Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hôte — Chapitre 2
Auteur
Hôte
Chapitre 2
Il est un peu plus de vingt-deux heures lorsque mon téléphone vibre. Notification Airbnb.
Je suis tranquillement chez moi lorsque je découvre une notification :
— Salut, c’est Hicham. Il n’y a plus d’électricité dans l’appartement et nous ne trouvons pas le disjoncteur.
Je soupire. Après la journée que je viens de passer, il ne manquait plus que ça.
Je lance immédiatement un appel vidéo pour guider Hicham. Je lui explique où se trouve le coffret électrique, comment repérer la serrure et quelle clé utiliser. Il m’approche le trousseau de la caméra.
Et là, je me décompose.
Ce n’est pas le trousseau des voyageurs.
C’est celui de l’agence.
Dans la précipitation de ce matin, j’ai remis les mauvaises clés. Je ferme les yeux une seconde, partagé entre la honte et l’envie de disparaître.
— Oh non… Hicham, je suis vraiment désolé. C’est entièrement ma faute. Je vais devoir repasser à l’agence récupérer le bon trousseau, puis venir vous ouvrir le coffret. Je fais au plus vite.
— Tranquille, me répond-il avec son accent du Sud. On s’en sortira.
Sa décontraction me rassure à peine. Je me vois déjà expliquer l’incident à mon responsable et répondre à un commentaire assassin sur la plateforme.
Je file donc à l’agence, récupère les bonnes clés, puis je m’arrête chez un caviste. J’achète plusieurs bouteilles de champagne. Après deux erreurs en une seule journée, je tiens à me faire pardonner. Autant leur permettre de célébrer cet enterrement de vie de garçon comme il se doit.
Un peu plus tard, je me gare rue Saint-Dominique.
Avant de monter, j’envoie un message.
— Je suis devant l’appartement. J’arrive. Encore désolé pour le dérangement.
Quelques secondes plus tard, la porte s’ouvre.
Hicham m’attend dans l’encadrement, vêtu d’un short moulant et d’un simple sourire. À cette heure-ci, il semble avoir abandonné toute idée de tenue formelle. Sa silhouette athlétique est impossible à manquer.
— Ah, le sauveur ! lance-t-il.
— Le responsable des catastrophes, plutôt.
Il éclate de rire.
— Bon, je préfère te prévenir : on a continué la soirée malgré la panne. On paiera le supplément de nettoyage, pas de souci.
Je lui tends un sourire embarrassé.
— Après les aventures que je vous ai fait vivre aujourd’hui, je crois que je peux difficilement vous faire la morale. Tant que les voisins ne sont pas venus se plaindre, on va dire que tout va bien.
Il s’écarte pour me laisser entrer.
Et là, je découvre une tout autre ambiance.
L’appartement, que j’avais laissé impeccable quelques heures plus tôt, baigne maintenant dans une lumière tamisée, grâce à quelques lampes d’appoint et aux bougies qu’ils ont installées. Une musique douce résonne dans le salon. Les cinq garçons ont troqué leurs vêtements de voyage contre des tenues bien plus légères. Certains sont torse nu, d’autres portent un short ou un pantalon de sport.
L’atmosphère est chaude, parfumée par l’alcool, les parfums masculins, la fumée et il me semble même reconnaître l’odeur d’un produit bien connu de la communauté LGBT.
Je reste une seconde sur le seuil, mes bouteilles à la main.
Hicham me regarde avec amusement.
— Alors, tu entres ou tu comptes rester là toute la soirée ?
Je secoue la tête en riant et pose les bouteilles sur la table.
Puis, en observant le salon, une question me vient naturellement.
— Mais dites-moi… Pour un enterrement de vie de garçon, vous n’avez pas prévu de faire venir des filles ? Une strip-teaseuse, par exemple ?
Un silence d’une demi-seconde.
Puis Hicham éclate de rire, bientôt suivi par les autres.
— Des filles ? Mais mon pauvre, on est tous gays !
Je le regarde, surpris.
Il poursuit, hilare :
— Et le marié se marie avec son mec, je te rappelle !
Je ris à mon tour, un peu gêné.
L’idée ne m’était même pas venue à l’esprit. J’avais imaginé une bande de copains marseillais venus faire la fête à Paris, sans chercher à deviner quoi que ce soit sur leur vie privée.
— Bon, d’accord. Je crois que j’ai encore beaucoup de choses à apprendre sur vos soirées.
— Tu n’as encore rien vu, répond Hicham avec un clin d’œil.
Je lui tends une bouteille.
— Pour me faire pardonner. Et maintenant, je vais essayer de réparer ma dernière bêtise.
Je me dirige vers le coffret électrique avec le bon trousseau. Cette fois, tout se passe sans incident. Quelques instants plus tard, les lumières se rallument et la box reprend vie.
Lorsque je reviens dans le salon, les cinq hommes m’accueillent par des applaudissements exagérés.
— Messieurs, annonce le marié, notre héros a réussi !
Je lève les mains en signe de victoire.
— Merci, merci. Je suis disponible pour les problèmes électriques, les arrivées tardives et les catastrophes en tout genre.
— Dans ce cas, reste boire un verre ! propose Hicham.
Je regarde l’heure.
Je devrais rentrer. J’ai déjà passé bien trop de temps à gérer cette réservation, et ma journée a été longue.
Mais les bouteilles sont ouvertes, les verres se remplissent et la conversation est agréable. Ils insistent gentiment, expliquant qu’ils sont désolés de m’avoir fait revenir aussi tard pour une panne qui, finalement, ne les empêchait pas vraiment de faire la fête.
Je finis par céder.
— Bon, un verre. Mais un seul.
C’est exactement le genre de phrase dont on sait, au fond, qu’elle ne résistera pas longtemps à une soirée qui commence bien.
Nous nous installons dans le salon. La conversation se déroule naturellement. Je découvre qu’Hicham est le témoin du marié et son ami d’enfance. Les cinq hommes se connaissent depuis des années et partagent bien plus que leur amitié : ils ont ouvert ensemble une salle de sport à Marseille, où ils travaillent tous comme coachs.
Je regarde leurs épaules, leurs bras, leur carrure, puis je comprends enfin.
— Attendez… Vous êtes tous coachs sportifs ?
— Tous les cinq, répond Ahmad en levant son verre.
— Je comprends mieux certaines choses.
Ils éclatent de rire.
La soirée devient de plus en plus détendue. On parle de Marseille, de Paris, de leur salle, de leurs projets et du mariage à venir. Je découvre une bande de garçons drôles, complices, à l’aise les uns avec les autres. Ils se taquinent sans arrêt et se racontent des souvenirs d’enfance.
Je cesse peu à peu d’être le prestataire venu réparer une panne. Je suis simplement un gars assis dans un salon, au milieu d’une bande de copains qui m’a adopté pour la soirée.
Les heures passent sans que je m’en rende compte.
La musique est devenue plus enveloppante. Le champagne a fait son effet, la fumée flotte encore dans l’air et je me sens étrangement loin de mes préoccupations habituelles. Je ne saurais même plus dire à quel moment j’ai cessé de regarder l’heure.
Je sais seulement que je me sens bien.
Peut-être trop bien.
À un moment, le marié se lève et me désigne avec un sérieux parfaitement théâtral.
— Bon. Alors, c’est toi, le strip-teaseur ?
Je ris, persuadé qu’il plaisante.
— Non, je suis simplement le type qui vous a donné les mauvaises clés ce matin.
Il secoue la tête.
— Non, non. Ce n’était pas une question.
Tout le monde éclate de rire.
Je les regarde tour à tour. Leurs sourires, leurs regards amusés, l’ambiance feutrée et cette complicité qui semble les unir depuis toujours. Je pourrais prendre mon sac, les remercier pour la soirée et rentrer chez moi.
Ce serait raisonnable.
Mais quelque chose en moi a envie de prolonger cette parenthèse.
Alors je me lève.
— Très bien, messieurs. Puisque vous insistez…
Je lance un regard à Hicham, qui sourit déjà comme s’il savait que je vais faire quelque chose d’imprévisible.
La musique accompagne mes premiers pas. Je me mets à danser au milieu du salon, d’abord pour rire, puis avec une assurance qui me surprend moi-même. Les cinq garçons m’encouragent, tapent dans leurs mains et lancent des plaisanteries.
Je retire ma veste, puis mon pull. Je joue le jeu, porté par leurs rires et par cette sensation inhabituelle d’être au centre de l’attention.
L’atmosphère change doucement. Les plaisanteries deviennent des compliments, les regards s’attardent et la distance entre nous se réduit. Hicham vient me rejoindre. Ahmad se lève à son tour.
Pendant quelques instants, tout semble possible.
Je me laisse porter par cette proximité, par les sourires, les mains tendues et les baisers que nous échangeons.
Les caresses, les mains sur mon corps, tour à tour m’enlèvent mes derniers vêtements.
Me voilà nu au milieu du salon, nu avec cinq mâles qui me caressent.
Un m’embrasse, un me caresse, un autre commence à me masturber et un autre caresse mes fesses. Je sens ma bite durcir. Je sens mon cul se détendre et s’ouvrir.
Ils m’allongent au sol, je n’ai plus emprise sur rien.
Mon corps est offert, on me tend des bites, je les avale, je les masturbe, mon cul est humide, je sens des langues, des glands.
Il y a des gémissements, des jouissances, du liquide chaud sur mon corps, entre mes fesses.
Six corps nus emmêlés.
Je ne sais plus exactement quand nous avons cessé de danser pour nous retrouver tous réunis au milieu du salon. Je sais seulement que les heures ont filé, que la musique n’a jamais vraiment cessé et que je n’ai plus pensé ni à mon travail, ni à mon téléphone, ni au lendemain.
Je suis simplement moi, au milieu d’une nuit qui m’échappe.
Et, quelque part, cette perte de contrôle me trouble autant qu’elle me fascine.
***
Lorsque je reprends véritablement mes esprits, une lumière grise traverse les grandes fenêtres de l’appartement.
Le jour se lève sur Paris.
Je reste immobile quelques secondes, encore engourdi, essayant de comprendre où je suis et combien de temps s’est écoulé.
Autour de moi, les garçons somnolent, étendus sur les coussins et les couvertures que nous avons fini par tirer au milieu du salon. La musique s’est arrêtée. Les bouteilles sont vides, les verres abandonnés sur la table et l’appartement porte les traces évidentes d’une nuit bien trop longue.
Je me redresse lentement.
Ma tête est lourde. Mes souvenirs reviennent par fragments : les rires, les regards, la musique, les baisers, cette impression d’avoir été emporté par une vague sans avoir cherché à reprendre pied.
Je regarde les cinq hommes endormis autour de moi.
Ahmad dort près du canapé. Hicham est allongé un peu plus loin. Le marié, lui, semble avoir trouvé la position la moins confortable de tout l’appartement.
Je ne peux m’empêcher de sourire.
Je récupère mes vêtements un à un, en essayant de ne réveiller personne. Je rassemble mes affaires, retrouve mon téléphone et vérifie l’heure.
Je jette un dernier regard au salon.
Une partie de moi éprouve une gêne profonde. Une autre repense à cette nuit avec une fascination qu’elle n’arrive pas à dissiper.
Je referme doucement la porte derrière moi.
Dans l’ascenseur, seul pour la première fois depuis des heures, je passe une main sur mon visage et laisse échapper un rire nerveux.
— Putain de soirée…
Paris commence à se réveiller.
Et moi, je n’ai aucune idée de ce qui m’attend lorsque mon téléphone sonnera de nouveau.
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