Inspiré du réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Agatha — Chapitre 3 · Agatha : la stratégie
Auteur
Agatha
Chapitre 3 · Agatha : la stratégie
Bip Bip Bip fait le réveil en ce nouveau jour, j'ouvre lentement les yeux, la lumière du jour est à peine levée, l'air est frais mais je peine à pleinement me réveiller. J'ai encore ce bourdonnement symptomatique d'une gueule de bois et pourtant sans avoir pris une goutte d'alcool. Mue par un automatisme pavlovien je pose mes pieds au sol en cherchant vainement mes pantoufles.
Dans mon esprit c'est encore flou, j'ai des remontées de souvenirs qui martyrisent mon pauvre crâne, mais pour l'heure il me faut de quoi me réveiller et je pense qu'une bonne douche va me faire un bien fou. Mes petits yeux n'étant pas encore en service je tâte les murs à la recherche de l'interrupteur de la salle de bain, les cheveux encore en bataille, c'est avec une apparence de mort-vivant que je quitte ma tenue de nuit pour la cabine de douche.
Le carrelage froid me saisit la voûte plantaire, je frissonne car désormais nue, je tends mes mains pour attraper les vannes d'eau chaude et froide dans l'espoir de reprendre de la température, ce délicieux moment où l'on se délasse sous une eau chaude et rassurante, me voilà en train de reprendre vie. L'eau ruisselle sur mon corps, caresse mes courbes comme une promesse d'étreinte.
Je ferme les yeux et la voilà qui s'immisce dans mes cheveux, puis descend dans le sillon de mes seins, fait un détour par mon nombril, pour finir par irriguer mon tendre abricot. La tête en arrière je laisse le liquide frapper mon visage et la chaleur finit de me ramener parmi les vivants. Je saisis le gant à ma droite, je me laisse tenter par une onction aux olives et romarins de Provence, la mixture de couleur vert amande garnit le gant à la manière d'un miel d'abeilles.
Tout commence par le cou, les épaules — à ce moment-là j'ai la poitrine au garde-à-vous, je me suis habituée à l'eau ce qui a eu pour effet de dresser mes tétons — le gant pris d'une vie propre glisse sur le renflement de ma poitrine puis sous les globes fermes de mes seins, la sensation douce et parfumée me fait voyager tout en me donnant des envies particulières. Le trajet se fait maintenant sur mon ventre plat, j'hésite, je tergiverse, je passe ma main sur mon flanc puis sur ma hanche, tout ceci se fait à un rythme sensuel.
Me voilà maintenant de dos et l'eau coule le long de ma chute de reins et abreuve mon intimité comme on arrose un fruit mûr. La respiration sensiblement plus courte, je passe mes doigts le long de ma vulve comme un massage d'une extrême douceur, ma bouche s'ouvre et en sort un léger râle de plaisir. Avant même d'avoir décidé quoi que ce soit, les doigts crochètent mon antre à la recherche d'un trésor nommé plaisir. Adossée à la paroi de ma douche, les cuisses entrouvertes j'exécute un mouvement de cercle sur mon petit bouton.
Encore lui. Toujours lui.
Je l'imagine derrière moi, une main à plat sur mon ventre pour me maintenir contre lui, l'autre qui explore. Ce qui me trouble le plus dans ce fantasme ce n'est pas le geste — c'est sa voix, grave et posée, qui murmurerait à mon oreille : « Voilà ce que vous êtes vraiment, Agatha. » Et moi qui ne pourrais rien répondre sinon gémir. Je serais sa chose, livrée à ses fantasmes de domination sur son assistante soumise.
Puis, après moult scénarios tous plus coquins les uns que les autres, j'arrive au Nirvana et me contracte violemment, un cri de jouissance résonne dans la pièce, mes membres sont dans un état de choc terrible, je suis prise de spasmes incontrôlables et je peine à rester debout tant l'orgasme qui traverse mon corps est violent. Puis, après de longues minutes où mon esprit est dans sa plénitude, je redescends lentement. Je suis maintenant totalement détendue, l'eau est maintenant moins chaude que moi et il me faut déployer des efforts de titans pour couper le flux et reprendre mes appuis.
C'est chancelante que je me rends devant mon miroir et je capte mon regard dans le reflet. Je reste là un moment. Cette femme qui me regarde — les joues encore roses, la respiration pas tout à fait revenue — est-ce qu'elle a honte ? Une partie d'elle, oui. Une autre partie sourit. Et c'est cette deuxième partie-là qui prend de la place, jour après jour, et c'est ça qui me fait presque peur.
Mais c'est l'heure sur ma montre qui sonne la fin de la récréation, je sors en vitesse de la salle de bain pour me diriger vers mon dressing, d'habitude je prends mon temps pour accorder couleurs, tendances, textures et motifs. Mais à moins d'une heure du début des cours je fais l'impasse sur la fashionista et vais au plus bref. Vitesse ne doit pas être synonyme de précipitation et j'applique tout de même des baumes sur mon visage, les fragrances de fruits et autres essences naturelles remplissent la chambre comme une explosion de senteurs.
Vite, il faut s'habiller. Je vous passe la minute maquillage qui s'est résumée à mettre un rouge à lèvres carmin puis un trait de rimmel et un fond de teint léger pour ne pas ressembler à une caricature. Les placards sont déjà ouverts, j'attrape un ensemble noir en dentelle classique, le soutien-gorge est un petit peu petit — sans doute à cause de la pilule, j'ai pris un bonnet en plus — il me remonte les globes et les comprime pour un effet assuré et faire oublier la couleur de mes yeux, et enfin un magnifique tanga qui termine de dessiner ma chute de reins et met en évidence mes fesses. Je jette mon dévolu sur un ensemble tailleur-pantalon (hé oui) couleur prune en soie naturelle, il me va à merveille et je l'enfile avec joie car il met en valeur mes formes sans trop s'y coller. Je sais que je vais recevoir des compliments mais aussi des œillades ou autres regards salaces et c'est à ce moment-là que j'ai réalisé que désormais ça ne me dérangerait plus. Je termine avec une paire d'escarpins de dix centimètres vernis, assortis d'une boucle en or sur le bout de la chaussure.
Le temps s'est écoulé plus vite que prévu, ce qui va sûrement me faire louper le repas le plus important de la journée. Peu importe, je le prendrai sur place. Après avoir fait un brin de ménage à l'étage et fermé les fenêtres pour l'aération, je descends au rez-de-chaussée pour avoir un brutal retour à la réalité. Dans le vaste salon se trouvent pêle-mêle mon tailleur sur le dosseret du canapé, un escarpin sur la table basse, l'autre sous un meuble, et mon sac qui n'a pas su retenir les éléments à l'intérieur, lesquels se sont évadés pour se disperser sur le tapis.
C'est dans un soupir que mon esprit de procrastination me convainc de voir ça pour plus tard. Par chance je retrouve mes clés de voiture, c'est bon signe. Bref il me faut me mettre en route si je veux arriver à l'heure, il ne me reste qu'une demi-heure.
Pendant tout ce temps l'idée de mon avenir professionnel ne m'avait plus titillée, et c'est en arrivant à ma voiture que le démon a repris son travail de sape.
Agatha, tu dois réagir et devenir une autre femme. Oui, c'est la voie à suivre.
Et pour être honnête, cette fois-ci je n'ai pu être en désaccord. Je sais ce que veut dire gérer la pression, les échéances et les choix. C'est en ayant cet état d'âme que je me tiens devant ma voiture avec la télécommande d'alarme dans la main. Décidément mes absences vont me jouer des tours. Le bip strident retentit dans la brume du matin et j'ouvre la porte, toute contente de me glisser à l'intérieur, mais hélas encore une fois la journée précédente me rappelle qu'il s'y était passé quelque chose.
C'est avec un sourire en coin que je regarde cette tache de mouille séchée sur mon siège de voiture, je me revois les cuisses à l'air devant ce jeune gendarme au regard vicieux mais néanmoins salace sur mon intimité offerte à sa vue. Ma respiration redevient saccadée et mes pensées s'affolent. Lutter ou céder à la luxure ?
Non. Je réussis à faire taire mon envie car la montre ne me laisse plus que vingt minutes pour arriver à mon bureau. J'appuie sur le gros bouton de démarrage et le moteur de cette splendide Italienne dont je ne connais que les superlatifs se met en marche. Je n'avais remarqué que les vibrations de l'habitacle avaient un effet massant au niveau des hanches.
Décidément je suis en train de devenir une femme aux idées subversives, et c'est effrayant... ou pas.
La ceinture mise, le rétroviseur ajusté et surtout le chauffage en fonction. Je mets quand même mes lunettes de conduite pour le confort et sûrement pas pour la baisse de la vue (je vous vois sourire).
À qui demander conseil pour ce plan de carrière qui pointe le bout de son nez ? Ma sœur, ma mère, des amis proches ? Laquelle de ces personnes ne me prendrait pas pour une carriériste opportuniste, une femme calculatrice froide et manipulatrice ? Si je dois prendre la place du doyen, je dois le faire en douceur — avec tactique et méthode. Et pour commencer, il me faudra décider d'une chose concrète, un premier pas, quelque chose de discret mais de délibéré. La route défile et le soleil maintenant largement dans les cieux me rappelle qu'il faut se dépêcher.
J'ai une pensée quand j'arrive au niveau du lieu du contrôle de gendarmerie et j'ai un petit pincement dans le bas-ventre, sûrement un mécanisme automatique. Il faut s'en convaincre. Sans vraiment m'en rendre compte me voilà dans les faubourgs de la ville, mon inconscient guide la voiture à travers les carrefours, les avenues et les rues menant à la faculté. Là va vraiment commencer l'aventure qui me mènera peut-être à la tête d'une faculté.
Après m'être garée sur ma place, je salue des collègues de loin d'un geste de la main, j'aperçois les premiers étudiants devant la grille, ils me saluent poliment et certains, persuadés que je ne les verrais pas, se cachent derrière les structures en béton pour échapper à mes critiques sur leurs vêtements peu recommandables en ces lieux. Surtout un petit groupe de trois qui sont particulièrement dans mes remontrances — ce sont ceux-là mêmes qui observent mes jambes quand je prends les escaliers, qui lorgnent sur mon décolleté ou qui se permettent des allusions quand je passe près d'eux. Je sens leurs regards sur moi et imagine leurs désirs ou leurs fantasmes.
Jouer avec ça et les laisser me voir comme une femme intéressante, ou rester dans mon personnage ?
Dans mon élan je me dirige vers eux et aussitôt ils sortent de leurs cachettes, ils me saluent timidement et avec un air sévère je leur rappelle les règles de bienséance vestimentaires, mais cette fois le regard de l'un d'eux sur ma poitrine ne souffrira pas de remontrance — je m'amuse même à me rapprocher pour lui faciliter la vue. Son visage rouge pivoine me confirme le succès de mon mouvement, je me sens sûre de moi et pense avoir fait le bon choix.
Après un énième sermon ils acquiescent et m'assurent qu'ils vont faire des efforts. Que c'est bon ce petit pouvoir sur les subalternes. En me retournant et à peine éloignée j'entends presque à demi-mot :
— ...pfffiuuu cette paire de seins, j'ai tout vu.
D'habitude je me serais retournée pour leur hurler dessus avec tout mon souffle. Je dois avoir déjà changé car au lieu de ça c'est un sourire satisfait qui me vient en premier. Peut-être devenir à l'avenir plus attirante, jouer davantage de mes attributs, ou simplement devenir une femme fatale ?
Toutes ces questions se bousculent dans ma tête et je dois y faire le tri. Je dois voir ma sœur ce week-end, je lui en parlerai. Pour le moment je dois me hâter de prendre mon poste et garder mon sérieux. Mes talons claquent sur le sol du hall et, tout en saluant les secrétaires d'accueil de la main, je me dirige vers mes quartiers d'un pas décidé.
Je profite de ces derniers moments de calme car la journée va être chargée, j'en suis certaine — la liste de mails et de courriers à traiter me le confirme, je ne vais pas avoir le temps de jouer à la dévergondée... ou juste un peu.
Le téléphone de mon doyen sonne, il me demande dans son bureau, avec les dossiers de la prochaine inspection à venir. Je suis prête. Je suis déterminée. Je me lève et je marche vers son bureau.
La suite ?
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