Élise Moreau n’avait jamais entendu parler de la Maison Vale avant la lettre.
Une enveloppe épaisse, papier vergé crème, écriture à l’encre noire un peu tremblée par l’âge. À l’intérieur : un acte notarié, une clé ancienne au paneton usé, et trois phrases seulement. Son grand-oncle, un homme dont elle ignorait jusqu’à l’existence, venait de mourir et lui laissait une propriété isolée dans les Cévennes. Aucune explication. Aucune condition. Juste une date limite.
Elle prit le train un vendredi d’octobre.
Élise mesurait un mètre soixante. Quelques rondeurs douces aux hanches et en haut des cuisses, une taille bien marquée, des seins ronds et fermes qui se devinaient sous les tissus fins. Ses fesses avaient cette courbe pleine, haute et ferme. Entre ses jambes, sa chatte était soigneusement épilée, lisse, rose, délicate comme un abricot mûr. Ce jour-là, elle portait une robe en lin beige légère qui froissait contre sa peau à chaque mouvement. En dessous, un ensemble de dentelle ivoire extrêmement fine : un soutien-gorge qui laissait transparaître la teinte de ses tétons et une culotte si échancrée et transparente qu’on voyait nettement la fente de sa vulve et le léger relief de ses lèvres.
Ses cheveux roux mi-longs, naturellement bouclés, s’échappaient de son chignon. Ses yeux bleus, clairs, observaient le paysage.
La Maison Vale apparut au bout d’un chemin de terre. Pierre grise, volets verts délavés, véranda en fer forgé. Un homme l’attendait sur le perron.
Grand, élancé, la quarantaine. Cheveux châtains poivre et sel, chemise blanche aux manches retroussées, avant-bras marqués. Regard gris, posé.
Il s’avança.
— Élise Moreau ? Je suis Théo Renard. J’étais le régisseur de votre grand-oncle depuis douze ans. Je me suis occupé de l’entretien de la maison et du terrain.
Sa voix était grave, un peu rêche. Élise lui tendit la main. La sienne était chaude, sèche, légèrement calleuse au creux de la paume. Le contact dura une seconde de trop.
— Merci d’être venu m’attendre. Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en arrivant ici.
Théo sourit, un pli discret au coin des lèvres.
— Personne ne sait vraiment à quoi s’attendre avec cette maison. Elle a son caractère. Venez, je vais vous faire visiter avant la nuit.
Il prit sa valise. Leurs doigts se frôlèrent à nouveau. Élise sentit une petite décharge le long de son poignet.
L’odeur de la maison les enveloppa dès le seuil : bois ciré, thym séché, pierre froide, et cette note sucrée, presque vanillée, qui venait des vieilles boiseries chauffées par le soleil de la journée.
La visite fut lente, presque intime.
— Le salon, dit Théo en poussant une double porte. La cheminée tire bien. Je l’ai ramonée au printemps.
Élise s’avança. La robe de lin glissait contre ses cuisses à chaque pas. Elle savait que, de dos, le tissu épousait la courbe de ses fesses. Elle sentit le regard de Théo s’y attarder une fraction de seconde.
— Elle est magnifique, murmura-t-elle. Un peu… oppressante, non ?
— Elle peut l’être. Surtout la nuit. Votre grand-oncle aimait le silence. Il disait que les maisons parlent plus fort quand on arrête de faire du bruit.
Ils montèrent à l’étage. Le bois de l’escalier craquait sous leurs pas. Élise marchait devant. Elle sentait le regard de Théo dans son dos, sur la nuque découverte, sur le mouvement de ses hanches.
— Votre chambre, dit-il en ouvrant une porte. Elle donne sur la forêt. Le matin, on entend les merles avant tout le reste.
La pièce était simple, belle, baignée d’une lumière grise. Élise s’approcha de la fenêtre, posa les mains sur le rebord. Derrière elle, elle sentit Théo s’immobiliser près de la porte.
— Pourquoi m’a-t-il laissé tout ça ? demanda-t-elle sans se retourner. Je ne l’ai jamais vu. Je ne savais même pas qu’il existait.
Il y eut un silence. Puis la voix de Théo, plus basse :
— Il était secret. Très secret. Un jour, il a sorti une photo de vous d’un tiroir. Je ne sais pas comment il l’avait. Il m’a regardé et il a dit : « Elle a les yeux de ma sœur. Elle saura quoi faire de cet endroit. » Ensuite il a rangé la photo et n’en a plus jamais reparlé.
Élise se retourna lentement. Leurs regards se croisèrent. Elle sentit une chaleur monter le long de sa nuque, puis descendre entre ses seins, jusqu’au bas de son ventre.
— Qu’est-ce que je suis censée faire de cet endroit, Théo ?
Il ne répondit pas tout de suite. Ses yeux glissèrent brièvement plus bas, là où la robe de lin se tendait légèrement sur sa poitrine, puis revinrent à son visage.
— Je n’en sais rien. Mais il y a une pièce, en bas, au bout du couloir de la bibliothèque. Une porte sans poignée apparente. Il m’avait formellement interdit de l’ouvrir. La plus petite clé de votre trousseau doit correspondre. Je ne l’ai jamais forcée.
Un frisson parcourut le dos d’Élise. Elle croisa les bras sous sa poitrine, ce qui eut pour effet de souligner la rondeur de ses seins sous le lin.
— Vous resterez encore un peu ? demanda-t-elle. Le temps que je m’habitue. Je n’ai pas vraiment envie de dîner seule ici dès la première nuit.
Théo la regarda longuement. Quelque chose passa dans ses yeux gris : une hésitation, puis quelque chose de plus chaud.
— D’accord. Je vais préparer quelque chose de simple.
Le dîner se déroula dans la cuisine, sous la lumière chaude d’une suspension en laiton. Omelette aux herbes, pain, fromage de chèvre, un rouge un peu tannique. Ils étaient assis l’un en face de l’autre. Chaque fois qu’Élise se penchait pour prendre du pain, le décolleté de sa robe s’ouvrait un peu et la dentelle ivoire apparaissait.
— Vous faites quoi, dans la vie ? demanda Théo en portant son verre à ses lèvres.
— Je restaure des photographies anciennes. Négatifs abîmés, plaques de verre, tirages qui ont souffert. J’aime les images qui ont une mémoire. Celles qui ont traversé du temps.
Il pencha la tête, réellement intéressé.
— Ça colle avec cette maison. Ici, tout a une mémoire. Les murs. Les planchers. Même l’odeur.
Élise sourit. Un vrai sourire, un peu fatigué, qui plissa le coin de ses yeux bleus.
— Et vous ? Toujours régisseur ?
— Depuis que je suis arrivé, oui. Avant, j’étais ébéniste. Votre grand-oncle m’a fait venir pour restaurer la grande bibliothèque. Je devais rester trois semaines. Ça fait douze ans.
— Douze ans… Vous n’avez jamais eu envie de repartir ?
Théo posa son verre. Ses doigts étaient longs, un peu marqués par le travail.
— Si. Plusieurs fois. Mais il y a quelque chose ici qui retient. Ou quelqu’un. Je ne sais plus très bien.
Leurs regards se tinrent. Plus longtemps. Élise sentit la chaleur redescendre entre ses cuisses. Sous la dentelle ivoire, sa chatte était devenue tiède, sensible. Elle croisa les jambes, ce qui ne fit qu’accentuer la pression.
Plus tard, ils passèrent dans le salon. Théo alluma la cheminée. Le bois craqua, lança des étincelles. L’odeur résineuse emplit la pièce. Élise s’assit sur le canapé, une jambe repliée sous elle. La robe remonta le long de sa cuisse. Elle ne la rajusta pas. La dentelle ivoire de sa culotte était brièvement visible dans l’ombre.
Théo s’installa à l’autre extrémité, assez loin pour rester correct, assez près pour qu’elle sente la chaleur de son corps.
Ils parlèrent encore longtemps. De la forêt. Des tempêtes. D’un carnet que le grand-oncle remplissait de notes illisibles. La voix de Théo s’enrouait par moments. Élise se surprenait à regarder sa bouche quand il parlait, la façon dont sa gorge bougeait quand il buvait.
À un moment, leurs mains se rencontrèrent en atteignant la bouteille en même temps. Ni l’un ni l’autre ne retira ses doigts tout de suite. La chaleur de sa paume contre la sienne dura. Élise sentit son pouls battre dans ses doigts… et plus bas, entre ses jambes, un battement plus sourd, plus tiède.
— Tu me regardes souvent, finit-elle par murmurer.
Théo ne détourna pas les yeux.
— Oui. C’est difficile de faire autrement. Vous avez une présence… très forte. Même quand vous ne dites rien. Surtout quand vous ne dites rien.
Élise sentit ses tétons se durcir contre la dentelle. Elle savait qu’il pouvait probablement les deviner sous le lin fin. Une chaleur moite s’était installée entre ses cuisses. Sa culotte collait légèrement à sa peau.
— Je devrais aller me coucher, dit-elle sans bouger.
— Oui, répondit-il. Vous devriez.
Pourtant aucun d’eux ne se leva. Le feu continuait de crouler. L’air était tiède, chargé de l’odeur du bois et de celle, plus subtile, de la peau d’Élise.
Finalement, Théo se redressa lentement.
— Bonne nuit, Élise. La dépendance est juste derrière si vous avez besoin de quoi que ce soit. La porte sera ouverte.
Elle le raccompagna jusqu’au seuil. Dans l’embrasure, ils se tinrent face à face, assez proches pour que le moindre mouvement change tout. Elle sentait son souffle, l’odeur légère de sa peau et du vin.
— Merci d’être resté ce soir, murmura-t-elle.
— Merci de m’avoir demandé.
Il partit dans la nuit. Élise resta sur le pas de la porte, le cœur un peu trop vite, la robe collée à ses cuisses par une chaleur sourde.
Entre ses jambes, sous la dentelle ivoire devenue humide, sa chatte battait doucement, comme un second cœur.
Elle referma la porte, s’adossa contre le bois, et ferma les yeux.
La petite clé pesait dans sa poche.
La maison était silencieuse.
Et la pression, elle, montait. Doucement. Inexorablement.
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