Ne rentre pas trop tard
Chapitre unique
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Couverture de Ne rentre pas trop tard, par EntreDeux
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Ne rentre pas trop tard — Chapitre unique

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EntreDeux
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Ce qui frappe d'emblée, c'est la précision avec laquelle Marc se raconte des histoires — et la façon dont le texte le laisse faire, sans jamais intervenir. La robe d'Hélène est décrite avec une acuité presque maniaque, vue à travers les yeux d'un homme qui observe sa femme comme si c'était la première fois. On lit deux récits en même temps : celui que Marc construit, et celui qui se tisse entre les lignes — et l'écart entre les deux est le vrai moteur du texte.

Ne rentre pas trop tard

Chapitre unique

I — Ce qu’il croyait réparer
Depuis des mois, Marc dormait seul. Ce matin-là pourtant, il quitta l’appartement avec l’espoir fragile que cette situation pouvait enfin changer. La réception annuelle de l’entreprise n’aurait lieu qu’en début de soirée, mais il avait une journée chargée, plusieurs rendez-vous, puis devait rejoindre l’hôtel assez tôt pour les derniers préparatifs. Hélène, encore dans la cuisine, lui avait simplement confirmé qu’elle viendrait directement. Depuis quelques semaines, c’était presque tout ce qu’il osait espérer d’elle : des phrases simples, sans colère, auxquelles il s’empressait de donner le sens qui l’arrangeait.
Depuis qu’Hélène avait découvert sa liaison, elle avait gardé leur chambre et Marc s’était installé dans la chambre d’amis. Au début, il avait imaginé cette séparation provisoire, une manière de laisser retomber la colère avant de retrouver leur lit. Les semaines avaient passé. Ils avaient deux enfants et près de vingt ans de vie commune derrière eux, continuaient à organiser les repas, les horaires et les obligations familiales, mais la nuit une porte se refermait entre eux. Ils ne se touchaient presque plus.
Il y avait eu des cris, des questions, des nuits sans sommeil et des explications toujours insuffisantes. Puis les disputes s’étaient espacées. Marc avait choisi d’y voir un commencement de pardon. Lorsque Hélène avait finalement accepté de l’accompagner à cette réception, il y avait vu le premier signe concret d’un rapprochement.
Il tenait beaucoup à sa présence. Quelques collègues connaissaient Hélène, d’autres seulement de nom ; certains avaient certainement entendu parler de ses difficultés conjugales. La voir arriver, rester à ses côtés et sourire aux gens qu’il côtoyait chaque jour aurait valeur de réponse sans qu’il soit nécessaire d’expliquer quoi que ce soit.
Toute la journée, il pensa plusieurs fois à elle sans savoir ce qu’elle avait prévu de porter. Il lui avait posé la question deux jours auparavant. Elle avait seulement répondu qu’elle trouverait quelque chose.
II — La robe
Marc était en pleine conversation lorsqu’il remarqua que l’homme en face de lui avait cessé, l’espace d’une seconde, de le regarder. Deux personnes proches de l’entrée s’étaient retournées presque simultanément. Il suivit leur regard et découvrit Hélène au même instant qu’eux.
Il reconnut d’abord sa silhouette, sa démarche, puis la robe, et il lui fallut quelques secondes pour en comprendre réellement la coupe. Longue et sombre, elle possédait de face une simplicité presque sévère. Elle n’avait ni dentelle ni ornement spectaculaire ; l’érotisme venait entièrement de la manière dont l’étoffe avait été coupée autour de son corps.
Le centre de sa poitrine demeurait couvert, mais les côtés s’ouvraient profondément sous ses bras. L’échancrure descendait loin sur chaque flanc, laissant nue une longue bande de peau depuis l’aisselle presque jusqu’à la taille et découvrant, selon l’angle, une part généreuse de la courbe extérieure de ses seins. Aucun soutien-gorge ordinaire n’aurait pu se dissimuler sous une coupe pareille. Lorsqu’Hélène lui faisait face, la robe conservait encore quelque chose de maîtrisé ; lorsqu’elle se tournait de trois quarts pour saluer quelqu’un, le profil de sa poitrine apparaissait beaucoup plus nettement. Un simple mouvement du bras suffisait à modifier ce que l’on voyait.
Le bas de la robe réservait une seconde surprise. La jupe descendait jusqu’au sol, mais une fente latérale remontait très haut sur sa cuisse. Immobile, Hélène pouvait presque la faire oublier. Dès qu’elle avançait, les deux pans s’écartaient au rythme de ses pas, découvrant d’abord le genou, puis la cuisse, puis brièvement beaucoup plus haut avant que l’étoffe retombe. La robe ne montrait donc jamais exactement la même chose deux secondes de suite.
Marc connaissait évidemment le corps de sa femme. Mais il ne l’avait plus vue ainsi depuis longtemps. Ce qui le saisit fut de la redécouvrir en même temps que les hommes qui l’entouraient. Il surprit un regard qui descendait vers la fente, un autre qui s’attardait une fraction de seconde sur l’ouverture d’un flanc. Julien, un collègue qu’Hélène connaissait à peine, demanda à voix basse si c’était bien elle. Marc répondit oui avec une fierté immédiatement mêlée d’un malaise qu’il n’aurait pas su avouer.
Hélène l’embrassa, reçut son compliment avec un sourire et entra naturellement dans les conversations. Elle ne ramenait jamais machinalement la robe contre elle, ne tirait pas sur la jupe après avoir marché et ne cherchait pas à dissimuler l’ouverture de sa robe lorsqu’elle se penchait pour entendre quelqu’un. Ce naturel troubla Marc davantage que si elle avait ostensiblement cherché à provoquer.
Caroline s’arrêta quelques instants auprès d’eux. Elle travaillait avec Marc depuis plusieurs années et possédait avec lui cette familiarité faite de plaisanteries anciennes dont on ne songe plus à expliquer l’origine. Elle regarda Hélène, puis Marc, avec un sourire amusé.
— Tu nous l’avais cachée.
Marc rit. Caroline lui donna familièrement une petite tape sur le bras avant de rejoindre un autre groupe. Hélène suivit son départ du regard, puis demanda seulement :
— Vous vous entendez bien ?
— Oui. On travaille ensemble depuis longtemps.
Hélène hocha la tête et passa à autre chose.
Julien l’invita à danser. Au début, leur distance demeura parfaitement correcte. Puis Hélène se détendit, se rapprocha, et finit par passer les bras autour des épaules de son partenaire. Marc vit alors la coupe latérale changer. Le mouvement soulevait ses épaules et écartait légèrement l’étoffe sur le côté ; depuis l’aisselle, une étendue plus large de peau apparaissait et la courbe extérieure de sa poitrine se découvrait davantage qu’au repos. Lorsqu’elle pivotait, la vision disparaissait presque ; au mouvement suivant, elle revenait.
Plus bas, la fente vivait au rythme de la danse. À certains pas, un pan de la jupe glissait de côté et libérait presque toute une cuisse. Marc se surprit à regarder alternativement le haut et le bas de la robe, puis à observer Julien, comme s’il pouvait deviner à son expression ce que celui-ci voyait de plus près. Julien ne faisait pourtant rien d’inconvenant. C’était précisément ce qui rendait la jalousie de Marc si difficile à justifier.
Quand Hélène revint vers lui, elle savait qu’il avait regardé. Il posa une main sur son flanc et rencontra directement sa peau là où, dans n’importe quelle autre robe, il aurait touché du tissu. Après des mois durant lesquels leurs contacts s’étaient réduits à presque rien, cette peau nue sous sa paume lui donna un vertige inattendu. Hélène ne s’écarta pas. Plus tard, alors qu’ils se trouvaient quelques instants à l’écart des autres, Marc se pencha vers elle. Hélène le laissa approcher et leurs lèvres se rencontrèrent. Pendant une seconde, il crut retrouver un geste ancien, presque familier ; il voulut prolonger le baiser, mais elle recula doucement, sans froideur, avec même un sourire qui l’empêcha d’y voir un refus véritable.
— Pas si vite.
Puis elle retourna vers la réception.
Marc n’avait plus besoin de comprendre exactement ce qu’elle cherchait à faire. Il gardait sur les lèvres la trace de ce baiser trop court et, sous sa paume, le souvenir de son flanc nu. Quelques semaines auparavant, Hélène aurait probablement reculé avant même qu’il la touche. Ce soir, elle l’avait laissé approcher. Cela lui suffisait pour espérer. Il osa imaginer qu’au retour de la réception, la porte de leur chambre ne lui serait peut-être plus fermée.
III — Ne rentre pas trop tard
Un peu avant minuit, Hélène annonça qu’elle allait partir. Marc aurait voulu qu’elle reste, mais il devait encore recevoir plusieurs personnes et ne pouvait raisonnablement abandonner la réception. Julien, qui partait lui aussi, proposa de la raccompagner. Il allait dans la même direction.
Marc sentit sa jalousie revenir aussitôt. Il revit les bras d’Hélène autour des épaules de Julien, le côté de sa poitrine davantage découvert par le mouvement, cette fente qui s’ouvrait parfois jusqu’au haut de sa cuisse. Pourtant, après sa propre infidélité, il ne pouvait décemment transformer un trajet en voiture en affaire conjugale. Il accepta avec un sourire qu’il espéra naturel.
Avant de rejoindre Julien, Hélène entraîna Marc quelques pas à l’écart. Elle l’embrassa, puis glissa quelque chose dans la poche intérieure de sa veste. Marc y porta les doigts et reconnut, avec un bref mouvement de stupeur, son string.
Son premier regard alla vers le visage d’Hélène. Le second descendit malgré lui vers la longue fente de sa robe. Une question s’imposa aussitôt : depuis quand ne le portait-elle plus ? Quelques minutes ? Une heure ? L’avait-elle encore lorsqu’elle dansait avec Julien ?
Hélène suivit son regard et comprit.
— Quoi ? demanda-t-elle avec un sourire.
— Tu l’avais encore quand tu dansais avec lui ?
Elle ne répondit pas. Son sourire s’accentua seulement, puis elle se rapprocha pour l’embrasser une dernière fois.
— Ne rentre pas trop tard.
Elle rejoignit Julien sans lui laisser le temps d’insister.
Marc les regarda partir. Désormais, une certitude s’ajoutait à tout ce qu’il avait imaginé : Hélène montait dans la voiture de son collègue sans sous-vêtement sous cette robe dont la fente remontait si haut. Il ignorait seulement depuis combien de temps elle était ainsi. Pourtant, le string dans sa poche produisait simultanément l’effet inverse. Il ne pouvait interpréter ce geste que comme une invitation. Hélène venait, croyait-il, de lui rouvrir une porte qu’il pensait presque définitivement fermée.
Une vingtaine de minutes plus tard, son téléphone vibra. « Bien rentrée. Bonne fin de soirée. » Marc sourit. Il pensa à leur chambre, à son oreiller qu’il n’avait plus partagé depuis des mois, à Hélène qui l’attendrait peut-être derrière cette porte. Il aurait pu partir immédiatement. Il resta.
Rassuré, grisé par la manière dont ses collègues avaient regardé sa femme et par la promesse qu’il croyait porter dans sa poche, il se laissa entraîner dans la fin de soirée. Caroline, avec laquelle il entretenait depuis longtemps une complicité légèrement équivoque, l’invita à danser. Au début, ses mains restèrent sagement dans son dos ; puis, au fil de la musique, elles descendirent. Il savait parfaitement qu’il n’aurait pas osé les laisser s’attarder ainsi si Hélène avait encore été dans la salle. Caroline ne le repoussa pas.
Une seconde danse suivit. Marc se permit davantage de proximité, sa main se faisant plus baladeuse tandis que Caroline riait contre lui. Il se répétait que cela ne signifiait rien, qu’une danse n’était pas une trahison, et cette manière de déplacer la limite lui était malheureusement familière.
Plus tard, à l’écart du bruit, Caroline lui fit remarquer qu’il avait passé la première moitié de la soirée à surveiller sa femme. Marc répondit quelque chose qu’il oublia aussitôt. Elle se rapprocha et l’embrassa.
Il aurait pu reculer immédiatement. Il ne le fit pas.
Pendant quelques secondes, Marc répondit au baiser. Sa main retrouva la taille de Caroline, puis son dos. Ce fut seulement lorsqu’ils se séparèrent qu’il sentit, contre sa poitrine, la légère épaisseur de ce qu’Hélène avait glissé dans la poche intérieure de sa veste.
Caroline sourit et voulut se rapprocher de nouveau. Marc posa cette fois une main sur son bras pour l’arrêter.
— Non. J’arrête là.
— Ta femme ?
Il toucha machinalement sa poche.
— Oui.
Sur le chemin du retour, Marc réussit presque à transformer ce qui venait de se passer en preuve qu’il avait changé. Caroline l’avait embrassé ; il s’était laissé entraîner quelques secondes, certes, mais il avait arrêté. Il n’était pas parti avec elle. Cette fois, se disait-il, il avait choisi Hélène.
Il monta chez lui en croyant qu’il n’allait peut-être pas dormir dans la chambre d’amis.
IV — Ce qui manquait
Il traversa le palier, encore porté par le désir et par une satisfaction presque adolescente. Il revoyait Hélène dansant, la robe s’ouvrant à chacun de ses mouvements, son sourire lorsqu’elle avait refusé de répondre à sa question. Il imaginait la retrouver dans leur chambre et obtenir enfin la réponse.
Sa clé entra dans la serrure et tourna normalement.
Il ouvrit.
Quelque chose n’allait pas. Ce ne fut pas d’abord ce qu’il vit, mais ce qu’il entendit : la porte résonna autrement. Le petit meuble de l’entrée avait disparu. À sa place, une marque plus claire dessinait encore son contour sur le mur.
— Hélène ?
Aucune réponse.
Dans le salon, certains meubles étaient restés, d’autres non. Des espaces vides interrompaient brutalement une pièce qu’il connaissait depuis des années. Des photographies avaient disparu. Plusieurs objets qu’il avait toujours considérés comme appartenant simplement à leur maison révélaient soudain qu’ils avaient appartenu à Hélène.
Il passa devant la chambre d’amis. Ses affaires y étaient toujours, presque exactement comme il les avait laissées le matin. Cette normalité le troubla davantage. Puis il ouvrit la porte de leur ancienne chambre conjugale, celle qu’Hélène occupait seule depuis des mois.
Son côté à elle de la penderie était vide. Ses chaussures avaient disparu, puis ses affaires de toilette. Quelques affaires des enfants manquaient également. Ce n’était pas une colère improvisée. Quelqu’un avait eu le temps de trier, d’emballer, de transporter.
Marc pensa alors à la matinée. Il était parti avant huit heures. Hélène avait eu toute la journée. Les déménageurs avaient pu arriver une heure après lui sans qu’il en sache rien. Et lorsqu’elle était apparue le soir dans cette robe qu’il découvrait en même temps que tous les autres, elle ne venait déjà plus de chez eux.
L’enveloppe était posée sur la table. Le nom d’un cabinet d’avocats figurait en haut des documents. Il lut suffisamment pour comprendre : divorce.
Il chercha son téléphone. Sa main entra dans la poche intérieure de sa veste et rencontra le string.
Il resta debout, les papiers dans une main, le tissu dans l’autre, et toute la soirée changea de sens.
Elle avait dansé avec Julien, joué avec sa jalousie, accepté son désir, répondu à son baiser. Elle lui avait même dit de ne pas rentrer trop tard. Marc y avait entendu la promesse de retrouver leur lit. Mais Hélène ne lui avait jamais dit qu’elle serait là.
Peut-être l’avait-elle désiré, ce soir-là. Cela ne changeait rien.
Tandis qu’il se félicitait d’avoir résisté à Caroline, Hélène avait déjà quitté leur maison.
Il regarda une dernière fois le string dans sa main. Il ne saurait probablement jamais si elle le portait encore lorsqu’elle avait passé les bras autour de Julien.
Et cette question, qui une heure auparavant lui avait paru si importante, était devenue dérisoire.
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assas78
17 octobre 2026 à 00:12
Dur, dur

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