Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Une faim inextinguible — Chapitre 4 · Les lèvres humides
Auteur
Une faim inextinguible
Chapitre 4 · Les lèvres humides
Je marche encore, les pétales de tilleul collés à mes Converse, le soleil de juin qui me tape sur la nuque, et j'y repense. Le serveur. Son visage. Je le reconstitue pièce par pièce dans ma tête, comme un puzzle qui n'aurait rien d'exceptionnel — parce qu'il n'a rien d'exceptionnel. Taille moyenne, poids moyen, brun. Un visage qui clairement n'attire pas l'attention. Je l'ai observé assez longuement, tout à l'heure, pour le savoir. Des traits banals, un nez sans caractère, une mâchoire ni carrée ni fine, des yeux bruns qui ne ressortent pas. Le genre de gars que je croise au supermarché sans le regarder deux fois. Mon âge, à la rigueur un peu plus. Bref, on ne boxe pas dans la même catégorie, très clairement. Je sais ce que je vaux. Je le sais parce que je le vois dans le regard des autres — les hommes qui me déshabillent du regard quand j'entre dans une pièce, les femmes qui me toisent de haut en bas avec ce mélange de méfiance et d'envie qu'elles croient dissimuler et qui me fait toujours sourire. Ce serveur n'a rien d'un beau gosse. Rien du tout. Pas la mâchoire anguleuse qui fait chavirer les filles, pas les épaules qui remplissent un t-shirt, pas cette assurance dans la démarche qui annonce un type qui sait qu'il peut avoir n'importe qui. Non. Rien de tout ça.
Et pourtant.
Pourtant sa façon de me regarder. De regarder mon visage. Ma bouche. Ses yeux qui reviennent, encore, encore, comme attirés par un aimant qu'il ne maîtrise pas. Pas un regard de dragueur — j'en ai vu des dizaines, des centaines, des regards qui balayent, qui évaluent, qui calculent les chances avant même d'avoir dit bonjour. Pas un regard poli non plus, de ceux qu'on pose sur une cliente parce qu'il faut bien la servir. Non. Un regard qui voit. Un regard qui sait. Un regard qui descend sur mes lèvres et qui y reste, qui s'y attarde, qui les détaille avec une fixité presque gênante, comme s'il imaginait quelque chose de précis, quelque chose qu'il n'ose pas formuler mais que ses prunelles trahissent. Et ce souvenir précis — la façon dont son visage se tourne vers moi par-dessus son épaule quand je me lève, la façon dont ses prunelles brunes se fixent sur mes lèvres avec une intensité vorace, presque involontaire — me fait mouiller. Là, maintenant, sur ce trottoir parisien, entre un pressing et une pharmacie, sous le soleil de fin d'après-midi. Je mouille d'en haut et d'en bas. Ma chatte est trempée, collée contre mon slip, le coton imbibé qui se plaque contre mes grandes lèvres gonflées, et ma bouche, ma bouche produit tellement de salive que je dois déglutir en marchant, la gorge sèche paradoxalement malgré le flot qui s'accumule. Les deux coulent en même temps. Lui, le type quelconque, me fait cet effet. Parce qu'il a regardé ma bouche comme quelqu'un qui imagine exactement ce qu'elle peut faire. Et moi j'ai soif de le faire.
Je rentre chez moi. Rue des Lilas, l'escalier grimpé quatre à quatre, mes cuisses qui se frottent à chaque marche et m'envoient des décharges dans le clito, la clé qui tourne dans la serrure, la porte qui claque derrière moi. Mon studio est en désordre — tasse de café sur la table, lit défait, fenêtre entrouverte — mais je n'en ai rien à foutre. Je pose mon sac par terre, je m'assois au bord du lit et je sors mon portable de ma poche arrière. Mes doigts tremblent un peu. Pas de peur. D'impatience. L'écran s'allume. Un message. Un numéro inconnu.
Je regarde.
« Salut, c'est le serveur du café. Antoine. Je sais pas si c'est une blague mais j'ai trouvé ton numéro sur la table. Je me demande ce qu'une fille magnifique comme toi peut bien me trouver au point de me laisser son numéro. Sérieux, j'ai du mal à y croire. »
Je relis le message deux fois, trois fois. Antoine. Il s'appelle Antoine. Le prénom me tinte dans la tête comme une cloche fêlée — mon ex s'appelait Antoine, celui qui avait une bite plus longue et plus épaisse que Maxime, celui dont je me souviens du goût salé, du poids sur ma langue, de la façon dont il durcissait dans ma bouche quand je le suçais lentement, yeux levés vers les siens — mais ce n'est pas le même. Ce n'est pas le même Antoine. Celui-ci est banal, brun, quelconque, et il ne sait pas encore ce que je suis. Il ne sait pas que ma salive coule pour lui en ce moment même, que mon slip est trempé, que mes lèvres sont gonflées et que mon clito palpite en lisant son message.
Il me trouve magnifique. Il se demande ce que je peux lui trouver. Il doute de lui-même. Ça se lit entre les lignes — la façon dont il a écrit « j'ai du mal à y croire », comme s'il se pinçait pour se réveiller, comme s'il s'attendait à ce que quelqu'un lui dise que c'est une erreur, une blague de potes, un putain de piège. Et ça, cette incrédulité, cette absence totale de suffisance, ça me fait quelque chose de profond. Les beaux mecs savent qu'ils sont beaux. Ils s'attendent à ce qu'on les désire. Ils prennent sans demander. Ce gars-là, lui, il ne s'attendait à rien. Il a ramassé mon numéro sur la table, il a regardé le papier plié, et il a dû se demander si c'était réel. Il a dû retourner le papier dans ses mains, lire les chiffres, hésiter avant de taper le message, effacer, retaper, se dire que non, c'est pas possible, une meuf comme ça — et pourtant.
Mes pouces planent au-dessus des lettres. Je pourrais dire la vérité. Je veux te sucer. Trois mots. Ou je veux ta bite dans ma bouche. Cinq mots. Ou je mouille en pensant à ton regard. Sept mots. Mais pas encore. Pas comme ça, pas dans un message, pas sur un écran froid. Il faut que je le vois en face. Il faut que je lui dise avec ma bouche, cette bouche qu'il a regardée, cette bouche qui salive en ce moment même sur mon lit, la salive qui s'accumule derrière mes dents, sous ma langue, au fond de ma gorge, prête à déborder. Il faut qu'il voit mes lèvres bouger quand je lui dirai ce que j'aime, ce que je veux, ce dont j'ai besoin. Il faut qu'il entende ma voix.
Je tape :
« C'est pas une blague. Je suis une fille différente des autres. Si tu veux en savoir plus, on peut se voir. »
« C'est pas une blague. Je suis une fille différente des autres. Si tu veux en savoir plus, on peut se voir. »
J'appuie sur envoyer. Le message part. Le petit vu apparaît presque immédiatement — il était devant son écran, il attendait, il fixait son téléphone comme on fixe une porte qui pourrait s'ouvrir ou pas. Et moi, je suis assise sur mon lit, les jambes serrées, mon slip trempé qui frotte contre mes grandes lèvres gonflées à chaque micro-mouvement, et je sens mon clito battre comme un deuxième cœur, un cœur vicieux, un cœur de chatte qui ne demande qu'à être satisfait. Mon téléphone vibre.
« Différente comment ? »
Je souris. Pas un sourire gentil. Un sourire qui tire mes lèvres, qui les étire, qui me donne l'air de quelqu'un qui sait exactement ce qu'elle veut et qui s'apprête à l'obtenir. Je ne réponds pas tout de suite. Je laisse mariner. Je me lève, je marche dans le studio, mes pieds nus sur le parquet froid, je me regarde dans le miroir de la salle de bain. Mes yeux bleus, liquides, transparents, mes cheveux dorés en désordre qui tombent sur mes épaules, mes lèvres pleines et rosées, mon arc de Cupidon net comme une coupure. Mon t-shirt blanc moulant, mes tétons encore durs qui pointent à travers le tissu, deux petits sommets qui ne demandent qu'à être sucés, mordus, tordus. Je me regarde la bouche. Je l'ouvre légèrement, juste assez pour voir l'intérieur — la langue rose, humide, les dents blanches, le palais, le fond de la gorge. Je vois ce qu'il a vu. Je vois l'instrument. Je vois ce qui l'a fait revenir, encore, encore.
Je reviens au téléphone. Je tape :
« Différente comme tu ne l'imagines pas. Viens boire un verre avec moi et je t'explique. »
« Différente comme tu ne l'imagines pas. Viens boire un verre avec moi et je t'explique. »
Sa réponse met trente secondes à arriver. Je le vois hésiter, effacer, retaper. Les petits points qui apparaissent et disparaissent, qui dansent, qui s'interrompent, qui reviennent. Il se demande si je le fais marcher. Il se demande si c'est un piège. Il se demande ce qu'une fille comme moi — blonde, yeux bleus, lèvres qui donnent des idées, corps qui fait tourner les têtes — peut bien vouloir avec un type comme lui. Puis :
« Ok. Demain soir après mon service ? Je finis à 21h. On peut se retrouver au café, je connais un endroit tranquille après la fermeture. Ou ailleurs, comme tu veux. »
« Ok. Demain soir après mon service ? Je finis à 21h. On peut se retrouver au café, je connais un endroit tranquille après la fermeture. Ou ailleurs, comme tu veux. »
Il propose le café. Son territoire. L'endroit où il m'a regardée, où il a essuyé des tables en jetant des coups d'œil par-dessus son épaule, où je pose mon numéro sur la table en formica, à côté du ticket de caisse, sous ma tasse vide, un papier plié en deux avec mon numéro écrit au stylo bleu, sans prénom, sans rien, juste les chiffres. L'endroit où il a ramassé ce papier avec des doigts qui tremblaient peut-être. Ça me semble juste. Ça me semble excitant. Le café après la fermeture, les chaises sur les tables, l'odeur de café froid, le formica, la lumière jaune, et lui, Antoine, le serveur quelconque, seul avec moi.
Je tape :
« Demain après ton service. Parfait. »
« Demain après ton service. Parfait. »
J'appuie sur envoyer et je pose le téléphone sur le lit. Je reste debout au milieu de mon studio, le soleil de fin de journée qui entre par la fenêtre en bandeaux obliques, la chaleur de juin sur mes bras nus, et j'ai l'eau à la bouche. Pas une métaphore. Pas une image. Littéralement. Ma salive coule, je la sens s'accumuler au fond de ma gorge, derrière mes amygdales, prête à déborder, prête à couler sur mes lèvres si je penche la tête. Je déglutis. Ça ne sert à rien. Ça revient aussitôt, le flot se reforme, ma bouche se remplit comme si elle se préparait, comme si elle s'entraînait, comme si mon corps savait déjà ce qui allait se passer et s'organisait pour ça. Mon corps se prépare. Mon corps sait. Mon corps est en avance sur mon esprit.
Je m'assois sur le lit. Je sens la chaleur de mon sexe à travers mon jean, l'humidité qui s'est répandue, qui a trempé le coton de mon slip et qui commence à mouiller le tissu brut du denim, une tache sombre qui s'élargit entre mes cuisses. Mes lèvres sont gonflées, sensibles, tuméfiées de désir, et chaque fois que je bouge, chaque fois que je respire, le frottement m'envoie une décharge dans le bas-ventre, un éclair qui va du clito aux tétons et qui me fait serrer les dents. Je ne me touche pas. Pas encore. Je ne veux pas jouir maintenant. Je veux garder ça. Je veux garder cette tension, cette faim, cette soif qui me noue l'estomac et me fait saliver des deux côtés — la bouche pleine, la chatte pleine, les deux qui coulent, les deux qui veulent, les deux qui attendent. Demain soir. Vingt et une heures. Et je lui dirai. Et ma bouche fera ce qu'elle sait faire.
Je me recule contre le mur, je remonte mes genoux contre ma poitrine, je pose mon menton sur mes genoux. Le téléphone vibre une dernière fois. Je regarde.
« Juste pour être sûr — t'es sûre que c'est moi que tu veux voir ? Je suis pas... enfin je suis pas un top model, hein. »
Il doute encore. Il se dévalorise encore. Il se compare à ce que je vaux et il se trouve en dessous, très en dessous, et il veut que je le rassure, que je le confirme, que je lui dise oui, c'est bien toi, toi le brun quelconque, toi le type que personne ne regarde, toi le serveur qui essuie les tables. Et c'est exactement pour ça que je le veux. Pas malgré sa banalité. À cause d'elle. Parce qu'un homme qui ne s'attend pas à être désiré, un homme qui ne prend pas, un homme qui demande t'es sûre au lieu de supposer — cet homme-là, il ne m'arrêtera pas en cours de route pour passer aux « choses sérieuses ». Cet homme-là, il ne me dira pas je pensais qu'on pourrait essayer autre chose quand je lui demanderai ce que j'aime. Cet homme-là, quand je lui dirai ce que j'aime — sucer, lécher, prendre en bouche, avaler, couler, saliver, donner du plaisir avec mes lèvres et ma langue et ma gorge — il écoutera. Et s'il accepte, il me donnera ce que les autres n'ont jamais su me donner : le droit d'être ce que je suis, sans honte, sans négociation, sans ce putain de regard condescendant qui dit oui mais tu pourrais aussi.
Je tape ma réponse. Mes doigts ne tremblent plus. Ils sont fermes, précis, certains.
« Je suis très sûre. À demain. »
Je pose le téléphone, écran vers le bas, sur le matelas à côté de moi. La lumière décline. Les ombres s'allongent sur le parquet, les bandeaux de soleil glissent vers le mur, deviennent orange, puis roux. Les pétales de tilleul sont toujours collés à mes Converse posées près de la porte, jaunes contre le caoutchouc blanc. Mon slip est trempé. Ma bouche est pleine. Ma chatte bat. Et demain soir, quand Antoine le serveur, le brun quelconque au visage qui n'attire pas l'attention, s'assiéra en face de moi dans ce café qui sent le café froid et le formica, je lui dirai ce que je suis. Et ma bouche — cette bouche qu'il a regardée sans le savoir, cette bouche qui salive déjà pour lui, cette bouche qui a coulé tout le long du trottoir entre le pressing et la pharmacie — fera le reste. Je le sais. Mon corps le sait. Ma chatte le sait. Mes lèvres le savent. Demain soir.
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