Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Histoire 9 les fièvres de Sophie — Chapitre 3 · La messe des convenances
Auteur
Histoire 9 les fièvres de Sophie
Chapitre 3 · La messe des convenances
La lourde porte vitrée de la Brasserie Flo se referme derrière moi, coupant net le souffle glacé de la nuit. Subitement, je baigne dans une chaleur feutrée, enveloppée par une atmosphère tamisée aux reflets acajou et dorés. Le décor est d'un classique irréprochable : moulures anciennes, banquettes en velours pourpre, miroitement des verres à pied et nappes en lin d'un blanc éclatant. En fond sonore, les notes délicates et enveloppantes d'un concerto pour violoncelle s'entremêlent au tressautement discret des bruits de fourchettes contre la porcelaine et au murmure feutré des conversations bourgeoises.
Ici, la moyenne d'âge oscille entre quarante et soixante ans. Les femmes arborent des tresses soignées, des pashminas en cachemire et des colliers de perles discrets ; les hommes portent des vestes bien coupées et des montres de prix. C'est le Metz rangé, fortuné, prévisible. L'exact opposé du désordre qui brûle sous ma peau.
Clac, clac, clac.
Dès mes premiers pas sur le parquet ciré, le claquement sec de mes talons agit comme un coup de tonnerre dans cette symphonie feutrée. L'effet est immédiat, presque magique. Autour des tables environnantes, l'onde de choc se propage en une fraction de seconde. Les voix se tuent. Les têtes se tournent.
Dès mes premiers pas sur le parquet ciré, le claquement sec de mes talons agit comme un coup de tonnerre dans cette symphonie feutrée. L'effet est immédiat, presque magique. Autour des tables environnantes, l'onde de choc se propage en une fraction de seconde. Les voix se tuent. Les têtes se tournent.
Je sens une mosaïque de regards se poser sur moi, glissant le long du cuir ajusté de ma jupe, accrochant la ligne noire de mes bas et la blancheur de ma chemise entrouverte.
Au premier rang, une femme d'une cinquantaine d'années, impeccablement coiffée, suspend son geste, sa fourchette à entremets à mi-chemin de ses lèvres. Ses yeux s'écarquillent, imprégnés d'une désapprobation glacée. Elle se penche aussitôt vers son mari pour lui murmurer une remarque acerbe derrière sa serviette. Mais l'homme, l'air faussement distrait, a déjà saisi le reflet de mes cuisses dans le grand miroir mural.
Plus loin, une quadragénaire élégante au sourire énigmatique m'observe avec une curiosité amusée, presque complice, tandis que son compagnon retient à peine un coup d'œil appuyé sur mon décolleté. Je suis le grain de sable dans leur engrenage bien huilé, l'intrusion d'une sensualité crue au milieu de leurs convenances.
Le maître d'hôtel s'avance vers moi, raide dans son costume sombre, le visage trahissant un léger trouble aussitôt maîtrisé.
— Bonsoir, Madame. Vous avez une réservation ? me demande-t-il d'une voix basse, polie mais empreinte d'une hésitation perceptible.
— Non, pas de réservation, réponds-je d'un ton calme, soutenant son regard sans ciller. Une table pour une personne, s'il vous plaît.
Il balaye du regard la salle comble, où chaque table semble occupée par des couples devisant à demi-voix sous les lustres aux lumières douces et tamisées.
— C'est une soirée très chargée… Il ne me reste plus qu'une unique table, tout au centre de la salle, m'annonce-t-il en me désignant une petite table ronde en acajou, encerclée par le reste des convives.
— Elle sera parfaite, dis-je avec un léger sourire.
Je le suis dans l'allée centrale. Chaque pas est une traversée des apparences. Je sens les yeux me poursuivre, peser sur le galbe de mes fesses que le cuir peine à couvrir à chaque mouvement. Arrivée à ma table, je ne me presse pas. Je saisis les revers de mon perfecto en cuir et le fais glisser lentement le long de mes bras. Le frottement du cuir sur ma peau émet un doux grincement dans le silence relatif. Je drape le blouson sur le dossier de ma chaise, révélant la ligne tendue de ma poitrine sous le coton blanc.
— Désirez-vous un apéritif pour commencer ? s'enquiert le jeune serveur qui s'est approché, le plateau sous le bras, le regard fixement arrimé à mes yeux pour éviter de glisser plus bas.
— Un verre de Saint-Émilion, s'il vous plaît. Et une bouteille d'eau pétillante.
— Très bien, Madame. Je vous apporte la carte immédiatement.
Je m'assois. La table n'ayant pas de longue nappe descendant jusqu'au sol, mes jambes restent entièrement exposées à la vue des tables voisines. Je prends tout mon temps pour m'installer. Avec une lenteur délibérée, je croise ma jambe droite sur ma jambe gauche. Le cuir de ma jupe remonte de deux centimètres, dévoilant le haut de mes bas couture et la chair tendre de ma cuisse sous la lumière cuivrée de la suspension au-dessus de moi.
Juste en face, à deux tables de la mienne, un homme d'une cinquantaine d'années aux tempes argentées est installé avec sa compagne. Cette dernière, le dos tourné à ma table, est plongée dans la lecture de la carte des vins. L'homme, lui, est immobile. Il a posé ses couverts. Ses yeux sombres sont rivés sur le croisement de mes jambes, capturés par la couture noire qui remonte sous le cuir.
Je ne détourne pas les yeux. Je saisis mon verre d'eau, en porte le bord à mes lèvres et prends une lente gorgée tout en soutenant son inspection. Je le vois déglutir. Sa femme lui adresse une question sur le choix du millésime, mais il met plusieurs secondes à réagir, balbutiant un mot confus sans parvenir à détacher complètement son regard de mon entrejambe.
— Marc, tout va bien ? demande sa compagne, intriguée par son absence.
— Oui, oui… parfait. Le Saint-Estèphe sera très bien, répond-il précipitamment, redressant la tête pour masquer son trouble.
Dès qu'elle replonge le nez dans le menu, ses yeux redescendent aussitôt vers moi, plus lourds, chargés d'une envie presque douloureuse.
Je modifie ma posture. Dans un frottement étouffé de matière fine, je décroise mes jambes pour les passer de l'autre côté, laissant un court instant la fente de ma jupe s'ouvrir davantage. La chaleur me monte au visage, mon cœur bat la chamade contre mes côtes. Sous la table, la moiteur de ma peau et la tension de mes muscles témoignent de l'extase que me procure ce duel silencieux. La sage professeure du collège de banlieue est bien loin ; ce soir, au cœur du restaurant le plus chic de Metz, sous les notes de violoncelle et le tintement des verres, c'est moi qui orchestre le désir et le scandale.
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