l'épiderme de mes bras et dressant mes tétons avec une évidence acérée.
Sans nous lâcher la main, propulsées par la même adrénaline, nous avons enjambé la plage arrière et basculé dans le vide.
Le choc thermique a tenu de la bénédiction. L'eau à vingt-six degrés m'a avalée comme un linceul de soie tiède, liquidant d'un trait la sueur et la tension nerveuse. Je suis remontée à la surface dans un jaillissement d'écume turquoise, lissant mes cheveux lourds de sel vers l'arrière. La flottabilité m'offrait une apesanteur protectrice ; l'Adriatique absorbait la gravité des corps et, avec elle, les ultimes vestiges de ma pudeur parisienne.
Accoudées aux échelons d'inox, auréolées par la luminescence des spots subaquatiques, Inès et moi avons levé les yeux vers la proue.
La bascule s'opérait. Le voyeurisme venait de changer de camp.
Sur la plateforme arrière, toisant notre lagon artificiel, Romain et Maxence s'étaient levés pour se déshabiller. Romain a fait voler sa chemise, exposant la rigueur anatomique d'un corps d'architecte : des faisceaux musculaires découpés, secs, un torse glabre luisant d'un éclat fauve sous la lune.
Mais mes yeux, aimantés par l'idée fixe qui me dévorait depuis le soleil des Pakleni, ont inexorablement ripé vers la droite.
Maxence a laissé choir son polo sombre, déployant sa carrure de gladiateur, avant de faire sauter la boucle de son short en toile. L'étoffe s'est affaissée sur le teck.
Un hoquet muet s'est étranglé dans ma gorge, étouffé par le clapotis de la crique. Sous la lumière crue projetée par le bateau, l'anatomie du trentenaire m'a percutée avec une violence rétinienne inouïe. Inès n'avait ni menti, ni exagéré le moindre détail. C'était un gabarit d'exception, monumental, d'une lourdeur écrasante. Même au repos, son sexe imposait une épaisseur déroutante et une présence sombre qui fracassait les standards habituels. Un frisson d’effroi et d’excitation m'a saisie sous l'eau. Mon bas-ventre s'est contracté avec brutalité à l'idée que cette démesure, à peine quelques heures plus tôt, cherchait viscéralement à me pénétrer.
Les deux hommes ont plongé coup sur coup, brisant la surface dans un fracas liquide qui nous a aspergées.
La crique s'est transmutée en un ballet charnel. Sous l'enveloppe translucide du halo bleu, les torses et les jambes nues se frôlaient dans une promiscuité électrique. Maxence a fait surface près d'Inès. Il l'a harponnée par la taille pour écraser sa bouche contre la sienne, leurs corps s'agglutinant tandis qu'ils dérivaient vers le flanc du navire.
Un remous a agité l'eau dans mon dos. Romain émergeait derrière moi.
Avant que mon cerveau ne traite l'information, ses paumes, larges et expertes, se sont fixées sur mes hanches nues sous la ligne de flottaison. Le contraste entre la douceur tiède du courant et l'autorité de sa prise m'a arraché un long soupir. Il m'a tractée en douceur contre lui. La cambrure de mes reins est venue se mouler contre l'arête de son torse nu. Nos jambes se sont entrelacées dans la fluidité saline, le frottement de nos épidermes mouillés dissolvant définitivement la notion même d'espace personnel.
— Tu frissonnes, a-t-il chuchoté à la lisière de mon oreille, son haleine rasant ma nuque humide.
— C'est... l'eau, ai-je balbutié d'une voix grelottante, abandonnant ma tête sur son épaule.
— On va te réchauffer, a-t-il promis, ses lèvres frôlant mon lobe.
— C'est... l'eau, ai-je balbutié d'une voix grelottante, abandonnant ma tête sur son épaule.
— On va te réchauffer, a-t-il promis, ses lèvres frôlant mon lobe.
Quelques minutes plus tard, Maxence sonnait la retraite.
Romain m'a escortée jusqu'à l'échelle. J'ai agrippé les montants tubulaires, extrayant mon corps de l'eau. Le vent de la nuit m'a flagellée. Une myriade de gouttes salées dévalaient sur ma peau, traçant des sillons froids entre mes seins jusqu'à l'intérieur de mes cuisses. Je grelottais, secouée par un froid qui s'était affranchi depuis longtemps des lois de la météorologie.
Maxence nous attendait sur le pont, dégoulinant. Sans s'encombrer de serviettes, il a désigné l'avant du navire d'un mouvement de menton.
Nous avons migré vers la proue, nos empreintes nues marquant le polyester humide. Le pont avant déployait un immense bain de soleil triangulaire, gainé d'une luxueuse sellerie en cuir marin blanc, capitonnée à l'extrême. Sous la coupole céleste, ce matelas de plus de deux mètres d'envergure prenait des airs de lit d'apparat, un autel conçu sur mesure pour notre perdition.
Nous avons pris place. La géographie des corps s'est imposée sans un mot. Inès et moi nous sommes calées au centre de l'arène de cuir. La chaleur emmagasinée par le matelas sous le soleil diurne a apaisé les tremblements de mes épaules. Romain s'est allongé sur mon flanc gauche, soutenant sa tête d'une main pour scruter mon profil, tandis que Maxence prenait position sur la droite d'Inès.
L'oxygène s'est raréfié. Le rythme de nos souffles, court-circuités par la nage et la montée du désir, résonnait dans le silence aveugle des falaises. L'iode s'est fondu à la chimie de nos peaux moites, verrouillant un huis clos sexuel irrespirable.
Maxence s'est hissé sur un coude. Son iris d'acier a balayé mon buste ruisselant. Il a observé la tension agressive de mes tétons, avant de reporter son attention sur la brune. Dans la pénombre, il a lâché d'une voix feutrée, presque indolente :
— C’est curieux... vous étiez nettement plus démonstratives hier soir au milieu du club.
Inès a soutenu son regard sans flancher, un éclat de pur défi allumant l'encre de ses pupilles :
— C’est parce qu’hier, elle pouvait encore s’enfuir. Là, on a toute la nuit.
Elle a pivoté sur les genoux, son corps d'ébène ruisselant de mer, et s'est placée exactement face à moi. D'une main ferme, elle a doucement forcé mes genoux à s'écarter, laissant glisser son corps entre mes cuisses ouvertes. Elle a esquissé son sourire le plus carnassier, et a murmuré tout près de mon visage :
— Regarde-les, Camille... Ils n'attendent que ça. Laisse-toi faire.
L'impact de son bassin venant s'encastrer dans le mien m'a arraché un spasme. Inès s'est allongée de tout son long.
Le corps à corps était d'une densité terrifiante. Son torse nu, tiède et humide, est venu s'écraser contre ma peau. Ses seins lourds ont épousé le galbe ferme de ma poitrine, broyant mes aréoles dressées contre les siennes. Nos ventres détrempés se collaient et se décollaient au gré de nos respirations, produisant un bruit de succion aquatique indécent.
Inès s'est d'abord hissée sur ses avant-bras. Elle a cambré sa chute de reins dorée, lançant un regard outrecuidant par-dessus son épaule vers Maxence et Romain. Elle leur livrait l'exhibition de nos deux anatomies enchevêtrées, se nourrissant du silence magnétisé des deux hommes qui scrutaient chaque millimètre de la scène.
Puis, elle a abattu toute son attention sur moi.
Ses mains ont débuté leur siège. Ses paumes moites, chargées de sel, ont épinglé mes épaules contre le matelas pour descendre le long de mes bras, fixant mes poignets sur le cuir blanc. Ses ongles ont égratigné mon épiderme, traçant des cicatrices de feu jusqu'à mes flancs. Elle a glissé ses mains sous ma taille, soulevant mon bassin d'un cran pour river son pubis contre le mien avec une exactitude anatomique. À travers le film d'eau qui nous reliait, la pression de son pubis contre mon clitoris a déclenché une décharge fulgurante dans mon ventre.
Inès a empaumé mes seins à pleines mains. Ses doigts experts en ont malaxé la rondeur, ses pouces venant martyriser mes tétons avec une perversité savante.
— Regarde-moi, a-t-elle intimé, son visage surplombant le mien à effleurer mes cils.
J'ai rouvert les paupières, happée par le puits sans fond de son regard.
Elle a plongé sur ma bouche.
Il ne s'agissait plus du baiser colérique et exhibitionniste du bar. C'était un baiser lent, d'une profondeur abyssale, d'une tendresse férocement possessive. Mes défenses ont implosé. Mes lèvres se sont entrouvertes sans lutter, gobant sa langue chaude qui explorait ma bouche avec une autorité familière. Le sel de la mer a fusionné avec sa salive. Un gémissement caverneux s'est échappé de ma trachée. Je me suis abandonnée, mes mains libres agrippant ses hanches ruisselantes pour l'ancrer plus fort contre mon bassin.
Sous la violence de cette étreinte, le reste du monde s’est volatilisé.
Le bateau de plaisance a disparu. La muraille noire des falaises s'est évaporée. J'ai été vidée de tout discernement. La présence des deux hommes, postés à dix centimètres de nous, s'est dissoute dans le néant. Il n'y avait plus que l'odeur ambrée d'Inès qui terrassait l'iode, l'écrasement de ses seins sur les miens, et la domination voluptueuse de ses mains.
Je gémissais dans sa bouche, rendant coup pour coup aux assauts de sa langue, animée par une frénésie bestiale qui me dépossédait de moi-même.
Inès a déserté ma poitrine pour faire glisser sa paume sur mon ventre contracté. Ses doigts se sont faufilés entre nos deux ventres collés, descendant avec la précision d'un scalpel vers la fente détrempée de mon sexe. Dès que la pulpe de ses doigts a heurté l'hyper-sensibilité de mon clitoris, un arc voltaïque a fendu ma colonne vertébrale. J'ai cambré les reins dans un soubresaut de pur supplice sous son poids.
Les deux hommes observaient la scène dans un silence religieux, pétrifiés par la fureur incandescente de notre duo.
C'est à cet instant fatidique, alors que je sombrais corps et âme sous les doigts et la langue de ma meilleure amie, qu'une première main masculine, lourde, sèche et rocailleuse, est venue se caler sur l'arrondi de ma cuisse ouverte, scellant avec une violence inouïe la naissance de notre quatuor.
La main de Romain, dont les doigts venaient de se sceller sur l'intérieur de ma cuisse, a agi comme le point de rupture définitif. L'électricité qui saturait l'air moite de la crique venait de prendre chair. Le monde d'avant — celui des retenues parisiennes, des dîners calibrés et des pudeurs feintes — achevait de se désintégrer sur le cuir de ce bateau.
Au centre de l'immense bain de soleil, écrasée de tout son long contre moi, Inès a perçu l'intrusion de la main masculine. Loin de s'en offusquer, elle a accompagné le mouvement. D'une ondulation souple, elle a fait glisser son corps d'ébène de quelques centimètres vers le haut, libérant mon bassin. Ses seins ronds et lourds balayaient désormais mon visage, sa bouche dévorait mon cou et mes clavicules, m'aveuglant de sa peau salée et de son souffle court.
L'espace laissé vacant entre mes cuisses a immédiatement été investi.
Romain s'était agenouillé sur le matelas capitonné. La brise nocturne de l'Adriatique a frôlé mes hanches découvertes, que j'ai laissées s'écarter sans l'ombre d'une résistance, capitulant totalement sous la voûte céleste. Mes paumes se sont enfoncées dans la sellerie blanche, mes ongles accrochant le cuir à la recherche d'un ancrage pour affronter la vague qui s'annonçait.
La chaleur du souffle de Romain s'est abattue directement sur mon intimité. Ses doigts, longs et soigneux, ont doucement effleuré le pli humide de mon sexe, écartant les chairs avec une délicatesse qui m'a fait frémir.
Et ses lèvres se sont posées sur moi.
Un gémissement sourd, guttural, a jailli de ma gorge, se perdant contre l'épaule d'Inès. Ce n'était pas une exploration pressée, mais une caresse d'une dévotion absolue. Romain recueillait la moiteur de mon désir avec une gourmandise appliquée, alternant la douceur enveloppante de sa langue et des pressions plus fermes sur le centre de mon plaisir. L'onde de choc m'a foudroyée. Mon bassin a commencé à se soulever de lui-même, rythmé par son insistance et par les frissons involontaires qui parcouraient mes jambes. Allongée sur mon buste, Inès étouffait mes cris en mordillant la naissance de mon épaule, glissant ses propres mains sous mes reins pour encourager ma cambrure.
C'est à cet instant que Maxence, jusque-là fondu dans la pénombre, a brisé son immobilité. Il s'était adossé aux coussins de la console, nous observant en silence. Sa lourde main s'est abattue sur la cuisse d'Inès, comme une invitation muette, une revendication de territoire.
Inès a suspendu ses baisers. Le souffle court, elle s'est arrachée à moi et s'est laissée glisser sur le côté pour faire face à l'entrepreneur.
Privée de son poids, emportée par le maelstrom sensoriel qu'entretenait la bouche de Romain, j'ai entrouvert les paupières. Mes yeux devaient recouvrer la vue. Il me fallait imprimer ce décor, honorer la promesse arrachée par Sylvain au cœur de la nuit. Je me devais de tout emmagasiner.
À moins d'un mètre de moi, le tableau m'a clouée sur place.
Les lueurs laiteuses de la lune et le faisceau rouge du tableau de bord sculptaient le torse de Maxence. Inès, redressée sur les genoux, a pris le sexe de l'homme à deux mains. Le choc visuel a pulvérisé les ultimes digues de mon discernement.
La virilité de Maxence s'est imposée à mon regard avec une brutalité inouïe. Inès n'avait ni menti, ni embelli le souvenir. C'était une démesure sombre, épaisse, écrasante, qui ne laissait aucune place au doute quant à la force qu'elle imposerait une fois à l'intérieur d'un corps. La peau tendue, parcourue de veines saillantes, luisait sous l'ardeur du désir masculin. Inès a effleuré l'extrémité pourpre de ses lèvres, avant d'engouffrer cette masse brûlante dans sa bouche avec une lenteur ostentatoire.
Maxence n'a pas fermé les yeux sous l'étreinte. Il a croisé mon regard à travers l'obscurité. Un pont invisible, chargé de soufre et de défi, s'est tendu entre nous. Il lisait ma fascination effarée. Il savait pertinemment que l'idée d'accueillir un tel gabarit me terrorisait autant qu'elle me faisait fondre en larmes de plaisir sous la langue de Romain.
Je n'ai pas pu détourner les yeux. Voir les traits d'Inès se figer de concentration pour absorber la démesure de cet homme entretenait la cadence de mon propre naufrage.
Soudain, le souffle de Romain a quitté mon intimité.
Il s'est redressé sur les genoux, son buste glissant au-dessus du mien dans une mécanique fluide. Il a saisi mon visage entre ses mains moites et a plaqué sa bouche contre la mienne. Le goût âcre, musqué et sauvagement salé de mon propre désir a explosé sur mon palais. Cette morsure salée de mon propre désir a achevé de dissoudre ma réserve naturelle. J'ai gémi contre ses lèvres, buvant sa chaleur, les ongles plantés dans ses épaules nues.
Romain a relevé le torse, son regard sombre plongeant dans le mien. Il s'est calé entre mes genoux pliés. La dureté brûlante de son sexe est venue effleurer l'entrée inondée de ma chair.
— Laisse-toi aller, Camille, a-t-il murmuré d'une voix grave et rassurante, son haleine caressant mon visage.
Il a poussé sur ses reins. La pénétration a été franche, enveloppante, étirant doucement mes parois pour me combler d'une plénitude ardente. J'ai renversé la tête en arrière, libérant un long soupir vers la voûte céleste tandis que j'encaissais l'onde de choc. La cadence s'est instantanément installée. Un rythme régulier, profond, tourné exclusivement vers la montée de mon plaisir. À chaque mouvement, le bassin de Romain venait claquer contre le mien, l'arête de son torse percutant la souplesse de mes seins.
À la périphérie de ma vision, la chorégraphie du second couple a muté. Maxence a posé ses immenses paumes sur les hanches d'Inès et l'a soulevée presque sans effort. D'une autorité implacable, il l'a retournée pour la forcer à s'installer à quatre pattes sur la banquette. S'agenouillant derrière la cambrure de ses reins dorés, il s'est calé contre elle et s'est enfoncé d'une poussée lente, abyssale, interminable.
Inès a poussé un cri. Un son profondément animal, une plainte qui mêlait l'ivresse à la surprise de l'étirement, et qui est venu se fracasser contre les parois minérales de la crique d'encre.
La symphonie du Day-Cruiser s'est accordée. Le claquement sourd des peaux en sueur contre le cuir blanc, le clapotis de l'eau noire bousculée par le roulis, et nos gémissements enchevêtrés saturaient désormais la nuit. J'étais traversée de part en part, balancée par les hanches de Romain, le regard aimanté par la carrure titanesque de Maxence qui pilonnait la silhouette de ma meilleure amie à dix centimètres de mon visage. Les limites de l'acceptable étaient pulvérisées. J'étais possédée au milieu de l'océan, sous les étoiles, et l'exigence de Sylvain résonnait comme un battement de tambour dans mes tempes : Je mémorise. Je prends tout. Je lui raconterai tout.
Au bout de longues minutes de cette transe partagée, le souffle d'Inès s'est brisé. Elle s'est effondrée sur les coudes, exténuée par la brutalité de l'impact. Maxence s'est retiré de ses flancs dans un glissement obscène, le dos ruisselant de sueur malgré l'air marin.
Sentant le changement de tempo, Romain a freiné sa course. Il a abandonné le creux de mes reins dans un long râle brûlant. Désertant l'espace de mes cuisses, il s'est décalé pour s'allonger contre moi, venant tapisser ma nuque de baisers apaisants.
Le souffle court, les paupières mi-closes, j'ai cherché à reprendre mes esprits. À la périphérie de mon champ de vision, j'ai vu Inès se redresser péniblement. Son corps ruisselant a glissé contre le flanc de Maxence. Elle a posé une main ferme sur le torse de l'entrepreneur et s'est penchée vers lui. J'ai vu ses lèvres frôler la mâchoire de l'homme, mais le clapotis de l'eau contre la coque a couvert sa phrase. Je n'ai capté qu'une intonation inhabituellement impérieuse, et un fragment de murmure :
— ... sur le dos.
Maxence a soutenu son regard de jais. Un demi-sourire, chargé d'une sombre connivence, a étiré ses lèvres. Il a obéi sans formuler la moindre objection.
Le bateau a doucement roulé. Le matelas a encaissé une lourde secousse. L'homme venait de pivoter pour s'allonger sur le dos, occupant tout le centre du vaste bain de soleil. Sa stature monumentale écrasait l'espace. Son buste se soulevait à chaque inspiration profonde. Et au centre de son bassin, son sexe noirci par les ombres imposait un défi dressé vers le ciel étoilé.
Je croyais naïvement qu'ils changeaient simplement de position pour eux-mêmes. Mais la première phase du jeu venait de s'achever. L'heure de la confrontation ultime avait sonné.
Inès a pivoté, la peau de ses genoux crissant doucement contre la matière humide, et s'est glissée jusqu'à moi. Elle s'est arrêtée à quelques centimètres. Ses yeux d'ébène plongeaient dans les miens, brillants d'une sueur tiède, y traquant mon trouble.
Elle a levé une main mouillée pour écarter une mèche châtain collée à ma tempe, puis a approché ses lèvres de mon oreille.
— Regarde-le, Camille... a-t-elle murmuré d'une voix rauque, brisée par l'effort. C'est à toi, maintenant. Viens... mets-toi en face de moi.
L'injonction a résonné comme un vertige, un point de bascule sans retour possible. Le cœur cognant contre mes côtes, mue par une pulsion qui réduisait en poussière cinq années de pudeur parisienne, je me suis arrachée au flanc de Romain.
Je me suis redressée sur le matelas qui oscillait doucement sous la brise nocturne. J'ai enjambé les cuisses puissantes de Maxence, dont le corps étendu irradiait une chaleur de braise. Guidée par le regard d'Inès, j'ai pivoté sur moi-même. Je lui ai tourné le dos, offrant ma cambrure et la rondeur de mes fesses à son regard pour faire directement face à mon amie.
Je me suis accroupie à califourchon au-dessus du bassin de l'entrepreneur, mes genoux calés de part et d'autre de ses flancs. L'air salé de l'Adriatique a mordu la peau nue de mon dos et de mes reins, me procurant une sensation grisante de vulnérabilité totale.
Inès s'est avancée à genoux, venant coller ses cuisses nues contre les miennes.
— Bouge pas... a-t-elle chuchoté, le souffle court. Laisse-moi faire.
Plutôt que de me laisser chercher à l'aveugle derrière moi, Inès a plongé sa main droite entre nos deux corps. Ses doigts fins ont empaumé la base de la verge de Maxence. La peau sombre et brûlante de l'homme a crissé sous sa paume tandis qu'elle redressait cette colonne de chair à la verticale. De sa main gauche, Inès s'est glissée sous mon bassin, ses doigts mouillés écartant délicatement mes lèvres gonflées par le désir.
Sentir les doigts de ma meilleure amie tenir cette virilité colossale tout en ouvrant mon intimité pour l'y ajuster m'a arraché un premier gémissement involontaire.
Inès a calé l'extrémité pourpre de Maxence pile contre mon entrée béante.
— Camille... regarde-moi, a haleté Inès, ses yeux ancrés dans les miens. Tu le sens ?
— Oui... ai-je bégayé, les doigts crispés sur ses avant-bras. Il est... bordel, Inès...
— Je sais. T'es trempée. Allez... descends. Tout doucement. Je le tiens.
— Oui... ai-je bégayé, les doigts crispés sur ses avant-bras. Il est... bordel, Inès...
— Je sais. T'es trempée. Allez... descends. Tout doucement. Je le tiens.
Inès a maintenu fermement la verge pour l'empêcher de dévier, guidant la trajectoire millimètre par millimètre tandis que je relâchais mes cuisses pour amorcer ma descente.
L'étirement a été immédiat, violent, presque terrifiant. La circonférence hors normes de l'homme forçait le passage, distendant ma chair avec une puissance sourde qui m'a arraché un cri aigu. Jamais mon corps n'avait été ouvert à ce point. La sensation de comblement frisait la déchirure, une morsure brûlante qui me coupait le souffle. À mi-parcours, l'intensité de la douleur m'a figée sur place, les yeux écarquillés dans la pénombre, mes ongles s'enfonçant dans les poignets d'Inès.
— Attends... ai-je suffoqué, les dents serrées. Inès... ça fait mal...
— Respire, Camille... a-t-elle insisté d'une voix douce mais ferme, sa main libre remontant flatter mon flanc. C'est normal. Relâche... laisse-toi ouvrir. Tu y es presque.
— Respire, Camille... a-t-elle insisté d'une voix douce mais ferme, sa main libre remontant flatter mon flanc. C'est normal. Relâche... laisse-toi ouvrir. Tu y es presque.
Derrière moi, les mains massives de Maxence sont venues se poser à plat sur mes hanches. Ses paumes larges et rugueuses ont pris le relais d'Inès, m'ancrant solidement, m'interdisant de reculer mais me laissant maîtresse du tempo.
J'ai plongé mes yeux dans ceux d'Inès. J'ai expiré un long tremblement, relâché chaque fibre de mon bas-ventre, et j'ai laissé tout mon poids s'effondrer d'un coup.
La verge de Maxence a disparu en moi jusqu'à la racine. L'impact a été si compact, si colossal, qu'un râle continu s'est étranglé dans ma gorge. Mon pubis reposait entièrement écrasé contre l'aine de l'entrepreneur. Je n'avais plus le moindre millimètre d'espace libre en moi ; j'étais traversée, comblée jusqu'à la limite de l'endurance. Un étirement brûlant qui me faisait mal, mais un mal si dense, si viscéral, qu'il se métamorphosait instantanément en une onde d'extase pure.
Inès a retiré ses doigts luisants de nos fluides, ses lèvres tremblant d'un sourire gourmand.
— Putain... a-t-elle soufflé en me dévorant du regard. Tu l'as pris en entier. T'es sublime.
Derrière elle, Romain s'est mis en place sans un mot. Ses mains ont ceinturé la taille dorée d'Inès, positionnant son sexe à l'entrée de ses reins avant de s'enfoncer en elle d'un coup de rein fluide et franc.
Inès a rejeté la tête en arrière dans un cri rauque, ses omoplates venant percuter le torse de Romain. Le piège à quatre était refermé.
Romain a lancé le rythme. Des coups de bassin secs, appuyés, réguliers, qui faisaient claquer la chair d'Inès et projetaient son buste vers l'avant à chaque impact. Au même moment, sous moi, Maxence a commencé à pousser vers le haut. De lourdes et lentes impulsions verticales qui soulevaient tout mon bassin, venant heurter le fond de mes entrailles avec une régularité de métronome.
Chahutée par les vagues et par la force de Maxence qui m'empalait, j'ai basculé le torse en avant. Inès, bousculée par les assauts de Romain, s'est jetée contre moi.
Nos poitrines nues se sont percutées dans un claquement humide. Mes seins se sont écrasés contre les rondeurs pleines des siens, nos tétons durcis par le sel et l'air nocturne se frictionnant dans un contact abrasif et brûlant. J'ai jeté mes bras autour de ses épaules trempées, et ses mains sont venues s'agripper à ma taille, nous soudant l'une à l'autre.
Inès a calé son visage à un millimètre du mien, son haleine brûlante heurtant mes lèvres au rythme saccadé des pénétrations.
— Camille... a-t-elle gémi, la voix hachée par les chocs de Romain. Dis-moi...
— Quoi ? ai-je articulé dans un souffle brisé.
— C'est comment ?... Ça te plaît ?...
— C'est... trop... ai-je hoqueté, mes ongles s'enfonçant dans son dos. Il me déchire... c'est tellement bon...
— Embrasse-moi, a-t-elle ordonné dans un râle. Arrête pas...
— Quoi ? ai-je articulé dans un souffle brisé.
— C'est comment ?... Ça te plaît ?...
— C'est... trop... ai-je hoqueté, mes ongles s'enfonçant dans son dos. Il me déchire... c'est tellement bon...
— Embrasse-moi, a-t-elle ordonné dans un râle. Arrête pas...
Nos bouches se sont écrasées l'une contre l'autre. Un baiser féroce, désordonné, où nos langues se disputaient le peu d'air qui nous restait, mêlant notre salive, la sueur et le goût de la mer.
Sous la voûte céleste piquée d'étoiles, les individualités se sont dissoutes. Nous formions un enchevêtrement de corps en sueur posé sur le cuir. En bas, Maxence accélérait ses poussées sourdes, soulevant mon corps avec une autorité animale, m'arrachant des gémissements d'agonie voluptueuse qui se perdaient directement dans la gorge d'Inès. En haut, Romain martelait les reins de mon amie, dont les ongles me labouraient la nuque et les omoplates à chaque secousse.
L'étirement sous mon bassin devenait intenable. Mes parois vaginales, distendues à l'extrême par l'épaisseur de Maxence, ont commencé à se contracter involontairement, pulsant autour de sa chair d'acier avec une force convulsive. La douleur de cet écartèlement n'était plus une gêne : c'était le combustible d'un incendie qui dévorait tout mon ventre.
Le rythme est devenu frénétique, sauvage. Le cuir du matelas grinçait lourdement au diapason de notre débauche.
Inès a arraché sa bouche de la mienne, les yeux révulsés par la violence du plaisir qui montait.
— Camille... putain, Camille ! a-t-elle hurlé, la voix brisée par des sanglots d'extase. Je vais jouir... je peux plus... Jouis avec moi !
— Oh oui... ai-je crié contre sa joue en resserrant mes cuisses à en étouffer Maxence. C'est tellement bon... Inès, je viens aussi !
L'image de Sylvain a traversé mon esprit dans un éclair de lucidité aveuglante. Le souvenir de sa voix au téléphone, l'obscénité absolue de cette scène où sa copine se faisait écarteler par un colosse tout en pleurant de plaisir contre la peau d'une autre femme, a mis le feu aux poudres.
La digue a explosé.
Un orgasme dévastateur m'a broyé le ventre. Mes muscles internes se sont verrouillés sur le sexe de Maxence avec la violence d'un étau impitoyable, écrasant mes chairs contre sa verge dans une série de spasmes douloureux et magnifiques. J'ai renversé la tête en arrière, arrachant ma gorge à la nuit, poussant un cri primal, libérateur, qui a déchiré le silence de la crique.
Mon hurlement a déclenché l'avalanche.
Inès a poussé un cri strident, déchirant, son bassin secoué de secousses incontrôlables tandis qu'elle s'effondrait contre ma poitrine, terrassée par sa propre jouissance. Derrière elle, Romain a lâché un grondement rauque, guttural, se figeant dans une raideur absolue pour vider sa semence au fond de mon amie. En dessous de moi, Maxence a poussé un râle sourd ; son corps gigantesque s'est arqué une dernière fois, et j'ai senti des pulsations brûlantes, épaisses, saccadées, inonder le point le plus profond de mon intimité.
L'écho de nos cris s'est lentement éteint contre les parois de roche noire.
Une immobilité totale est retombée sur le bateau. Seul le son lourd, heurté et tremblant de nos quatre respirations entremêlées venait troubler le calme de la mer.
Liquéfiée, vidée de toute force, j'ai laissé glisser mon buste en avant. J'ai posé ma tempe moite de sueur contre le creux de la clavicule d'Inès, respirant l'odeur de sa peau mêlée à celle de nos fluides. Ses doigts ont doucement glissé dans mes cheveux trempés, lissant mes mèches avec une tendresse infinie. L'homme était encore logé en moi, scellant notre étreinte, mais dans la tiédeur de cette nuit croate, tout avait changé. La jeune femme mesurée de Paris était morte et enterrée. J'avais franchi la ligne, j'avais tout donné, et je savais qu’il m’était désormais impossible de revenir en arrière.
Ce chapitre vous a plu ? Encouragez l'auteur en un geste.
J'aime
ou laissez un mot
Restez informé des nouvelles histoires
Recevez les dernières publications directement dans votre boîte mail
Explorez les catégories
Parcourez notre vaste sélection d'histoires érotiques classées par catégories pour trouver exactement ce qui éveille votre désir
Ce chapitre vous a plu ?
Vous venez de le lire en entier. Prenez un instant pour encourager l'auteur : un petit geste qui fait toujours plaisir et donne envie d'écrire la suite.
Laissez une réaction
Commentaires ()