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Couverture de Histoire 2 "La rentrée", par Marc57000
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Fantasme
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Histoire 2 "La rentrée" — Chapitre 6 · Catherine

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Marc57000
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Ce chapitre repose presque entièrement sur deux femmes assises dans un salon, et pourtant on n'en perd pas une miette. Ce qui accroche, c'est le rythme — cette façon de distiller l'information au compte-gouttes, de faire monter la tension par de simples silences et des verres reposés sur la table. On sent que chaque mot pèse, que chaque silence cache quelque chose, et que ni l'une ni l'autre ne sait vraiment où cette nuit va les mener.

Histoire 2 "La rentrée"

Chapitre 6 · Catherine

Il est vingt et une heures.
Je suis chez moi. Je viens de dîner — enfin, j'ai avalé quelque chose, je ne sais même plus quoi. Je suis assise sur le canapé. Un verre de vin à la main. La télévision éteinte. Le silence. Je pense à Hugo. Je pense à ce couloir. Je pense à cette phrase — « un jour, vous finirez par me parler. »
On sonne.
Je sursaute. Je regarde l'heure. Vingt et une heures. Personne ne vient chez moi à vingt et une heures. Sauf Marc — mais Marc ne vient pas ce soir. Je me lève. Je pose mon verre. Je vais à la porte. Je regarde par le judas.
Catherine.
Je reste une seconde immobile. Catherine. Ma collègue. La prof d'anglais. La femme du maire — ou plutôt, l'ancienne femme du maire. La femme qui, il y a six mois, a posé son doigt sur moi devant tout le monde. La femme qui, aujourd'hui, corrige des copies dans la salle des profs et me sourit comme si de rien n'était. La femme qui ne parle jamais de la soirée. Jamais.
J'ouvre.
Elle est là. En larmes.
— Catherine ?
— Je peux entrer ?
— Oui. Oui, bien sûr.
Elle entre. Elle tremble. Elle porte un manteau sombre, mal boutonné, et un sac qu'elle serre contre elle comme si sa vie en dépendait. Elle traverse le salon. Elle s'arrête au milieu. Elle regarde autour d'elle. Elle ne sait plus où elle est. Elle ne sait plus ce qu'elle fait là.
— Assieds-toi, dis-je.
Elle s'assoit. Sur le canapé. Au bord. Les mains sur les genoux. Les yeux rouges. Le visage défait. Catherine — la Catherine que je connais, la Catherine bien mise, bien élevée, bien coiffée, la Catherine qui sourit dans les couloirs — Catherine est en morceaux.
— Tu veux boire quelque chose ?
— Non. Enfin, si. Un verre. Ce que tu as.
Je vais à la cuisine. Je sors une bouteille de vin. Je sers un verre. Je le lui apporte. Elle le prend. Elle boit une gorgée. Elle repose le verre. Elle regarde ses mains. Elle ne dit rien.
Je m'assois en face d'elle. J'attends.
Elle finit par parler.
— Hugo a vu les vidéos.
Un silence.
— Il a vu les vidéos, répète-t-elle. Toutes les vidéos. Celles de la soirée. Celles de son père. Il a tout vu. Il a vu tout le monde. Il a vu… il a vu moi.
Sa voix se casse.
— Il m'a vue. Nue. À genoux. Devant tout le monde. Il m'a vue avec Sophie. Il m'a vue avec les autres. Il m'a vue faire… tout ce que j'ai fait. Tout.
Elle lève les yeux vers moi. Ses yeux sont noirs. Vides. Perdus.
— Tu le savais ?
Je ne réponds pas tout de suite.
— Je sais qu'il a vu les vidéos, dis-je. Je sais qu'il en a parlé. Je ne savais pas… je ne savais pas qu'il t'avait vue, toi.
— Il m'a vue. Il m'a vue à genoux près de Sophie. Il m'a vue tendre mon doigt. Il m'a vue le poser. Il m'a vue…
Elle s'arrête. Elle ferme les yeux. Elle respire.
— Il m'a vue t'enfoncer mon doigt. Dans le cul. Pendant que tout le monde regardait.
Un silence. Long. Lourd.
Et malgré moi, malgré elle, malgré tout — ça remonte.
La soirée. La salle des fêtes. La lumière jaune des bougies. Le parquet qui craque. Le silence. Moi à quatre pattes. Le cul ouvert. Le plug retiré. La table basse. Le moment où Catherine s'est accroupie près de moi. Le moment où elle a regardé. Le moment où elle a hésité. Le moment où elle a tendu l'index. Le moment où elle l'a posé sur ma peau. Le moment où elle a appuyé. Le moment où elle a attendu — qui attendait que quelqu'un décide pour elle.
Et puis. Le moment où elle a poussé. Le bout de son doigt qui entre. Lentement. Précautionneusement. La pression. La chaleur. L'intrusion. Le doigt qui n'était pas le plug. Le doigt qui était vivant. Le doigt de Catherine. Le doigt de ma collègue. Le doigt de la femme du maire. Le doigt qui me touchait là où personne ne m'avait touchée. Le doigt qui entrait, qui sortait, qui revenait. Le doigt qui me faisait gémir. Le doigt qui me faisait crier. Le doigt qui me faisait jouir — peut-être. Peut-être pas. Je ne sais plus. Tout se mélange. Tout se confond. Tout remonte.
Je rouvre les yeux.
Catherine est là. Devant moi. En larmes. Dans mon salon. Avec son manteau mal boutonné et son sac serré contre elle. Catherine, qui a fait ça ce soir-là. Catherine, qui a enfoncé son doigt en moi. Catherine, qui ne parle jamais de la soirée. Catherine, qui vient de tout dire.
— Il ne m'a rien dit, dit-elle. Il ne m'a rien demandé. Il ne m'a pas fait de reproches. Il fait comme si de rien n'était. Il me parle. Il me sourit. Il me demande comment va ma journée. Il est gentil. Il est normal. Et c'est ça qui est pire. C'est ça qui me tue. Parce que je sais qu'il sait. Je le vois dans ses yeux. Quand il me regarde, je le vois. Il me regarde comme on regarde une chose qu'on a vue et qu'on ne pourra plus jamais oublier.
Elle boit une gorgée. Elle repose le verre. Elle tremble.
— Je n'ai rien dit à son père. Je ne peux pas. Je ne peux pas lui dire que son fils m'a vue. Je ne peux pas lui dire que notre fils a vu sa mère à genoux devant des inconnus. Je ne peux pas.
Elle me regarde.
— Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas à qui parler. Je n'ai personne. Sophie est la seule qui sait. Et Sophie… Sophie est encore plus perdue que moi. Alors je suis venue. Je suis venue parce que tu es la seule qui peut comprendre. Parce que tu étais là. Parce que tu as tout organisé. Parce que tu sais ce que c'est.
Elle s'arrête. Elle attend.
Je la regarde. Longuement. Je pense à tout ce qu'elle vient de dire. Je pense à Hugo. Je pense à la photo du plug. Je pense à la permanence. Je pense à cette phrase — « Vous avez honte parce que j'ai vu. »
— Tu n'as pas honte de ce que tu as fait, dis-je.
Elle me regarde. Étonnée. Presque blessée.
— Quoi ?
— Tu n'as pas honte de ce que tu as fait. Tu as honte d'avoir été vue. C'est différent.
Un silence. Elle me regarde comme si je venais de la gifler. Puis elle baisse les yeux. Elle hoche la tête. Lentement. À peine.
— Oui, dit-elle. C'est ça.
Elle boit une gorgée. Elle repose le verre.
— Et toi ? demande-t-elle. Tu as honte ?
Je ne réponds pas tout de suite. Je regarde mon verre. Je regarde le vin. Je regarde la lumière. Je pense à Hugo. À la permanence. À cette phrase — « Je vous ai vue. Nue. À genoux. Sur le parquet. » Je pense à la honte qui est montée d'un coup, dans mon bureau, quand il a dit ça. Je pense à cette honte que j'avais oubliée, que j'avais rangée, qui m'est revenue, intacte.
Et malgré moi, ça remonte encore.
Moi. La salle des fêtes. Ma guêpière. Mes talons aiguilles. Le plug. La table basse. Le moment où je l'ai retiré. Le moment où je l'ai posé. Le moment où tout le monde a vu. Le moment où Catherine a tendu son doigt. Le moment où elle l'a posé. Le moment où elle l'a enfoncé. Le moment où j'ai senti quelque chose entrer en moi — quelque chose qui n'était pas le plug, quelque chose de vivant, quelque chose de chaud, quelque chose qui venait d'une autre femme. Le moment où j'ai gémi. Le moment où j'ai crié. Le moment où tout le monde a entendu. Le moment où j'ai compris que c'était bon. C'était tellement bon. C'était tellement bon que je ne voulais plus m'arrêter.
Je rouvre les yeux.
— Oui, dis-je. J'ai honte.
Elle hoche la tête. Elle ne dit rien.
— Mais pas de ce que j'ai fait. De ce qu'on a vu.
— Oui.
Un silence.
— Il t'a parlé ? demande-t-elle.
— Oui.
— Il t'a dit quoi ?
Je ne réponds pas tout de suite. Je pense à la permanence. À ce qu'il a dit. À ce qu'il n'a pas dit. À cette phrase — « un jour, vous finirez par me parler. »
— Il m'a dit qu'il savait. Il m'a dit qu'il avait vu. Il m'a dit qu'il ne le dirait à personne. Il m'a dit qu'il attendrait.
— Qu'il attendrait quoi ?
— Que je lui parle.
Elle me regarde. Longuement. Elle comprend. Elle comprend tout. Elle comprend qu'il y a quelque chose entre son fils et moi — quelque chose qui n'est pas encore arrivé, mais qui arrive. Quelque chose qui va arriver.
— Il t'a fait du chantage ?
— Non.
— Il t'a menacée ?
— Non.
— Il t'a demandé quelque chose ?
— Non.
— Alors qu'est-ce qu'il veut ?
Je pose mon verre. Je ferme les yeux. Je respire.
— Je ne sais pas.
Un silence.
— Il est comme son père, dit Catherine. Il ne demande rien. Il attend. Il regarde. Il prend son temps. Et à la fin, il obtient ce qu'il veut. Toujours. Comme son père.
Elle se lève.
Lentement. Elle ramasse son sac. Elle rajuste son manteau. Elle me regarde. Elle a les yeux rouges, le visage défait, mais quelque chose s'est redressé en elle. Quelque chose s'est remis en place. Elle n'est plus en morceaux. Elle est debout.
— Merci, dit-elle.
— De quoi ?
— De m'avoir écoutée. De ne pas avoir fait semblant. De ne pas m'avoir dit que tout allait bien se passer.
— Je ne sais pas si tout va bien se passer.
— Moi non plus.
Elle se dirige vers la porte. Elle l'ouvre. Elle s'arrête sur le seuil. Elle se retourne.
— Valérie ?
— Oui ?
— Fais attention à lui.
— À qui ?
— À Hugo.
Un silence.
— Pourquoi ?
— Parce qu'il est jeune. Parce qu'il est beau. Parce qu'il sait ce qu'il veut. Et parce qu'il a vu des choses qu'aucun enfant ne devrait voir. Il n'est pas dangereux. Pas comme on croit. Mais il est perdu. Et quand on est perdu, on prend des gens avec soi.
Elle sort. Elle ferme la porte derrière elle.
Je reste seule.
Je reste là, assise sur le canapé, devant mon verre à moitié vide. Je pense à Catherine. À ses larmes. À ses mots. À cette phrase — « quand on est perdu, on prend des gens avec soi. »
Je pense à Hugo. À ses yeux. À son sourire. À cette phrase — « un jour, vous finirez par me parler. »
Je pense à moi. À ma honte. À mon attente. À ce doigt. Ce doigt que Catherine a enfoncé en moi. Ce doigt que je n'ai jamais oublié.
Et je me dis une chose — une seule. Une chose que je sais déjà vraie.
Catherine est venue me voir pour que je l'aide. Mais c'est moi qui vais avoir besoin d'aide. Parce que Hugo ne s'arrêtera pas. Parce qu'il attend. Et parce que, quelque part, moi aussi j'attends.
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Chapitre 7 · Sophie
Après la visite bouleversante de Catherine, Nathalie prend son téléphone et compose un numéro qu'elle n'a pas composé depuis six mois : celui de Sophie. La prof d'anglais à la queue de cheval, sage et bien mise en cours, celle qu'on croiserait dans n'importe quel couloir de fac. Les deux femmes se retrouvent dans un appartement du centre-ville, tard le soir, avec une tasse de thé à moitié bue et six mois de silence à défaire. Ce qui les a rapprochées, ce qui les a séparées — rien de tout cela n'a encore été dit.
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