Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Histoire 9 les fièvres de Sophie — Chapitre 4 · L'ivresse du scandale
Auteur
Histoire 9 les fièvres de Sophie
Chapitre 4 · L'ivresse du scandale
Le jeune serveur s’approche à nouveau de ma table, portant avec une précaution cérémonieuse un grand plateau en argent.
Autour de nous, la Brasserie Flo continue de bourdonner doucement. Le tintement cristallin des verres à vin, le choc étouffé des couteaux contre la porcelaine fine et les éclats de rire polis de la haute société messine composent une toile de fond feutrée. Le concerto pour violoncelle s'est effacé au profit d'une sonate pour piano plus mélancolique, dont les notes s'insinuent entre les colonnes en acajou et les suspensions cuivrées.
Autour de nous, la Brasserie Flo continue de bourdonner doucement. Le tintement cristallin des verres à vin, le choc étouffé des couteaux contre la porcelaine fine et les éclats de rire polis de la haute société messine composent une toile de fond feutrée. Le concerto pour violoncelle s'est effacé au profit d'une sonate pour piano plus mélancolique, dont les notes s'insinuent entre les colonnes en acajou et les suspensions cuivrées.
— Votre pavé de cabillaud poêlé et sa mousseline de céleri, Madame, annonce le serveur d'une voix qui manque légèrement d'assurance.
Lorsqu'il se penche pour poser l'assiette chaude devant moi, son corps s'incline à quelques centimètres du mien. Je surprends son regard qui dévie involontairement vers l'ouverture de ma chemise blanche. La proximité de ma peau et l'odeur du cuir de mon perfecto drapé derrière moi le troublent visiblement. Ses mains manquent de trembler en ajustant les couverts. Je ne fais rien pour lui faciliter la tâche ; au contraire, je me redresse légèrement, rejetant mes épaules en arrière pour accentuer le galbe de ma poitrine sous le tissu léger.
— Souhaitez-vous un autre verre de Saint-Émilion ? s'enquiert-il, la bouteille déjà préparée entre ses doigts.
— Avec plaisir, répondis-je d'un ton suave.
Tandis que le vin rouge et dense coule dans mon verre, mon attention se tourne à nouveau vers la table d'en face, où siège cet homme d'une cinquantaine d'années aux tempes argentées. Sa femme, une quinquagénaire à la prestance irréprochable, s'est enfin extirpée de la carte des vins pour consulter son téléphone portable, l'écran illuminant son visage ajusté par le maquillage. Elle est totalement absorbée par sa lecture, m'offrant ainsi, à cet inconnu comme à moi, une fenêtre d'impunité parfaite.
Il n'a pas touché à son assiette. Ses couteaux sont posés. Il est figé dans une posture de tension absolue. Ses yeux sombres, injectés d'une fascination presque douloureuse, ne quittent plus l'espace entre ma table et la sienne. En l'absence de nappe tombante sur ma petite table ronde en acajou, mes jambes sont offertes à sa gourmandise visuelle comme un tableau interdit.
Je décide de pousser le jeu plus loin, de franchir une étape de plus dans cette escalade clandestine.
Je saisis ma fourchette, découpe une délicate bouchée de poisson et la porte à ma bouche, savourant la texture fondante tout en fixant cet inconnu droit dans les yeux. Mes paupières se lissent dans une mimique d'extase gustative délibérément ambiguë.
Sous la table, la fraîcheur de la pièce et l'intensité du danger font frissonner ma peau. Une onde de chair de poule remonte le long de mes mollets gainés de noir pour venir faire tressaillir le haut de mes cuisses. Le moindre mouvement du tissu contre mes pores hérissés me fait l'effet d'une caresse électrique.
Lentement, sous le rebord de la table, ma main gauche quitte le bord du plateau. Mes doigts glissent le long de ma cuisse. Le contact du cuir frais de ma jupe sous mes paumes envoie une décharge dans tout mon corps. Je fais glisser le tissu vers le haut. Un centimètre. Puis deux. Puis trois. Le cuir se plisse avec un léger grincement étouffé que le bruit ambiant du restaurant camoufle à peine. L'ourlet remonte le long de mes chairs, dévoilant sans retenue la large bande de dentelle noire de mon bas couture, puis la peau tendre et nue du haut de ma cuisse qui frissonne sous l'air ambiant.
En face, le regard de l'homme s'agrippe à cette parcelle de chair révélée. Je le vois bloquer sa respiration. Ses épaules se raidissent. Sa main droite s'agrippe au bord de sa table avec une telle force que ses articulations en deviennent blanches. Ses yeux font des aller-retour fébriles entre mon visage et la fente de ma jupe. Il a parfaitement compris ce qui se passe sous ses yeux : je suis en train de jouer pour lui, au centre de la brasserie la plus chic de la ville, à quelques mètres de son épouse légitime.
Je ne détourne pas les yeux. Je soutiens la brûlure de sa fixité. C'est un choc purement visuel, un câble haute tension tendu entre nos deux tables. La prise de risque est démente, enivrante. Un seul regard oblique de sa femme, un serveur qui passerait dans le mauvais angle, et le scandale éclaterait. La jeune professeure d'anglais réservée du collège serait traînée dans la boue, exposée aux bavardages destructeurs et au mépris général. Mais cette pensée, au lieu de me freiner, agit comme un carburant d'une puissance inouïe. Mon cœur martèle mes côtes à un rythme démentiel. Une onde de chaleur traverse mon épiderme, contrastant avec les frissons qui continuent de courir sur mes bras et ma nuque.
Mes doigts poursuivent leur exploration sous la table, réajustant le bord du cuir avec une lenteur calculée. Je fais semblant de réajuster ma posture, m'ossifiant légèrement sur ma chaise tout en laissant ma jambe droite s'écarter imperceptiblement de la gauche.
L'inconnu déglutit lourdement. Une goutte de sueur pointe à la naissance de ses cheveux bien taillés. Ses yeux sont rivés sur ma jambe, captifs, incapables de rompre le charme. Il essaye de garder une contenance, de hocher la tête quand sa femme lui montre un message sur son écran, mais son regard replonge aussitôt vers la pénombre de ma table, assoiffé.
Soudain, sa femme repose son téléphone sur la nappe en lin.
— Je vais me poudrer le nez avant le dessert, dit-elle d'une voix claire qui traverse la distance entre nos tables.
Elle se lève, ajustant son pashmina sur ses épaules. Pendant les quelques secondes où elle pivote pour s'éloigner vers le couloir des salons et des sanitaires, le danger atteint son paroxysme. Si elle baisse les yeux en passant à côté de ma table, elle verra l'ourlet de ma jupe retroussé jusqu'à l'aine et le grain de ma peau offert à la lumière cuivrée.
Je ne bouge pas d'un millimètre. Je soutiens le regard paniqué de mon voisin d'en face qui retient son souffle, terrifié par la possibilité de se faire prendre. Sa femme passe à moins d'un mètre de moi, dans un sillage de parfum coûteux et fleuri. Ses talons claquent sur le parquet. Elle ne remarque rien, trop occupée à maintenir son allure altière.
Dès qu'elle disparaît derrière le pan de bois sculpté, l'atmosphère entre cet homme et moi devient incandescente. Libéré de la présence de sa compagne, il ne se cache plus du tout. Il se penche légèrement en avant sur sa table, buvant littéralement des yeux le spectacle de ma cuisse découverte. Nos regards s'imbriquent avec une force presque brutale. C'est un aveu muet, une connivence totale dans la transgression.
Je sens chaque pore de ma peau se tendre. Mes tétons, durs comme de la pierre sous la toile fine de ma chemise blanche, s'écrasent contre le tissu à chaque inspiration. Un frisson d'une intensité dévastatrice me traverse du bassin jusqu'à la nuque, me faisant retenir mon souffle pendant plusieurs secondes.
Pendant ces quelques minutes d'absence, le restaurant autour de nous semble s'effacer. Les conversations, la musique de piano, le va-et-vient des garçons de café : tout devient un flou lointain. Il n'y a plus que cet échange de regards pur, clandestin et pervers entre deux inconnus au milieu des convenances bourgeoises. Je savoure la maîtrise totale que j'exerce sur cet homme mûr, sur son désir et sur son angoisse.
Lorsque je vois sa femme réapparaître au bout du couloir, je retire doucement ma main. D'un geste fluide et faussement innocent, je rabats l'ourlet de ma jupe en cuir sur mes cuisses, redonnant à ma tenue son apparence stricte et ajustée. Je réajuste le col de ma chemise, souffle doucement pour chasser la rougeur de mes joues et reprends ma fourchette.
Quand l'épouse se rassoit en face de lui, l'homme est hagard, le souffle court, incapable de retrouver son calme. Il me jette un tout dernier regard, un mélange d'effroi, de gratitude et de fascination absolue.
Je lui adresse un sourire minuscule, énigmatique et souverain, avant de me concentrer sur mon assiette. La fièvre ne m'a pas quittée ; elle vient de trouver son sanctuaire.
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