L’air glacial des Alpes autrichiennes me fouette agréablement le visage dès que les battants vitrés du palace s'ouvrent devant nous. Dehors, le soleil crépusculaire embrase les sommets enneigés de Kitzbühel, découpant les silhouettes acérées des sapins et des chalets traditionnels sur un ciel d'un violet profond. Mais dès le seuil franchi, c'est une vague de chaleur feutrée, enveloppante et presque étouffante qui nous accueille. L’atmosphère est saturée par les effluves riches de bois de cèdre chauffé, de cire d'abeille et d'une pointe discrète de fleur d'oranger. Le cliquetis mesuré, lourd et régulier de mes talons aiguilles noirs sur le parquet sombre résonne sous le plafond à caissons en bois sculpté — un son mat et souverain qui annonce sans détour notre arrivée.
Je marche la première, l'allure calme, portée par ce sang-froid naturel qui ne me quitte jamais. Pour ce voyage, j'ai opté pour une élégance stricte mais follement suggestive : un pull blanc ajusté à col roulé, drapé d'une grande étole écrue à franges qui tombe le long de mes épaules et rehausse ma posture. Ma jupe crayon noire, parfaitement moulée sur mes hanches, s'arrête juste au-dessus du genou, mettant en valeur la ligne de mes jambes gainées de bas noirs translucides et mes escarpins à talons aiguilles vertigineux. C'est mon terrain de jeu, et j'en possède déjà chaque centimètre.
À mes côtés, le crissement discret du cuir annonce Roxane. À trente-cinq ans, ses magnifiques boucles blondes encadrent son visage radieux aux traits qui rappellent si fort la beauté solaire de Scarlett Johansson. Elle porte un long manteau en peau retournée camel, doublé d'une fourrure douce qui contraste avec son pull en maille tressée beige et son jean sombre rentré dans de superbes bottes hautes en cuir noir brillant. Elle tire sa valise d'une main nonchalante, le regard pétillant d'une malice débrouillarde. Dès que nos yeux se croisent, son assurance s'adoucit d'une déférence jouissive : elle sait exactement ce que nous sommes venues chercher.
Un peu plus loin, confortablement installée près du grand poêle en faïence verte sculptée qui diffuse une chaleur radieuse, Nadia impose sa beauté ambrée. La grande et superbe brune a gardé son élégant manteau noir ceinturé sur un tailleur sombre qui met en valeur sa poitrine généreuse et la ligne de ses cuisses gainées de collants chair. Du haut de sa posture, elle balaye la pièce d'un air arrogant, mais quand ses yeux sombres rencontrent les miens, son attitude tranchante s'efface. Je lis dans son regard cette jalousie feutrée, ce besoin viscéral et presque provoquant de capter mon attention exclusive.
À côté de Nadia, la douce Sophie tient son gobelet chaud à deux mains, cherchant un peu de contenance. Sa queue de cheval châtaigne retombe sur son épaule. Blottie dans sa parka d'hiver vert olive bordée de fourrure sur la capuche, portée sur une blouse blanche et un pantalon ajusté bleu nuit, la plus jeune du groupe semble vulnérable et délicieuse. Quand je me tourne légèrement vers elle avec un petit sourire entendu, une rougeur écarlate envahit instantanément ses joues pour descendre jusqu'à la naissance de sa gorge. Sa timidité est une promesse que je savoure d'avance.
Notre entrée ne passe pas inaperçue. Posté près d'un pilier en bois sculpté orné de masques traditionnels, l'agent de sécurité de l'hôtel — un homme imposant aux épaules carrées — se redresse d'un coup. Son regard s'attarde sur les bottes de Roxane, glisse sur la silhouette de Nadia, avant de venir se heurter à mon calme absolu. Il ravale péniblement sa salive, déstabilisé. Plus haut, au balcon de la mezzanine en bois qui surplombe le hall, le directeur de l'hôtel interrompt sa conversation. Cet homme élégant aux cheveux grisonnants pose ses mains sur la balustrade, totalement captivé par notre groupe. Je lui adresse un imperceptible hochement de tête, une marque de domination tranquille qui le fige sur place.
Nous atteignons enfin le grand comptoir en acajou. La jeune réceptionniste aux yeux clairs flanche sous notre pression combinée. Faisant jouer mon assurance et profitant de mes notions parfaites, je pose mes mains sur le bois précieux et m'adresse directement à elle d'une voix fluide, maîtrisée et parfaitement timbrée en allemand :
— Guten Abend. Ich habe die Suite auf den Namen Valérie gebucht. Ist alles für unsere Ankunft vorbereitet? (Bonsoir. J'ai réservé la suite au nom de Valérie. Tout est-il prêt pour notre arrivée ?)
La jeune femme sursaute légèrement, surprise et soulagée d'entendre sa langue maternelle parlée avec une telle distinction, mais visiblement encore impressionnée par l'autorité qui émane de moi :
— Ja, natürlich, gnädige Frau... Alles ist bereit für Sie, balbutie la réceptionniste en s'empressant de préparer les cartes magnétiques.
Je récupère les cartes d'un geste lent et raffiné, puis me tourne vers mes trois amies d'un ton suave et posé :
— Tout est sous contrôle, mesdemoiselles. La suite nous attend.
Un léger frisson parcourt les épaules de mes trois compagnes rangées autour de moi. La chaleur du poêle, le crépitement du feu et cette électricité intime rendent l'air presque trop dense pour être respiré. Le séjour ne fait que commencer, et je détiens déjà toutes les clés.
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