Une collègue pour le moins... surprenante
Elle se penche en avant, ses yeux plantés dans les miens, et je vois passer dans son sourire quelque chose qui n'a plus rien de professionnel, quelque chose de joueur, d'un peu cruel, d'absolument sûr de son pouvoir.
— Maintenant, c'est mon tour de te remercier. Tu vas te lever. Et tu vas me laisser m'occuper de toi.
Je me redresse avec moins de grâce que je ne voudrais. Elle reste assise une seconde à m'observer, puis elle glisse du fauteuil jusqu'au sol, sans un regard pour sa culotte qu'elle abandonne tranquillement sur le parquet.
Elle s'agenouille devant moi, et je la regarde prendre son temps. Ses doigts défont ma ceinture avec une lenteur étudiée, le cliquetis du métal résonnant dans le silence de la pièce. Elle lève les yeux vers moi, un sourire au coin des lèvres qui promet tout et rien à la fois.
— Tu as été si patient, dit-elle, la voix devenue rauque. Si obéissant.
Sa bouche s'approche, et le premier contact est une brûlure délicieuse. Sa langue trace un chemin humide le long de ma hampe, lente, exploratrice, avant que ses lèvres ne m'engloutissent. Elle garde mes hanches sous contrôle d'une main ferme pendant que l'autre joue avec la base, taquine. Elle alterne les pressions, les succions, les remontées lentes qui me font perdre la tête. Parfois elle s'arrête juste assez pour me regarder, les lèvres brillantes, et murmurer des choses qui m'embrasent plus que ses caresses.
— Tu aimes ça, n'est-ce pas ? Dis-le-moi.
Je m'entends répondre, la voix légèrement brisée, et elle sourit de contentement avant de redoubler d'ardeur. Sa langue me prend là où je suis le plus vulnérable, ses doigts s'ajoutent à la danse, et je me sens monter trop vite, sans contrôle. Elle le sent, elle le lit sur mes jambes qui tremblent, et elle ne ralentit pas. Elle m'accélère au contraire, me pousse au bord, m'y maintient jusqu'à ce que je cède enfin entre ses lèvres, dans un cri qui n'a plus rien de civilisé. Elle me laisse finir contre elle, avale tout, puis recule lentement, le menton haut, un filet de salive reliant encore sa bouche à moi.
Elle essuie le coin de sa bouche du revers du pouce, lentement, comme si elle voulait que je regarde. Ses yeux ne quittent pas les miens, et il y a dans son regard cette satisfaction calme de celle qui vient de prendre exactement ce qu'elle voulait. Je reste debout, les jambes encore faibles, le souffle court.
Elle se relève sans se presser, rajuste sa jupe d'un geste sec, et pourtant rien de son désordre ne disparaît vraiment. Elle tend la main, attrape la mienne, la porte à ses lèvres et embrasse l'intérieur de mon poignet, là où bat encore la fièvre.
— On a tout le temps, dit-elle doucement. Et cette fois, je te jure que je ne vais pas me presser.
Je la regarde se relever, la jupe à peine rajustée, la culotte toujours abandonnée sur le parquet. Elle ne la ramasse pas. Elle retourne s'asseoir dans le fauteuil de cuir, croise les jambes avec une lenteur calculée, et lui fait signe d'approcher.
— Viens là, dit-elle.
J'obéis. Elle m'attrape par le poignet, m'attire entre ses cuisses, et je sens la chaleur encore humide contre son pantalon.
— On a tout le temps, répète-t-elle. Mais d'abord, tu vas me dire ce que tu veux exactement.
Sa main remonte le long de ma cuisse, sous la jupe, et je dois chercher mes mots dans le brouillard.
La question reste suspendue entre nous, et je sens le sang battre encore à mes tempes, trop fort, trop vite. Elle ne me laisse pas le temps de rassembler une phrase entière. Sa main se resserre sur mon poignet, ses doigts chauds, fermes, et elle tire d'un coup sec. Je bascule vers elle, déséquilibré, les genoux heurtant le bord du fauteuil de cuir fatigué. Le meuble gémit sous mon poids quand je m'y laisse tomber, le dossier incliné juste assez pour que mon regard se perde dans le sien.
Elle se lève à peine, juste ce qu'il faut pour enjamber mes cuisses. Sa jupe bleu foncé remonte sur ses hanches sans qu'elle s'en soucie. Elle pose un genou sur l'assise, puis l'autre, de part et d'autre de mes jambes, et s'installe à califourchon sur moi. Le cuir craque sous ce nouveau poids. Je sens la chaleur de son corps à travers le tissu de mon pantalon, cette moiteur qu'elle n'a pas pris la peine d'essuyer, et ma respiration se bloque un instant dans ma gorge.
Ses mains se posent sur mes épaules, puis glissent vers ma nuque. Elle m'oblige à relever la tête, à soutenir son regard. Il y a dans ses yeux quelque chose de triomphant, de tranquille, comme si elle venait de remporter un marché que je ne savais même pas avoir mis en jeu.
— Tu ne m'as pas répondu, dit-elle.
Sa voix est basse, presque un murmure contre ma bouche. Elle se penche, et ses lèvres effleurent les miennes sans s'y attarder. Je sens son souffle chaud sur ma peau, l'odeur de sa transpiration mêlée à celle du vieux parquet et du papier qui dort dans l'armoire métallique. Elle bouge légèrement sur moi, un frottement lent, calculé, qui m'arrache un frisson.
— Je veux ça, dis-je enfin, la voix rauque. Toi. Ici. Maintenant.
Elle sourit, et ce sourire-là n'a plus rien de professionnel. C'est un sourire de victoire, d'impatience contenue, de faim qu'elle n'a plus besoin de cacher. Ses doigts descendent le long de mon torse, défont le bouton de ma chemise avec une précision qui me fait penser à ses mains sur un rétroplanning, à sa manière de tout orchestrer sans jamais paraître pressée.
— C'est mieux, murmure-t-elle. Beaucoup mieux.
Elle se soulève un peu, attrape le bas de sa jupe et le remonte sur ses cuisses, sans hâte. La lumière de l'après-midi, filtrée par les stores à demi baissés, dessine des ombres sur sa peau. Je la regarde faire, incapable de détourner les yeux. Elle glisse une main entre nous, trouve ma ceinture déjà défaite, le bouton de mon pantalon, la fermeture. Ses gestes sont sûrs, méthodiques, et pourtant il y a dans sa respiration un tremblement qui trahit son excitation.
— Depuis le temps que j'y pense, dit-elle, et sa voix se fêle sur la fin. Depuis ce premier jour où tu t'es assis en face de moi avec ta cravate trop serrée et ton air de ne jamais rien laisser paraître.
Elle libère mon sexe, referme ses doigts autour, et je gémis malgré moi. Elle me guide, se positionne au-dessus de moi, et je sens la chaleur de son sexe contre le mien, ce contact humide et brûlant qui efface tout le reste. La pièce entière se réduit à ce point de jonction, à ce frottement lent qu'elle impose en bougeant les hanches.
— Regarde-moi, ordonne-t-elle.
J'obéis. Ses yeux sont plantés dans les miens, sombres, impérieux. Elle descend sur moi d'un mouvement fluide, et je la sens m'envelopper, me serrer, m'engloutir. Un son s'échappe de ma gorge, quelque chose entre le soupir et le juron. Elle s'arrête un instant, les paupières lourdes, les lèvres entrouvertes, comme pour savourer la sensation. Puis elle commence à bouger, lentement d'abord, un balancement de hanches qui me fait perdre toute notion du temps.
Le fauteuil craque sous nos mouvements. Ses mains s'accrochent à mes épaules, ses ongles s'enfoncent dans le tissu de ma chemise. Elle accélère, trouve un rythme qui n'appartient qu'à elle, et je me laisse faire, les mains posées sur ses hanches, incapable de faire autre chose que de la suivre. Elle se penche, mordille ma lèvre inférieure, puis recule juste assez pour me regarder à nouveau.
— Tu es à moi, dit-elle entre deux respirations. Dis-le.
— Je suis à toi.
Les mots sortent sans que je les contrôle, et elle sourit, les joues rouges, le souffle court. Elle se cambre, change d'angle, et je sens la tension monter en elle, dans la façon dont ses cuisses se resserrent autour des miennes, dont ses mouvements deviennent plus saccadés. Elle m'attire contre elle, sa bouche contre mon oreille, et j'entends son souffle se briser en petits halètements.
— Ne t'arrête pas, murmure-t-elle, alors que c'est elle qui mène, elle qui impose chaque ondulation.
Je resserre ma prise sur ses hanches, l'aide à garder ce rythme qui nous pousse tous les deux vers le bord. La pièce sent le sexe et la sueur, et quelque part au fond de moi, une petite voix me rappelle que la porte n'a pas de verrou, que n'importe qui pourrait entrer. Mais cette pensée s'éteint aussitôt, balayée par la sensation de son corps qui se contracte autour du mien, par le cri qu'elle étouffe contre mon cou.
Elle jouit en silence, ou presque, un long frisson qui la traverse tout entière et la fait se cambrer contre moi. Je la tiens, les bras refermés autour de sa taille, pendant qu'elle redescend lentement, le souffle encore irrégulier.
Elle reste un long moment blottie contre moi, le visage enfoui dans mon cou, sa respiration qui ralentit peu à peu. Puis elle se redresse, lisse sa jupe d'un geste machinal, et je vois revenir dans son regard cette lueur professionnelle qu'elle avait laissée tomber avec le reste. Elle reprend sa culotte au sol et la lance sur mon bureau.
— On reprend à quatorze heures, dit-elle en se levant.
Sa voix est redevenue nette, presque administrative. Elle ajuste son col, remet une mèche derrière son oreille, et je la regarde traverser la pièce vers la porte, les talons claquant sur le parquet.
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