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Couverture de Le sac de couchage, par Louist
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Le sac de couchage — Chapitre 1 · Les prémices de la tempête

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Louist
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Le sac de couchage

Chapitre 1 · Les prémices de la tempête

L’étau de givre
La morsure du froid était devenue une présence physique, une lame invisible et acérée qui s’infiltrait sous les membranes étanches de nos vestes en Gore-Tex, traversait le molleton des polaires et venait mordre la laine mérinos détrempée par l’effort. Sur la crête pelée de la Handeck, à plus de deux mille quatre cents mètres d’altitude, l’air s’était raréfié en même temps qu’il s’était chargé d’une humidité glaciale, presque solide. Le ciel, qui affichait une teinte bleu de roche, limpide et arrogante, au départ de la vallée de l’Aar sept heures plus tôt, n’était plus qu’un plafond bas, d’un gris d’étain sale. Une chape de plomb qui semblait peser directement sur nos casques de protection.
— Eh bien, on dirait que le temps fait des siennes, n’est-ce pas ? demanda Boris en s’arrêtant un instant, les mains lourdement appuyées sur les poignées en mousse de ses bâtons de marche.
Il se tourna vers moi. Un sourire un peu forcé, presque une grimace, restait accroché à ses lèvres gercées. Des cristaux de givre pointus étaient déjà suspendus à sa barbe rousse de trois jours, transformant son visage familier en un masque de vieux trappeur. Malgré l’évidente gravité de notre situation, nous avons tous deux ri de bon cœur. C’était ce rire sec, nerveux, typique des montagnards qui reconnaissent le piège au moment précis où la mâchoire de fer se referme sur eux. Un rire de façade pour conjurer la peur.
— On a connu mieux comme accueil pour un mois d’octobre, j’avoue ! lui répondis-je en crachant un filet de buée qui se figea presque instantanément en paillettes blanches.
— Ne m’en parle pas, reprit-il en jetant un œil anxieux par-dessus son épaule, vers la combe qui s’enfonçait dans le brouillard. Si ça continue à souffler comme ça, on va devoir sortir les piolets juste pour ancrer nos fesses au sol et ne pas s’envoler.
Le poids des regrets
Mais au fond de nous, le cœur n’y était pas. Ce qui devait être une traversée d’automne classique — une randonnée de trois jours dans une chaîne de montagnes sauvage et escarpée que nous avions prévue de réaliser sous un anticyclone parfait — venait de basculer dans l’irrationnel. Au départ, le projet était limpide : juste nous deux. Deux amateurs de plein air chevronnés, habitués aux dénivelés assassins qui brûlent les cuisses, aux bivouacs spartiates sur la roche nue et aux décisions d’urgence face aux éléments. Nous partagions cette passion depuis nos premières années d’université, une confiance aveugle forgée à coup de relais foireux, de parois rocheuses et de couloirs de glace. On se comprenait sans parler.
Mais à présent, le tableau était radicalement, dramatiquement différent.
Dans nos pas, nous traînions deux filles à moitié gelées. Des citadines que nous avions convaincues — ou plutôt que Boris avait convaincues pour impressionner sa nouvelle conquête — que « la montagne en automne a des couleurs magiques ». Leurs forces s’étiolaient à chaque enjambée dans des conditions météorologiques qu’il nous fallait désormais appeler par leur vrai nom : un blizzard prématuré et violent. Nous avions au moins trois heures de retard sur l’horaire théorique, ce timing que nous avions pourtant calculé au millimètre près, la veille, autour d’une table basse, en traçant des lignes bleues et rouges sur les cartes IGN.
Je reportai mon regard en arrière. À trente mètres en contrebas, la silhouette d’Anna, la compagne de Boris, oscillait dangereusement. Elle luttait pour réajuster sa capuche en duvet tandis que des bourrasques à décorner les bœufs menaçaient de la lui arracher de la tête. À travers le tissu technique moulant de son pantalon de rando, on devinait malgré tout la cambrure souple de ses hanches, un contraste saisissant avec la gaucherie que lui imposait l’effort. Boris l’avait matée toute la journée avec une gourmandise non dissimulée, fasciné par la façon dont le froid semblait exacerber la rondeur de ses formes, même alourdies par les couches de vêtements.
— Boris ! Marc ! On s’arrête bientôt ? hurla-t-on depuis la combe.
C’était la voix d’Anna, ou plutôt un cri étouffé, déformé par l’épaisseur de son écharpe en laine — une hérésie thermique qui s’était transformée en bloc de glace sous l’effet de sa propre respiration.
— Mes jambes... je ne les sens presque plus ! On va mourir ici ou quoi ?
Derrière elle, fermant la marche d’un pas lourd et haché, Mia s’enfonçait jusqu’aux genoux dans une congère fraîche. Elle n’avait pas l’équipement technique d’Anna, juste un vieux blouson de ski emprunté qui soulignait de manière un peu trop évidente la cambrure de sa poitrine haletante. Malgré le gel, je pouvais voir de loin que ses tempes étaient trempées de sueur, collant de superbes mèches brunes à son front pâle. Il y avait en elle une fragilité farouche, un mélange de sensualité blessée et de défi qui me troublait au plus haut point depuis le début de la marche. Ses yeux restaient fixés sur les talons d’Anna, de manière obsessionnelle, tandis que mes propres pensées, malgré la panique qui montait, glissaient fugacement vers la chaleur de son corps, imaginant la dénuder pour la réchauffer contre la mienne dans l’intimité d’une tente.
Le choix du premier de cordée
Boris fit un pas vers moi, baissant d’un ton, même si le sifflement du vent rendait toute confidence inutile. Son regard dévia un instant vers le bas, attiré par la silhouette de Mia qui peinait à reprendre son souffle, avant de replonger dans les yeux d’Anna.
— Il fera nuit noire dans une demi-heure au plus tard, et la visibilité est déjà merdique, lâcha-t-il à contrecœur, s’efforçant de garder un ton neutre.
Il rangea l’un de ses gants de ski sous son aisselle pour essayer de redonner un peu de sensibilité à ses doigts engourdis, mettant enfin des mots sur le diagnostic que nous partagions en silence depuis le passage du dernier névé. L’obscurité en haute altitude, combinée à la neige soufflée qui effaçait la trace à mesure que nous la marquions, annonçait une perte totale de repères. Le redoutable white-out, où le ciel et le sol se confondent dans un même néant blanc.
— Je n’ose même pas imaginer le vent… là-bas, ajouta-t-il.
Son regard dévia vers le col de la face nord. À travers les rideaux de flocons horizontaux, la crête se découpait en une ombre chinoise menaçante, hérissée de corniches de neige prêtes à rompre.
Je sus exactement ce qu’il visualisait. Ce col était un entonnoir thermique, un goulot d’étranglement où l’air s’engouffrait sous pression. Si la tempête faisait déjà rage ici, dans cette combe relativement abritée, là-haut, les rafales dépasseraient sans doute les cent kilomètres par heure. Un homme debout avec un sac de vingt kilos se ferait balayer comme un fétu de paille. En tant que premier de cordée informel — c’était moi qui avais ouvert la voie toute la sainte journée — je devais trancher.
— Écoute-moi bien, dis-je en attrapant fermement la sangle de son sac à dos pour le forcer à me regarder dans les yeux. La crête est un piège mortel avec cette vitesse de vent. Et cet enfoiré de système dépressionnaire semble forcir de minute en minute.
Le vent hurla plus fort, jetant une poignée de grésil contre nos masques de ski. Je dus crier pour couvrir le vacarme.
— Même si on passait le col par un miracle absolu, on basculerait sur le versant nord-est avec le blizzard de face. Plein fouet. Sans aucune visibilité, dans le noir, c’est l’assurance de rater le sentier, de dévisser dans la barre rocheuse ou de crever d’hypothermie avant l’aube. Boris, regarde-moi. On n’y va pas. C’est fini.
C’était un aveu d’échec cuisant, et chaque mot me brûlait la gorge. J’avais pourtant passé les deux dernières heures à fantasmer sur les détails du refuge gardé vers lequel nous étions censés marcher. Je voyais d’ici la grande salle commune, le poêle en fonte qui ronfle, et surtout, l’idée de partager un lit de camp étroit avec Mia, serrés l’un contre l’autre sous les couvertures pour fuir le froid, nos peaux nues cherchant un contact brûlant au milieu de la nuit alpine.
Tout cela venait de s’évaporer.
— T’as raison, souffla Boris, les yeux fixés sur ses chaussures. Putain, ça me fait chier pour les filles... j’aurais aimé offrir à Anna une nuit romantique au coin du feu, loin de tout. Mais tu as raison. La sécurité passe avant tout.
Face à la réalité
Le confort attendrait. Les étreintes réconfortantes aussi. Je le regardai fixement à travers mes lunettes de glacier embuées par la condensation. Il hocha la tête, un lourd soupir soulevant sa poitrine, ses épaules s’affaissant un peu plus sous le poids de son sac de quatre-vingts litres.
À ce moment-là, Anna et Mia parvinrent à notre niveau. Anna se laissa tomber sur un bloc de granit enneigé, les larmes aux yeux, tandis que Mia restait debout, oscillante, le regard vide. Le froid sculptural semblait paradoxalement exacerber la beauté de leurs traits figés, le rose de leurs joues contrastant avec la pâleur cireuse de la fatigue.
— Pourquoi on s’arrête ? demanda Anna, la voix brisée par le froid et l’épuisement.
— Il faut avancer, non ? Le refuge est juste derrière cette crête, Boris ? Tu as dit qu’il était juste derrière !
Boris s’agenouilla devant elle, posant ses mains gelées sur ses épaules tremblantes, savourant inconsciemment la souplesse de son corps sous les couches de vêtements.
— Anna, écoute-moi… On ne peut pas passer le col. C’est trop dangereux avec ce vent. On fait demi-tour. On va chercher un abri plus bas, dans la forêt.
— Demi-tour ? intervint soudain Mia.
C’était la première fois qu’elle parlait depuis trois heures. Sa voix était blanche, dénuée d’émotion, ce qui était bien plus terrifiant que les larmes d’Anna.
— On a mis sept heures pour monter ici. Si on redescend dans ce noir... on va se perdre. Je ne peux plus marcher, Marc. Mes pieds... je ne sens plus mes orteils. C’est comme si je marchais sur des moignons de bois.
Je jetai un coup d’œil à Boris. Elle marquait un point. Redescendre la crête exposée en pleine nuit avec deux personnes en début d’hypothermie était presque aussi risqué que de franchir le col. Nous étions coincés entre deux abîmes.
Le plan de la dernière chance
— On ne redescend pas jusqu’à la vallée, Mia, dis-je d’un ton que je voulais le plus rassurant et direct possible, adoptant la voix du technicien qui évacue l’affect — même si l’image de son corps frissonnant blotti contre moi dans la tente d’urgence me traversa l’esprit avec une acuité brûlante.
— À vingt minutes d’ici, en contrebas du grand replat, il y a les ruines de l’ancien alpage en pierre. Le toit est effondré, mais les murs tiennent encore. On va y monter le bivouac d’urgence. On sera à l’abri du vent. On va faire chauffer le réchaud, d’accord ?
Anna leva des yeux rougis par le givre, incrédule.
— Un bivouac ? Sous la tempête ? Mais on va geler sur place !
— Non, coupa Boris en se relevant, retrouvant son autorité de montagnard tout en jetant un regard protecteur et possessif sur sa compagne. On a des sacs de couchage haute montagne et une tente d’expédition. Mais pour ça, j’ai besoin que vous fassiez un dernier effort. Vingt minutes. Pas une de plus. On reste groupés, on se tient par les sangles si le vent forcit. Marc, tu ouvres la marche. Je ferme. On ne laisse personne prendre de l’espace.
Mia hocha lentement la tête, serrant les poings dans ses gants trempés, rassemblant ce qui lui restait de fierté et d’instinct de survie. Anna, soutenue par Boris qui en profita pour la plaquer un instant contre son torse, se remit debout dans un gémissement que le blizzard étouffa aussitôt.
Je me tournai face à la tempête, baissai la tête pour présenter le haut de mon casque aux bourrasques, et plantai mon bâton dans la poudreuse blanche. Le combat pour notre peau venait officiellement de commencer.
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Chapitre 2 · L'abri de fortune
Dans la tempête qui s'abat sur la montagne, le refuge promis semble de plus en plus hors d'atteinte. Marc, Boris, Anna et Mia luttent contre les rafales, cherchant un endroit où s'abriter avant que la nuit ne les engloutisse. Quatre adultes, deux duos, des regards qui s'attardent et une promiscuité que personne n'avait anticipée. Jusqu'où les liens du groupe tiendront-ils sous la pression du froid et du désir ?
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