Fantasme
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Rebecca et le désir de l'abandon — Chapitre 4 · Aller plus loin
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Rebecca et le désir de l'abandon
Chapitre 4 · Aller plus loin
La maison avait retrouvé son calme depuis près d'une heure lorsque Rebecca s'accorda enfin le droit de se poser.
Sa fille dormait et Jérémie s'était installé dans le salon, absorbé par un documentaire dont il suivait les explications avec cette concentration tranquille qui le rendait presque imperméable au reste du monde. Dans la cuisine, quelques assiettes attendaient encore d'être rangées et le linge sorti du sèche-linge occupait une place indue sur une chaise. Rien d'inhabituel. Une soirée ordinaire, avec ses petites obligations en suspens et cette impression familière que la journée n'était jamais tout à fait terminée.
Rebecca aurait pu se lever, débarrasser la table, plier le linge et préparer les affaires du lendemain. Elle savait accomplir tout cela sans même y penser, et il y avait une satisfaction bien réelle à voir les choses rentrer dans l'ordre.
Pourtant, elle s'affala dans le fauteuil face à la télévision, son téléphone posé près d'elle.
Depuis qu'elle avait quitté la maison de Didier, leur conversation lui revenait régulièrement à l'esprit. Elle n'avait pas eu de révélation soudaine, pas davantage trouvé de réponse à toutes ses interrogations. Elle ignorait toujours jusqu'où elle aurait envie d'aller et ce que cette découverte pourrait changer dans sa vie. La question de son couple restait entière, tout comme celle de la place que Didier pourrait prendre dans cette démarche.
Mais elle commençait à distinguer ce qui, jusque-là, s'était confondu dans ses pensées.
Elle ne voulait plus se contenter de tourner autour de son désir comme s'il s'agissait d'une curiosité dont elle aurait dû s'excuser.
Elle avait envie de découvrir la soumission auprès d'un homme dominant. Pas simplement d'en parler, ni d'en comprendre les mécanismes à travers ce qu'Amandine lui racontait de sa propre expérience. Elle voulait savoir ce qu'elle éprouverait, elle, lorsqu'un homme prendrait les choses en main parce qu'elle aurait choisi de lui en accorder la possibilité.
Cette envie lui appartenait. Elle n'avait pas à la rendre plus raisonnable pour avoir le droit de la reconnaître.
Restait à l'assumer devant quelqu'un d'autre.
Elle jeta un coup d'œil à Jérémie. Il n'avait pas quitté l'écran des yeux, mais elle sourit en voyant la manière dont il fronçait les sourcils devant une explication particulièrement technique. Elle connaissait cette expression depuis des années, comme elle connaissait ses petites habitudes, ses silences et cette façon qu'il avait de lui raconter ensuite, avec un enthousiasme inattendu, les détails les plus obscurs d'un documentaire.
Leur vie lui convenait. Elle aimait cet homme, leur fille, la complicité patiemment construite au fil des jours. Son désir de découvrir autre chose ne faisait pas disparaître tout cela. Il ne signifiait pas non plus que leur histoire lui apportait moins qu'avant.
C'était peut-être ce qui rendait la question si difficile à regarder en face : elle ne cherchait pas à combler un manque qu'elle aurait pu désigner du doigt. Elle avait simplement découvert une envie qui ne trouvait pas encore sa place parmi les autres.
Elle déverrouilla son téléphone et ouvrit une nouvelle conversation. Avec Didier.
Elle commença par une formule banale, l'effaça et recommença. Cette fois, elle ne voulait pas chercher la phrase parfaite. Elle voulait dire ce qu'elle avait à dire.
Elle relut son message, corrigea une tournure, hésita encore quelques secondes, puis l'envoya avant de pouvoir trouver une nouvelle raison de le repousser.
Elle relut une dernière fois le texte envoyé. Une étrange sensation l'envahit, celle d'avoir franchi une porte sans savoir ce qu'elle trouverait de l'autre côté.
Puis elle posa le téléphone sur la table.
— Tu as l'air bien pensive, ce soir.
La voix de Jérémie la fit légèrement sursauter. Elle releva la tête.
— Je réfléchissais.
— À quelque chose de compliqué ?
— À quelque chose de compliqué ?
Elle esquissa un sourire.
— Un peu.
Il la regarda une seconde, comme s'il hésitait à poser une autre question, puis reporta son attention sur le documentaire. Ce geste familier la toucha plus qu'elle ne l'aurait cru. Elle se rapprocha de lui et posa brièvement la main sur son avant-bras. Il lui adressa un sourire distrait, mais sa main vint recouvrir la sienne avant de retourner se poser sur le canapé.
Ce simple contact lui rappela tout ce qu'elle n'avait aucune envie de perdre.
Son désir n'en devenait pas moins réel. Il lui faudrait simplement comprendre comment l'accueillir sans faire comme s'il était séparé du reste de son existence.
***
La réponse de Didier arriva le lendemain matin, alors que Rebecca s'apprêtait à partir travailler.
Elle cherchait ses clés lorsqu'une notification apparut sur son écran. Elle s'immobilisa, puis se reprit presque aussitôt. Elle n'allait tout de même pas se comporter comme une adolescente attendant un message amoureux.
Ce n'était pas cela.
Enfin, pas exactement.
Elle ouvrit la conversation.
Rebecca relut le message, les sourcils légèrement froncés.
Sa première réaction fut presque de l'agacement.
Elle lui avait écrit. Elle avait pris l'initiative de lui ouvrir une porte, de reconnaître quelque chose qu'elle avait longtemps gardé dans un coin de son esprit. Et voilà qu'il lui demandait de recommencer, mais autrement. De préciser ce qu'elle voulait, comme si son premier message n'avait pas été suffisamment clair.
Elle posa son téléphone, récupéra ses clés et fit deux pas vers l'entrée avant de revenir le chercher.
Ce n'était pas la réponse qu'elle avait espérée. Elle aurait préféré une proposition concrète, une invitation, quelque chose qui lui aurait permis de s'appuyer sur une étape suivante plutôt que de rester seule face à ses pensées.
Pourtant, elle ne pouvait pas prétendre ne pas comprendre ce qu'il avait remarqué.
Même en reconnaissant son désir, elle avait pris soin de détailler ce qu'elle ignorait, les limites qu'elle n'avait pas encore définies et les incertitudes qu'elle ne pouvait pas lever. Tout cela était vrai. Mais elle s'en était aussi servie pour atténuer la portée de sa demande, comme si elle devait immédiatement en justifier les réserves.
Elle connaissait ce réflexe. Au travail, il faisait d'elle quelqu'un de fiable. Dans sa vie familiale, il lui permettait de prévoir les problèmes avant qu'ils ne surgissent. Avec ses amis, il la plaçait volontiers dans le rôle de celle qui écoute, qui conseille et qui trouve une solution lorsque les autres hésitent.
Elle ne détestait pas cette place. Elle en tirait même une certaine fierté.
Mais elle commençait à comprendre qu'elle ne savait pas toujours la quitter, y compris dans les moments où elle aurait aimé ne plus avoir à tout prévoir.
Elle n'avait aucune envie de préparer un argumentaire pour convaincre Didier qu'elle était une candidate sérieuse à la soumission. Elle ne voulait pas davantage lui servir les réponses qu'elle imaginait qu'il attendait.
Elle voulait parvenir à dire ce qu'elle désirait, même si les mots lui semblaient trop directs, même si cela la mettait mal à l'aise.
Elle reprit son téléphone et commença à écrire. Deux lignes plus tard, elle s'arrêta. Le réflexe était revenu presque aussitôt : trouver les mots justes, éliminer ce qui pourrait être mal compris, anticiper les questions avant même qu'on les lui pose.
Elle effaça tout.
Cette fois, elle allait réfléchir avant de répondre. Non pour rendre son désir plus acceptable, mais pour comprendre ce qu'elle voulait vraiment lui demander.
Elle glissa le téléphone dans son sac et partit travailler.
La matinée passa avec son cortège de demandes, de coups de fil et de petits imprévus. Rebecca s'y consacra avec son efficacité habituelle, mais la question de Didier ne la quitta jamais tout à fait.
Qu'attendait-elle réellement de cette expérience ?
La réponse semblait évidente, tant qu'elle se contentait de la formuler en quelques mots : elle voulait découvrir la soumission.
Mais qu'est-ce que cela signifiait pour elle, au-delà de cette formule ?
Elle ne rêvait pas nécessairement de situations extrêmes. Elle ignorait encore quelles pratiques l'attireraient ou la rebuteraient une fois confrontée à la réalité. Elle ne cherchait pas non plus à devenir quelqu'un d'autre, encore moins à reproduire exactement ce qu'Amandine pouvait vivre avec Didier.
Ce qui l'attirait se situait d'abord ailleurs.
Elle laissa la question mûrir au fil de la journée, sans chercher à lui imposer une réponse immédiate. Certaines idées lui venaient naturellement, d'autres lui semblaient encore trop floues pour être formulées. Elle les laissa se préciser, puis s'en détourna chaque fois que le travail réclamait son attention.
À la fin de la journée, elle n'avait pas répondu à toutes ses interrogations, mais une première question avait fini par s'imposer. Elle attendit la fin du dîner et que la maison ait retrouvé un peu de calme pour s'installer sur le bord de son lit et reprendre son téléphone.
Elle savait ce qu'elle voulait lui écrire. Du moins, elle le croyait. Pourtant, au moment d'ouvrir leur conversation, elle sentit revenir cette vieille habitude qui consistait à peser chaque mot, à anticiper les réactions et à écarter tout ce qui risquait de la rendre trop vulnérable.
Elle soupira, effaça les quelques mots qu'elle venait de taper et recommença.
Cette fois, elle ne voulait pas lui livrer une nouvelle explication de ses motivations. Didier les connaissait déjà. Ce qu'elle souhaitait, désormais, c'était savoir ce que leur conversation pourrait devenir si elle acceptait de franchir un pas supplémentaire.
Elle se lança.
Elle relut le message, s'attarda un instant sur la dernière phrase, puis appuya sur envoyer.
Une fois le message parti, elle éprouva le besoin de se lever. Elle fit quelques pas dans la chambre, remit machinalement en place un vêtement posé sur une chaise, puis revint s'asseoir. Elle venait de demander à Didier de ne pas lui faciliter systématiquement les choses ; il aurait été assez malvenu de vouloir déjà maîtriser la suite de leur échange.
Lorsqu'une vibration retentit, elle se saisit aussitôt de son téléphone.
Rebecca eut un petit sourire en arrivant à la fin du message. Il avait répondu à sa question, mais pas de la manière qu'elle avait imaginée. Elle aurait aimé en savoir davantage sur ce qu'il attendait d'elle. À la place, il lui proposait de le découvrir par elle-même, tout en lui faisant comprendre qu'il ne prendrait pas à sa charge chacune de ses hésitations.
Elle posa un instant le téléphone sur ses genoux.
Un dîner chez lui, sans Amandine. La perspective rendait soudain leur projet beaucoup plus concret. Jusqu'ici, elle avait pu se réfugier dans les mots, dans les hypothèses et dans les discussions. Accepter cette invitation, c'était consentir à se retrouver face à Didier dans un contexte différent, sans son amie pour servir de trait d'union entre eux.
Elle ne pouvait pas prétendre ne rien ressentir à cette idée. Une certaine appréhension se mêlait à une curiosité plus vive encore.
Les précisions de Didier l'avaient également amenée à considérer leur projet sous un autre angle. Il ne lui proposait pas une parenthèse secrète, une relation dont ils auraient seuls à connaître les contours. Amandine en ferait partie, même si elle n'était pas présente à chacune de leurs conversations. Rebecca ne savait pas encore ce que son amie penserait de cette perspective, et elle préférait ne pas présumer de sa réaction. Mais elle comprenait que Didier ne souhaitait pas avancer en laissant cette question dans l'ombre.
Cette exigence la rassurait, tout en lui rappelant que son désir ne concernait pas seulement les deux personnes qui échangeaient ces messages.
Elle reprit son téléphone.
Elle envoya le message sans le relire.
Cette fois, elle ne chercha pas à corriger sa formulation ni à atténuer ce qu'elle venait d'affirmer. Elle avait donné sa réponse. Didier pouvait en penser ce qu'il voulait ; elle n'avait pas écrit pour obtenir une approbation.
Elle quitta la chambre et rejoignit Jérémie dans le salon.
Il était installé devant la télévision, les jambes étendues sur la table basse. Lorsqu'il la vit apparaître, il se déplaça légèrement pour lui faire une place. Rebecca vint s'asseoir contre lui et posa la tête sur son épaule. Il passa un bras autour d'elle, avec la simplicité d'un geste mille fois répété.
Elle ferma les yeux quelques secondes.
Elle aimait cette vie, cette familiarité, cette tendresse qui n'avait pas besoin d'être démontrée pour être réelle. Rien de ce qu'elle venait d'écrire à Didier ne changeait ce qu'elle éprouvait pour son mari. Cela ne répondait pas non plus aux questions que cette démarche soulèverait tôt ou tard.
Elle savait pourtant que son propre désir ne suffisait pas à rendre cette démarche anodine. Didier lui avait parlé de la place d'Amandine avec une franchise qui l'empêchait de considérer leur projet comme une affaire ne concernant qu'eux deux. Rebecca devrait, elle aussi, réfléchir à ce qu'elle était prête à assumer dans sa vie personnelle, et à la manière dont cette exploration pourrait s'accorder avec son mariage. Elle n'avait pas encore de réponse à cette question. Pour l'instant, elle savait seulement qu'elle ne voulait pas se mentir sur ce qu'elle désirait.
Le téléphone vibra contre sa cuisse.
Rebecca ne le consulta pas immédiatement. Elle resta encore un instant contre Jérémie, puis se redressa doucement.
— Tu vas te coucher ? demanda-t-il.
— Dans quelques minutes.
— Dans quelques minutes.
Elle l'embrassa sur la joue avant de retourner dans la chambre.
Assise sur le lit, elle déverrouilla son écran. Le nouveau message de Didier l'attendait.
Rebecca sentit un frisson lui parcourir les épaules.
Il avait trouvé le moyen de transformer une invitation en défi. Une partie d'elle aurait préféré qu'il se montre plus encourageant, qu'il lui donne quelques assurances supplémentaires avant de la pousser à s'interroger de nouveau. Une autre, moins facile à reconnaître, appréciait qu'il ne se contente pas de lui dire ce qu'elle avait envie d'entendre.
Elle posa le téléphone sur le lit et se leva pour se déshabiller. Lorsqu'elle eut enfilé son pyjama, elle revint s'installer sous la couette, puis récupéra son appareil.
Elle aurait pu lui répondre qu'il avait raison. Elle aurait pu reconnaître une nouvelle fois son penchant pour la prudence et lui promettre de faire des efforts.
Mais cette réponse aurait encore consisté à se placer dans le sillage de ses observations.
Or, il ne la connaissait pas aussi bien qu'il le pensait. Il avait vu ses hésitations, ses précautions et sa tendance à analyser chaque situation. Il n'avait pas encore eu l'occasion de découvrir ce qui se passait lorsqu'elle décidait réellement de quelque chose.
Elle commença à écrire.
Elle relut son message. La dernière phrase lui arracha un sourire discret. Elle ne savait pas si Didier y verrait de l'assurance, de l'entêtement ou une manière de lui tenir tête. Peut-être un peu des trois.
Elle appuya sur envoyer.
Puis elle posa le téléphone sur la table de nuit et éteignit la lumière.
Dans l'obscurité, elle repensa brièvement à leur échange. Elle ne savait pas encore ce que Didier lui demanderait lors de leur prochain rendez-vous, ni comment elle réagirait lorsqu'elle serait confrontée à des questions auxquelles elle n'aurait pas eu le temps de préparer ses réponses.
Pourtant, elle n'avait plus envie de revenir sur sa décision.
Elle avait accepté le dîner. Elle avait exprimé son désir sans chercher à le rendre plus raisonnable, et elle venait de répondre à Didier sans se contenter d'acquiescer à ce qu'il disait d'elle.
C'était peu, peut-être, à l'échelle de ce qu'elle souhaitait découvrir.
Mais c'était un début qui lui appartenait.
Rebecca ferma les yeux, avec cette curieuse sensation d'avoir à la fois quelque chose à redouter et quelque chose à attendre.
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Commentaires ()
Merci pour cet éclairage.
Et toujours si bien exprimé !