Et ding ! Un banal ding de WhatsApp. Camille saisit son portable sur son lit et consulta la notification.
— Vous avez été ajoutée au groupe "Soirée privée" par Léo.
Son sourcil se leva. Elle ne connaissait aucun Léo. Sa première réaction fut d'appuyer sur « Quitter le groupe », mais la curiosité l'emporta bien rapidement.
C'était un groupe de six personnes. Camille cliqua sur la photo de Léo. Une silhouette floue comme prise à travers un voile, on distinguait sa silhouette élancée, des épaules nues, une nuque délicate, une chevelure sombre coupée au carré. Une sensation étrange lui parcourut l'estomac, Léo ressemblait à une femme mais son nom n'avait rien de féminin.
Léo n'avait envoyé qu'un seul message dans la conversation :
— Ce soir, 21h. Je vous attends. Pas de questions, juste du plaisir. Venir comme vous êtes.
En dessous, un silence total. Aucun des cinq autres inconnus ne répondait. Ce silence était assourdissant, chargé de possibilités et d'une tension presque palpable. Elle sentit son propre pouls battre à la base de son cou.
Par réflexe, ses doigts pianotèrent : « C'est où ? »
La réponse fut instantanée, comme si Léo guettait. Une localisation GPS cliquable s'afficha, située dans un quartier résidentiel chic, près du parc. Pas un mot de plus.
Camille se leva et alla à la fenêtre. La nuit était tombée, la ville scintillait. Elle s'observa dans le reflet de la vitre : une femme de trente-cinq ans, les traits tirés par une semaine de travail, le regard vif mais un peu las. L'idée de passer une autre soirée seule avec un livre et un verre de vin lui parut soudain d'une tristesse infinie. Contre toute logique, contre toute prudence, ce silence du groupe, cette invitation cryptique, agissaient sur elle comme un aimant.
Elle prit une douche rapide, l'eau chaude lavant la fatigue mais pas l'appréhension. Elle choisit une robe. Pas celle trop travaillée, ni la trop décontractée. Une robe noire, simple, qui tombait juste au-dessus du genou. Elle épousait ses formes sans les crisper. Elle se maquilla légèrement, juste un trait d'eye-liner et du rouge à lèvres nude. Elle vérifia son téléphone une dernière fois. Aucun nouveau message dans le groupe. Le silence persistait.
À vingt heures quarante-cinq, elle était dans un taxi, le cœur battant la chamade. Elle fixait le GPS sur son téléphone et le point de destination se rapprochait dangereusement. Qu'est-ce que je fais ? se demanda-t-elle pour la énième fois. Le taxi s'arrêta finalement devant un immeuble haussmannien impeccable. Elle paya, sortit, le vent frais de la nuit la faisant frissonner.
La porte d'entrée s'ouvrit avant qu'elle n'ait à sonner. Une femme d'une trentaine d'années se tenait dans l'entrée, baignée par la lumière dorée de l'intérieur. Léo dit-elle ?
Léo portait un peignoir de soie blanc immaculé, qui tombait en plis parfaits. Le visage était d'une beauté troublante : des traits fins, presque féminins, soulignés d'un maquillage subtil qui accentuait des yeux sombres et profonds. Les cheveux, noirs et brillants, étaient coiffés avec une précision de bijoutier.
— Camille, dit la voix. Elle était douce, basse, mélodieuse. Ce n'était pas une question.
Camille, incapable de parler, hocha simplement la tête.
Un sourire léger effleura les lèvres de Léo. — Entre.
Elle franchit le seuil. L'appartement était exactement comme elle l'avait imaginé quelques minutes auparavant. Minimaliste, d'une propreté clinique. De vastes pièces aux murs blancs, un parquet sombre et luisant. Une immense baie vitrée offrait une vue panoramique et vertigineuse sur les lumières de la ville. L'éclairage était tamisé, d'une couleur bleu nuit qui noyait tout dans une lueur aquatique et irréelle. Au centre du salon, une grande table basse en verre reflétait la lumière comme un miroir d'eau stagnante.
Dans le salon, quatre personnes étaient déjà là, silencieuses. Elle les analysa rapidement : un homme d'une quarantaine d'années, le visage fermé, le corps athlétique visible même sous son jean et son pull sombre. Une femme plus jeune, les bras croisés, le regard fuyant. Et deux autres personnes, un homme et une femme, dont les visages se fondaient dans la pénombre. L'air était chargé d'une attente électrique. Personne ne parlait.
Léo passa derrière elle, un mouvement fluide de son peignoir. — Champagne ? demanda-t-elle, sans attendre de réponse, en versant le liquide doré dans des flûtes cristallines. Elle en tendit une à Camille. Leurs doigts se frôlèrent. Ses mains étaient douces, mais la prise était ferme.
— Les règles sont simples, commença Léo, sa voix portant calmement dans la pièce. Sa présence apaisante et autoritaire dominait l'espace. Nous sommes ici pour explorer. Mais pour explorer, il faut d'abord observer. L'observation active tous les sens. Il posa sa flûte sur la table de verre avec un clic précis. Asseyons-nous. En cercle. Par terre.
Un ordre doux, irréfutable. Camille, avec les autres, s'exécuta. Ils formèrent un cercle disparate sur le sol moelleux, autour de la table basse transparente. Elle était assise entre Marc, dont elle sentait la chaleur corporelle, et Sarah, qui regardait fixement ses propres mains.
Léo resta debout un instant, les contemplant depuis le haut de sa taille, comme un sculpteur examinant sa matière première. Puis elle s'assit à son tour, croisant les jambes avec une grâce féline.
— Premier jeu, annonça-t-elle. Son regard parcourut le cercle, s'attardant sur chaque visage. Chacun va révéler une partie de son corps. Une partie qu'il cache habituellement. Pas encore la nudité. Juste… un indice. Un territoire. Qui commence ?
Un silence tendu. Puis Sarah, la voix tremblant à peine, murmura : — Mes… mes pieds. Elle retira lentement ses baskets et ses chaussettes, exposant des pieds pâles aux ongles vernis d'un rose discret.
Léo acquiesça, son regard appréciateur mais neutre. — Bien. Marc ?
L'homme sportif défit les boutons de sa chemise à manches longues et la releva jusqu'aux coudes, exposant ses avant-bras musclés, veinés, couverts d'un léger duvet blond. Un geste simple, mais qui semblait dans ce contexte d'une intimité déchirante.
Le tour vint à Camille. Tous les regards, y compris ceux de Léo, pesaient sur elle. Sa bouche était sèche. Elle sentait le tissu de sa robe noire contre sa peau. Elle prit une inspiration.
— Mes… mes genoux, dit-elle, sa voix lui semblant étrangère.
Elle s'appliqua à remonter lentement l'ourlet de sa robe, dévoilant d'abord ses mollets, puis ses genoux, pâles et lisses sous la lumière bleutée. Puis, poussée par une impulsion qu'elle ne comprenait pas, elle ajouta : — Et mes épaules.
Elle fit glisser les fines bretelles de sa robe, laissant le tissu tomber autour de sa taille, exposant le haut de sa poitrine, ses clavicules, et ses épaules nues. La fraîcheur de l'air la fit frissonner. Elle était là, à demi dévêtue au centre d'un cercle d'étrangers, et le regard de Léo, intense et absorbant, la traversait comme un rayon X. Elle ne souriait plus.
— Très bien, dit-elle finalement, et son approbation résonna comme une récompense. La peur est palpable, Camille. C'est bien. C'est ce qui garde les sens en éveil.
Elle se leva alors, et tous les yeux se tournèrent vers elle. D'une main lente, théâtrale dans sa précision, elle défit la ceinture de son peignoir de soie. Elle le laissa glisser de ses épaules. Le tissu blanc tomba en un murmure sur le sol.
Léo était nue en dessous.
Le corps qui se révéla était une œuvre d'art androgyne. Une poitrine douce, sans seins marqués mais avec une courbe indéniablement féminine. Des hanches étroites, une taille fine. Une peau lisse et pâle, presque luminescente sous la lumière bleue. Et entre les jambes, la preuve discrète mais incontestable de sa masculinité. Elle se tenait là, immobile, offerte, dans une pose d'une confiance absolue. Ce n'était pas une provocation. C'était une démonstration. Une normalisation.
Puis ses yeux sombres se rivèrent sur Camille.
— À toi, maintenant, dit-elle. Ce n'était pas une demande.
Le sang battait aux tempes de Camille. Elle sentit les regards du cercle se concentrer sur elle, pesants, curieux, avides. Elle regarda Marc, dont le visage était devenu un masque de concentration intense. Sarah détournait les yeux, rougissant. Les deux autres inconnus observaient, impassibles.
Avec des gestes qui lui semblèrent à la fois lents et saccadés, Camille se mit debout. Ses jambes tremblaient légèrement. Elle passa ses mains sur les flancs de sa robe noire, sentant le jersey doux sous ses paumes moites. Puis, prenant une inspiration profonde qui souleva sa poitrine à demi découverte, elle saisit l'ourlet de la robe.
Elle la souleva lentement, découvrant ses cuisses, son ventre plat, le triangle sombre de sa culotte en dentelle noire. La fraîcheur de l'air l'envahit davantage. Elle continua, la robe passant au-dessus de sa tête, emmêlant un instant ses bras, avant de la laisser tomber sur le sol, à côté du peignoir blanc de Léo.
Elle était nue. Complètement. Debout au centre de ce cercle, sous les yeux de cinq étrangers et de cette créature fascinante qu'était Léo. Sa peau était parsemée de chair de poule. Ses mains se débattirent, ne sachant où se poser, avant de se croiser timidement sur son pubis, puis de retomber le long de son corps, impuissantes.
Léo s'approcha. Elle ne la toucha pas. Elle se contenta de faire le tour d'elle, d'un pas lent, son regard balayant chaque centimètre de peau exposée : la courbe de ses hanches, la fermeté de ses seins aux pointes durcies par le froid et la nervosité, la douceur de son ventre.
— Très belle, murmura-t-elle, son souffle chaud effleurant son épaule. Tu vois ? Rien n'est arrivé. Tu es juste… vue.
Il recula d'un pas et se tourna vers Marc.
— Marc. Viens ici.
L'homme athlétique se leva sans un mot. Il se déshabilla à son tour, rapidement, sans cérémonie, révélant un corps musclé, taillé, avec une érection déjà ferme et imposante. Il s'approcha de Camille, qui retint son souffle.
Il ne l'embrassa pas. Il ne la prit pas. Il leva une main et, du bout des doigts, commença à la toucher. C'était un contact clinique, exploratoire. Il passa ses paumes sur les courbes de ses épaules, descendit le long de sa colonne vertébrale, palpa la fermeté de ses fesses, fit courir ses doigts sur la face interne de ses cuisses. Camille ferma les yeux, essayant de se détacher de la sensation, mais le silence de la pièce, l'intensité du regard des autres sur elle, rendaient chaque effleurement dix fois plus présent. Elle était un spécimen. Un objet d'étude dans un laboratoire de désir.
— Ouvre les yeux, Camille, ordonna doucement Léo. Regarde-moi.
Elle ouvrit les paupières. Léo se tenait à quelques pas, toujours nue, les bras croisés, son visage un mélange de bienveillance et de curiosité scientifique. — Regarde-moi pendant qu'il te découvre.
Marc avait mis ses deux mains à plat sur son ventre, puis les avait fait remonter vers ses seins, les prenant avec une franchise qui la fit haleter. Il les pesa, fit rouler les mamelons entre son pouce et son index, sans douceur particulière, comme pour en évaluer la texture, la réaction. Camille fixait Léo, essayant de puiser dans son calme énigmatique. Dans ses yeux sombres, elle vit une forme d'approbation, et autre chose… une fascination qui n'avait rien de personnel. Elle était juste le premier sujet de l'expérience de la soirée.
L'acte physique n'avait même pas encore commencé, et pourtant, Camille se sentait déjà plus exposée, plus vulnérable, plus vue qu'elle ne l'avait jamais été auparavant. Elle était à la fois terrifiée et incroyablement vivante.
Commentaires ()