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Couverture de Le sac de couchage, par Louist
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Le sac de couchage — Chapitre 2 · L'abri de fortune

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Louist
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Le sac de couchage

Chapitre 2 · L'abri de fortune

Le poids des illusions
Il n’y avait plus de place pour le doute ou la négociation. Le refuge gardé vers lequel nous progressions au départ — cette promesse de paradis de madriers et de feu de cheminée — était devenu une utopie inaccessible, balayée par les éléments. Pousser le groupe plus loin dans cette pente terminale, sous des rafales qui menaçaient de nous arracher au rocher, aurait relevé de la folie pure, voire du suicide collectif. Heureusement, la mémoire des cartes IGN ne m'avait pas trahi : juste en dessous de la crête, à quelque deux cents mètres en contrebas sur un replat rocheux balayé par les vents, se tapissait un abri de détresse.
C'était un point de secours brut, une coquille de métal jetée là pour les situations extrêmes, lorsque les cols se referment comme des pièges sur les randonneurs surpris par les sautes d'humeur de l'automne. Boris et moi avions déjà essuyé des grains mémorables, dormi dans des fissures de parois ou sous des tentes déchirées, mais cette fois, l'air était saturé d’une anxiété d'une tout autre nature. Je voyais ses mâchoires serrées. Je savais que mon pote portait sur ses épaules le poids invisible, mais écrasant, de la sécurité des deux filles.
L'historique absurde de ce voyage me revint en mémoire à mesure que nous amorcions notre descente prudente, un pas après l'autre, les genoux pliant sous la charge. Trois mois plus tôt, quand nous avions jeté les bases de ce trip, Boris était encore un célibataire endurci, un puriste qui ne jurait que par l’autonomie sauvage, le poids minimal du sac et les bivouacs d'altitude où l'on gèle en regardant les étoiles. Puis, courant août, la foudre l'avait frappé. Depuis huit semaines, il vivait une relation fusionnelle, dévorante, avec Anna. Le genre d'histoire neuve où quarante-huit heures de séparation s'apparentent à un exil insupportable, rythmée par une passion charnelle encore brutale et insatiable.
— Tu comprends, Marco... m'avait-il glissé à demi-mot autour d'une pinte de blonde dans notre rade habituel, quelques jours avant le départ, les yeux brillant du souvenir de leurs nuits.
— Je ne peux pas la laisser seule à Paris pendant quatre jours. Elle est curieuse, elle veut comprendre ce qui me pousse à grimper là-haut. Elle veut partager ça avec moi.
— T'es vraiment sûr de ton coup, vieux ? j'avais répondu, le regard plongé dans ma bière, franchement sceptique.
— La Handeck à cette saison, ce n'est pas le bois de Boulogne. Si le temps tourne, ça devient vite l'enfer.
— Ne t'inquiète pas, elle a du mental, elle est solide. Et puis, pour qu'elle ne soit pas le seul élément féminin, elle amène une copine de sa boîte. Comme ça, tu ne te sentiras pas seul.
Les yeux de Mia
C’est ainsi que Mia s'était retrouvée embarquée dans notre galère. Dès notre première rencontre à l’hôtel de la vallée, la veille du départ, elle m'avait fait forte impression. C'était une petite brune aux cheveux courts, coupés en un carré asymétrique très graphique qui soulignait la ligne fine et décidée de sa mâchoire, dégageant un cou gracieux auquel il était impossible de ne pas fixer son regard. Elle était indiscutablement magnétique. Ses grands yeux bleus, profonds, limpides comme une eau de glacier, créaient un contraste saisissant avec sa chevelure sombre et sa peau claire. Assis près du feu de cheminée du rez-de-chaussée, j’avais ressenti une pointe d'intérêt immédiat, un désir instinctif qui m'avait fait redresser le dos.
Une illusion qui s’était d'ailleurs évaporée aussi vite qu'elle était apparue. Au détour d’une question banale sur son quotidien à Paris, elle m'avait décoché un sourire d'excuse, un peu lointain.
— C'est tellement beau, ces sommets... Thomas aurait adoré. C'est mon copain, avait-elle précisé avec une candeur désarmante.
— Il est resté coincé à Paris pour le boulot. Bon, après, lui, il est plutôt branché suites de luxe et hôtels cinq étoiles que randos de l'extrême, tu vois le genre. Je crois qu'il aurait détesté le sac à dos.
J'avais hoché la tête en souriant poliment, rangeant mes espoirs au placard. Non seulement elle n'était pas un cœur à prendre, mais elle n'avait surtout aucune idée de ce qui l'attendait. Et pourtant, à l'observer lutter devant moi dans la neige, le vêtement moulé par le vent contre ses cuisses et sa taille de guêpe, sa présence physique ravivait des braises bien dures à éteindre.
Le virage vers le replat
— Les filles ! hurla soudain Boris en se retournant face à la pente, écartant les bras pour bloquer leur progression mécanique.
— On change de plan ! On n'ira pas au refuge ce soir, la crête est impraticable. On coupe à flanc vers le replat sud.
— Il y a un conteneur de secours à moins de deux minutes d'ici !
— Oh, merci mon Dieu... murmura Mia.
Ses forces l'abandonnèrent d'un coup et elle se laissa glisser, s'effondrant presque de tout son poids sur ses bâtons de marche enfoncés dans la neige molle. Sa poitrine se soulevait à un rythme effréné, la respiration saccadée dessinant sous son blouson trempé un relief troublant.
— C'est... c'est quoi comme genre d'abri ? demanda Anna. Ses mâchoires tremblaient si fort que ses dents s'entrechoquaient dans un claquement sinistre.
— Un vrai chalet ?
— Disons que c'est rustique, mais c'est parfaitement sec et étanche, lui criai-je en repassant devant pour tracer la voie dans la combe.
— Allez, mettez vos pas exactement dans les miens. Encore cinquante mètres et on est hors de danger !
La perspective de ne pas franchir le col fut accueillie avec un soulagement qui frôlait la ferveur religieuse. Leurs corps en hypothermie légère commençaient à paniquer face à l'obscurité qui dévorait les reliefs et aux assauts répétés des bourrasques. L’idée immédiate de couper la trajectoire des flocons cinglants, de s'extraire de ce tumulte et de se figer entre quatre murs fermés avait quelque chose de divin.
Le cube d'acier
L’abri, pourtant, n’avait rien d'un havre accueillant lorsque le faisceau de nos lampes frontales finit par le balayer à travers le brouillard. C'était une structure spartiate au milieu de ce cirque sauvage : un ancien conteneur d’expédition maritime en acier lourd, peint autrefois en orange fluorescent — aujourd'hui largement écaillé par le gel —, déposé là par un hélicoptère de l'armée des décennies auparavant.
Nous nous engouffrâmes à l'intérieur. Lorsque Boris pesa de tout son corps pour rabattre la porte blindée, le loquet s'enclencha dans un claquement métallique sourd, lourd, définitif.
D'un coup, le monde extérieur s'éteignit. Le hurlement furieux du blizzard se transforma en un bourdonnement sourd. Ce silence soudain nous frappa les oreilles, laissant place au seul son de nos respirations lourdes et au froissement des textiles trempés.
— Ouah... souffla Anna en laissant glisser son sac à dos qui s'écrasa sur le sol métallique.
— C'est pas le Ritz... mais j'ai l'impression d'entrer dans un palace.
Elle commença aussitôt à défaire la fermeture éclair de sa veste. Boris s'approcha d'elle pour l'aider, ses gants retirés révélant des mains rougies qui glissèrent sur la nuque d'Anna pour libérer sa chevelure poisseuse de sueur. Je vis le regard de Boris s'attarder sur le décolleté thermique ajusté d'Anna, dont le tissu synthétique, gorgé d'humidité, collait intimement à la naissance de ses seins. Il posa une main chaude sur son ventre pour la stabiliser, un geste d'une possessivité moite que la pénombre n'arrivait pas à masquer.
— En tout cas, l'air ne bouge pas, ajouta Mia, la voix encore tremblante.
Elle s'assit lourdement sur le banc de bois, les doigts engourdis luttant avec les crans de ses chaussures de montagne.
— Je n'arrive plus à défaire ces putains de nœuds... Marc, tu peux m'aider ?
Je m'agenouillai devant elle. Dans le volume restreint du conteneur, ma proximité avec ses jambes était totale. En me penchant pour attraper ses lacets congelés, mon épaule frôla la courbe de ses genoux. Une vague de chaleur émana d'elle malgré le froid. Alors que je tirais sur le cuir durci, Mia laissa échapper un petit gémissement de soulagement qui me fit dresser les poils des bras.
— Désolé si je te fais mal, chuchotai-je en levant les yeux vers elle.
Sous la lumière crue et pendulaire de la lampe frontale, ses lèvres gercées étaient entrouvertes, humidifiées par son souffle rapide. Ses yeux bleus accrochèrent les miens avec une intensité électrique, dénuée de la pudeur parisienne habituelle. Elle retira sa veste lourde, révélant la ligne tendue de ses épaules sous un simple t-shirt technique qui moulait sans détour la courbe de sa poitrine. Je devais faire un effort surhumain pour garder les yeux fixés sur ses chaussures et ne pas laisser mes mains remonter le long de ses mollets frissonnants.
Soupe de grimaces et pain de seigle
Notre dîner prit une tournure beaucoup plus frugale qu'espéré. Boris, l'esprit encore fiévreux d'avoir caressé le dos d'Anna sous sa polaire pour la réchauffer, extirpa des profondeurs de son sac un paquet écrasé. Notre banquet se résuma à un morceau de pain de seigle, quelques tranches de jambon cru et une banane amochée.
— Un dîner léger favorise un sommeil réparateur, c'est scientifiquement prouvé, plaisantai-je en m'asseyant sur le banc, tout près de Mia, sentant le choc thermique de nos deux corps serrés l'un contre l'autre pour gagner le moindre degré.
— Arrête ton cirque, Marc, répliqua Mia avec un petit rire fatigué, s'appuyant inconsciemment contre mon flanc. Son épaule pressait la mienne, et chaque mouvement qu'elle faisait pour porter le pain à sa bouche faisait glisser le tissu de son haut contre mon bras, m'envoyant des décharges d'électricité statique.
— Tu vas finir par nous faire croire qu'il y a un room service caché.
— Oh, si tu demandes gentiment, je suis sûr que Boris peut t'activer l'option massage des pieds réglementaire des guides, relançai-je, le ton bas, amusé, savourant le parfum subtil de sa peau chauffée par l'effort qui perçait sous l'odeur de la laine humide.
— Rêve toujours, grogna Boris.
Installé sur l'autre banc, il avait attrapé les pieds nus d'Anna pour les caler contre son torse, sous son propre pull, les frictionnant avec une ferveur qui tenait autant de la réanimation que du désir le plus cru. Anna laissait sa tête reposer en arrière contre la tôle, ses soupirs de plaisir gutturaux résonnant étrangement dans le petit cube d'acier.
Mia me jeta un regard complice, teinté d'une gêne amoureuse et troublante face au spectacle du couple. Dans l'espace confiné où l'air se réchauffait de nos haleines mêlées, la frontière entre la peur de la tempête et l'attraction charnelle venait définitivement de voler en éclats.
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Chapitre 3 · L'incident du sac de couchage
Dans l'abri de métal, à plus de deux mille mètres d'altitude, la température chute et les rancœurs éclatent. Entre les reproches d'Anna et de Mia à l'encontre de Boris, la dispute s'installe dans l'obscurité glacée du conteneur. Quatre randonneurs épuisés, une tempête qui gronde dehors et une question sans réponse : comment tenir jusqu'au matin ?
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