La Gardienne de phare
Chapitre 1
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✦ Mumu 47 La Gardienne de phare XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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La Gardienne de phare — Chapitre 1

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Mumu 47
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La Gardienne de phare

Chapitre 1

Un récit écrit avec Galaxie Rouge. Merci à lui.
L’homme jeté par la mer
Parfois, la mer avale un homme sans un murmure, et parfois elle le rejette, gorgé de sel, brisé et haletant, sur une langue de rochers où le vent mord comme une amante cruelle. Ce soir-là, elle le recrache avec violence, comme si elle avait voulu éprouver jusqu’au bout la chair de cet homme avant de le livrer à la lumière vacillante du phare.
Il a quarante-sept ans, la peau tannée par les saisons et marquée d’innombrables embruns, une barbe courte hérissée d’écume, et dans la jambe droite une douleur sourde qui cogne comme un marteau caché. La houle l’a jeté avec brutalité contre un haut rocher qui a ouvert sa chair.
Il respire à coups courts, le souffle lourd, animal, presque érotique dans son intensité contenue. Son ciré dégorge encore l’eau salée, sa chemise s’agrippe à son torse comme une seconde peau transparente qui révèle les reliefs puissants de ses muscles. Le froid s’est logé entre ses omoplates, comme une morsure persistante.
La nuit est pleine, le ciel bas, l’écume éclaire d’un trait blanc les failles du rivage. Au-dessus, à travers la pluie, une tache de lumière vacille : le phare, une promesse.
Il ne réfléchit pas. Il grimpe. Ses mains glissent sur la pierre humide, cherchent des prises, insultent le vent qui lui renvoie ses jurons. Il grimace, serre les dents, remonte quelques mètres, redescend d’un, remonte encore. Une vague plus haute lui bat les reins, manque de l’emporter.
Il s’agrippe, attend le reflux, repart. Autour de lui, rien que la mer et les angles tranchants, rien que le bruit qui couvre tout le reste. Le phare, là-haut, semble à la fois très proche et très lointain, une promesse qu’on lui tendrait tout en la retirant.
Le bâtiment surgit, massif, rond, avec sa porte de bois épais, ses volets clos comme des paupières méfiantes. La lumière continue de tourner, lente, régulière. Il frappe, une fois, deux, trois, le poing lourd, et manque de s’écrouler. Sa bouche a le goût du sang et du sel.
De l’autre côté de la porte, elle, vingt-huit ans, écoute la nuit depuis des heures. Une grande brune, les cheveux longs mal attachés par un chignon fait trop rapidement, yeux marron foncé, regard dur et visage rond. Son corps est large, ses hanches, ses cuisses, et ses fesses lui font penser à une amphore. Sa poitrine est plantureuse, proportionnelle au reste.
Elle vit ici, seule, recluse dans un univers où chaque geste prend une intensité charnelle : huiler les mécanismes comme on caresse une peau, vérifier les verres comme on dénude un regard, inscrire dans un cahier les passages de brume comme on note ses propres désirs secrets.
On lui a confié la garde du phare pour une saison, l’hiver devait être un test, elle a enchaîné le printemps, puis l’été tardif. La mer l’intimide et la fascine à la fois, comme une amante indomptable qu’elle ne peut s’empêcher de contempler. Elle n’a plus l’habitude des visiteurs.
Parfois, un technicien vient changer un joint ou une ampoule. Mais la nuit, jamais, et encore moins un souffle étranger chargé de promesses inconnues.
Quand le premier coup résonne, elle sursaute. Elle pose sa tasse, glisse une mèche derrière son oreille. Le second coup fait vibrer la poignée. Le troisième semble chargé d’une urgence animale.
— Qui est là ? appelle-t-elle, la voix plus ferme qu’elle ne se sent.
Une bourrasque lui répond. Et puis, derrière, une voix éraillée, râpeuse :
— Un homme... Naufragé.
Elle hésite, consciente que derrière cette porte, il pourrait y avoir un piège, une ruse, l’une de ces histoires qu’on murmure aux jeunes femmes pour les effrayer. Pourtant, dans cette voix rauque, elle reconnaît un poids sincère, celui de la fatigue nue, presque sensuelle dans sa vérité.
Elle décroche le loquet et entrouvre. Aussitôt, le vent s’engouffre, soulève sa robe contre ses cuisses, plie la flamme de la lampe et fait frissonner sa peau. Une silhouette surgit, massive, trempée, les yeux plissés par la pluie, un visage barré de sel, virils, et sur le pantalon une tache sombre qui s’étale, laissant deviner à la fois la blessure et la force de ce corps échoué à sa porte.
— Entrez vite.
Elle tire la porte, lui passe un bras sous l’épaule, et il se laisse guider, lourd, mais docile. Son corps dégage une odeur de mer, de fer et de chien mouillé. Dans la petite pièce du rez-de-chaussée, il y a une table, deux chaises, un poêle en fonte qui ronfle faiblement, une échelle de meunier qui monte vers la chambre et la lampe des veilles. Elle referme, pose le loquet, s’assure que la porte tient. Le bruit du vent se tasse aussitôt, comme si la maison avait remis son manteau.
— Asseyez-vous, dit-elle.
Il s’assied, ou plutôt s’effondre sur la chaise la plus proche. Il a les lèvres bleues, mais ses yeux restent clairs. Elle s’agenouille, examine la jambe. Le tissu est déchiré au-dessus du genou. La plaie est vilaine et nette.
— Je vais devoir couper, annonce-t-elle.
— Coupez, souffle-t-il.
Elle saisit les ciseaux rangés dans une boîte en fer, soulève, hésite devant la résistance du tissu gorgé d’eau, puis tranche. Le bruit sec de la lame dans la toile a quelque chose de libérateur. Le pan de pantalon tombe, dévoile la peau bicolore, striée de sel, où le sang a tracé des fleuves minces. Elle avale sa salive, observe la profondeur. La chair n’est pas béante. Les bords sont francs. Ce n’est pas joli, mais ce n’est pas mortel.
— Du désinfectant, de l’eau, des bandes, murmure-t-elle pour elle-même. Ne bougez pas.
Elle se lève, file à l’armoire basse où elle garde la trousse de secours, une bassine émaillée, du savon, des compresses, de l’éther, des bandes, une vieille chemise flanelle propre. Ses gestes reprennent un rythme connu, précis, presque sensuel dans la façon dont ses doigts choisissent et ordonnent les objets. Elle allume un peu plus le poêle, l’ardeur de la flamme projetant sur ses joues une lueur chaude, puis met de l’eau à tiédir.
Quand elle pose la bassine sur le sol et s’agenouille de nouveau, sa robe se tend sur ses cuisses, et elle sent elle-même le trouble que provoque sa proximité. Il la regarde faire, muet, happé par l’élégance de ces gestes et par la douceur qui s’en dégage. Il tremble, d’abord imperceptiblement, puis d’un frisson plus franc qui fait claquer ses dents, comme si son corps réclamait autant la chaleur de la pièce que la tendresse de ses mains.
— Vous avez très froid, dit-elle.
— Ça ira.
Elle lui jette un coup d’œil incrédule. Il sourit, un sourire fatigué.
— Comment vous appelez-vous ? demande-t-elle en déchirant les compresses.
— On m’appelle Léo. Et vous ?
Elle hésite. Donner son prénom ici, la nuit, à un inconnu... Et puis, à quoi bon mentir ? Comme s’il pouvait partir, comme si quelqu’un d’autre allait entrer.
— Alma.
Le prénom tombe entre eux, chargé d’une intimité nouvelle. Elle verse un peu d’eau, la laisse couler lentement, presque comme une caresse teste la chaleur du poignet, puis commence à nettoyer. Le sel a figé de petits cristaux brillants sur les poils de la jambe, comme des éclats précieux qu’elle effleure du bout des doigts.
— Ça pique, prévient-elle.
— J’ai connu pire.
— Je n’en doute pas.
Elle rit, nerveuse, puis reprend son sérieux. Elle imbibe une compresse de désinfectant. Quand elle l’applique, Léo tressaute.
— Désolée.
— Non. Allez-y.
Ses doigts, précis et souples, glissent avec une familiarité intime qui la trouble.
Ses mains, elles, obéissent maintenant à un instinct plus charnel qu’elle n’ose nommer. La pluie martèle les vitres avec fracas, tandis que le phare, au-dessus, continue d’envoyer sa roue de lumière dans le noir, comme un témoin silencieux de cette proximité fiévreuse.
— Il faut vous sécher, dit-elle quand la plaie est propre. Vos vêtements... ce n’est pas possible.
— Vous avez raison.
Elle dégrafe son ciré, qui tombe lourd sur le sol, laissant apparaître une chemise plaquée à sa peau comme une seconde pellicule humide. Le tissu, saturé d’eau, dessine ses muscles et accentue l’odeur de sel et de chair chaude.
Elle hésite, son souffle se suspend. Léo baisse les yeux vers ses boutons, ses doigts tremblent trop pour les défaire. Elle s’approche, lève les mains avec une lenteur volontaire, frôle le tissu détrempé, cherche dans ses yeux une autorisation muette. Il hoche la tête, un peu gêné, mais soumis à ce contact, prêt à lui offrir son abandon.
— Je vais couper, répète-t-elle doucement, parce que ça ne vient pas.
Elle glisse les ciseaux le long de la couture avec une lenteur calculée, chaque frottement du métal vibrant contre le tissu détrempé. Le tissu cède en un soupir humide, presque obscène, et la chemise s’ouvre comme une peau qu’on dénude.
Le torse apparaît, épais de muscles lents, gonflé par la respiration haletante, constellé de sel comme de fines perles sensuelles. La cage thoracique se soulève, se baisse, offrant à ses yeux le rythme intime de sa vie. Elle tente de s’astreindre à regarder la tâche, la plaie, les gestes, le linge, mais son regard revient sans cesse, attiré par le relief des épaules, la chaleur qu’elles diffusent, la virilité brute qui s’en dégage.
Ce n’est pas le corps sec des garçons de la côte, mais un corps lourd de vécu, de force, un livre de cicatrices fines qui racontent des accroches anciennes, des chutes, peut-être même la brûlure d’un feu trop proche, juste au bord de la clavicule.
— Prenez cela, dit-elle en lui tendant une serviette. Frottez tant que vous pouvez. Je vais disposer vos vêtements près du poêle.
Il obéit. La serviette râpe le sel, arrache des frissons. Elle redresse un portant, y suspend le ciré, la chemise, le pantalon, à distance raisonnable de la chaleur. La pièce sent l’algue, le fer chaud, et déjà le tissu humide qui fume.
— Vous voulez du thé ? Du bouillon ? J’ai un reste de soupe.
— Ce que vous avez. Merci.
Elle hoche la tête, allume une petite casserole, ajoute de l’eau, du reste de légumes, un peu de sel. Elle aime faire semblant que tout ceci est normal : un homme qu’on sèche, une soupe sur le feu, la liste des choses à faire qui s’ordonne. Elle préfère ça à la panique.
— D’où veniez-vous ? demande-t-elle en revenant à ses côtés, les bandes prêtes.
— De plus loin qu’il ne faudrait. Un front qui est tombé plus brutal que prévu. J’ai tenté d’abriter la proue, j’ai perdu la barre, et le reste s’est enchaîné.
— Seul ?
— Oui. C’était une erreur.
— Vous êtes vivant.
— Grâce à vous, peut-être.
Il la regarde. Elle baisse les yeux, applique la bande, passe, serre, noue. Au moment où elle croise la cuisse pour faire tenir le pan, sa main frôle la base du muscle, tout près de l’aine, là où la chaleur est la plus dense et intime.
Le tissu glisse, la serviette se déplace, et ses yeux tombent sur la nudité qu’elle n’aurait pas dû voir : un sexe massif, épais et parcouru de veines bleutées, le gland large, sombre et gonflé comme une promesse, les bourses lourdes et rondes oscillant légèrement, cerclées d’une toison drue de poils noirs encore humides de sel. Cette vision brute et virile la saisit, la transperce la brûle de l’intérieur. Ses joues s’enflamment, son souffle se bloque, ses doigts tremblent, partagés entre la pudeur et un désir qu’elle ne peut contenir.
Elle recule d’un millimètre, tente de reprendre son geste avec plus d’application, mais ses pensées s’égarent, happées par ce contact interdit et cette image obsédante. Quand elle relève la tête, il la fixe droit dans les yeux, un regard d’homme sûr de lui, presque dominant, qui la traverse et la cloue. Elle sent son ventre se contracter, une chaleur inconnue lui monter dans le corps, comme si quelque chose s’éveillait qu’elle n’avait jamais laissé paraître.
Le silence s’épaissit, chargé d’une tension nouvelle. Elle termine le bandage, coupe l’excédent, lisse du plat de la paume comme pour effacer ce frisson partagé, alors qu’au fond d’elle, le trouble ne cesse de grandir.
La soupe bouillonne. Elle se lève, verse dans un bol, souffle, pose sur la table. Léo se penche, respire la vapeur, et ses épaules se détendent d’un rien. Il boit, d’abord avidement, puis plus lentement, comme si chaque gorgée rappelait quelque chose de simple et de vieux : le goût du sel, du poireau, d’un peu de pommes de terre écrasées.
Elle s’assied en face, les mains autour de sa propre tasse.
— Vous n’avez pas peur ? demande-t-il soudain.
— De quoi ?
— D’ouvrir votre porte à un inconnu, en pleine nuit, sur une île où personne ne vous entendrait si vous criiez.
Elle réfléchit, troublée. La question ne l’avait pas encore traversée, ou bien elle l’avait repoussée, comme on chasse une pensée dangereuse. Pourtant, au creux de sa poitrine, quelque chose vibre. Elle sent une chaleur sourde, inconnue, se diffuser dans son ventre, comme si le simple fait d’imaginer le risque réveillait un désir secret qu’elle n’avait jamais osé nommer.
— Si, un peu, répond-elle honnêtement. Mais il y a la mer. On n’ignore pas la mer. Je me suis dit... je verrai bien.
— Vous verrez bien, répète-t-il, comme s’il goûtait les mots.
Ils se taisent. Le bruit de la tempête remplit l'espace sonore. Alma ramasse la bassine, change l’eau, lave les instruments, les range. Elle aime la précision du rangement après l’action, comme la façon dont on replie un plan une fois la route trouvée.
— Vous pourrez dormir ici, dit-elle en montrant une banquette étroite près du mur. J’ai une couverture en plus.
— Je ne veux pas vous déranger.
— C’est déjà fait.
Elle sourit pour adoucir la phrase. Il répond avec un sourire en coin qui éclaircit son visage fatigué. Quand elle lui tend la couverture, leurs doigts se touchent. Sa main à lui est sèche malgré l’humidité, chaude, étonnamment douce au centre, rugueuse sur le bord des phalanges.
Elle voudrait retirer la sienne, mais n’y parvient pas, comme si un lien invisible la retenait prisonnière de ce contact. Leurs paumes s’attardent, un frisson remonte le long de son bras, gagne sa nuque et l’enflamme.
Troublée, elle finit par rompre le geste, se redresse trop vite, recule de deux pas, le cœur affolé. Le poêle a pris de la vigueur ; il rayonne une chaleur compacte qui semble répondre à celle qui vient de naître en elle et qui repousse les angles morts.
— Merci, dit Léo. Pour la porte, pour la jambe, pour la soupe.
— Ça fait beaucoup de choses à remercier, note-t-elle.
— C’est beaucoup de choses, répète-t-il, et ses yeux se posent sur elle une seconde de trop. Puis il se cale contre le dossier, ferme un instant les paupières, respire.
Elle l’observe sans insister, comme on regarde longtemps la mer sans fixer un point, mais ses yeux reviennent malgré elle sur la carrure virile de cet homme, ses épaules larges, son torse puissant, ses muscles encore luisants de sel.
Dans son esprit, une image la hante, brutale et charnelle : son sexe dur, épais, veiné, le gland gonflé, les bourses lourdes et rondes, la toison sombre qui enserrait cette verge imposante.
La vision l’envahit, la traverse comme une vague de chaleur. Elle sent son ventre se contracter, ses cuisses se serrer, consciente qu’elle est en pleine ovulation et que son corps entier réclame avec une violence animale.
Ses pensées s’enflamment, elle s’imagine sa main glissant sur cette queue énorme, la serrant, en pesant le poids, en découvrant la force qui s’y cache. Le trouble la dévore, une moiteur s’installe entre ses cuisses, et elle comprend qu’elle ne pourra pas facilement effacer ce désir obsédant.
Elle remet une bûche, ajuste le tirage, espérant calmer ce feu qui l’embrase. Ses propres épaules se détendent, mais son esprit, libre de ses gestes, est prisonnier de ces images obsédantes. Elle se répète que la nuit est longue, que la tempête n’a pas fini de tirer des cordes invisibles sur les vitres, et qu’ici, le monde devrait n’être fait que de choses concrètes, mais son corps, lui, réclame déjà autre chose.
— Vous vivez seule ? demande Léo, la voix plus basse.
— Oui. Enfin, il y a les oiseaux, les rats parfois, les lampes et les cahiers. Et la lanterne au-dessus qui ne dort jamais.
— Vous ne vous ennuyez pas ?
— Parfois. Mais la mer a beaucoup de visages. On peut les apprendre. Certains jours, elle a l’air de s’excuser. D’autres, elle crie pour qu’on la regarde. Elle ment souvent. Elle ne dit pas toujours ce qu’elle prépare.
— Aujourd’hui, elle m’a menti, confirme-t-il.
— Aujourd’hui, elle vous a rendu.
Elle se surprend de sa propre phrase, comme si elle avait laissé s’échapper une confession intime. Elle n’ose pas vérifier ce qu’elle a mis dedans ni le feu qu’elle a laissé transparaître. Ses doigts fébriles attrapent le cahier posé sur l’étagère, et la plume glisse, mais son esprit n’est pas au service de la routine : elle trace la date, la hauteur du vent, la visibilité, l’heure approximative du « contact », tout en sentant encore le poids du regard de Léo sur sa peau. Elle note « naufragé », « blessure jambe droite », « assistance », des mots secs, administratifs, mais ses pensées, elles, brûlent d’images : la chaleur de ses épaules, l’odeur de sa chair, la vision obsédante de ce sexe lourd et palpitant. Elle tremble, consciente d’inscrire une façade neutre, alors que dans la pièce, tout son corps se souvient de la gravité nouvelle qu’il a imposée.
Il se redresse avec précaution, teste la jambe. La bande tient. Il pose le pied au sol, prudence de bête blessée. Alma se lève aussitôt, prête à soutenir si ça cède. Il y parvient. Il garde la couverture sur les épaules, un peu comme un manteau de fortune.
— La banquette est un peu courte, prévient-elle.
— J’ai dormi sur pire.
— Et mieux ?
— Il y a longtemps.
Elle ne demande pas « avec qui » ni « où ». Ce serait ouvrir d’autres portes. Elle préfère la mécanique simple : elle sort un coussin, secoue la poussière, le glisse, ajuste la couverture aux pieds. Il s’allonge, grimace, trouve une position, soupire. Son profil se découpe à la lueur du poêle, plus apaisé. Alma sent un nœud qu’elle n’avait pas vu se défaire dans sa nuque.
— Je vais m'allonger sur le lit, dit-elle enfin.
— Dormez un peu, Alma.
Il prononce son prénom sans précaution, comme on dit un mot simple qu’on a aimé dès la première fois. Elle se force à ne pas voir la chaleur sous la couverture, la force des épaules, l’ombre du torse, tout ce qui l’a traversée quand ses ciseaux ont déchiré la chemise.
— Bonne nuit, dit-elle.
— Bonne nuit.
Elle passa dans la salle d'eau, où elle ôta sa robe humide, se sécha puis enfila une robe de chambre. Elle entra dans la chambre, son lit de fer, une couverture rugueuse, une lucarne ronde où glisse parfois le reflet de la lanterne. Les sons de la tempête arrivent étouffés, comme s’ils avaient compris qu’ici, il fallait parler plus bas. Elle appuie le front contre la vitre froide, regarde la lumière tourner, lente, invariable. Son cœur bat encore trop fort. Elle pense à la main qui a frôlé, à la chaleur. Elle pense à ses propres doigts sur la bande, aux gestes sûrs qui masquent le reste.
Elle souffle, se couche, garde les yeux ouverts. Par la porte, elle distingue la lumière de la pièce principale. De temps en temps, le bois craque sous une rafale. Elle tend l’oreille. Une toux, une respiration plus profonde. Vivant. Elle ferme les paupières.
Léo ne dort pas immédiatement. La couverture garde la chaleur d’Alma au bout de ses doigts, ou c’est son imagination. Il se souvient de la vague qui l’a jeté, du rocher qui l’a pris, du chant bref de la douleur.
Il se souvient de la porte, de la lumière, des mains sur son corps, et surtout de cette femme, troublante dans sa simplicité, dont les seins lourds et pleins l’obsèdent déjà, qu’il imagine roulés dans ses paumes, la pointe de ses doigts pinçant ses aréoles durcies. Il revoit ses hanches larges et fécondes, ses reins cambrés, ce cul ferme et offert qu’il rêve de soulever d’une poigne brutale pour le sentir battre contre son bas-ventre. Dans ses pensées, son corps se plie déjà à lui, se livre sans défense, et le désir brut l’envahit.
Ses pensées sont charnelles, brutes, empreintes de désir. Il sait reconnaître la peur chez les autres ; il n’a pas vu de peur dans ses yeux, seulement une décision nette, et cela l’excite davantage. Il regarde le plafond bas, suit le balancier de la lueur qui passe. Son corps se relâche, morceau par morceau, ce qu’il tenait encore. La jambe lance par à-coups, mais la chaleur du poêle étire ces pointes en un filament plus tolérable, tandis que son sexe pulse encore, durci par l’image de cette gardienne du phare.
Au matin, ils auront d’autres phrases, d’autres gestes. Pour l’instant, tout se tient dans la proximité, l’odeur de sel et de sang, le feu qui travaille les vêtements lourds, le bois qui se détend, et le battement régulier de la lumière du phare qui tourne, tourne, sans rien promettre de plus qu’une veille. Alma ne dort qu’à moitié ; Léo s’endort par fragments. Entre eux, la tension n’a pas de nom encore. Elle s’allonge, calme, et attend avec eux la coupe pâle de l’aube.
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Celtica
19 septembre 2026 à 12:13
Chapitre lu cette nuit.

Franchement. C'est un récit très bien écrit. C'est trop rare ici. Et tu as réussi à ce que l'on soit pressé de lire la suite. Ce que j'ai fait aussitôt après...
Soyez respectueux
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Don Corleone
18 septembre 2026 à 11:04
J’adore !!!
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VirginiaD
22 août 2026 à 20:44
Bravo ma chère Mumu. Très bon début j'aime beaucoup.
Bises
V
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Animal_75013
21 mars 2026 à 09:18
Wahou... J'avais raté cette histoire il y a 6 mois. Quelle erreur. Toute une première partie qui campe les protagonistes avec clarté et une exactitude. Une très belle description du corps de Léo. Celui d'Alma n'est que suggéré. On en apprendra plus plus tard j'imagine.
Mais la description du phare et de cette vie d'ascète de gardienne...
Ca me rappelle le phare des sanguinaires de Daudet.
Merci pour cette première histoire.
Commentaire écrit avant le chapitre 2. Je me laisse le temps de le découvrir.
Soyez respectueux
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Osisme
5 janvier 2026 à 01:22
Très beau début
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Camille80
10 novembre 2025 à 08:48
Bonjour
J adore votre recit . J ai pris beaucoup de plaisir a le lire
Bises
Soyez respectueux
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caribonex
9 novembre 2025 à 16:34
Excellent début bravo. Sujet, ambiance, montée des différents sentiments, je me jette sur la suite.
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bovarius3
9 novembre 2025 à 05:35
Wahou mumu, mais je n'ai pas envie de t'appeler ainsi, souvenir de la fille de nos meilleurs amis, qui appelait ainsi sa maman, et tu n'es pas Hermance, toi!
Quel merveilleux récit, avec des mots choisis avec précision ,avec amour ,je dirais. Tu nous plonges dans la tempête, la douleur ,l'instinct de survie, puis la chaleur à l'intérieur du phare ,la vie sauvée ,la précision des gestes qui soignent, et enfin le trouble, le désir de la femme.
C'est curieux ,j'ai lu beaucoup de textes de femmes, mais aucun n'a su rendre le désir féminin comme tu l'as fait, avec sa simplicité, son évidence.
Et surtout pour moi, ce désir féminin ,ça fait si longtemps que je ne l'ai pas ressenti.
Soyez respectueux
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Photo de profil de Celine92380
Celine92380
30 octobre 2025 à 22:34
Excellent debut de ton histoire Mumu avec une très belle description des lieux et des acteurs !
Tu as vraiment une très belle écriture et très poétique.....j'adore !
Ton texte est superbement bien écrit avec beaucoup de détails !
Tu aimes être très précise et l'évolution très lente de ton recit nous fait bien imaginer la monté du désir chez tes deux personnages !
Quelle belle description du désir naissant d'Alma en voyant ce beau sexe viril du naufragé !
Hhuumm je crois bien que toutes les femmes n'y resisteraient pas non plus....Lol !
Vivement la suite pour voir si l'inevitable va bien se dérouler...Lol !
Modifié 30 octobre 2025 à 23:03
Soyez respectueux
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Galaxie rouge
26 octobre 2025 à 11:14
Cool, cela fait plaisir de voir l'histoire. :)
Soyez respectueux
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