Hvar
Chapitre 1
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✦ MelanieD Hvar XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Hvar — Chapitre 1

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MelanieD
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L'atmosphère de Hvar est posée avec une précision sensorielle remarquable — la chaleur, le Posip glacé, l'odeur de monoï et de pierre chaude — et on y est dès les premières lignes. Ce qui retient vraiment, c'est la tension entre le rangement compulsif de Camille et la désinvolture carnassière d'Inès : le duel entre ces deux façons d'habiter son corps est savoureux. La scène de l'habillage dans la chambre, où Inès fait glisser la robe sur Camille avec une lenteur calculée, est particulièrement bien menée — suggestive sans jamais forcer le trait.

Hvar

Chapitre 1

La chaleur nous cueillit de plein fouet, pareille à une masse invisible, dès l'instant où le taxi nous déposa au pied de la ruelle pavée et que nous eûmes achevé de hisser nos valises jusqu'au palier. Trente-et-un degrés à l'ombre en cette fin d'après-midi. Une moiteur dense, saturée par l'odeur entêtante des pins maritimes, de l'iode et de la pierre calcaire surchauffée, venait instantanément plaquer le coton de nos t-shirts de voyage contre nos omoplates.
Inès pianota les quatre chiffres du boîtier sécurisé fixé près de la serrure. La lourde porte en chêne céda dans un grincement sourd, libérant un souffle d'air conditionné providentiel qui nous balaya le visage.
L'appartement surpassait largement le charme des photos de l'annonce : de hauts plafonds voûtés, des murs enduits d'une chaux immaculée, un parquet en chêne clair et, au bout de la vaste pièce de vie, d'immenses baies vitrées coulissantes ouvrant sur une terrasse suspendue au-dessus des toits. Sur l'îlot central en marbre de la cuisine, une feuille de papier kraft avait été laissée bien en évidence, calligraphiée d'une écriture penchée : « Welcome to Hvar, girls! A taste of our local vineyard to start your week. Enjoy the sunset. - Goran ».
Juste à côté du carton d'accueil trônait un seau à glace en inox où reposait une bouteille de Posip déjà rafraîchie, son verre vert sombre ruisselant de condensation.
— Déjà, Goran, je l'aime d'amour, décréta Sarah en balançant son énorme sac de voyage en toile au pied du canapé d'angle en lin.
L'attribution des chambres se régla en trente secondes chrono, avec cette redoutable efficacité forgée par dix ans d'amitié depuis nos années de lycée. L'Airbnb ne comptant que deux chambres doubles, Sarah et Chloé s'approprièrent immédiatement la plus petite au fond du couloir, tandis qu'Inès m'entraînait d'autorité vers la suite parentale. Celle-ci bénéficiait d'un accès direct à la terrasse et d'un immense miroir en pied encadré d'ampoules à la lumière chaude.
En moins de deux minutes, le désordre organique et familier de nos vacances s'empara des lieux.
Sarah reparut dans le salon, se débarrassant de son jean et de son débardeur au milieu de la pièce, sans la moindre pudeur, pour enfiler un maillot de bain noir asymétrique. Inès suivit le mouvement. Elle fit glisser sa combinaison d'été le long de ses jambes pour se retrouver en simple string de dentelle noire, sa peau mate déjà perlée d'un voile de sueur. Elle étira ses bras au-dessus de sa tête, cambrant les reins avec cette aisance corporelle insolente qui ne l'avait jamais quittée, s'admirant une fraction de seconde dans le reflet de la baie vitrée sans prêter la moindre attention au potentiel vis-à-vis des toits voisins.
Moi, j'avais tiré ma valise rigide de mon côté du lit double. Agenouillée sur le carrelage frais, j'alignais méthodiquement mes trousses de toilette sur la commode en bois blanchi. Je lissais soigneusement le tissu d'un débardeur en lin beige avant de le suspendre sur un cintre, puis un deuxième, puis une robe chemise que je défroissais du plat de la main. Mes gestes se voulaient précis, cadencés, reproduisant machinalement l'organisation géométrique rassurante de mon dressing du onzième arrondissement. Je tirais sur les petits plis avec la pulpe de mes pouces pour m'assurer que rien ne s'abîme.
— Arrête de ranger, Camille, ça me donne des palpitations rien qu'à te regarder, résonna la voix d'Inès depuis la cuisine.
Je perçus le cliquetis métallique d'un tiroir que l'on fouille, le tintement d'un tire-bouchon, puis le claquement net et sec du liège qu'on extrait de force du goulot.
Je me relevai, époussetant un grain de poussière illusoire sur mes cuisses, avant de rejoindre l'îlot central. Inès venait de remplir quatre grands verres à pied avec le vin blanc offert par notre hôte. Elle m'en tendit un sans ajouter un mot.
J'enveloppai le pied du verre de mes doigts. Le contact du cristal glacé contre ma paume moite me procura un soulagement immédiat. Sans attendre qu'une de nous porte un toast, j'avalai une longue gorgée. Le vin se révéla sec, minéral, presque agressif, strié de notes d'agrumes et de sel. Je le bus un peu trop vite. Je dus déglutir avec force, sentant le liquide froid descendre comme une lame le long de ma gorge, tandis que Sarah synchronisait une petite enceinte Bluetooth d'où s'échappèrent les premières basses sourdes d'un set électro.
— Allez, tout le monde dehors, ordonna Inès en saisissant la bouteille par le col d'une main et son verre de l'autre. On ne s'est pas tapé trois heures de vol pour moisir sous la clim.
La terrasse déployait bien vingt-cinq mètres carrés de dalles calcaires immaculées qui restituaient insidieusement la chaleur emmagasinée tout au long de la journée. Le panorama y était à couper le souffle. Au-delà de la rambarde en fer forgé noir, la cascade de toits en tuiles orangées de la vieille ville dégringolait vers le port, où s'alignaient les mâts élancés des voiliers et les coques étincelantes des yachts de passage, doucement bercés par une mer d'huile.
Chloé se laissa choir sur le grand canapé d'extérieur aux coussins beiges. Elle avait enfilé un bikini pastel qui mettait en valeur sa silhouette menue. Elle attrapa un flacon d'huile scintillante au monoï et entreprit de s'en enduire les jambes avec une lenteur calculée, étirant le liquide doré sur la peau de ses cuisses pour les faire luire sous la lumière rasante de dix-neuf heures.
— Franchement, je revis, soupira-t-elle en renversant la courbe de son cou en arrière pour capter les derniers rayons de soleil. J'avais l'impression de crever à petit feu sous le périph avant de partir.
— Et avec ton mec, d'ailleurs ? relança Sarah, installée en tailleur sur la table basse en teck, le pouce rivé sur son téléphone pour faire défiler les stories des beach clubs environnants. C'est réglé ou c'est ouvert ?
— Avec Arthur ? Chloé haussa les épaules, balayant la question d'un revers de main luisant d'huile. C'est sympa. Ça fait six mois, on s'entend bien, on se fait des restos, on dort ensemble le week-end. Mais bon... ce sont les vacances. On ne s'est rien juré de définitif, je ne vais pas m'interdire de respirer ni me coller des oeillères juste parce qu'il a laissé un double de ses clés sur ma commode.
Je portai mon verre à mes lèvres, m'humidifiant machinalement la bouche. Le vent tiède caressait mes avant-bras, mais je restais l'unique fille du groupe encore vêtue de son short en jean ajusté et de son t-shirt blanc en coton. Mes doigts pincèrent instinctivement l'ourlet de mon short, tirant le tissu rigide d'un centimètre vers le bas, comme pour me barricader et m'assurer que rien de disgracieux ne dépassait.
Inès, qui s'était accoudée à la rambarde face au vide, pivota vers moi. Sa poitrine généreuse, totalement libérée sous le décolleté plongeant de son dos nu, captait l'incandescence du crépuscule. Elle planta son regard sombre et rieur droit dans le mien.
— Prends des notes, Camille, lança-t-elle, les lèvres étirées par un sourire en coin.
— Des notes sur quoi ? répliquai-je, la voix légèrement plus aiguë que d'habitude.
— Sur la légèreté. Chloé a saisi le concept. Toi, ça fait quarante minutes qu'on a passé le pas de la porte, tu as déjà classé tes débardeurs par pantone sur tes cintres, t'as checké deux fois le verrou de la baie vitrée et je parierais ma soirée que tu as envoyé un compte-rendu d'atterrissage à la minute près.
— C'était Sylvain, me défendis-je en croisant prestement les chevilles sous la table en teck. Je le rassurais juste, je lui disais qu'on avait récupéré les clés de l'Airbnb et que la vue était dingue.
Inès aspira une gorgée de son vin, laissant le buvant du verre glisser lentement sur ses lèvres charnues.
— Sylvain. Cinq ans de perfection absolue. Le dîner chez le traiteur italien du vendredi, le petit footing le long du canal le dimanche, les vacances sécurisées six mois à l'avance au millimètre près. C'est magnifique, Camille, je le pense vraiment. Mais on est en Croatie. T'es avec nous pour une semaine, pas en séminaire avec ton calendrier partagé. Débranche ton putain de cerveau parisien.
J'esquissai un rire bref, un peu sec, pour désamorcer la pique. Mes ongles grattèrent machinalement l'étiquette trempée de la bouteille posée devant moi, détachant une pellicule de papier blanc. Je détournai les yeux vers la ligne de l'horizon, là où la voûte céleste basculait du doré au violet profond.
— Je sais très bien m'amuser, Inès.
— T'amuser dans les clous, oui. Lâcher le volant, c'est une autre galaxie.
Sarah verrouilla l'écran de son téléphone d'un coup de pouce sec et tapa dans ses mains.
— Inès a mille fois raison. Règle numéro un de la semaine : zéro filtre, zéro putain de contrôle. On est à mille bornes de Paris, personne ne nous connaît ici, personne ne nous jugera. Chacune doit sortir de sa propre zone de confort. Moi, je prends le lead sur la nuit, je vous traîne dans les spots les plus chauds de l'île jusqu'à six heures du matin. Chloé, toi tu arrêtes de jouer la sainte-nitouche effarouchée avec ton Arthur et tu dragues ouvertement ce soir au bar. Et Camille...
Inès se décolla de la rambarde et traversa la terrasse d'une démarche de félin. Elle vint s'installer sur le rebord du canapé, à quelques millimètres de moi. La chaleur de sa peau nue, nimbée d'un mélange de monoï et de sa fragrance ambrée si caractéristique, rayonnait contre mon épaule.
— Camille, reprit Inès, le timbre de sa voix tombant d'une octave, je prends les commandes de ta carrosserie pour la soirée. Tu vas oublier tes petites robes sages et tes jeans taillés sur mesure. Tu ne décides plus de rien. Interdiction formelle de négocier le bout d'un lacet.
Ma gorge se noua instantanément. Je déglutis, sentant une bouffée de chaleur subite irradier le long de mon cou et venir empourprer mes pommettes. Je cherchai à dégainer une réplique ironique, une de nos parades habituelles héritées du lycée, mais l'assurance insolente, presque prédatrice, gravée dans les iris d'Inès réduisit mes arguments à néant. Je sifflai le fond de mon verre de Posip d'un trait pour me donner une contenance de façade.
— Qu'est-ce que tu as encore manigancé ? finis-je par lâcher dans un souffle.
— Lève-toi, m'intima-t-elle en refermant une poigne ferme sur mon poignet.
Elle me tracta vers l'intérieur, me guidant à travers la fraîcheur du salon jusqu'à notre chambre. Les rires clairs de Chloé et les basses rythmiques de Sarah restèrent confinés sur la terrasse, étouffés par le lourd panneau de la baie vitrée qui glissa derrière nous.
La chambre parentale baignait dans une demi-pénombre dorée, striée par les ombres des persiennes. Les petites ampoules nues qui encadraient le miroir en pied diffusaient un halo intimiste. Inès s'avança vers son bagage ouvert sur le porte-valise, écarta sans ménagement ses trousses de toilette et ses flacons de parfum, avant d'en extraire un tissu liquide et extrêmement fluide, d'un vert sauge profond. D'un coup de poignet sec, elle le claqua dans l'air. La matière se déploya comme une coulée d'eau vive.
Elle jeta l'étoffe sur le couvre-lit défait et s'assit sur le bord du matelas, les mains ancrées à plat sur ses cuisses mates, me fixant avec cette intensité carnassière qui forçait l'obéissance.
— Tiens, enfile ça, murmura-t-elle, son ton virant à la confidence crue. Je te préviens, cette robe, c'est mon arme de destruction massive. Je la dégaine uniquement quand j'ai décidé de rendre un mec complètement dingue ou de me le faire avant la fermeture du bar. Sur moi, avec mon bonnet D, ça déborde de partout, c'est presque trop lourd, trop vulgaire. Mais sur toi... avec ton mètre soixante-huit, la fermeté de tes seins et ta cambrure, elle va tomber avec une insolence parfaite.
Elle ménagea une pause, savourant le silence épais qui s'était refermé sur nous.
— Allez, vire ce t-shirt. Et surtout, interdiction formelle d'enfiler un soutif : ce tissu a été pensé pour ne tolérer rien d'autre que la peau.
Je restai paralysée deux secondes au beau milieu de la pièce. La buse de la climatisation me soufflait un air froid sur la nuque, mais j'avais l'impression physique que la température de la pièce venait de bondir de dix degrés. Sous le regard noir, indéfectible d'Inès, je croisai les bras, accrochai l'ourlet de mon t-shirt et je le fis glisser par-dessus ma tête avec résignation. Je fis ensuite sauter le bouton en cuivre de mon short en jean pour le laisser s'écrouler sur le carrelage.
Je me retrouvai exposée devant le miroir en simple soutien-gorge de coton blanc et un fin string en dentelle noire qui dégageait impudiquement la rondeur de mes fesses et le galbe de mes hanches.
Inès ne détourna pas les yeux de mon reflet une seule fraction de seconde. Je glissai mes mains dans mon dos, cherchant l'agrafe de mon soutien-gorge avec des doigts rendus maladroits par l'alcool et l'appréhension. Dès que le crochet métallique céda, je laissai choir la lingerie sur la couette. Mes seins se libérèrent, blancs, ronds et insolents, mes aréoles rosées réagissant immédiatement à l'air frais de la pièce.
Inès se redressa. Elle ramassa la robe en satin. En l'approchant de mon visage pour l'enfiler par ma tête, les notes vanillées, musquées et terriblement boisées de son propre parfum me percutèrent de plein fouet, entêtantes et charnelles.
L'étoffe glissa sur mes épaules, coulant à la manière d'une seconde peau glacée le long de mon buste. Le contact brutal de la soie lisse, directement apposée sur mes tétons nus, durcit la pointe de mes seins. Je tressaillis violemment. Mes tétons pointèrent sous la soie fine avec une netteté agressive, venant tendre le tissu vert en deux reliefs saillants. Guidée par un réflexe d'auto-protection primaire, je croisai instantanément les bras sur ma poitrine pour masquer le désastre.
— Baisse les bras, Camille, chuchota Inès, dont la voix résonnait désormais juste derrière ma nuque.
J'obéis, relâchant mes bras le long de mes cuisses avec une lenteur résignée. Face au miroir, j'accusai le choc. À l'avant, le tissu s'écroulait en un drapé liquide, laissant transparaître chaque palpitation de mes seins nus. Mais à l'arrière, la robe n'existait tout bonnement pas : le dos était intégralement ouvert. L'encolure dévoilait ma nuque, le sillon de ma colonne vertébrale, le creux de mes omoplates, plongeant en une échancrure vertigineuse qui venait mourir tout en bas des reins, révélant la naissance ombrée de ma cambrure pour s'arrêter un millimètre à peine au-dessus de la ficelle noire de mon string.
Inès saisit les deux fins cordons de satin pour ajuster le col lichette. Ses doigts chauds vinrent frôler délibérément la peau ultra-sensible de ma nuque, y semant un frisson électrique. Elle ne s'arrêta pas en si bon chemin : ses ongles manucurés glissèrent le long de chaque vertèbre de ma colonne découverte, traçant une ligne de feu lente et appliquée jusqu'au creux de mes reins avant de remonter nouer le lacet au creux de mon cou.
Mon souffle resta coincé dans ma trachée. Dans le reflet de la glace, mes yeux noisette trahissaient un vertige absolu, presque enfantin. À chaque micro-mouvement de mon torse, le satin frôlait le bord de ma poitrine, menaçant de s'écarter au moindre faux pas.
— Regarde-toi, souffla Inès avec une satisfaction vorace, venant poser brièvement le plat de ses paumes chaudes sur le haut de mes épaules dénudées. T'es sublime. Si tu rentres seule ce soir avec ça sur le dos, c'est que les mecs de cette île méritent qu'on leur crève les yeux.
Une heure plus tard, les verres asséchés et nos maquillages soigneusement achevés, nous claquions la porte de l'Airbnb. La nuit avait avalé la ville d'un trait, recouvrant l'Adriatique d'un manteau bleu marine profond et constellé de lumières lointaines.
Nous nous engageâmes dans la longue volée de marches en pierre calcaire polie qui dégringolait en lacets serrés depuis nos hauteurs jusqu'aux quais illuminés. Le cliquetis métronomique de mes sandales à talons hauts résonnait contre les façades en pierre sèche. L'air nocturne avait conservé sa tiédeur, mais s'était chargé d'une électricité indéniablement festive. Dès les premières marches descendues, le vent puissant venu du large s'engouffra sans obstacle contre mon dos nu. La sensation s'avéra saisissante : sans armature serrée, sans l'épaisseur d'un coton rassurant, la brise courait librement depuis ma nuque jusqu'à la naissance de mes fesses.
À chaque pas chancelant, le satin vert liquide ondulait contre mes cuisses et revenait caresser la pointe durcie de mes tétons avec une friction constante, lancinante, qui m'interdisait la moindre seconde d'oubli quant à ma propre nudité sous l'étoffe.
Nous débouchâmes sur l'artère principale de la promenade. La foule dense et parfumée des vacanciers se pressait devant les terrasses bondées des bars lounge. La pulsation de la musique électro fusionnait avec les éclats de voix multilingues, les tintements des shakers et les fumées de poissons grillés. Je m'efforçai de garder la tête haute, tirant légèrement les épaules en arrière pour éviter de courber le dos, tout en replaçant nerveusement une mèche châtain derrière mon oreille gauche.
Mais je les sentis instantanément. Ces regards qui pesaient, qui évaluaient.
Des hommes accoudés aux hauts comptoirs en teck, un verre de gin suspendu à mi-hauteur, dont les yeux s'arrêtaient net sur l'échancrure totale de mon dos, avant de glisser inexorablement vers la finesse du tissu à l'avant, mouillé par le vent, qui trahissait sans aucune pitié le galbe tendu de mes seins.
Je n'avais pas encore prononcé le moindre mot ni esquissé la moindre oeillade, mais la sensation physique, écrasante, d'être exposée, scannée et désirée sous la supervision complice d'Inès me frappait avec la violence d'une révélation. Une pulsation sourde, tiède et étrangère prit racine au creux de mon ventre. Je marchais au coeur de la nuit de Hvar, enveloppée dans le sillage du parfum d'Inès, sachant avec une certitude absolue et terrifiante que le tout premier pas hors de mes cinq années de certitudes affectives venait d'être franchi, et qu'il était déjà bien trop tard pour espérer faire demi-tour.
Le Carpe Diem Beach Club ne se contentait pas d'être un bar de nuit ; c'était un cratère d'effervescence creusé à même la falaise de calcaire, suspendu en équilibre au-dessus des eaux d'encre de l'Adriatique. Dès l'instant où nous franchîmes le porche d'entrée pour entamer la descente des marches en bois brut, l'onde de choc acoustique nous percutait au plexus. Des basses organiques, telluriques, faisaient vibrer les lattes sous la semelle de mes sandales. L'air, bien plus dense qu'en ville, était saturé d'effluves de menthe froissée, de gin glacé, de sueur et d'embruns tièdes apportés par le ressac qui s'écrasait dix mètres plus bas contre les récifs.
Des projecteurs dissimulés dans les pins parasols diffusaient une lumière rougeoyante et pourpre, striant la pénombre sans jamais la percer tout à fait, découpant au scalpel les silhouettes de centaines de corps en mouvement.
Inès avançait d'un pas souverain, fendant la marée compacte des fêtards avec cette arrogance naturelle qui lui ouvrait toujours la voie. Je lui emboîtais le pas d'aussi près que possible. Sans l'armature rassurante d'un soutien-gorge, la sensation de l'air marin s'engouffrant sous la soie de ma robe vert sauge m'étourdissait. À chaque mouvement de hanches, le satin liquide glissait sur la peau de mes cuisses, tandis que l'abîme béant de mon dos laissait ma colonne vertébrale et la naissance de ma cambrure effrontément nues, offertes. Je devinais le poids des regards masculins s'accrocher à mes omoplates, glisser le long de ma chute de reins jusqu'à la lisière invisible de mon string en dentelle, pour finalement contourner mon buste et évaluer la tension évidente de ma poitrine sous l'étoffe. Mes doigts cherchèrent, fébriles, une mèche de cheveux pour la coincer derrière mon oreille, le menton relevé dans une tentative dérisoire de masquer mon trouble.
L'éclatement de notre quatuor prit moins d'une minute.
Sarah, qui ne connaissait pourtant pas une âme sur cette île, n'avait besoin d'aucun repère. Dès que le DJ distilla une montée de synthétiseur, ses yeux s'allumèrent d'une fièvre familière. Elle vida son verre d'un trait au comptoir d'entrée, nous lança un « On se retrouve près du grand bar ! » avalé par le vacarme, et plongea la première dans la fosse du dancefloor, se dissolvant instantanément dans la masse.
Chloé, fidèle au serment de légèreté prêté sur la terrasse, repéra l'angle le plus stratégique du comptoir en teck. Jouant des coudes avec un sourire désarmant, elle cala ses avant-bras, dorés à l'huile de monoï, entre deux trentenaires en chemise de lin clair. Le temps que je cligne des paupières, l'un des deux hommes passait déjà commande d'un cocktail en se penchant dangereusement près de son oreille.
Inès referma ses doigts sur mon poignet pour m'entraîner vers l'extrémité de la terrasse extérieure, à bonne distance des enceintes principales, là où une haute rambarde en bois surplombait le vide.
— Deux gin-tonics, bien corsés, exigea-t-elle auprès du barman qui filait devant nous.
Elle me tendit le premier verre, à peine rempli. La glace flottait, noyée dans une buée épaisse. Je saisis le pied de cristal à deux mains, quémandant à ce contact gelé de quoi tempérer l'incendie qui me dévorait les joues depuis notre marche sur les quais. Je bus une longue gorgée. L'amertume verte du tonic et la morsure clinique du gin m'écorchèrent la gorge. Je déglutis avec force, sentant la brûlure descendre comme une lame dans mon estomac vide.
— Respire, Camille, s'amusa Inès en calant son bassin contre la balustrade, le regard balayant la foule avec un appétit de louve. Tu t'agrippes à ton verre comme si ta vie en dépendait. Lâche prise.
Elle se rapprocha, réduisant notre distance à une poignée de centimètres. Son parfum, puissamment ambré et musqué, me nimba, identique à la fragrance qui hantait les fibres de ma propre robe, tissant entre nous un écho olfactif troublant. Elle ondulait imperceptiblement sur la ligne de basse, affranchie, insolente.
C'est à cet instant précis que la texture de l'air parut s'épaissir sur notre droite.
Il ne s'imposa pas avec l'insistance grossière d'un prédateur de fin de soirée. Il glissa simplement dans notre champ de vision avec le flegme aristocratique d'un homme habitué à ce que la gravité s'inverse en sa présence. Près d'un mètre quatre-vingt-huit. Une carrure d'athlète dont les larges épaules tendaient le lin bleu nuit d'une chemise négligemment ouverte sur un torse cuivré, discrètement velu. Une barbe de trois jours impeccable cernait sa mâchoire carrée. Mais c'était avant tout son aura : un magnétisme tranquille, presque animal.
Il s'accouda à la rambarde, un verre de vodka à la main, tourné de trois quarts vers nous. Ses yeux d'un bleu d'acier, au regard hypnotique, percutèrent ceux d'Inès avec une intensité sans préliminaire. Loin de s'offusquer, Inès modifia sa posture. Elle redressa les épaules, creusa la cambrure de ses reins, offrant l'arrondi de son décolleté plongeant à la morsure des projecteurs pourpres. La prédatrice en elle venait de verrouiller une cible à sa mesure.
— Je vous regarde depuis le bar central, amorça-t-il.
Sa voix, grave et enveloppante, se frayait un chemin net à travers les décibels. Il but une gorgée, son regard glissant d'Inès à moi, s'attardant une fraction de seconde de trop sur l'abîme de mon dos puis sur la soie verte qui dessinait l'arrogance de mes seins, avant de revenir à sa cible principale.
— Vous avez une manière de danser ensemble et de vous adresser la parole qui rend l'air totalement irrespirable autour de vous, poursuivit-il, le coin des lèvres subtilement étiré. C'est une stratégie calculée pour rendre les hommes fous, ou vous ignorez l'ampleur de la tension que vous dégagez ?
L'approche était frontale, redoutablement flatteuse. Je déglutis de façon visible, sentant une bouffée de chaleur irradier à la base de mon cou. Ma main se tétanisa sur mon verre. J'attendais d'Inès une esquive cinglante, une parade sardonique.
Mais Inès mordit la pulpe de sa lèvre inférieure, un sourire carnassier fendant son visage. L'attraction entre eux crépitait, palpable, évidente. Elle le voulait. Et elle savait exactement comment l'attirer dans la nasse.
— Tu crois vraiment qu'on a besoin de calculer quoi que ce soit pour rendre un homme fou ? susurra-t-elle, franchissant un demi-pas pour réduire la distance à une intimité venimeuse.
— Je crois surtout que vous savez parfaitement ce que vous faites, répliqua l'inconnu, fasciné. Je m'appelle Maxence, au fait.
— Inès. Et voici Camille.
Maxence me gratifia d'un lent signe de tête. J'esquissai un vague hochement de menton, le gosier trop sec pour produire le moindre son. L'odeur boisée, virile, de son parfum s'amalgamait aux effluves d'Inès pour me donner un vertige nauséeux.
— Vous êtes somptueuses, reprit Maxence, le timbre baissant d'une octave, exclusivement concentré sur Inès. Mais vous projetez une telle alchimie, vous formez un territoire si clos, qu'aucun type normalement constitué n'osera franchir la ligne ce soir. Vous êtes un fantasme sur pattes qui regarde le reste du monde de très haut.
— Un fantasme ? répéta Inès.
Son rictus s'élargit. L'ivresse, l'adrénaline du défi et l'appétit féroce qu'elle nourrissait pour Maxence venaient d'entrer en collision. Elle posa son verre sur la rambarde. Son regard d'obsidienne ne lâchait plus le sien. Elle voulait l'asservir, lui prouver qu'elle régnait en maîtresse absolue sur cette tension qu'il venait de théoriser.
— Tu n'as encore absolument rien vu de ce qu'on dégage, murmura-t-elle.
Dans un mouvement d'une fluidité de reptile, Inès pivota vers moi. Mon esprit naïf crut qu'elle allait me prendre à témoin. Mais sa main droite fendit l'air pour s'ancrer directement dans ma nuque. Ses ongles laqués s'enfoncèrent dans mes cheveux châtains avec une poigne d'airain, verrouillant ma tête. Sa main gauche saisit ma hanche à la lisière de la robe, tirant mon bassin contre le sien avec une sauvagerie qui m'arracha un hoquet stupéfait. À travers la soie et l'infime dentelle de ma lingerie, je subis la chaleur brûlante, la pression osseuse de son pubis s'écrasant contre le mien.
Et sa bouche happa la mienne.
Ce n'était ni une bravade, ni un effleurement d'ivresse. C'était un acte d'exhibitionnisme charnel, tyrannique, pensé exclusivement pour calciner les nerfs de Maxence. Mais dès que ses lèvres, pulpeuses et saturées par la sucrosité du gin, s'écrasèrent contre les miennes, la comédie dérailla. Inès cligna les paupières, emportée par son propre raz-de-marée. Elle mordilla ma lèvre inférieure, forçant l'ouverture, avant de glisser sa langue à l'intérieur.
Le court-circuit neurobiologique me foudroya. Un gémissement caverneux, totalement involontaire, vibra au fond de ma gorge. Mes paupières capitulèrent. Mon corps se plia sous la cadence humide et dominatrice qu'Inès m'infligeait.
Mais soudain, l'instinct de survie de la fille de Paris refit violemment surface. L'image de Sylvain clignota dans mon esprit.
Non. Arrête ça.
Je trouvai la force de briser l'hypnose. Je plaquai mes paumes contre les clavicules d'Inès et je la repoussai d'un coup sec. Le baiser se rompit dans un halètement. Je pivotai de profil, fuyant son regard, le souffle court et les joues en feu.
J'avais réussi. La bulle était percée. J'avais repris le contrôle de moi-même et je devais m'arracher de cette terrasse avant que le désastre ne soit total. J'amorçai un pas en arrière pour m'échapper.
Je ne pus faire le deuxième.
Dans mon dos, l'espace s'était volatilisé. Je n'ai pas heurté Maxence, c'est lui qui me cueillit. Une main d'homme, large, sèche et d'une chaleur implacable, se posa à plat sur le creux de mes reins nus. Ses doigts puissants s'ancrèrent sur ma hanche, à la lisière de la soie, m'interdisant la moindre retraite. Il ne me tira pas brutalement ; il agissait simplement comme un mur infranchissable, avec une force tranquille et absolue.
Je me figeai, le coeur battant à la chamade, prisonnière de cette poigne de fer.
Maxence ne me regardait même pas. Par-dessus mon épaule, ses iris d'acier étaient exclusivement verrouillés sur Inès. Il lâcha d'un ton observateur amusé :
— On dirait que le fantasme essaie de s'enfuir... constata-t-il de sa voix grave, glissant imperceptiblement son pouce sur l'os de ma hanche.
Le visage d'Inès se figea d'abord, surprise par l'intervention. Puis, face au flegme de cet inconnu qui venait de stopper ma fuite sans le moindre effort, son masque s'altéra. Elle mordit lentement la pulpe de sa lèvre inférieure. L'adrénaline du défi venait de balayer sa contrariété.
D'une démarche féline, la brune réduisit le pas qui nous séparait. Elle tendit le bras vers moi, mais au lieu de toucher ma peau, sa paume vint se poser exactement par-dessus la large main de Maxence, au beau milieu de mon dos dénudé. Ses doigts aux ongles laqués caressèrent lentement les phalanges épaisses de l'homme, scellant leur entente sur mon propre corps.
— C'est juste qu'elle a besoin d'être bien tenue, susurra Inès, le regard toujours ancré dans le sien.
J'étais broyée. Écrasée psychologiquement. La superposition de leurs deux mains sur ma chair agissait comme un scellé. J'étais devenue leur trait d'union, un simple jouet palpitant pris en étau entre deux prédateurs qui s'accordaient en silence.
La décharge d'adrénaline fut d'une brutalité indicible. L'effraction de mon intégrité morale, pulvérisée par cette alliance toxique et la chaleur de leurs paumes superposées, força mon organisme à capituler. En une poignée de secondes, une chaleur liquide, dense, visqueuse, se déversa dans mon intimité. La dentelle noire se gorgea d'une humidité brûlante. Je mouillais. Avec une abondance révoltante. Traversée de spasmes sourds, empalée entre ma meilleure amie et un pur étranger.
La pulsation dans mon sexe atteignit un tel paroxysme que mes genoux vacillèrent.
Inès s'arracha enfin à mes lèvres dans un bruit de succion impudique. Elle retira sa main de mon corsage avec une lenteur exaspérante, lissant le satin sur ma poitrine outragée. Elle haletait, les pommettes empourprées, les lèvres laquées de salive. Son regard de jais crocheta celui de Maxence. Elle irradiait d'un désir triomphant, enivrée par la dévastation qu'elle venait d'opérer sur nous.
Je suffoquais. Ma bouche était anesthésiée, mon coeur tambourinait à me fendre les côtes.
Maxence n'avait pas ôté sa main de ma chute de reins. Ses doigts glissèrent, d'un infime millimètre, dessinant une balafre de feu sur ma peau moite, avant de s'étirer vers la taille d'Inès pour nous souder toutes les deux à son corps. Ses iris d'ordinaire si clairs s'étaient obscurcis, lestés d'une gravité animale.
— Ok, concéda-t-il d'une voix éraillée, semblable à un grondement. J'ai compris. Vous êtes des monstres.
Il fit glisser son regard de la bouche martyrisée d'Inès à mon buste frémissant, où mes tétons pointaient avec une impudeur obscène.
— On bouge, décréta-t-il, la sentence tombant avec l'évidence d'un couperet. Tout de suite. Chez moi ou chez vous ?
Le pacte à trois flottait dans l'air saturé de basses. Sans fioritures. Inès me couvrit d'un regard incandescent. Elle n'allait pas reculer. Elle guettait ma reddition, prête à m'engloutir avec elle dans cette nuit sans fond.
Mais dans mon cerveau liquéfié, le cynisme de la proposition déclencha une sirène d'alarme assourdissante. Sylvain. Mon ancrage. Cinq années de certitudes balayées par la vanité d'un jeu de bar. Et par-dessus tout, la terreur viscérale de cette moiteur obscène qui imbibait ma propre lingerie, preuve organique de ma trahison imminente. Si je m'éternisais une seconde de plus, écrasée entre le torse de Maxence et le parfum d'Inès, j'allais me dissoudre totalement.
Je puisai dans un ultime instinct de conservation. J'effectuai un brusque pas de côté, m'arrachant à la paume de l'homme et à l'orbite de mon amie. La soie vert sauge claqua contre l'humidité de mes cuisses.
— Je... j'ai trop bu, bredouillai-je, la voix étranglée, fuyant leurs prunelles venimeuses. Je ne me sens pas bien du tout.
— Camille, déconne pas, chuchota Inès, tendant le bras pour sceller mon poignet. Reste, on...
— Non ! cinglai-je en reculant d'un autre pas, luttant pour aspirer un filet d'air. J'ai la tête qui tourne. J'ai la nausée. Je rentre à l'appartement. Laissez-moi.
L'excuse relevait du cliché monumental, mais ma pâleur cadavérique et les soubresauts de ma poitrine lui conféraient l'urgence d'une crise véritable. Sans leur octroyer le moindre délai pour échanger un regard ou formuler une objection, je pivotai sur mes talons et je fendis la marée humaine à contre-courant. Je jouai des coudes avec brutalité, percutant des épaules, renversant des verres, sourde aux jurons, propulsée par un besoin primitif de fuite.
Je fus recrachée hors du club, sur le quai pavé du port. L'air marin flagella mon visage en feu, impuissant à juguler l'incendie intérieur. D'un geste frénétique, j'arrachai les lanières de mes sandales pour courir pieds nus sur le calcaire poli. Mes talons claquaient sourdement sur la pierre tandis que je dévorais les marches remontant vers la location. À chaque foulée, la robe de satin glissait sur ma peau suante, ravivant la sensibilité exquise de mes tétons érigés, et la friction de mes cuisses ravivait la brûlure humide de mon entrejambe. Je fuyais le bar. Je fuyais l'emprise toxique d'Inès et la silhouette de Maxence. Mais, avalée par les ténèbres de Hvar, je sus avec une effroyable lucidité qu'il m'était désormais impossible d'échapper à la monstruosité de mon propre désir.
Je repoussai la lourde porte en chêne de l'appartement et je tournai le loquet à double tour avec un claquement sec. Le silence de l'Airbnb me percuta comme une chape de plomb. Plus de basses organiques, plus de foule moite, plus de regards masculins braqués sur ma nudité. Sarah s'étourdissait encore dans la fosse du club, Chloé devait papilloter au comptoir en teck, et Inès... Inès était restée dans l'orbite de Maxence.
Je traversai le grand salon noyé de ténèbres. La voûte plantaire de mes pieds nus imprimait de furtives traces de poussière calcaire sur le parquet clair. Ma respiration était hachée, erratique. Mon coeur s'emballait sous mes côtes avec la frénésie d'un oiseau pris au piège. Sans allumer la pièce principale, je me réfugiai dans le sanctuaire de la salle de bain en marbre brut et j'actionnai les lumières chaudes du miroir.
L'image que me renvoya la glace me cloua sur place.
Cette fille n'était pas la Camille parisienne, l'architecte de ses propres émotions. Mes cheveux châtains s'emmêlaient, alourdis par le vent et le sel de l'Adriatique. Mes pommettes irradiaient d'une fièvre coupable. Mais c'était ma bouche qui signait ma défaite : mes lèvres étaient gonflées, obscènement rosies, encore saturées du goût sucré de gin et de la cerise artificielle du gloss d'Inès.
J'ouvris le robinet à fond, aspergeant mon visage d'eau glacée pour tenter d'étouffer l'incendie. J'attrapai ma brosse à dents et je frottai avec une énergie punitive, espérant exorciser cette fragrance ambrée, foncièrement féminine, qui semblait s'être incrustée jusque dans mon haleine. Je laissai ensuite couler l'eau dans le bac de douche pour effacer la crasse des ruelles qui noircissait mes talons.
C'était un rituel d'urgence. Un besoin viscéral de me récurer, de me couler dans le moule d'une normalité sécurisante. L'illusion vola en éclats dès que je portai les mains à ma nuque.
D'un index tremblant, je dénouai le lacet de la robe vert sauge. Le satin liquide glissa de mes épaules, frôlant l'érection douloureuse de mes seins avant de s'écraser sur le carrelage. Je me retrouvai face à mon reflet, vêtue de ce seul fil de dentelle noire.
Je baissai les yeux, incapable de détourner le regard de mon propre naufrage moral. L'échancrure de ma lingerie était lourde, vaincue. La flaque d'humidité, dense, poisseuse, débordait du triangle de dentelle, luisant sous la morsure des ampoules. J'avais mouillé comme une novice en pleine révélation charnelle, sans l'ombre d'une retenue, par la simple conjuration des mains d'une femme et d'un inconnu sur ma peau.
J'ôtai le sous-vêtement avec un frisson de dégoût et de fascination mêlés, l'abandonnant sur le rebord du lavabo comme la pièce à conviction de ma trahison. Je me séchai à la hâte, enfilant un short de pyjama en coton propre et un débardeur doux, priant pour que la candeur du tissu apaise la fièvre de mon corps.
Mais lorsque je me glissai sous les draps frais de la suite parentale, l'immobilité me supplicia. Mes tempes cognaient. Une chaleur résiduelle, têtue, irradiait toujours depuis le creux de mon ventre. L'iris bleu glacier de Maxence, le parfum musqué d'Inès, l'empreinte de cette main colossale sur mes reins tournaient en boucle sous mon crâne. La culpabilité me rongeait, certes, mais elle était atrocement infectée par un désir inachevé.
Je devais crever l'abcès. Je devais m'arrimer à la voix de mon point d'ancrage.
J'attrapai mon smartphone. L'écran fissuré cisailla l'obscurité : 03h15. Je fis coulisser la lourde baie vitrée et je m'exilai sur la terrasse.
L'air de la nuit croate était dense, immobile. Je me tenais seule dans le noir complet, avec pour unique compagnie le bruit sourd et régulier du ressac de la mer. Je me recroquevillai dans l'angle du canapé d'extérieur, ramenant mes genoux contre ma poitrine.
Je pressai le contact « Sylvain » et je collai l'appareil à mon oreille.
Bip... Bip...
À chaque tonalité, mon estomac se tordait. J'avais un besoin organique de me confesser pour vomir ma faute, mais une petite voix lâche, tapie dans l'ombre, le suppliait de ne pas décrocher. Dors, Sylvain. Sombre. Ne m'oblige pas à l'avouer. S'il ignorait l'appel, l'absolution m'était accordée par défaut, et je pourrais noyer cette nuit sous un mensonge d'omission aux premières lueurs de l'aube.
Mais à la deuxième sonnerie, le vide de la ligne se rompit.
Il ne dormait pas. La voix ensommeillée de mon compagnon jaillit, cherchant ses repères dans la nuit. En toile de fond, je captai les dialogues en anglais d'un film d'action, instantanément coupés par le clic sec d'une télécommande.
— Camille ?
Son timbre était strié d'une inquiétude brutale.
— Qu'est-ce qui se passe ? Il est plus de trois heures du mat'. T'as un problème ? Vous êtes où ?
Les vannes cédèrent. Mes défenses psychologiques se pulvérisèrent et je déballai mon récit d'un seul trait, sans reprendre mon souffle. J'étais persuadée que si je reprenais mon souffle, la panique m'étoufferait.
— Je suis rentrée à l'appartement, Sylvain. Seule. Je suis désolée, j'ai paniqué, je te jure que j'ai paniqué. J'ai mis la robe d'Inès, tu sais, celle qui a le dos nu, et Inès m'a interdit de mettre un soutien-gorge. On est allées au club... et ce type, Maxence, s'est approché. Il était immense.
Il a défié Inès. Il a dit qu'on dégageait une tension intime et qu'elle n'aurait jamais le cran d'aller au bout.
— Attends... coupa Sylvain, la voix percutée par la confusion. Inès a fait quoi ?
— Elle m'a embrassée, Sylvain. Mais ce n'était pas pour rire. Elle m'a agrippée par la nuque avec une force dingue, elle m'a plaquée contre elle et elle a mis sa langue. Et... et elle a glissé sa main sous la soie de la robe. Elle a empaumé mon sein nu, elle m'a pétri la poitrine devant lui. Et l'autre, Maxence, il s'est collé derrière moi. Il a plaqué sa main en plein milieu de mon dos. Puis il a proposé qu'on s'arrache chez lui tous les trois. Je te jure, Sylvain, j'ai eu une peur bleue d'avoir mal agi. Je suis partie en courant. Pardonne-moi, je n'aurais jamais dû la laisser m'approcher.
Je me tus, haletante, les yeux brûlants de larmes.
J'attendais l'impact. J'attendais la décharge de jalousie, le givre du reproche ou la colère.
Le vide persista. Un silence abyssal de cinq secondes s'installa au bout du fil.
À sept cents kilomètres de là, l'acoustique de la chambre parisienne muta imperceptiblement. Le froissement lourd d'une couette repoussée. Le souffle de l'homme que j'aimais s'était soudainement ralenti, comme écrasé par le poids des images que je venais de lui livrer. Il accusait le choc, digérant la scène.
— Camille... commença-t-il, la voix tendue, presque prudente. Tu es en train de me dire que ce type a posé sa main sur toi en plein milieu du club ?
— Oui, bredouillai-je. Dans le bas de mon dos. Sa main était... colossale. Brûlante. J'étais prise en étau entre son torse et les seins d'Inès.
— Et Inès... ses lèvres... comment elles étaient ? Tu l'as repoussée ?
Je fermai les yeux, ravalant un sanglot.
— J'étais tétanisée, Sylvain. Je n'ai pas pu l'en empêcher. Elle m'a forcé la bouche.
— Est-ce que tu as ouvert la bouche ?
La précision chirurgicale de la question me glaça. Ce n'était pas le ton d'un juge. Le timbre de Sylvain venait de descendre d'une octave, devenant rauque. Le choc laissait place à une curiosité morbide, incandescente.
— Oui... j'ai ouvert la bouche, avouai-je. Sa langue était épaisse. Chaude. Et quand elle m'a pincé le téton sous la robe... j'ai perdu la tête. J'ai eu si honte, Sylvain.
— Ne t'excuse pas, souffla-t-il, l'angoisse s'évaporant totalement de sa voix. Ne t'excuse surtout pas. Est-ce que tu as mouillé ?
La question me frappa comme un coup de poing.
— Sylvain... qu'est-ce que tu dis ?
— Réponds-moi. Quand ce type t'a ancrée contre lui et qu'Inès malmenait ta poitrine... qu'est-ce qui s'est passé dans ta culotte ?
Je déglutis avec fracas, mes ongles s'enfonçant dans la toile du coussin. La dentelle de mon string trempée, échouée sur le lavabo, vint percuter mon esprit avec une violence obscène.
— J'ai inondé ma dentelle, Sylvain, lâchai-je, les cordes vocales brisées par l'impudeur. En une fraction de seconde. J'étais trempée Sylvain... J'avais tellement honte, au beau milieu de la terrasse.
Au bout du fil, Sylvain maudit les cieux entre ses dents. Son souffle se mua en un halètement rocailleux.
— Bordel... gronda-t-il. Tu n'imagines même pas à quel point ça me rend fou de t'entendre dire ça. Je suis en train de bander comme un damné, Camille. Tu sais ce que je fais, là ? J'ai ma queue dans la main. Je la serre très fort et je me branle en imaginant ses doigts sur ton sein.
L'aveu agit comme une onde de choc. Entendre mon copain revendiquer l'érection qu'il martelait dans son poing à Paris, s'installant dans son lit pour se masturber, électrisé par ma transgression, balaya la culpabilité qui me rongeait les sangs.
— Touche-toi, ordonna-t-il, le timbre étranglé, me guidant à distance. Glisse ta main tremblante sous ton short de pyjama, maintenant. Fais-le avec moi.
J'esquissai un mouvement de recul instinctif.
— Non... haletai-je, luttant encore par réflexe de loyauté. Sylvain, c'est mal... Je suis partie pour te protéger. C'est obscène.
— C'est exactement pour ça que je le veux. Je t'en donne l'autorisation. Offre-le moi. Tu as fui parce que tu as été terrifiée par ce que ton corps réclamait. Imagine qu'on y est. Tu es sur la terrasse, écrasée entre eux deux. Et tu ne fuis pas. Dis-moi ce qui se passe, là, tout de suite.
Le feu vert venait d'être donné. Mon compagnon me suppliait d'ouvrir les portes de l'enfer.
Je glissai mes doigts sous l'ourlet de coton, téléguidée par une urgence nouvelle. La moiteur de mon entrejambe m'attendait, brûlante. Dès que la pulpe de mon majeur effleura l'hyper-sensibilité de mon clitoris, un spasme foudroyant m'arracha un cri aigu.
La barrière temporelle explosa. Le fantasme se matérialisa devant mes yeux fermés, s'ancrant au présent de l'indicatif.
— Inès... gémi-je, la respiration saccadée. Inès glisse sa main derrière ma nuque. Elle tire sur le lacet. Ma robe tombe au sol.
— Et la foule autour de vous ? somma Sylvain, le souffle court.
— Il n'y a plus de foule, murmurai-je, effaçant le club de mon esprit pour ne garder que la pénombre pourpre. Il n'y a plus de musique. Juste nous trois, isolés sur la terrasse au-dessus de la mer.
Je brodais. Je tissais cette toile obscène avec une précision diabolique, m'agrippant à cette certitude comme à une bouée : ce n'est pas réel. Je n'ai pas couché avec eux. J'invente tout ça pour le rendre fou de désir, c'est juste un jeu de rôles.
Mais soudain, au bout du fil, la voix de Sylvain changea. Il n'était plus le simple spectateur de ma confession. Il posa le décor et prit les rênes.
— Il ne te lâche pas, murmura-t-il, le timbre épaissi par l'excitation, devenant le maître de ma perdition. Maxence s'approche. Tu es complètement nue devant lui, juste en string. Ses grandes mains attrapent tes hanches.
— Oui... frissonnai-je, le coeur battant à tout rompre en entendant mon compagnon dicter le scénario.
— Inès te plaque sur la banquette, poursuivit Sylvain, le rythme de sa propre masturbation s'accélérant, audible à travers le micro. Elle t'étouffe avec sa langue pour que tu ne cries pas, parce que lui, il se met à nu derrière toi. Il sort sa queue. Elle est comment, Camille ?
— Monstrueuse, Sylvain. Une grosse bite épaisse, sombre, gonflée de veines.
— Tu ouvres grand tes jambes, dicta-t-il d'une voix rauque et implacable. Tu te cambres pour lui offrir ton cul... Et il s'installe entre tes cuisses. Il frotte son gland contre ta chatte détrempée. Et il pousse, Camille. Il rentre. Doucement d'abord, pour forcer l'entrée, puis il enfonce toute sa longueur en toi, d'un seul coup, jusqu'à la racine.
Le fait d'entendre Sylvain m'empaler mentalement sur le sexe d'un autre homme balaya mon ultime filtre de décence. L'effondrement des barrières de mon propre corps agissait comme un détonateur absolu. Il venait d'accomplir l'acte dans notre imaginaire ; il m'appartenait désormais de lui en faire subir les conséquences. Je repris le flambeau du fantasme pour lui décrire l'onde de choc de l'intérieur.
— Je l'accueille... haletai-je, mon bassin ondulant frénétiquement sur la toile du canapé pour percuter mes doigts. Il me distend de l'intérieur, Sylvain. C'est douloureux tellement il est large. Je sens la chaleur de sa queue brûler au plus profond de mon ventre. Il me remplit complètement. Mes parois sont étirées à l'extrême, ça tire, mais Inès me caresse les seins pour que je me détende. Elle m'oblige à relâcher mes muscles. Je m'ouvre totalement à lui...
— Dis-moi que tu aimes ce qu'il te fait... rugit Sylvain. Dis-moi comment il te baise.
— Il commence à bouger, gémi-je, les yeux révulsés dans la nuit croate. Des coups lents, très lourds. À chaque fois qu'il s'enfonce, il m'écarte un peu plus. Mon bassin se soulève sur le cuir de la banquette. J'ai l'impression qu'il va me déchirer en deux, mais c'est tellement bon... La salive d'Inès coule dans ma gorge pendant qu'il me pilonne. Je me donne complètement à lui, Sylvain. Je me laisse défoncer...
La fiction et la réalité fusionnaient irrémédiablement. L'excitation, nourrie par le pouvoir suprême de mon propre récit pour l'exciter lui, devenait atrocement palpable. Le fait de savoir que je fabriquais cette débauche sur mesure pour mon homme, que j'étais l'auteure exclusive de cette mise en scène, agitait mes nerfs comme une décharge. Ce n'était pas l'inconnu qui me faisait mouiller : c'était l'idée d'offrir ce théâtre vocal au seul homme de ma vie.
La montée de ma propre jouissance, dopée par mes propres mensonges, était fulgurante. Mais au coeur de ce vertige charnel, un besoin viscéral de mon compagnon me rattrapa. Je ne voulais pas franchir la ligne d'arrivée seule, abandonnée dans cette illusion.
— Sylvain... tu en es où ? suppliai-je, la voix brisée par l'urgence, mes doigts ralentissant à peine leur tempo. Dis-moi que tu y es presque... Je veux qu'on jouisse ensemble.
— Je suis à la limite, Camille... grogna-t-il, son souffle heurté saturant la ligne. Je ne vais plus tenir très longtemps... Mon Dieu, prends-le... prends-le jusqu'au bout...
Savoir que je tenais son orgasme au creux de mes mots me fit basculer.
— Je vais jouir ! criai-je dans le téléphone, la voix secouée par les convulsions de mon bassin. Oh putain, je jouis, Sylvain, je jouis avec toi !
L'obscénité inouïe de notre création à deux fut le détonateur. Une décharge nucléaire me traversa de la vulve à l'occiput. Mes cuisses se verrouillèrent, dures comme de l'acier dans l'air tiède. Je mordis le tissu de mon débardeur pour étrangler mon hurlement, tandis qu'un séisme orgasmique broyait mon intimité en secousses telluriques ininterrompues. Dans la fraction de seconde qui suivit, j'entendis Sylvain rugir à Paris, déchargeant sa propre semence en parfaite synchronisation avec mon abandon, son souffle se coupant net dans un râle de jouissance absolue.
Le silence retomba sur la ligne, poisseux, lourd. Seul le ressac de nos deux respirations agonisantes enjambait les frontières.
Mes muscles se désarmèrent, millimètre par millimètre. La sueur refroidissait sur ma peau. L'angoisse s'était pulvérisée, laissant dans son sillage une plénitude liquide, anesthésiante.
— Camille, murmura enfin Sylvain.
Son timbre avait recouvré son flegme habituel, mais il était nimbé d'une gravité inédite, follement complice.
— Oui... je suis là, soufflai-je, la poitrine heurtée par les derniers soubresauts de l'orgasme.
— Écoute-moi très attentivement. Ce soir, tu as fui. C'est humain, c'était le premier choc, tu as enclenché le siège éjectable. Mais c'est de l'histoire ancienne.
Je fronçai les sourcils dans la pénombre, pressant le combiné contre ma joue humide.
— Qu'est-ce que tu veux dire ?
— Je te donne carte blanche, Camille. Pour l'intégralité de la semaine. Si Inès veut continuer à te manipuler, tu la laisses opérer. Si Maxence ou un autre vous ouvre sa porte, tu la franchis. Tu as mon blanc-seing total pour explorer tout ce qui se présentera. Zéro limite.
Le vertige me saisit à la gorge. L'autorisation était chimérique, irréelle.
— Mais il y a une condition non négociable, reprit-il d'un ton d'airain.
— Laquelle ?
— Tu as l'interdiction absolue de fuir à nouveau. Quoi qu'Inès initie, quoi que ces types t'imposent, tu as l'obligation de tout vivre. Et le lendemain matin, dès que tu es isolée, tu m'appelles et tu as l'obligation de me rapporter chaque détail. Leurs mains, leurs fluides, l'épaisseur de leurs queues, le degré de ton mouillage. Tu me restitues tout. C'est notre deal.
Je déglutis, sentant un écho pulsatile se réveiller paresseusement au fond de mon ventre. Ce n'était pas la fin d'une époque ; c'était le scellement d'un pacte d'une perversité magnifique et indestructible.
— C'est notre deal, entérinai-je dans un souffle.
Un silence beaucoup plus doux enveloppa la ligne. La brutalité s'était dissipée pour céder la place à une intimité ouatée, une tendresse conjugale qui contrastait avec une délicatesse inouïe face au carnage verbal que nous venions de perpétrer.
— Va te coucher, Camille, murmura-t-il avec une douceur infinie. Tu dois être vidée.
— Oui...
— Dors bien, mon amour. Profite de ta journée de demain. Et n'oublie pas : tu me racontes tout.
— Promis. Je t'aime, Sylvain.
— Je t'aime aussi.
Il y eut un ultime battement suspendu, une seconde où nos souffles s'effleurèrent, puis la connexion s'éteignit dans un déclic feutré.
Je laissai glisser mon smartphone sur mes genoux, l'écran noir me reléguant dans les ténèbres de la terrasse.
La bise nocturne avait glacé la sueur sur ma nuque, mais le brasier intérieur n'avait pas rendu les armes : il avait mué. La culpabilité avait été expurgée, dissoute par la grâce de la voix de Sylvain. Devant moi s'étalait une semaine de pure impunité, une arène où mon seul devoir consistait à céder à l'abîme pour mieux le lui servir en offrande.
Je m'arrachai au canapé, les jambes chancelantes, ivres de l'orgasme, et je regagnai la chambre à pas de loup pour me faufiler sous le drap frais. En scellant mes paupières, l'esprit hanté par l'iris bleu glacier de Maxence et la bouche charnue d'Inès, je souris dans le noir. Plus aucune chaîne ne me retenait de sombrer.
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LOLO07170
7 octobre 2026 à 16:55
Encore un magnifique récit

Merci Mélanie

Y aura-t-il une suite ?
Laurent
Soyez respectueux
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