Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Agricultrice — Chapitre 3 · Sur toutes les pelouses
Auteur
Agricultrice
Chapitre 3 · Sur toutes les pelouses
Ce matin, motivée, Zoé est allée courir de très bonne heure, elle a pris une douche, le café coulant pendant ce temps-là. Une fois sèche, elle s'est habillée comme chaque dimanche, sexy mais sobre. Puis elle a relu la conversation avec Olaf. Deux fois, trois fois, en buvant son café debout contre l'évier, le téléphone dans une main, la tasse dans l'autre. Elle ne relisait pas pour vérifier quelque chose ; elle relisait parce que ça l'avait touchée, et qu'elle n'arrivait pas à décider si c'était drôle ou triste.
Il avait fini par tout déballer, cette fois. Il avait commencé par s'excuser d'avoir mis deux jours à répondre. Puis il avait expliqué. Il avait été croyant, longtemps — pas de nom sur les lèvres, mais disons pratiquant, messe le dimanche, un truc sérieux, une vraie colonne dans sa vie pendant l'adolescence et une bonne partie de la vingtaine. Et cette colonne-là lui avait servi de frein à main sur tout le reste, jusqu'à il y a peu.
Les filles, il les regardait de loin, avec des règles dans la tête : pas trop tôt, pas trop vite, pas trop de corps, pas de ces choses qu'on fait avant d'être sûr. Résultat, à vingt-cinq ans, il n'avait jamais rien fait, ou presque.
Ensuite, il y avait le boulot : administrateur réseau en freelance, il travaillait de chez lui, dans un appartement, tout seul, avec deux écrans et une box qui chauffe. Pas de collègues, pas de pause-café, pas de pot de départ où on se parle en riant. Il sortait pour la boulangerie et le sport, c'était tout.
Les interactions sociales, il les avait perdues sans s'en rendre compte, comme on perd une langue qu'on ne pratique plus. Alors avec les femmes, c'était simple : dans les discussions il séchait, dans la séduction il bloquait, et il avait fini par se persuader que le problème, c'était lui, pas le contexte.
Il avait ajouté autre chose, et c'était ça qui avait remué Zoé. Il avait été abonné à des tas de pages. Vraiment des tas. Et il s'était désabonné de presque toutes, une par une, parce qu'il y en avait une seule — la sienne — où on lui parlait comme à quelqu'un.
— Les autres, elles postent et elles disparaissent. Toi, tu réponds. Tu réponds correctement, tu réponds normalement, tu retiens ce que je dis.
Zoé avait relu cette phrase trois fois. Elle avait répondu quelque chose de simple, de chaleureux, sans en faire un plat. Et puis elle avait rangé le téléphone, parce que c'était jour de match, et qu'au village le jour de match, ça ne se rate pas.
Le match, c'est un rituel. Équipe du village contre un village voisin, sur le terrain municipal, le pré tondu derrière la salle des fêtes. Ça commence à quatorze heures et ça ne s'arrête jamais vraiment : après le coup de sifflet, ça enchaîne sur le barbecue, la buvette qui tourne à plein, les gosses qui courent, les anciens qui refont le match au bar, et le soir ça finit en fête qui déborde jusqu'à pas d'heure. Zoé y va chaque dimanche où le club joue à domicile. Elle regarde un peu le match, surtout elle retrouve les gens.
Cette fois, elle a retrouvé ses deux copines, Élodie et Asma, et elles se sont écartées du groupe — un banc, à l'écart, derrière la buvette, à moitié cachées par une haie, avec trois verres et de quoi grignoter. Le match hurlait au loin, les mecs s'insultaient gentiment sur le terrain, et les trois filles ont commencé par parler de tout et de rien : la nouvelle coiffeuse du bourg, le prof de la petite qui donne trop de devoirs, la bagnole d'Asma qui fait un bruit bizarre, le cousin d'Élodie qui s'est encore fait virer. Et puis, comme toujours, très vite, ça a dérivé.
Asma a commencé. Mariée depuis quatre ans, deux enfants, et une langue qui ne s'embarrasse de rien. Elle a posé son verre, s'est penchée vers les deux autres comme si elle allait annoncer un décès, et elle a dit :
— Bon. Faut que je vous raconte un truc. Mais vraiment un truc.
Élodie a levé les yeux au ciel.
— Tu vas encore nous parler de ton cul.
— Exactement. On a essayé la sodomie. Un silence. Et j'adore ça.
— Exactement. On a essayé la sodomie. Un silence. Et j'adore ça.
Zoé a ri.
— C'est Karim qui t'a poussée ?
— Même pas. C'est moi. Un soir, comme ça, j'ai eu envie, j'ai dit : viens. La première fois, j'ai cru que j'allais mourir, sérieux. Tu crois que t'es faite pour autre chose, ton corps te dit non, et puis d'un coup ça passe, et là…
— Même pas. C'est moi. Un soir, comme ça, j'ai eu envie, j'ai dit : viens. La première fois, j'ai cru que j'allais mourir, sérieux. Tu crois que t'es faite pour autre chose, ton corps te dit non, et puis d'un coup ça passe, et là…
Elle a fait un geste avec les mains, un truc vague et éloquent.
— Là, c'est plus la même chose. Karim, il n'en revient pas. Il me le fait maintenant deux fois par semaine, minimum. Et le truc que personne ne dit, c'est que quand tu te fais prendre là et que t'as un doigt ou autre chose devant en même temps, tu jouis comme t'as jamais joui autrement. Voilà. C'est dit.
Élodie a hoché la tête, très sérieuse, comme une experte qui valide.
— Ça, c'est vrai. C'est mécanique, même pas mystique. Faut juste y aller doucement au début et beaucoup de salive. Et après, t'as envie qu'on te le refasse.
— Vous êtes en train de me donner envie, là, a dit Zoé, et ce n'était pas une blague.
— Vous êtes en train de me donner envie, là, a dit Zoé, et ce n'était pas une blague.
Élodie a pris le relais, parce qu'Élodie, quand on lui ouvre une porte, elle la défonce. Élodie a trente ans, célibataire officiellement, et trois amants en rotation — tous les trois mariés, et elle l'assume parfaitement, sans états d'âme, sans hiérarchie, sans jalousie.
— Les hommes mariés, c'est le bon plan, a-t-elle dit en trempant une chips dans une sauce. Ils ont un créneau, ils le respectent, ils sont propres, ils sont reconnaissants, et le dimanche soir ils rentrent chez eux et toi t'as ton lit pour toi. Moi, je veux pas d'un mec à plein temps. J'en ai déjà trois à mi-temps, ça fait un temps plein et demi, c'est bien assez.
Elle a raconté.
— Le kiné du mardi. Celui-là, il a des mains de professionnel, forcément, il te tripote les épaules depuis dix ans, il sait où sont les nerfs.
— Le commercial de passage, un jeudi sur deux. Celui-là, il est con comme un balai, mais il a une énergie de chien et il bande comme à vingt ans.
— Et le plus âgé, un cadre du bourg d'à côté. Lui, c'est le lent. Le patient. Il te fait monter pendant une heure avant de te toucher. Le premier soir, j'ai cru qu'il me testait.
— Le commercial de passage, un jeudi sur deux. Celui-là, il est con comme un balai, mais il a une énergie de chien et il bande comme à vingt ans.
— Et le plus âgé, un cadre du bourg d'à côté. Lui, c'est le lent. Le patient. Il te fait monter pendant une heure avant de te toucher. Le premier soir, j'ai cru qu'il me testait.
Et puis il y avait sa signature, celle qu'elle plaçait toujours à un moment, avec un plaisir visible : Élodie se fait jouir dessus. Systématiquement.
— Le kiné, c'est sur les seins, toujours. Le commercial, c'est dans la bouche, il peut pas s'en empêcher, c'est un réflexe. Et le vieux, c'est sur le ventre, en haut, tranquille, et après il reste à côté et il me regarde comme si on avait fait un enfant.
Elle a mimé le geste de s'essuyer le ventre avec le plat de la main.
— Le pire, c'est que j'aime ça. T'attends, tu regardes, et ça arrive. Y a un truc d'être la dernière chose qu'il voit.
Elle a raconté une baise « épique » du mardi précédent : le kiné qui la prend debout contre la porte de son cabinet après la dernière patiente, sa blouse encore sur lui, et elle qui doit se taire parce que l'assistante est de l'autre côté du mur. Elle a raconté le commercial un jeudi de pluie, dans une chambre d'hôtel de zone commerciale, deux heures, quatre positions, et la douche après où il a recommencé. Elle a raconté le cadre, une fois, qui l'a fait attendre quarante minutes avant de la déshabiller, juste à côté du lit, en lui parlant.
— Quarante minutes à côté du lit. Tu deviens folle. Et après, tu donnes tout.
Zoé écoutait et se marrait, et en même temps elle se disait, très lucidement : voilà, on est trois, on est toutes les trois exactement dans le même bordel, sauf que les deux autres croient que la troisième est une paysanne sage qui n'a personne. Les filles ne savent pas pour OnlyFans. Elles savent qu'elle a « un voisin qui passe » de temps en temps, à la rigueur. Elles ne savent pas qu'elle poste des photos d'elle à moitié nue devant la grange, ni qu'elle s'est fait éjaculer sur le visage par un pompier la veille. Elle n'a jamais trouvé le moment. Elle s'est dit que le moment viendrait. Peut-être bientôt. Peut-être jamais.
Asma a relancé sur un autre sujet, un truc de couple, un truc de fatigue, un truc de boulot. Elles ont reparlé de tout et de rien pendant encore une heure. Le match s'est fini derrière elles, quelqu'un a hurlé un score, les gens ont commencé à se lever, la buvette a doublé sa cadence. Et les trois filles sont restées sur leur banc, à l'écart, à rire trop fort.
Le soir, Zoé est rentrée chez elle chauffée comme une plaque de four. La journée, les histoires d'Élodie, la sodomie d'Asma, tout ça lui tournait dans le corps. Et elle a décidé de transgresser un interdit — un petit interdit à elle, un truc qu'elle s'était fixé sans raison : James, c'était les mardis et les vendredis, point. Pas le dimanche. Le dimanche, c'était chez sa femme. Sauf que là, elle avait envie, et elle avait envie de lui.
Elle lui a écrit, tout bête :
— Une clôture a encore sauté.
Réponse en trois minutes.
— Pas possible ce soir, je passe demain.
Elle a souri à l'écran. Elle a tapé :
— Le problème, c'est que la tenue dans laquelle je suis ne me permet pas d'aller voir dehors.
Trois petits points. Puis un point. Puis une réponse d'un mot.
— J'arrive.
Il a mis douze minutes. Elle a ouvert la porte en grand. Elle portait un short en satin noir très court, un débardeur sans rien dessous, et des chaussettes. C'est tout. Il a regardé, il a hoché la tête comme devant un travail bien fait, et il est entré.
Il l'a prise dans l'entrée, sans un mot, plaquée contre la porte qu'il venait de refermer. Short baissé d'une main, culotte tirée sur le côté, il est entré d'un coup en la soulevant par les cuisses. Zoé a poussé un cri étouffé contre son épaule.
— Tu m'as fait venir sans prévenir, tu sais ce que ça veut dire ?
Il a grogné :
— Ça veut dire que je vais te faire payer.
Elle a ri, puis elle n'a plus ri, parce qu'il a commencé à la pilonner contre le bois de la porte, long et dur, et que le rire est vite devenu un gémissement. Debout, dans l'entrée, ses jambes autour de lui, sa main à elle qui s'agrippe à la porte au-dessus de sa tête, lui qui la baise sans jamais la reposer. Elle a joui vite, nerveusement, en serrant les dents, les mollets qui tremblent. Il n'a pas joui. Il l'a juste lâchée, essoufflé, et il l'a regardée.
— Le salon, a-t-il dit.
Sur le canapé, à quatre pattes, sa tête dans l'accoudoir. Cette fois il y est allé franchement, la main à plat sur son dos pour la garder basse, l'autre sur sa hanche, et le bruit des cuisses qui claquent a rempli la pièce. Et elle parlait, maintenant, elle disait tout :
— Plus fort… tire mes cheveux… oui, comme ça…
Il lui a attrapé les cheveux en arrière, elle a lâché un gémissement plus grave, presque un râle.
— T'es une salope, Zoé.
— Oui. Oui, je suis une salope, continue.
— Oui. Oui, je suis une salope, continue.
Il lui a claqué la fesse, deux, trois fois, la peau qui rosit, et elle est venue une deuxième fois en poussant un cri qu'elle n'a pas cherché à retenir — de toute façon, à cette heure-là, il n'y a personne à deux cents mètres. Lui a tenu bon, s'est retiré au bord, a respiré, et a fini dans sa bouche, debout, une main dans ses cheveux. Elle a avalé en le regardant. C'était le deuxième.
Pause. Un verre d'eau chacun, torse nu, dans la cuisine, lui en jean ouvert.
— T'as pensé à quoi aujourd'hui pour être comme ça ? a-t-il demandé.
Et Zoé, qui ne ment jamais sur ces choses-là, lui a raconté les trois copines, et Élodie, et ses trois amants mariés, et le ventre et les seins, et surtout Asma et la sodomie. Elle a vu le visage de James changer à ce mot. Elle a souri.
— T'y penses depuis deux ans, hein.
Il a dit :
— Depuis trois.
Elle a posé son verre.
Ils ont rejoint la chambre. Elle s'est mise sur le dos, jambes relevées, un coussin sous les reins, et il l'a préparée avec les doigts, lentement, en la regardant dans les yeux, en la faisant parler.
— Dis-moi quand.
Elle a dit quand. Il est entré en elle en douceur, par petits mouvements, et dans cette position, elle a senti ce que les filles décrivaient le matin même sur le banc — ce truc qui n'a rien à voir avec d'habitude, plus profond, plus plein, plus étrange. Il a commencé à bouger. Zoé a posé deux doigts sur son clitoris en même temps, et là, elle a compris Asma pour de bon. Elle a joui comme jamais de la soirée, en gémissant par à-coups, la tête renversée, le corps arqué, presque surprise par elle-même. James, au-dessus d'elle, tenait à peine. Il a fini sur son ventre, en haut, en la regardant — exactement comme le vieux d'Élodie, a-t-elle pensé, et elle en a ri en haletant.
Ils se sont endormis. Enfin, ils ont essayé. Très tôt, avant le jour. Elle s'est réveillée collée à lui, elle a senti qu'il bandait déjà contre sa cuisse, et elle n'a rien dit, elle a juste glissé une jambe sur la sienne et elle s'est laissé entrer en cuillère. Lent, cette fois. Profond. La bouche de James contre sa nuque, sa main qui remonte sur son sein, l'autre qui descend sur son ventre. Des gémissements longs, presque plaintifs, à peine réveillés. Il l'a fait durer une bonne demi-heure, à petites poussées, à ralentir dès qu'elle approchait, exprès, pour la faire tenir au bord. Et quand elle a fini par supplier :
— S'il te plaît, laisse-moi jou… il a accéléré, la serrant contre lui, et elle a basculé une dernière fois, le corps tremblant de haut en bas, dans un long soupir cassé. Il a joui juste après, en elle, et il est resté dedans un moment sans bouger.
Le jour se levait quand il s'est rhabillé. Il a fallu qu'il rentre avant que Sandrine ne se lève. Un dernier baiser, une main qui traîne, et le pick-up a démarré dans la cour pour la deuxième fois de la semaine.
Zoé s'est rallongée dans le lit défait, seule, le corps endolori et content. Elle a attrapé son téléphone. Le point vert était là, à côté du nom d'Olaf.
Elle a hésité une seconde. Puis elle a écrit :
— T'as dit que t'aimais qu'on te parle normalement. Ça te dirait, un jour, qu'on se voie pour de vrai ?
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