Fiction
Bi
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hvar — Chapitre 2
Auteur
Hvar
Chapitre 2
Il était quinze heures passées et la fournaise de l’Adriatique écrasait impitoyablement le calcaire immaculé des îles Pakleni. Après avoir affrété un petit bateau-taxi en bois verni sur le port de Hvar en toute fin de matinée, nous nous étions fait débarquer dans une crique sauvage, farouchement dérobée aux circuits touristiques. Le cadre tenait du mirage : une entaille rocheuse protégée des vents, une eau immobile d'une transparence de cristal, affichant un dégradé turquoise irréel qui venait lécher la pierre chauffée à blanc.
L’atmosphère était saturée d’une odeur puissante de résine de pin maritime, de sel marin séché sur la peau et des effluves capiteux de l'huile de monoï.
Sarah et Chloé avaient rendu les armes dès la première heure. Terrassées par les excès de la veille et leur nuit blanche passée à écumer les bars du port, elles s'étaient effondrées à quelques mètres en retrait, à l'ombre étriquée d'un pin rabougri. Couchées en travers de leurs nattes de paille, elles dormaient d'un sommeil comateux, le visage dissimulé sous leurs chapeaux de plage, bercées par le chant mécanique et lancinant des cigales.
Inès et moi nous étions approprié une vaste dalle de pierre calcaire, plate et lisse comme un ponton naturel, avancée en plein soleil au-dessus des reflets moirés de l'eau.
— Mets-toi sur le ventre, m'a intimé Inès en faisant sauter d'un coup de pouce le bouchon de son flacon d'huile protectrice.
J'ai obéi docilement. Agenouillée sur ma serviette éponge, j'ai fait glisser les cordons de mon haut de maillot noir pour libérer mon dos, laissant le tissu léger reposer lâchement sous la rondeur de mes seins écrasés contre le drap de bain.
La sensation de la paume d'Inès, tiédie par le soleil et gorgée d'huile parfumée, s'abattant entre mes omoplates, m'a arraché un frisson violent en dépit des trente-trois degrés ambiants. Ses doigts, fermes et parfaitement rompus à ce genre d'exercice, ont commencé à étirer la matière grasse en cercles lents, descendant le long de ma colonne vertébrale. Ce contact tactile a réveillé avec une fulgurance inouïe la mémoire physique de la nuit passée : la force avec laquelle ses ongles avaient verrouillé ma nuque, la pression possessive de son bassin collé au mien, l'autorité de sa langue forçant mes lèvres. Et lorsque ses mains ont insisté sur la cambrure de mes reins, glissant à la frontière exacte où s'arrêtait mon dos nu la veille, l'empreinte brûlante et colossale de la paume de Maxence s'est superposée à son toucher avec une netteté troublante.
— Tu sais que tu mérites des claques ? a lâché Inès d'une voix traînante, savourant son effet tout en pétrissant la chair de mes hanches. Tu as saboté un chef-d'œuvre, Camille. Tu nous as plantés au moment où la fête commençait à peine.
J'ai enfoui mon menton dans mes bras repliés, un sourire mi-amusé, mi-gêné étirant mes lèvres. Je connaissais cette voix par cœur : c'était le ton théâtral qu'Inès adoptait dès qu'elle voulait scénariser sa vie et faire monter les enchères.
— J'avais trop bu, Inès, ai-je murmuré contre le tissu de ma serviette. Et tu as complètement dérapé. Tu m'as pratiquement prise au piège au comptoir.
— Prise au piège ? Tu te liquéfiais littéralement entre mes bras, ma chérie. Ton corps réagissait avant même que tu n'aies eu le temps de réfléchir. Mais bon, continue de te draper dans ta posture de petite Parisienne bien sage si ça te permet de dormir la nuit.
Elle a claqué affectueusement le haut de ma fesse d'une tape sèche.
— Allez, rattache ton truc et tourne-toi. Il faut que je te raconte, sinon je vais exploser.
Je me suis redressée sur un coude, renouant prestement le lacet noir derrière mon cou. Inès s'était installée en tailleur face à moi sur sa natte, impériale derrière d'épaisses lunettes de soleil noires à monture dorée. Elle a extirpé une longue cigarette fine de son paquet, l'a allumée d'un geste élégant et a recraché un nuage de fumée bleutée vers l'azur immaculé. Elle laissait traîner le silence, ménageant son auditoire avec le sens de la dramaturgie qui ne la quittait jamais.
— Bilan des opérations : tu as raté la nuit de la décennie, ma pauvre fille. Des mecs comme lui, ça n'existe pas dans nos dîners parisiens.
J'ai calé mon dos contre mon sac de plage, croisant les chevilles sur la natte. J'ai gardé le silence, observant son manège avec un sourire intérieur indéracinable. Dix ans qu'on se connaissait : je voyais très exactement où elle voulait en venir. Inès avait enfilé son costume de directrice artistique, prête à me vendre son court-métrage.
— Déjà, l'appartement... a-t-elle commencé en ponctuant ses phrases de grands gestes de la main. Duplex perché tout en haut des remparts, baies vitrées gigantesques, vue plongeante sur la mer noire et les mâts des yachts. Dès qu'il a refermé la porte, il n'a même pas cherché à allumer la lumière principale. Ambiance tamisée directe. Il s'est avancé vers moi, m'a attrapée par la taille et m'a soulevée comme si je ne pesais rien. Rien du tout.
Elle a tiré une bouffée, plissant les yeux derrière ses verres sombres pour scruter ma réaction. Je n'ai pas bronché, me contentant d'un léger hochement de menton pour l'inviter à poursuivre.
— Et là, ma chérie, le mec m'a portée jusqu'à l'îlot central en marbre de sa cuisine. D'un revers de bras, il a balayé tout ce qui traînait dessus : les bouteilles, les clés, une corbeille de fruits... Tout a volé par terre dans un vacarme de dingue. Il m'a assise sur le marbre froid, s'est glissé entre mes cuisses, et il a plongé ses yeux bleu glacier droit dans les miens. Un regard d'une intensité folle, comme s'il lisait directement dans mon âme.
Je mordillais l'intérieur de ma joue pour ne pas éclater de rire. Le tableau était tellement chargé, tellement cousu de fil blanc, qu'il en devenait irrésistible.
— Il a retiré sa chemise avec une lenteur calculée, a continué Inès, de plus en plus emportée par son propre récit. Une carrure taillée dans la roche. Puis il a fait tomber son pantalon... Une présence physique monumentale, Camille. Une véritable œuvre d'art antique, sombre, lourde, fascinante. Il m'a prise là, sur le marbre, au clair de lune, d'une lenteur presque mystique, comme s'il prenait le contrôle absolu du temps et de mon corps.
Cette fois, la coupe était pleine. J'ai éclaté d'un rire franc, secouant la tête en m'appuyant sur mes paumes.
— Attends, stop, ai-je coupé, les yeux plissés par l'amusement. Tu as oublié la musique d'ambiance et la pluie qui bat contre les vitres. Arrête d'en faire des caisses, Inès ! Tu es en train de me vendre une pub de parfum pour Noël là, c'est grotesque.
Inès est restée figée une demi-seconde, surprise qu'on vienne briser son élan, avant qu'un sourire en coin ne vienne fendre son masque de séductrice. Elle a laissé échapper un petit rire étouffé, tapotant sa cendre sur la roche.
— Bon, d'accord, a-t-elle concédé avec une mauvaise foi délicieuse. J'avoue que le coup de la corbeille de fruits qui vole, j'ai peut-être un peu romancé le décor. Mais pour le reste, Camille... je te jure que je suis très sérieuse.
Elle a écrasé son mégot d'un geste sec contre la pierre calcaire. Son ton a changé, abandonnant toute affectation pour devenir lourd, sincère, presque confidentiel.
— Ce type a une présence animale, Camille. Il ne s'énerve jamais, il ne s'agite pas, il prend tout son temps pour t'ouvrir et il te remplit d'une façon... ahurissante. J'ai rarement senti un mec me dominer avec autant de puissance sans jamais forcer. On y a passé la nuit entière, jusqu'à l'aube.
J'ai dégluti, mon sourire s'effaçant peu à peu. Le vernis ironique venait de craquer, laissant place à une réalité charnelle qui me frappait directement au bas-ventre.
— Et le plus troublant dans tout ça, a murmuré Inès en se penchant un peu plus vers moi, c'est qu'il m'a parlé de toi.
— De moi ? ai-je répété, sentant ma gorge se nouer.
— Il m'a demandé trois fois pourquoi tu étais partie en courant. Il n'arrêtait pas de me dire qu'il avait senti tes reins se cambrer dès qu'il avait posé sa main sur ton dos, et qu'il aurait adoré nous prendre toutes les deux ensemble cette nuit. Il m'a dit textuellement : « J’aurais tellement aimé vous avoir toutes les deux dans mon lit. »
— De moi ? ai-je répété, sentant ma gorge se nouer.
— Il m'a demandé trois fois pourquoi tu étais partie en courant. Il n'arrêtait pas de me dire qu'il avait senti tes reins se cambrer dès qu'il avait posé sa main sur ton dos, et qu'il aurait adoré nous prendre toutes les deux ensemble cette nuit. Il m'a dit textuellement : « J’aurais tellement aimé vous avoir toutes les deux dans mon lit. »
L'aveu m'a transpercée comme une lame chauffée à blanc.
Savoir que cet homme avait formulé à voix haute ce désir précis — nous posséder toutes les deux en même temps — a fait voler en éclats mes dernières défenses. J'avais beau avoir démonté le cinéma d'Inès, mon corps, lui, ne faisait plus la part des choses : une onde de chaleur liquide et poisseuse s'est déversée dans mon bas de maillot, tandis que mes tétons se tendaient en pointes douloureuses sous le tissu noir.
— Bref, a conclu Inès en se levant d'un bond élastique, étirant ses longues jambes dorées au soleil. Tu as préféré fuir. Maintenant, je vais plonger, je suis en train de bouillir.
Elle a marché jusqu'au rebord de la roche et a plongé d'un saut parfait dans l'eau turquoise, fendant la surface sans un éclat.
Le silence de la crique s'est refermé sur moi, écrasant de chaleur et de réverbération.
J'ai regardé Inès s'éloigner au large à grandes brasses régulières. À quinze mètres, sous les pins, Sarah et Chloé dormaient toujours profondément.
Mon smartphone reposait sur le bord de ma serviette. Le pacte conclu avec Sylvain s'est imposé à mon esprit avec une clarté limpide. J'ai saisi l'appareil, déverrouillé l'écran et appuyé sur l'icône du microphone.
J'ai approché l'écouteur tout près de mes lèvres, me dissimulant derrière mes lunettes noires :
— Sylvain... Inès est partie nager au large. Elle vient de me raconter sa nuit avec Maxence.
J'ai marqué une courte pause pour reprendre mon souffle.
— Elle a essayé de m'en faire des tonnes avec son grand cinéma habituel... mais elle ne ment pas sur l'essentiel : ce mec a parlé de moi, Sylvain. Il a dit à Inès qu'il aurait adoré nous prendre toutes les deux ensemble dans son lit cette nuit. Et le pire... c'est que même en sachant pertinemment qu'Inès dramatise pour me faire baver, rien que d'imaginer ce qu'il a dit en plein soleil... mon maillot est trempé. Je suis dans un état impossible. Je te le jure : ce soir, s'il se passe quoi que ce soit, j'honorerai notre accord. Je ne fuirai plus. Je te donnerai tout.
J'ai relâché mon pouce. Le message vocal est parti instantanément, scellant ma promesse. Une bouffée d'adrénaline et de liberté absolue s'est répandue dans mes veines : Sylvain savait, et j'avais son blanc-seing pour franchir la ligne.
Deux minutes plus tard, un bruit de clapotis m'a fait relever la tête.
Inès sortait de l'eau, ruisselante, hissant son corps dégoulinant sur la dalle de calcaire blanc. Elle a secoué son carré brun, projetant une gerbe de gouttelettes autour d'elle, puis s'est approchée en s'essuyant le cou avec sa serviette.
Elle s'est assise en tailleur à un mètre de moi, le souffle court, ses yeux sombres bordés de sel me fixant avec cette malice provocatrice qui ne la quittait jamais.
Je ne me suis pas dérobée. La Camille hésitante de la veille n'existait plus.
D'un geste lent et délibéré, j'ai repoussé mes lunettes de soleil sur le haut de mon crâne, plongeant mon regard dans le sien. Ma voix était calme, assurée, débarrassée de toute feinte :
— Inès ?
Elle a suspendu son geste, la serviette à mi-hauteur de ses cuisses dorées, surprise par l'autorité nouvelle de mon ton.
— La prochaine fois que tu prépares un coup comme hier soir... préviens-moi. Je te promets que cette fois, je ne me défilerai pas.
Le silence de l'après-midi a semblé se figer.
Inès a immobilisé sa main. Ses pupilles noires ont fouillé mes yeux noisette, cherchant la trace d'un second degré ou d'une bravade défensive. Mais mon regard est resté droit, ancré dans le sien, d'une limpidité implacable.
Lentement, une étincelle malicieuse a allumé ses yeux sombres, et un sourire délicieusement espiègle, complice et coquin a étiré sa bouche pulpeuse. Elle a hoché la tête avec une lenteur gourmande.
— C'est noté, Camille, a-t-elle murmuré dans un souffle amusé. Compte sur moi.
Il était vingt heures trente passées lorsque nous avons déserté l'appartement pour rejoindre les quais. Le ciel de Hvar avait troqué son azur brûlant contre un dégradé violacé, éclaboussé par les premières étoiles. L'air, à peine rafraîchi par la tombée du jour, charriait des effluves de jasmin, de sel séché et la fumée lointaine des poissons grillés.
Dans notre chambre, la préparation avait pris des allures de conseil de guerre. Sarah et Chloé, remises de leur nuit blanche, avaient filé devant pour dîner dans les hauteurs de la vieille ville, nous ménageant délibérément le terrain. Inès avait alors fait main basse sur mon dressing. Rejetant avec mépris mes pantalons fluides et mes robes sages, elle avait exhumé une petite robe en lin d'un noir abyssal, d'une légèreté frôlant l'indécence. Suspendue à deux bretelles fines comme du fil de pêche, elle dénudait mes épaules et la ligne de mes omoplates, tandis que l'ourlet effleurait à peine le milieu de mes cuisses ambrées par le soleil.
— Surtout, pas l'ombre d'un soutien-gorge, avait-elle tranché en réajustant l'échancrure de mon décolleté devant le miroir. Ce tissu doit pouvoir glisser au sol en un battement de cils si la situation l'exige.
Nous avions investi une table haute en teck sur la terrasse d'un bar lounge, surplombant l'alignement prétentieux des méga-yachts amarrés au port. La lumière, distillée par des lampions en papier de riz, nimbait les visages d'une chaleur dorée.
J'ai porté mon verre d'Aperol Spritz à mes lèvres, savourant la morsure glacée et amère du liquide. L'impatience faisait doucement battre mon pouls au creux de mon cou. Depuis que nous étions assises, Inès ne cessait de balayer la promenade piétonne, pianotant à intervalles réguliers sur l'écran de son smartphone avant de le reposer, face contre la table, un sourire indéchiffrable aux lèvres.
— Tu guettes une apparition ? ai-je fini par lancer, l'ironie piquant ma voix.
— Moi ? Personne, a-t-elle menti avec une effronterie royale, lissant la pointe de son carré brun. Je m'imprègne simplement du folklore local.
— Moi ? Personne, a-t-elle menti avec une effronterie royale, lissant la pointe de son carré brun. Je m'imprègne simplement du folklore local.
La comédie n'a pas survécu cinq minutes de plus.
Dans le flux ininterrompu des vacanciers, la carrure de Maxence a crevé la foule avec la même autorité brutale que la veille. Il fendait l'espace d'une démarche lourde, puissante, l'étoffe sombre de son polo tendue par la largeur de ses pectoraux. Mais cette fois, il n'était pas seul. À sa droite évoluait un autre homme. Moins colossal, plus félin. Une morphologie sèche, nerveuse et athlétique, soulignée par une chemise en lin blanc négligemment ouverte sur un torse hâlé.
Ils ont bifurqué vers notre terrasse et se sont arrêtés à la hauteur de nos verres.
— Inès, Camille, a fait résonner la voix grave et enveloppante de Maxence. Quel hasard.
Inès a feint la surprise avec un talent qui confinait au grand art.
Inès a feint la surprise avec un talent qui confinait au grand art.
— Maxence, a-t-elle roucoulé en se hissant sur la pointe des pieds pour lui faire la bise. Vous sortez boire un verre ?
— On s'apprêtait à le faire, oui, a-t-il répondu, ses lèvres s'attardant sur sa joue avec une indécence calculée.
— On s'apprêtait à le faire, oui, a-t-il répondu, ses lèvres s'attardant sur sa joue avec une indécence calculée.
En se redressant, les iris bleu glacier de Maxence ont quitté Inès pour se verrouiller sur les miens. Un demi-sourire, dense, chargé d'une connivence troublante, a étiré ses lèvres. Il s'est penché vers moi. La chaleur de son torse et le sillage de son parfum très boisé ont balayé ma tempe une fraction de seconde, réveillant un écho fulgurant dans ma poitrine tandis qu'il m'effleurait les joues.
— Je vous présente Romain, a-t-il enchaîné en se décalant d'un demi-pas.
L'homme à la chemise blanche s'est avancé. Romain devait avoir notre âge. Ses cheveux noir corbeau, légèrement ondulés, étaient rejetés en arrière par les embruns. Il dégageait un charme immédiat, redoutable, accentué par un sourire asymétrique qui venait creuser une fossette sur sa joue gauche.
— Bonsoir, a-t-il glissé en faisant la bise à Inès.
Puis, il s'est tourné vers moi. Ses yeux sombres ont scanné mes épaules nues, la naissance ombrée de mon décolleté sous le lin noir, avant d'ancrer son regard au fond de mes pupilles. Il a franchi la distance qui nous séparait.
— Bonsoir Camille, a-t-il murmuré.
Il s'est penché. Ses lèvres ont frôlé ma peau. Mais surtout, sa main droite est venue s'ancrer avec une évidence déconcertante sur mon épaule dénudée. Ses doigts, longs, chauds et rugueux, ont frôlé la crête de ma clavicule. Le contact de sa paume sur ma peau nue, couplé à l'effluve racé de vétiver qu'il dégageait, a court-circuité mon rythme cardiaque. Il a pris tout son temps pour se redresser, son regard s'égarant une seconde de trop sur la courbe de ma bouche.
— Asseyez-vous, a proposé Inès en désignant les deux tabourets libres.
— En fait, on a une bien meilleure idée, a tranché Maxence, enfouissant ses mains dans les poches de son pantalon. Il y a un monde fou ici, c'est irrespirable. On redescendait vers notre bateau, il est amarré au ponton privé juste en bas, à trente mètres. Venez passer la soirée à bord. On a des bouteilles au frais et on sera tranquilles.
— En fait, on a une bien meilleure idée, a tranché Maxence, enfouissant ses mains dans les poches de son pantalon. Il y a un monde fou ici, c'est irrespirable. On redescendait vers notre bateau, il est amarré au ponton privé juste en bas, à trente mètres. Venez passer la soirée à bord. On a des bouteilles au frais et on sera tranquilles.
La proposition a flotté dans la moiteur de la terrasse. L'instant était critique. C'était la matérialisation physique de la promesse extorquée par Sylvain et du feu vert accordé à Inès.
J'ai soutenu le regard magnétique de Maxence sans battre des paupières.
— C'est une très bonne idée, ai-je acté d'une voix souveraine en saisissant l'anse de ma pochette.
Maxence a haussé un sourcil, manifestement surpris par ma reddition sans combat. Un éclat de provocation, teinté d'une ironie mordante, a allumé ses yeux d'acier.
— Tu es bien sûre de toi, Camille ? a-t-il lâché, la voix chargée de sous-entendus. Pas de crise de panique ni de sprint pieds nus le long des quais cette fois ?
Inès a dû étouffer un petit ricanement coupable derrière ses doigts.
Je n'ai pas baissé la tête. Loin de m'empourprer, j'ai esquissé un sourire lent, froid et parfaitement maîtrisé, soutenant le poids de son arrogance d'un bloc.
— Aucun risque, Maxence, ai-je cinglé avec une douceur létale. Je ne cours nulle part ce soir.
L'aplomb de ma riposte l'a séduit. Il a hoché la tête avec une lenteur appréciative.
Nous avons déserté la terrasse pour battre le pavé des quais. Maxence et Romain ont pris la tête, leurs larges carrures repoussant la foule pour nous ouvrir la voie vers les pontons sécurisés, dévolus aux unités de plaisance.
J'ai profité du brouhaha pour ralentir la cadence. J'ai accroché le coude d'Inès, l'obligeant à se pencher vers moi.
— C'est ça, tes fameuses cinq minutes de préavis ? ai-je sifflé à mi-voix, le ton faussement accusateur. Avoue que tu l'as briefé par message dès la seconde où on est sorties de l'eau aux Pakleni...
Inès n'a pas rompu sa démarche altière. Elle s'est contentée de tourner la tête, plissant les yeux dans le sourire le plus coquin et délicieusement pervers dont elle était capable.
— Je t'ai prévenue d'un regard au bar, ma chérie. Et puis, tu m'as juré sur la plage que tu ne te défilerais pas... Alors, défense absolue de faire marche arrière.
— Je n'ai pas la moindre intention de reculer, ai-je répliqué en libérant son bras.
— Je n'ai pas la moindre intention de reculer, ai-je répliqué en libérant son bras.
Au bout de la jetée de bois, le Day-Cruiser Open de huit mètres oscillait au rythme mort de la darse. Sa coque immaculée luisait sous les halos du port. À l'avant, un vaste bain de soleil matelassé s'étalait sur le pont ; à l'arrière, une profonde banquette en U en cuir beige ceinturait une table en teck escamotable.
Maxence a enjambé la lisse latérale avec une souplesse de fauve pour larguer les amarres arrières. Romain est resté sur les lattes du ponton pour orchestrer notre embarquement.
Il a soutenu Inès, puis s'est tourné vers moi.
— Attention à la marche, a-t-il prévenu.
Pour m'aider à combler le vide béant entre le quai et la plage arrière, Romain n'a pas offert sa main. Il a ancré ses deux paumes, larges et autoritaires, de part et d'autre de ma taille. Ses doigts brûlants ont écrasé le lin fin de ma robe contre mes côtes. Il m'a soulevée de terre avec une force fluide, me déposant sur le teck avec une lenteur calculée. Le contact a été si dense que mes mains ont cherché d'instinct le relief de ses avant-bras musclés pour stabiliser ma chute.
— Ça va ? a-t-il murmuré, son visage frôlant presque mon cou.
— Très bien, merci, ai-je articulé, refoulant le frisson qui naissait à la racine de ma nuque.
— Très bien, merci, ai-je articulé, refoulant le frisson qui naissait à la racine de ma nuque.
Romain s'est arraché à moi pour gagner le poste de pilotage. Maxence a fait sauter la dernière amarre et a repoussé le quai d'un coup de pied. Les moteurs ont craché un grondement sourd, viscéral, dont la vibration a remonté le long de mes mollets.
Nous nous sommes extirpés de la rade à un rythme d'escargot, glissant dans l'ombre des mastodontes de luxe, avant que Romain ne pousse la manette des gaz au-delà de la ligne des phares. L'étrave s'est brutalement dressée. La nuit noire, épaisse et insondable de l'Adriatique nous a avalés d'un trait, annihilant le scintillement des terrasses festives.
Le vent de la pleine mer s'est engouffré avec une violence libératrice, plaquant l'étoffe noire contre le galbe de mes cuisses et sculptant sans aucune pudeur la pointe érigée de mes tétons sous le lin glacé. J'ai pris place au creux de la banquette en U, les genoux serrés, la cage thoracique compressée par l'adrénaline.
La course n'a duré qu'une poignée de minutes. Romain a cassé la vitesse avec une dextérité d'expert, laissant l'inertie de la coque nous glisser à l'intérieur d'une anse minérale, aveugle et totalement désolée, encerclée par la muraille noire des falaises. Le guindeau de Maxence a libéré la chaîne d'ancre dans un fracas métallique, et les moteurs ont expiré.
Le silence liquide s'est abattu sur le pont, rompu par le seul ressac de l'eau contre le polyester. Sur la console centrale, le combiné GPS irradiait le cockpit d'un halo rougeoyant, nimbant nos corps d'une lumière de chambre noire.
— On est parfaits, là, a décrété Maxence en déverrouillant le réfrigérateur encastré sous la sellerie.
Il a sorti une bouteille de vodka perlée de givre et deux citrons verts qu'il a tranchés avec la régularité d'un métronome.
L'étroitesse du cockpit arrière abolissait les distances. Inès s'était lovée dans l'angle du U. Maxence s'est laissé choir lourdement contre elle, glissant un bras musclé derrière sa nuque dans un geste de possession viscérale. Sa main colossale a pris appui sur l'épaule nue de mon amie, s'appropriant sa chair avec évidence.
Romain a contourné la table escamotable pour s'asseoir à ma droite. Trop près. L'ourlet de son pantalon en lin frôlait le cuir de mon genou découvert.
Les verres de vodka-citron ont tourné. La brûlure de l'alcool blanc m'a calciné la gorge, liquidant les derniers vestiges de ma résistance psychologique. La conversation a dérivé sur la chaleur de l'eau et nos vies éloignées, un bavardage inoffensif qui ne masquait en rien l'électricité sexuelle saturant l'habitacle.
C'est là, dans cette fausse torpeur, que le piège s'est refermé.
Tandis qu'Inès explosait de rire à une plaisanterie de Maxence, une chaleur inattendue s'est abattue sous le plateau de la table en teck, dans l'angle mort des regards.
Romain venait de plaquer sa main, sèche et autoritaire, au sommet de mon genou nu.
Mon souffle s'est coupé. Mes phalanges se sont recroquevillées sur le cuir de la banquette. J'ai risqué un coup d'œil vers lui : Romain buvait une gorgée de son verre, l'air détaché, concentré sur le récit de Maxence. Mais l'asymétrie de son sourire trahissait sa conscience aiguë du désastre qu'il initiait.
Millimètre par millimètre, avec l'application d'un artisan, la pulpe de ses doigts a commencé à remonter le long de l'intérieur de ma cuisse. Sa paume frictionnait ma peau, effaçant le tissu noir pour s'enfoncer plus haut. L'interdit de ce contact clandestin, commis sous les yeux de ma meilleure amie et de l'homme dont je fantasmais l'anatomie depuis l'aube, a agi comme une détonation. Mon bas-ventre a été broyé par un spasme. Le coton de ma lingerie s'est immédiatement engorgé d'une humidité lourde, tiède et poisseuse.
L'instinct de survie m'ordonnait de serrer les cuisses. J'ai fait l'exact opposé.
J'ai relâché la pression de mes genoux, capitulant en silence pour abandonner ma chair à ses doigts ardents, mes yeux noisette verrouillés dans la pénombre de ses pupilles.
Maxence a vidé son verre et l'a fait claquer contre la table en teck, cisaillant la tension de la cabine.
Son regard d'acier a fouillé la masse sombre de la crique, avant de plonger vers Inès, puis vers moi.
— L'eau est parfaite, a-t-il lâché, son timbre caverneux résonnant dans la quiétude des falaises. Qui est partant pour un petit bain de minuit ?
La proposition de Maxence est restée en suspens, accrochée dans l'air moite de la cabine. Autour de notre îlot de teck et de cuir, la crique n'était plus qu'une muraille d'obsidienne, un puits de ténèbres qui avalait le moindre écho.
Maxence s'est penché vers la console de pilotage. Son doigt a effleuré un interrupteur du tableau de bord.
Un déclic sourd a claqué, et l'eau noire ceinturant le bateau s'est instantanément embrasée. Sous la ligne de flottaison, de puissants spots subaquatiques à LED venaient de s'allumer, propulsant un halo bleu électrique irréel à travers les flots. La mer s'est muée en un lagon turquoise fluorescent, palpitant de reflets liquides au beau milieu de la nuit d'encre.
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