Poème
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La nuit me connaissait — Chapitre unique
Auteur
La nuit me connaissait
Chapitre unique
Il existe des nuits qui n'appartiennent à personne.
Elles s'installent sans prévenir, glissent entre les murs comme une confidence que l'on n'attendait plus. Elles effacent le tumulte du jour, les conversations inachevées, les sourires de circonstance. Elles nous rendent à nous-mêmes.
Ce soir-là, la maison semblait retenir son souffle. La pluie dessinait sur les vitres une écriture ancienne, illisible pour tous sauf pour ceux qui acceptent de rester seuls avec leurs pensées.
J'éteignis la dernière lumière.
L'obscurité n'était pas une absence ; elle devenait une présence. Elle enveloppait chaque respiration, chaque souvenir, chaque désir que l'on cache derrière les gestes ordinaires.
Il y avait, dans cette solitude choisie, quelque chose de profondément vivant.
Les yeux fermés, je laissai remonter ces images que l'on ne convoque jamais volontairement. Des éclats de voix. Un parfum oublié. Une nuque effleurée un été lointain. Des mots jamais prononcés. Les souvenirs n'obéissent à aucune logique ; ils dansent entre la vérité et le fantasme avec une insolente liberté.
Alors je cessai de vouloir les maîtriser.
Je les regardai passer comme on regarde les nuages transformer le ciel. Chacun emportait un morceau de moi, chacun en ramenait un autre que je croyais perdu.
C'est peut-être cela, le désir.
Non pas une faim, mais une mémoire.
Une façon qu'a le corps de se rappeler que nous sommes faits d'élans, de manques, d'impatience et de douceur mêlés. Une pulsion discrète qui ne réclame rien d'autre que d'être reconnue.
Les minutes s'étiraient avec une lenteur presque irréelle. Dehors, la pluie avait cessé. Dedans, le silence devenait musique.
Je compris alors pourquoi certains écrivent des poèmes au milieu de la nuit.
Les mots naissent parfois là où les gestes s'arrêtent. Ils deviennent la seule manière de raconter ce que personne ne verra jamais. Ils recueillent les secrets avec une infinie délicatesse, sans jamais demander d'explication.
Quand l'aube finit par blanchir les rideaux, je n'avais remporté aucune bataille. Je n'avais vaincu aucun démon.
J'avais simplement accepté cette part invisible de moi qui refuse d'être domestiquée.
Et, dans le premier rayon du matin, je souris à cette étrange vérité : certaines nuits ne cherchent pas à être racontées.
Elles veulent seulement être ressenties.
Tu veux que je le rende plus poétique et troublant, ou plus sombre et viscéral ?
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