Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Une faim inextinguible — Chapitre 5 · Le rouge aux lèvres
Auteur
Une faim inextinguible
Chapitre 5 · Le rouge aux lèvres
Dix-neuf heures. L'horloge du téléphone vibre sur le matelas où je me reposais après une journée passée à étudier et je la fais taire d'un geste sec. J'ai mouillé toute la journée en pensant à ce soir. Mon slip est trempé, collé contre ma chatte, et la trace sombre sur le denim de mon jean a séché en formant une auréole raide qui me gratte quand je bouge. Je déplie mes jambes, les vertèbres craquent une à une contre le matelas. Il est temps.
Je me lève et le studio bascule — le parquet grince, la lumière orange du soir a glissé le long du mur et ne touche plus que le coin de mon miroir posé contre la commode. Je me déshabille sans cérémonie. Le t-shirt par-dessus la tête, le jean poussé jusqu'aux chevilles, le slip — je le tire d'un coup et la bande de coton est si mouillée qu'elle se détache de ma vulve avec un bruit suintant, un petit floc qui résonne dans le silence du studio. Je le jette dans le panier à linge sans le regarder.
La salle de bain est un cagibi avec un rideau de douche à motifs de bambou jaunis. Je tourne le robinet, l'eau met trente secondes à chauffer — je connais le rythme de cette tuyauterie, je l'ai appris à mes dépens l'hiver dernier. Je m'engage sous le jet. L'eau coule sur mes cheveux blonds, les plaque sur mes épaules, coule dans mon dos le long de la colonne, s'engouffre entre mes fesses et ruisselle jusqu'aux chevilles. Je prends le gel, je me savonne — les mains passent sur mes seins, les palpent, les soupèsent, et sous la mousse ils sont ronds et pleins sous mes doigts, la peau fine, les mamelons qui durcissent au contact de l'eau fraîche qui s'insinue sous la mousse. Je me lave le ventre, je descends plus bas — mes doigts glissent entre mes cuisses, sur mes grandes lèvres gonflées, et je m'arrête. Pas maintenant. Je ne me touche pas. Je me rince.
Je sors de la douche, m'essuie. Le miroir est embué et je l'essuie avec la paume. Le reflet apparaît : mes cheveux dorés mouillés, plaqués contre le crâne, gouttant sur les clavicules. Mes yeux bleus, ces yeux de chat liquides. Mes lèvres — pleines, rosées, l'arc de Cupidon dessiné comme au pinceau. Mon cou, mes épaules étroites, ma poitrine généreuse qui retombe juste ce qu'il faut, ferme, les aréoles rosées hérissées par l'air frais. Mon ventre plat, mes hanches qui s'évasent, mes fesses — je me tourne, je regarde par-dessus mon épaule — charnues, fermes, deux globes pleins qui débordent à peine. Mes cuisses, leurs courbes. Je me regarde et je me trouve bandante. Ce n'est pas une pensée que j'ai l'habitude de formuler. Ce soir, elle est là, brute, dans le reflet.
Je sors du cagibi. Le studio est tiède, la fenêtre entrouverte laisse entrer l'odeur des tilleuls de la rue des Lilas. J'ouvre le tiroir de la commode. En bas, sous les t-shirts amples, les sweats, les pantalons larges que je porte d'habitude pour me fondre — je les écarte. Je cherche autre chose. Mes doigts trouvent le tissu : un string noir, fin, la bande arrière un liseré, le devant un triangle de dentelle. Je l'enfile, il épouse ma vulve, la dentelle plaque contre mes grandes lèvres et le string remonte entre mes fesses, les séparant. Le soutien-gorge assorti : noir, dentelle, à demi-transparent, il soutient mes seins sans les couvrir entièrement, les mamelons visibles à travers le motif. Je le clipse, ajuste les bretelles. Je me regarde. La dentelle noire sur ma peau claire. Mes seins ronds maintenus mais offerts. Mon ventre plat. Le string qui disparaît entre mes hanches. Bandante. Le mot me revient.
Ce soir, j'ai décidé de dévoiler mes formes. Ce soir, je veux qu'Antoine ne regarde que moi. Que ses yeux s'accrochent à moi comme à un mur qu'il ne peut pas escalader. Que sa gorge se noue. Qu'il soit intimidé. Je tends la main vers le placard, vers le cintre où elle pend depuis des mois — la petite robe noire d'été. Celle que Léa, Sarah et Camille m'ont offerte pour mon dernier anniversaire, emballée dans du papier glacé avec un ruban, et que j'ai portée une fois pour essayer devant mon miroir puis jamais sortie. Je l'ai trouvée trop courte, trop moulante, trop visible. Ce soir, je la sors du placard et je l'enfile. Le tissu noir, fin, glisse sur ma peau, s'enroule autour de mes hanches, épouse mes fesses — le fourreau de tissu noir moule chaque courbe, chaque globe de mon cul, et la robe remonte à mi-cuisse. Le décolleté : mes seins écartent les bords du tissu, la robe s'arrête juste au-dessus, et la ligne de ma poitrine est visible, la rondeur offerte. Le tissu plaque sur mon ventre plat et ferme. Je me regarde une dernière fois. Oui, bandante.
Je m'assieds devant le miroir de la commode. Le rouge à lèvres est dans le tiroir, un tube noir, une couleur que j'ai achetée il y a six mois et qui n'a jamais vu la lumière. Je le dévisse, le tourne, la pointe rouge apparaît. Je l'applique sur ma lèvre inférieure d'abord — le pigment se dépose, gras, opaque, rouge sang sur la chair rosée. Puis la lèvre supérieure, l'arc de Cupidon que je souligne, accentue. Je presse mes lèvres l'une contre l'autre. Le rouge s'imprime, uniforme. Ma bouche — pleine, ourlée, maintenant rouge vif — est la première chose qu'on voit. La première chose qu'Antoine verra. C'est exactement ce que je veux.
Vingt heures. Je prends la petite veste noire — fine, courte, à peine plus longue que mes omoplates — et je la mets sur mes épaules. Elle ne se ferme pas. Mes seins écartent les bords, la robe moulée apparaît dans l'entrebâillement, le tissu noir sur mon ventre, la ligne de mon décolleté. Je prends mon téléphone, mon portefeuille, mes clés. Je ferme la porte du studio derrière moi.
La rue des Lilas est tiède. Les tilleuls embaument, leurs pétales jonchent le trottoir, collés aux pavés. Je marche. Mes pas résonnent — je porte des sandales noires, basses, et mes pieds sont nus dedans, mes orteils vernis de rouge. Le même rouge que mes lèvres. Je n'y avais pas pensé et c'est un hasard qui me plaît.
Les quinze minutes de marche jusqu'au bar d'Antoine — je les sens. Chaque mètre. Les regards tombent sur moi comme des gouttes. Un homme sur un trottoir, la cinquantaine, costume clair, me voit arriver et ses yeux descendent de mon visage à mes seins, à la robe moulée sur mon ventre, à mes cuisses. Il détourne le regard trop tard, je le vois. Une femme, trente ans, poussette, me croise et lève les sourcils. Un groupe de mecs sur un banc, bière à la main, l'un d'eux siffle entre ses dents, un autre lui donne un coup de coude. Mon cul moulé dans le fourreau de tissu noir, mes seins écartant les bords de ma veste laissant apparaître la robe plaquée sur mon ventre plat. Je me révèle au monde. Cela me fait un effet étrange. L'appréhension tord quelque chose dans mon estomac, un vertige, comme le premier jour où on retire un masque — mais la satisfaction, elle, est là, liquide, chaude, qui coule dans mes veines. Mes lèvres rouges. Mes formes. Mon corps. Je marche dans Paris et je ne me cache plus.
Vingt heures quinze. La terrasse du café de la place est à moitié vide — quelques tables occupées, deux vieux qui jouent aux échecs, un couple qui ne se parle plus. Les tilleuls bruissent dans le vent. L'odeur de café noir mêlé aux pétales de tilleul me prend au nez. Les chaises grincent sur le carrelage. Je choisis une table — la deuxième en partant de la gauche, contre la rambarde, face à la porte vitrée. De là, je vois l'intérieur : le comptoir, la caisse, l'étagère de tasses, et Antoine, de profil, en train de remplir un plateau de boissons. Il ne m'a pas vue.
Je m'installe. La chaise grince sous mon poids. Je croise les jambes, la robe remonte sur mes cuisses. Je pose les coudes sur la table en formica, mon menton sur mes mains jointes, et je regarde par la vitre. Antoine remplit les verres — un pastis, un diabolo menthe, deux cafés. Ses mains bougent avec assurance, le geste du professionnel qui ne réfléchit plus. Ses avant-bras roulent sous la peau, les veines saillantes. Il attrape les tasses, les pose sur le plateau, ajuste les sous-tasses. Il prend le plateau, le lève, se dirige vers la porte vitrée.
Il pousse la porte avec l'épaule. Le plateau en équilibre sur sa main droite. Il est concentré — il regarde les tables, repère où il doit aller. Il fait trois pas sur la terrasse. Et il relève la tête.
Il me voit.
Je le vois à la façon dont il se fige. Le plateau ne bouge plus, sa main droite se tend, les doigts blanchissent sur le bord. Son corps entier s'immobilise — les pieds collés au sol, les épaules bloquées. Ses yeux s'arrêtent sur moi et il me détaille. Son regard descend de mon visage — mes lèvres rouges — à mon cou, à mon décolleté, la ligne de mes seins dans la robe noire, le tissu moulé sur mon ventre, mes cuisses croisées, la robe. Il remonte. Mes seins. Ma bouche. Mes yeux. Son visage change : le sang monte sous la peau, depuis le cou, jusqu'aux pommettes, jusqu'au front. Rouge. Et il détourne le regard, d'un coup, comme s'il s'était brûlé la rétine, et il repart vers une table, le plateau tremblant à peine entre ses doigts.
Je sens la chaleur entre mes cuisses. Mon string est déjà humide — la dentelle se plaque contre ma vulve, et la moiteur s'épaissit. Ma bouche, elle, salive. Ma langue effleure mes lèvres rouges, le goût du pigment, et j'avale.
Je l'observe travailler. Il fait les allers-retours entre l'intérieur et la terrasse, le plateau, les verres, les cafés. Et à chaque passage, à chaque fois qu'il sort sur la terrasse, ses yeux me cherchent. À la dérobée. Jamais franchement. Un regard de biais, vite détourné. Un coup d'œil par-dessus l'épaule en rentrant. Il pose un café devant le joueur d'échecs et sa pupille glisse vers moi, vers mes lèvres, puis se fixe sur la tasse. Il essuie le comptoir et il se penche pour voir à travers la vitre si je suis toujours là. Je suis toujours là. Je ne bouge pas. Mes yeux bleus le suivent à chaque passage, et quand il me surprend à le regarder, il accélère le pas, ses oreilles rouges.
Il a du mal à se concentrer. Il renverse un peu de pastis sur le comptoir, essuie avec le chiffon, le chiffon tombe, il le ramasse. Il se prend les pieds dans une chaise. Il renverse une tasse vide qui roule sur le plateau et il la rattrape de justesse. Et à chaque fois, le même regard furtif vers ma table. Vers ma bouche. Vers mes lèvres rouges. Je ne me gêne pas pour focaliser toute mon attention sur lui. Je m'appuie sur la table, mes seins offerts dans le décolleté, et quand il me regarde je soutiens son regard, mes yeux de chat liquides plantés dans les siens, jusqu'à ce qu'il cède.
Vingt et une heures. La terrasse se vide. Les joueurs d'échecs plient leur partie, le couple muet règle l'addition. Antoine verrouille la porte vitrée de l'intérieur, baisse le store. Le café se prépare à fermer. Je reste à ma table, immobile, ma bouche rouge, mes cuisses croisées, mon string trempé.
Vingt et une heures dix. La porte vitrée s'ouvre. Antoine est là. Il s'est changé — un t-shirt gris, un jean foncé, des baskets. Les cheveux légèrement humides, comme s'il s'était passé de l'eau sur le visage. Il est un peu emprunté, les mains dans les poches, les épaules légèrement remontées. Il marche vers ma table, ses baskets grincent sur le carrelage. Il s'approche. Je ne me lève pas.
Il se penche pour la bise. Sa joue touche la mienne — tiède, légèrement humide encore, et je sens l'odeur de café noir sur sa peau, mêlée à la transpiration du service. Sa bouche effleure mon oreille, son souffle. Je le laisse faire. Il s'écarte, se rassied en face de moi, et ses yeux — il ne sait pas où les mettre. Ils tombent sur mes lèvres, s'y arrêtent une demi-seconde, puis s'enfuient vers le sol.
Je me lève et le studio bascule — le parquet grince, la lumière orange du soir a glissé le long du mur et ne touche plus que le coin de mon miroir posé contre la commode. Je me déshabille sans cérémonie. Le t-shirt par-dessus la tête, le jean poussé jusqu'aux chevilles, le slip — je le tire d'un coup et la bande de coton est si mouillée qu'elle se détache de ma vulve avec un bruit suintant, un petit floc qui résonne dans le silence du studio. Je le jette dans le panier à linge sans le regarder.
La salle de bain est un cagibi avec un rideau de douche à motifs de bambou jaunis. Je tourne le robinet, l'eau met trente secondes à chauffer — je connais le rythme de cette tuyauterie, je l'ai appris à mes dépens l'hiver dernier. Je m'engage sous le jet. L'eau coule sur mes cheveux blonds, les plaque sur mes épaules, coule dans mon dos le long de la colonne, s'engouffre entre mes fesses et ruisselle jusqu'aux chevilles. Je prends le gel, je me savonne — les mains passent sur mes seins, les palpent, les soupèsent, et sous la mousse ils sont ronds et pleins sous mes doigts, la peau fine, les mamelons qui durcissent au contact de l'eau fraîche qui s'insinue sous la mousse. Je me lave le ventre, je descends plus bas — mes doigts glissent entre mes cuisses, sur mes grandes lèvres gonflées, et je m'arrête. Pas maintenant. Je ne me touche pas. Je me rince.
Je sors de la douche, m'essuie. Le miroir est embué et je l'essuie avec la paume. Le reflet apparaît : mes cheveux dorés mouillés, plaqués contre le crâne, gouttant sur les clavicules. Mes yeux bleus, ces yeux de chat liquides. Mes lèvres — pleines, rosées, l'arc de Cupidon dessiné comme au pinceau. Mon cou, mes épaules étroites, ma poitrine généreuse qui retombe juste ce qu'il faut, ferme, les aréoles rosées hérissées par l'air frais. Mon ventre plat, mes hanches qui s'évasent, mes fesses — je me tourne, je regarde par-dessus mon épaule — charnues, fermes, deux globes pleins qui débordent à peine. Mes cuisses, leurs courbes. Je me regarde et je me trouve bandante. Ce n'est pas une pensée que j'ai l'habitude de formuler. Ce soir, elle est là, brute, dans le reflet.
Je sors du cagibi. Le studio est tiède, la fenêtre entrouverte laisse entrer l'odeur des tilleuls de la rue des Lilas. J'ouvre le tiroir de la commode. En bas, sous les t-shirts amples, les sweats, les pantalons larges que je porte d'habitude pour me fondre — je les écarte. Je cherche autre chose. Mes doigts trouvent le tissu : un string noir, fin, la bande arrière un liseré, le devant un triangle de dentelle. Je l'enfile, il épouse ma vulve, la dentelle plaque contre mes grandes lèvres et le string remonte entre mes fesses, les séparant. Le soutien-gorge assorti : noir, dentelle, à demi-transparent, il soutient mes seins sans les couvrir entièrement, les mamelons visibles à travers le motif. Je le clipse, ajuste les bretelles. Je me regarde. La dentelle noire sur ma peau claire. Mes seins ronds maintenus mais offerts. Mon ventre plat. Le string qui disparaît entre mes hanches. Bandante. Le mot me revient.
Ce soir, j'ai décidé de dévoiler mes formes. Ce soir, je veux qu'Antoine ne regarde que moi. Que ses yeux s'accrochent à moi comme à un mur qu'il ne peut pas escalader. Que sa gorge se noue. Qu'il soit intimidé. Je tends la main vers le placard, vers le cintre où elle pend depuis des mois — la petite robe noire d'été. Celle que Léa, Sarah et Camille m'ont offerte pour mon dernier anniversaire, emballée dans du papier glacé avec un ruban, et que j'ai portée une fois pour essayer devant mon miroir puis jamais sortie. Je l'ai trouvée trop courte, trop moulante, trop visible. Ce soir, je la sors du placard et je l'enfile. Le tissu noir, fin, glisse sur ma peau, s'enroule autour de mes hanches, épouse mes fesses — le fourreau de tissu noir moule chaque courbe, chaque globe de mon cul, et la robe remonte à mi-cuisse. Le décolleté : mes seins écartent les bords du tissu, la robe s'arrête juste au-dessus, et la ligne de ma poitrine est visible, la rondeur offerte. Le tissu plaque sur mon ventre plat et ferme. Je me regarde une dernière fois. Oui, bandante.
Je m'assieds devant le miroir de la commode. Le rouge à lèvres est dans le tiroir, un tube noir, une couleur que j'ai achetée il y a six mois et qui n'a jamais vu la lumière. Je le dévisse, le tourne, la pointe rouge apparaît. Je l'applique sur ma lèvre inférieure d'abord — le pigment se dépose, gras, opaque, rouge sang sur la chair rosée. Puis la lèvre supérieure, l'arc de Cupidon que je souligne, accentue. Je presse mes lèvres l'une contre l'autre. Le rouge s'imprime, uniforme. Ma bouche — pleine, ourlée, maintenant rouge vif — est la première chose qu'on voit. La première chose qu'Antoine verra. C'est exactement ce que je veux.
Vingt heures. Je prends la petite veste noire — fine, courte, à peine plus longue que mes omoplates — et je la mets sur mes épaules. Elle ne se ferme pas. Mes seins écartent les bords, la robe moulée apparaît dans l'entrebâillement, le tissu noir sur mon ventre, la ligne de mon décolleté. Je prends mon téléphone, mon portefeuille, mes clés. Je ferme la porte du studio derrière moi.
La rue des Lilas est tiède. Les tilleuls embaument, leurs pétales jonchent le trottoir, collés aux pavés. Je marche. Mes pas résonnent — je porte des sandales noires, basses, et mes pieds sont nus dedans, mes orteils vernis de rouge. Le même rouge que mes lèvres. Je n'y avais pas pensé et c'est un hasard qui me plaît.
Les quinze minutes de marche jusqu'au bar d'Antoine — je les sens. Chaque mètre. Les regards tombent sur moi comme des gouttes. Un homme sur un trottoir, la cinquantaine, costume clair, me voit arriver et ses yeux descendent de mon visage à mes seins, à la robe moulée sur mon ventre, à mes cuisses. Il détourne le regard trop tard, je le vois. Une femme, trente ans, poussette, me croise et lève les sourcils. Un groupe de mecs sur un banc, bière à la main, l'un d'eux siffle entre ses dents, un autre lui donne un coup de coude. Mon cul moulé dans le fourreau de tissu noir, mes seins écartant les bords de ma veste laissant apparaître la robe plaquée sur mon ventre plat. Je me révèle au monde. Cela me fait un effet étrange. L'appréhension tord quelque chose dans mon estomac, un vertige, comme le premier jour où on retire un masque — mais la satisfaction, elle, est là, liquide, chaude, qui coule dans mes veines. Mes lèvres rouges. Mes formes. Mon corps. Je marche dans Paris et je ne me cache plus.
Vingt heures quinze. La terrasse du café de la place est à moitié vide — quelques tables occupées, deux vieux qui jouent aux échecs, un couple qui ne se parle plus. Les tilleuls bruissent dans le vent. L'odeur de café noir mêlé aux pétales de tilleul me prend au nez. Les chaises grincent sur le carrelage. Je choisis une table — la deuxième en partant de la gauche, contre la rambarde, face à la porte vitrée. De là, je vois l'intérieur : le comptoir, la caisse, l'étagère de tasses, et Antoine, de profil, en train de remplir un plateau de boissons. Il ne m'a pas vue.
Je m'installe. La chaise grince sous mon poids. Je croise les jambes, la robe remonte sur mes cuisses. Je pose les coudes sur la table en formica, mon menton sur mes mains jointes, et je regarde par la vitre. Antoine remplit les verres — un pastis, un diabolo menthe, deux cafés. Ses mains bougent avec assurance, le geste du professionnel qui ne réfléchit plus. Ses avant-bras roulent sous la peau, les veines saillantes. Il attrape les tasses, les pose sur le plateau, ajuste les sous-tasses. Il prend le plateau, le lève, se dirige vers la porte vitrée.
Il pousse la porte avec l'épaule. Le plateau en équilibre sur sa main droite. Il est concentré — il regarde les tables, repère où il doit aller. Il fait trois pas sur la terrasse. Et il relève la tête.
Il me voit.
Je le vois à la façon dont il se fige. Le plateau ne bouge plus, sa main droite se tend, les doigts blanchissent sur le bord. Son corps entier s'immobilise — les pieds collés au sol, les épaules bloquées. Ses yeux s'arrêtent sur moi et il me détaille. Son regard descend de mon visage — mes lèvres rouges — à mon cou, à mon décolleté, la ligne de mes seins dans la robe noire, le tissu moulé sur mon ventre, mes cuisses croisées, la robe. Il remonte. Mes seins. Ma bouche. Mes yeux. Son visage change : le sang monte sous la peau, depuis le cou, jusqu'aux pommettes, jusqu'au front. Rouge. Et il détourne le regard, d'un coup, comme s'il s'était brûlé la rétine, et il repart vers une table, le plateau tremblant à peine entre ses doigts.
Je sens la chaleur entre mes cuisses. Mon string est déjà humide — la dentelle se plaque contre ma vulve, et la moiteur s'épaissit. Ma bouche, elle, salive. Ma langue effleure mes lèvres rouges, le goût du pigment, et j'avale.
Je l'observe travailler. Il fait les allers-retours entre l'intérieur et la terrasse, le plateau, les verres, les cafés. Et à chaque passage, à chaque fois qu'il sort sur la terrasse, ses yeux me cherchent. À la dérobée. Jamais franchement. Un regard de biais, vite détourné. Un coup d'œil par-dessus l'épaule en rentrant. Il pose un café devant le joueur d'échecs et sa pupille glisse vers moi, vers mes lèvres, puis se fixe sur la tasse. Il essuie le comptoir et il se penche pour voir à travers la vitre si je suis toujours là. Je suis toujours là. Je ne bouge pas. Mes yeux bleus le suivent à chaque passage, et quand il me surprend à le regarder, il accélère le pas, ses oreilles rouges.
Il a du mal à se concentrer. Il renverse un peu de pastis sur le comptoir, essuie avec le chiffon, le chiffon tombe, il le ramasse. Il se prend les pieds dans une chaise. Il renverse une tasse vide qui roule sur le plateau et il la rattrape de justesse. Et à chaque fois, le même regard furtif vers ma table. Vers ma bouche. Vers mes lèvres rouges. Je ne me gêne pas pour focaliser toute mon attention sur lui. Je m'appuie sur la table, mes seins offerts dans le décolleté, et quand il me regarde je soutiens son regard, mes yeux de chat liquides plantés dans les siens, jusqu'à ce qu'il cède.
Vingt et une heures. La terrasse se vide. Les joueurs d'échecs plient leur partie, le couple muet règle l'addition. Antoine verrouille la porte vitrée de l'intérieur, baisse le store. Le café se prépare à fermer. Je reste à ma table, immobile, ma bouche rouge, mes cuisses croisées, mon string trempé.
Vingt et une heures dix. La porte vitrée s'ouvre. Antoine est là. Il s'est changé — un t-shirt gris, un jean foncé, des baskets. Les cheveux légèrement humides, comme s'il s'était passé de l'eau sur le visage. Il est un peu emprunté, les mains dans les poches, les épaules légèrement remontées. Il marche vers ma table, ses baskets grincent sur le carrelage. Il s'approche. Je ne me lève pas.
Il se penche pour la bise. Sa joue touche la mienne — tiède, légèrement humide encore, et je sens l'odeur de café noir sur sa peau, mêlée à la transpiration du service. Sa bouche effleure mon oreille, son souffle. Je le laisse faire. Il s'écarte, se rassied en face de moi, et ses yeux — il ne sait pas où les mettre. Ils tombent sur mes lèvres, s'y arrêtent une demi-seconde, puis s'enfuient vers le sol.
— Tu es… t'es superbe, Laura.
Sa voix est rauque, un peu étranglée. Il ne me regarde pas quand il le dit.
— Merci, dis-je.
Et je le laisse mariner une seconde, deux, avant d'ajouter :
— Je me suis faite belle pour toi.
Son regard remonte d'un coup. Il me fixe, les yeux un peu trop ouverts, la pupille dilatée. Le sang remonte sur son visage, le cou, les joues, les oreilles. Rouge vif. Et entre mes cuisses, la chaleur pulse — ma chatte se contracte dans le string trempé, un filet de cyprine coule sur la dentelle, et je sens mes lèvres gonfler sous le tissu. Ça me fait mouiller. Son rouge. Sa gêne. Le fait qu'il ne sache pas quoi faire de moi.
— Pour… pour moi ? répète-t-il, et sa voix casse sur le dernier mot.
— Pour toi.
Il déglutit. Sa main droite sort de sa poche, frotte sa nuque, rentre. Je le laisse respirer. Je pose mes coudes sur la table, mon menton sur mes mains, et je le regarde. Mes yeux bleus dans les siens. Mes lèvres rouges, pleines, ourlées, l'arc de Cupidon dessiné. Je vois où ses yeux tombent. Encore. Sur ma bouche. Mes lèvres rouges. Il ne peut pas s'en empêcher — son regard revient, encore, comme un aimant, s'y fixe une seconde, deux, puis se détourne quand il me surprend à le regarder.
Je joue. Ma langue sort, effleure ma lèvre inférieure — lentement, la pointe rouge, humide, traçant le bord de ma lèvre de gauche à droite. Puis elle rentre. Mes lèvres se pressent l'une contre l'autre, le rouge s'étale un peu, et je les entrouvre. Mes dents blanches apparaissent, mordent la lèvre inférieure, la relâchent. La lèvre rebondit, pleine, humide. Ses yeux sont rivés dessus. Il ne cligne pas. Je prends ma paille — qui vient du coca zéro que j'ai consommé — et je la porte à mes lèvres. Mes lèvres se referment sur la paille, la sucent, et le mouvement de mes joues creusées, de ma bouche qui aspire, ne laisse aucune place à l'ambiguïté. Je lâche la paille. Mes lèvres sont luisantes. Sa main, sous la table, serre son genou.
Je joue. Ma langue sort, effleure ma lèvre inférieure — lentement, la pointe rouge, humide, traçant le bord de ma lèvre de gauche à droite. Puis elle rentre. Mes lèvres se pressent l'une contre l'autre, le rouge s'étale un peu, et je les entrouvre. Mes dents blanches apparaissent, mordent la lèvre inférieure, la relâchent. La lèvre rebondit, pleine, humide. Ses yeux sont rivés dessus. Il ne cligne pas. Je prends ma paille — qui vient du coca zéro que j'ai consommé — et je la porte à mes lèvres. Mes lèvres se referment sur la paille, la sucent, et le mouvement de mes joues creusées, de ma bouche qui aspire, ne laisse aucune place à l'ambiguïté. Je lâche la paille. Mes lèvres sont luisantes. Sa main, sous la table, serre son genou.
— Tu m'as dit que tu étais différente, dit-il, et sa voix est plus basse maintenant, presque un murmure. Sur les messages. Tu as dit que tu étais différente. En quoi ?
Sa curiosité est aiguisée — je le vois à la façon dont il se penche en avant, les coudes sur la table, les yeux dans les miens. Il veut savoir. Il a peur de savoir. Il veut savoir.
Je laisse un silence. Mes doigts jouent avec le bord de mon verre, la condensation sous mes doigts. Je le regarde.
Je laisse un silence. Mes doigts jouent avec le bord de mon verre, la condensation sous mes doigts. Je le regarde.
— Je suis différente parce que je me sens différente, dis-je.
Ma voix est calme, posée. Pas de drame. Les faits.
— Pendant très longtemps, je me suis cachée. Mon corps d'abord. Des vêtements amples, des trucs deux fois trop grands. Je me cachais dedans. Je me cachais de mes formes, de mes seins, de mon cul. Comme si c'était une chose honteuse.
Ses yeux glissent sur mon décolleté, sur la robe moulée, puis reviennent à mes lèvres. Je continue.
— Mais ce n'était pas que mon corps. Mes désirs. Mes envies. Ma sexualité.
Le mot tombe entre nous comme une pierre dans l'eau. Ses sourcils se froncent. Je sens sa respiration changer — plus lente, plus profonde. Je le laisse digérer le mot. Ma langue effleure ma lèvre supérieure. Ses yeux suivent.
— Ma sexualité, recommencé-je, ne se résume pas à ce que les gens croient. Ce que les filles sont censées aimer. Ce que les mecs croient qu'elles veulent.
Je m'interromps. Ma main pose la paille. Mes doigts s'enlacent sur la table formica.
— Ce qui me fait mouiller, Antoine, ce n'est pas ce qu'on pense.
Il déglutit. Son souffle est audible. Je vois sa pomme d'Adam monter et descendre.
— Ce n'est pas la pénétration. La pénétration vaginale, ça ne me fait rien. Un vide. Un trou béant dans ma tête où il devrait y avoir du plaisir. On me foutrait une bite, un doigt, un godemiché, ça ne change rien. C'est mécanique. C'est vide.
Sa bouche est légèrement entrouverte. Ses yeux ne me quittent plus. Plus de regard furtif — il me fixe, captif.
— Ce qui me fait mouiller, ce qui me fait saliver, ce qui me fait jouir, c'est ma bouche.
Mes lèvres rouges. Mes dents qui mordent la lèvre inférieure. Ses pupilles se dilatent.
— Ma bouche sur une bite. Ma langue. Ma gorge. Le goût, la texture, la chaleur. Le fait de prendre quelqu'un dans ma bouche et de le faire jouir avec mes lèvres, ma langue, ma succion. La fellation, Antoine. C'est ça, ma sexualité. C'est ça qui me fait mouiller. C'est ça que je suis.
Le silence tombe sur la terrasse. Les tilleuls bruissent. Le carrelage résonne d'un lointain écho. Antoine ne bouge pas. Ses mains sont à plat sur la table, les doigts écartés, les phalanges blanches. Sa respiration est courte, saccadée. Son visage a changé de couleur. Le sang est monté, mais ce n'est plus la gêne. C'est autre chose. Ses yeux sont sur ma bouche. Mes lèvres rouges, pleines, humides. Et il ne détourne pas le regard.
Je sens la chaleur exploser entre mes cuisses. Mon string est détrempé — la dentelle noire plaquée contre ma vulve, mes grandes lèvres gonflées, et la cyprine coule, lente, visqueuse, sur le tissu. Ma chatte bat dans le string, les parois se contractent sur le vide, et le désir monte comme une vague. Ma bouche, elle, salive. Ma langue baigne dans la salive, mes glandes salivaires pompent, et je sens le liquide s'accumuler derrière mes dents, sous ma langue. J'avale. Ça ne suffit pas.
Antoine ne dit rien. Je ne comble pas le silence. Mes lèvres rouges, entrouvertes, luisantes. Mes yeux de chat dans les siens.
Et puis il parle. Sa voix est rauque, étranglée, presque inaudible.
Je sens la chaleur exploser entre mes cuisses. Mon string est détrempé — la dentelle noire plaquée contre ma vulve, mes grandes lèvres gonflées, et la cyprine coule, lente, visqueuse, sur le tissu. Ma chatte bat dans le string, les parois se contractent sur le vide, et le désir monte comme une vague. Ma bouche, elle, salive. Ma langue baigne dans la salive, mes glandes salivaires pompent, et je sens le liquide s'accumuler derrière mes dents, sous ma langue. J'avale. Ça ne suffit pas.
Antoine ne dit rien. Je ne comble pas le silence. Mes lèvres rouges, entrouvertes, luisantes. Mes yeux de chat dans les siens.
Et puis il parle. Sa voix est rauque, étranglée, presque inaudible.
— Moi aussi, dit-il. Moi aussi je me sens différent.
Je ne bouge pas. Je le laisse parler. Ses doigts grattent le formica, nerveux.
— Je ne sais pas draguer. Quand il y a une fille qui me fait envie, je… je ne sais pas comment m'y prendre. Je vois les autres mecs, mes potes, ceux qui sont… plus beaux que moi. Qui attirent toutes les filles. En boîte, au bar, partout. Ils ont juste à se pencher, à sourire, et les filles tombent. Moi je reste en retrait. Je bois ma bière. Je regarde. Je ne me vois pas me frotter à des filles en boîte, les mains sur leurs hanches, la bouche sur leur cou. Je ne sais pas faire ça. Quand une fille se montre intéressée — ça n'arrive presque jamais — mais quand ça arrive, je… j'ai plutôt tendance à m'enfuir.
Il rit, un rire sec, nerveux, qui n'a aucune joie. Sa main frotte sa nuque. Ses yeux sont sur le carrelage.
— C'est con, hein ? dit-il. Une fille me fait signe, je prends la fuite. Comme un con.
Je le regarde. Ce garçon au visage banal, aux avant-bras de serveur, aux mains qui tremblent sur le formica. Ce garçon qui ne se voit pas beau, qui ne sait pas sourire pour tomber les filles, qui fuit quand on le désire. Ce garçon que j'ai observé pendant un long moment, que j'ai vu rougir quand mon regard s'attardait sur sa bouche, que j'ai vu se figer quand je suis apparue en robe noire et lèvres rouges.
Je me penche en avant. Mes coudes sur la table, mon visage près du sien. Mes lèvres rouges à trente centimètres de sa bouche. Ses yeux remontent — du sol à mes seins, de mes seins à mon cou, de mon cou à mes lèvres. Mes lèvres rouges. Ma bouche entrouverte. Ma langue qui effleure la lèvre inférieure.
Je me penche en avant. Mes coudes sur la table, mon visage près du sien. Mes lèvres rouges à trente centimètres de sa bouche. Ses yeux remontent — du sol à mes seins, de mes seins à mon cou, de mon cou à mes lèvres. Mes lèvres rouges. Ma bouche entrouverte. Ma langue qui effleure la lèvre inférieure.
— Antoine, dis-je, et ma voix est basse, rauque, la salive au bord de mes dents. Avec moi, tu ne fuiras pas.
Ses pupilles se dilatent. Sa main, sous la table, serre son genou. Sa respiration s'accélère. Ses yeux sont rivés sur ma bouche — mes lèvres rouges, pleines, ourlées, l'arc de Cupidon dessiné comme au pinceau, la salive qui brille au coin de mes lèvres. Ma bouche qui a faim. Ma bouche qui sait ce qu'elle sait faire. Et il ne fuit pas.
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