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Couverture de Rebecca et le désir de l'abandon, par Amandine_in_wonderland
Couverture de Rebecca et le désir de l'abandon, par Amandine_in_wonderland
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Fantasme
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Rebecca et le désir de l'abandon — Chapitre 3 · Une porte entrouverte

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Écriture avec assistance partielle d'une IA — Cette information est librement déclarée par l'auteur, elle n'a pas été vérifiée.

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Rebecca et le désir de l'abandon

Chapitre 3 · Une porte entrouverte

Dix jours s'étaient écoulés depuis l'après-midi que Rebecca avait passé avec Amandine, et pourtant, certaines phrases de leur conversation lui revenaient encore avec une insistance qui finissait par l'agacer elle-même.
Elle avait repris le cours habituel de sa vie. Les journées de travail, les courses, le ménage, la popote et toutes ces petites obligations familiales qui semblaient se renouveler comme le supplice de Tantale à mesure qu'elle les rayait de sa liste. Son mari, sa fille, la maison, tout était resté à sa place. Rien, dans son quotidien, ne justifiait qu'elle se sente différente.
Et pourtant, quelque chose avait changé.
Ce n'étaient pas seulement les confidences d'Amandine, ni même les images que son imagination s'était plu à faire naître depuis. C'était plutôt que l'idée s'était installée en elle, discrète mais tenace. Elle pourrait peut-être, elle aussi, découvrir cette facette d'elle-même qu'elle avait toujours gardée à distance.
L'idée la séduisait autant qu'elle l'inquiétait.
Elle avait beau se répéter qu'il ne s'agissait encore que de curiosité, elle savait désormais que ce n'était pas tout à fait vrai. Elle avait commencé à envisager la possibilité d'essayer. Pas demain, pas nécessairement avec qui que ce soit, mais un jour, peut-être. Et cette simple perspective suffisait à faire naître en elle un mélange déroutant d'impatience et de culpabilité.
Car il y avait Jérémie.
Elle l'aimait. Leur vie n'était pas parfaite, mais elle était la leur, construite au fil des années, avec ses habitudes, ses souvenirs, ses petites complicités et tout ce qui les reliait. Il était le père de sa fille, l'homme avec qui elle partageait son quotidien. Elle n'avait aucune envie de balayer cela d'un revers de main.
Alors pourquoi éprouvait-elle le besoin d'aller voir ailleurs pour quelque chose qui n'était même pas un fantasme il y a un mois de ça ?
Cette question la poursuivait jusque dans les moments les plus ordinaires. Parfois, elle se surprenait à imaginer ce que ce serait de se retrouver face à un homme qui la ferait obéir comme une parfaite soumise. Elle chassait alors cette pensée, presque honteuse, avant de la voir revenir quelques heures plus tard.
Et il y avait eu ce mardi soir, surtout. Jérémie en déplacement jusqu’au jeudi, leur fille endormie au bout du couloir, la maison enfin silencieuse.
Rebecca s’était couchée tôt, un livre ouvert sur le ventre dont elle n’avait pas lu une ligne. Sous l’éclairage tamisé de sa chambre, les paroles d’Amandine revenaient dans son esprit. Il me dit exactement ce qu’il attend de moi. Je n’ai pas à penser. Je n’ai qu’à ressentir. Elle posa le livre, éteignit la lampe, se tourna sur le côté, puis sur le dos.
Sa main, d’abord, ne fut qu’un geste distrait posé sur son ventre. Elle la laissa là, comme on laisse une porte entrouverte pour voir si quelqu’un va entrer.
Elle ne faisait plus cela que rarement, et jamais comme ça. D’ordinaire, c’était rapide, discret, expédié entre deux obligations, avec la même efficacité qu’elle mettait à tout. Cette nuit-là, elle ne chercha pas à gagner du temps.
Elle fit glisser sa main sous l’élastique de son pyjama, lentement, et ferma les yeux.
Il y avait une voix. Calme, grave, sans éclat, qui n’appartenait à personne. Elle se surprit à lui donner un visage : celui de Didier. Ne bouge pas. Elle ne bougea pas. Écarte les genoux. Dans le noir, sous la couette, elle écarta les genoux, et ce petit geste, si simple, lui arracha un frisson qui parcourut sa colonne vertébrale.
Ses doigts trouvèrent d’eux-mêmes l’entrée de son minou. Elle était déjà humide, et cette découverte la fit rougir toute seule dans l’obscurité. Elle suivit le contour de ses lèvres, remonta effleurer son clitoris, un instant, presque par politesse. Elle avait compris depuis longtemps que, chez elle, il ne servait qu’à préparer le terrain. Son plaisir venait de son vagin, pas de son petit bouton.
Elle glissa un doigt en elle, puis deux. C’était bon, mais ce n’était pas ça. Et la voix, dans sa tête, le sut avant elle.


Tu sais de quoi tu as besoin. Ouvre le tiroir.
Elle se figea. Elle savait ce qu’il contenait, tout au fond, sous les mouchoirs et le baume à lèvres : une pochette de tissu noir, une vieille curiosité achetée en ligne un soir d’ennui, il y avait des années, utilisée deux fois, rangée aussitôt avec la même application qu’on met à cacher une bêtise. Elle n’y avait pas touché depuis longtemps.


Ouvre-le.
Le tiroir grinça dans le silence. Elle retint son souffle et tendit l’oreille vers le couloir. Rien. Elle trouva la pochette à tâtons, en sortit l’objet : un jouet en silicone souple, lisse et légèrement incurvé qui tenait dans sa paume avec une évidence presque gênante.


Écarte davantage tes cuisses. Ne te presse pas.
Elle le posa contre elle, et son corps se tendit tout entier, comme s’il l’attendait depuis des semaines. Elle l’enfonça centimètre par centimètre, la bouche entrouverte, les yeux fermés, sentant ce gode ouvrir ce qui, depuis des mois, n’attendait que ça. Quand il fut entièrement en elle, elle ne put retenir un long gémissement qu’elle étouffa dans l’oreiller. Elle était pleine, remplie par le silicone qui caressait ses muqueuses. Ses muscles se refermèrent autour du jouet en une contraction involontaire, et un frisson la secoua des cuisses à la nuque.


Ne bouge pas. Reste comme ça.
Elle resta. Elle sentait son cœur battre au creux de son ventre, dans cette chaleur lourde, mouillée, que le silicone épousait. La voix lui dit de bouger, très lentement, d’un centimètre, puis de sortir un peu plus pour mieux revenir au fond de son vagin. Elle obéit, les doigts crispés sur le drap, mordant l’oreiller. Chaque va-et-vient lui arrachait un souffle plus court. Elle entendait le bruit mouillé, léger mais indiscret, dans la nuit, et la honte la fit rougir encore, une honte brûlante, délicieuse, qui n’aidait en rien à ralentir.


Doucement. Je n’ai pas dit que tu pouvais aller plus vite.
Elle ralentit. Elle se mordit la lèvre pour ne pas gémir : à l’autre bout du couloir, sa fille dormait.
Tu as envie de jouir ? Oui. Pas encore.
Un gémissement lui échappa, vite étouffé. Elle s’arrêta, le jouet profondément enfoncé, immobile, haletante, le ventre en feu, au bord d’un gouffre qu’elle ne voulait pas franchir. Ce n’était pas elle qui se retenait. C’était la voix. Et cette idée, à elle seule, la fit trembler plus fort que le geste. Elle sentit son sexe se contracter autour du silicone, par à-coups, impatient, comme une bouche qui réclame. Elle reprit, très lentement, en soulevant les hanches pour aller à sa rencontre. Ses cuisses se mirent à trembler. Elle était si près…
Le téléphone vibra sur la table de nuit.
Elle se figea, le jouet toujours en elle, le cœur battant à tout rompre. L’écran s’alluma dans le noir, une lueur bleue sur le plafond. Elle tendit le cou.


Dors bien, ma chérie. Je t’appelle demain en arrivant. Bisous à la puce.
Le plaisir retomba d’un coup, aussi brutalement qu’il était monté. Elle retira le jouet avec un petit gémissement de frustration qu’elle ne put retenir, soudain consciente de la chambre, du couloir, de la maison silencieuse autour d'elle. Le message de Jérémie n'avait rien d'accusateur. C'était presque pire : il lui rappelait avec douceur combien elle aimait la vie qu'ils partageaient, et combien elle n'avait aucune envie de la perdre. Elle fourra le gode sous l’oreiller, rabattit le drap sur elle et resta un long moment immobile, le souffle court, les joues en feu, avec la nette impression qu’on venait de la surprendre. Il n’y avait personne. Il n’y avait que le plafond, la lueur qui s’éteignait, et ce petit cœur rouge, tout à fait innocent, au bout du message de son mari.
Elle ne répondit pas tout de suite. Elle n’en eut pas le courage.
Elle attendit que sa respiration se calme, puis se leva sans bruit pour laver le jouet à la salle de bain, le sécha, le rangea dans sa pochette, la pochette dans le tiroir. Elle revint se coucher, remonta la couette jusqu’au menton et se reprocha longuement ses idées bizarres. Elle n’avait pas atteint l’orgasme. Ce n’était pas seulement la frustration qui la troublait. C’était surtout de constater à quel point elle avait aimé imaginer cette voix lui dire quoi faire.
***

Le lendemain, elle essaya de reprendre le cours habituel de ses occupations. Elle y parvint assez facilement, du moins en apparence. Mais il lui arrivait de repenser à cette nuit, à la facilité avec laquelle elle avait laissé son imagination prendre le dessus, et de se demander ce que cela donnerait si Didier s’adressait réellement à elle de cette façon.
Elle n'était pas certaine de vouloir aller plus loin. Mais elle commençait à comprendre qu'elle ne pourrait pas simplement faire comme si cette envie n'existait pas.
C'est dans cet état d'esprit qu'elle accueillit le message d'Amandine en fin d'après-midi.
Demain soir chez moi, c'est bon pour toi ?
Parfait ! À demain, ma chérie
J'ai parlé à Didier de notre conversation. Je lui ai expliqué que tu te posais des questions et que tu aimerais pouvoir en discuter avec quelqu'un qui connaît bien ce que tu sais. Il est d'accord pour te rencontrer et en parler avec toi, sans aucun engagement, évidemment.
Rebecca relut le message une première fois, puis une seconde.
Un autre suivit presque aussitôt.
Si tu en as toujours envie, on pourrait se retrouver chez lui samedi après-midi.
Elle posa son téléphone sur la table, croisa les bras, puis le reprit presque immédiatement.
Elle avait imaginé cette possibilité. Elle l'avait même espérée, à certains moments. Mais tant que cette rencontre n'était qu'une idée, elle conservait le confort de l'imaginaire. À présent, il lui suffisait de répondre oui pour faire un pas de plus vers quelque chose dont elle ignorait encore les contours.
Son premier réflexe fut de chercher une excuse. Une obligation familiale, un rendez-vous oublié, n'importe quoi qui lui aurait permis de repousser la décision sans avoir à reconnaître qu'elle avait peur.
Puis elle soupira.
Si tu en as toujours envie, on pourrait se retrouver chez lui samedi après-midi.
Oui, j'en ai toujours envie
Samedi, ça me va <3
Elle ajouta un petit cœur, hésita, puis envoya le message.
La réponse d'Amandine arriva quelques secondes plus tard.
Oui, j'en ai toujours envie
Samedi, ça me va <3
Parfait. Et Becky, ne te mets pas la pression. Vous allez simplement parler :)
Rebecca sourit malgré elle. C'était précisément ce qu'elle essayait de se convaincre depuis qu'elle avait accepté.
*****
Le samedi après-midi, elle arriva chez Didier avec quelques minutes d'avance.
Elle avait choisi sa tenue avec un soin inhabituel, un joli chemisier blanc, une jupe droite et des talons, avant de se reprocher cette coquetterie. Elle n'avait aucune raison de vouloir faire bonne impression. Elle venait discuter, pas séduire un homme. Du moins, c'était ce qu'elle se répétait. Elle hésita à remettre quelque chose de plus décontracté mais finalement, elle garda ce qu'elle avait choisi. Elle voulait se sentir jolie.
Lorsqu'Amandine lui ouvrit, son sourire chaleureux dissipa une partie de son appréhension.
— Te voilà ! Entre, ma chérie. Didier est au salon.
Elle l'embrassa et l'entraîna à l'intérieur, un peu trop pressante.
Didier se leva pour les accueillir. Il portait un pantalon sombre et une chemise dont les manches étaient retroussées jusqu'aux avant-bras. Il avait cette aisance tranquille que Rebecca lui connaissait, cette façon de se tenir sans chercher à occuper toute la place et qui donnait pourtant l'impression qu'il n'était jamais pris au dépourvu.
— Bonjour, Rebecca.
— Bonjour, Didier.
Elle se sentit rougir et il l'embrassa sur les joues avec la simplicité habituelle, puis lui indiqua un fauteuil.
— Installe-toi. Vous voulez boire quelque chose les filles ? Café, thé, bière ?
— Un café, merci.
— Je vais m'en occuper, mon cœur, dit Amandine en se dirigeant vers la cuisine.
Rebecca s'installa, un peu trop consciente de ses mains qu'elle ne savait pas où poser. Elle les croisa sur ses genoux, puis les décroisa pour replacer une mèche derrière son oreille.
Didier ne fit aucune remarque sur son trouble. Il lui parla de la circulation, de la météo et des actualités, puis lui demanda comment se passait son travail. Des sujets ordinaires, abordés sans empressement, comme s'il tenait à lui laisser le temps de s'habituer à l'idée de cette rencontre.
Peu à peu, Rebecca se détendit.
Amandine revint avec les boissons et s'installa près de son amoureux, face à son amie. Pendant quelques minutes, ils discutèrent tous les trois. Rebecca raconta une anecdote sur sa fille, qui avait réussi à convaincre ses parents qu'elle n'avait plus besoin d'aller à l'école car elle savait maintenant écrire son nom en lettres bâton. Didier en rit franchement, et même Amandine dut reconnaître que l'enfant avait de la suite dans les idées.
Cette conversation banale eut quelque chose de rassurant. Rebecca retrouva l'impression familière d'être chez des amis, loin des questions qui l'avaient accompagnée toute la semaine.
Mais chaque fois que le silence revenait, elle sentait le sujet de leur rencontre se rapprocher.
Elle avait préparé des phrases dans sa tête. Certaines lui semblaient ridicules à présent. D'autres trop vagues. Elle craignait de donner une image d'elle-même qui ne correspondrait pas à ce qu'elle ressentait réellement.
Didier, qui l'observait discrètement depuis quelques minutes, finit par poser sa tasse.
— Amandine, tu pourrais nous laisser un petit moment tous les deux ?
Sa compagne tourna la tête vers lui, légèrement surprise.
— Tu... Tu veux que je vous laisse seuls ?
— Je crois que Rebecca a des choses qu'elle aimerait me dire sans avoir à se demander comment tu vas réagir.
Il se tourna vers Rebecca.
— Je me trompe ?
La franchise tranquille de sa remarque la prit au dépourvu. Elle sentit ses joues chauffer, mais, après une seconde d'hésitation, elle acquiesça.
— Non… tu ne te trompes pas. Je crois que ce sera... plus facile.
Amandine la regarda avec douceur, sans la moindre trace de déception.
— Alors je vais vous laisser tranquilles. Je vais en profiter pour aller faire quelques courses. Il n'y a plus de mascarpone pour le tiramisu.
Elle se leva du canapé, se pencha pour embrasser Didier, puis posa brièvement une main sur l'épaule de Rebecca en passant près d'elle.
Rebecca lui adressa un sourire reconnaissant. Elle la regarda traverser le salon et disparaître dans l'entrée. Quelques instants plus tard, la porte se referma.
Le silence qui suivit lui parut soudain beaucoup plus vaste.
Elle se retrouva seule avec Didier.
Pour la première fois depuis son arrivée, elle ne pouvait plus compter sur les interventions d'Amandine pour relancer la conversation, ni sur la présence de son amie pour amortir ses hésitations.
Didier ne se précipita pas pour combler le silence. Il reprit simplement sa tasse, but une gorgée, puis la reposa.
— Voilà, dit-il avec un léger sourire. Nous avons un peu de temps devant nous.
Rebecca laissa échapper un rire nerveux.
— C'est drôle, mais maintenant qu'on y est, je ne sais plus du tout par où commencer.
— Tout simplement par le début.
Il se cala confortablement dans son fauteuil.
— Amandine m'a expliqué que tu te posais des questions. Je préfère toutefois entendre les choses de ta bouche plutôt que d'essayer de deviner ce que tu as en tête. Tu peux prendre le temps qu'il te faut.
Rebecca baissa les yeux vers ses mains.
— Je crois que j'ai peur d'avoir l'air ridicule.
— Pourquoi le serais-tu ?
Elle haussa les épaules.
— Parce que je ne connais pas vraiment ce milieu. J'en ai une idée à travers ce qu'Amandine m'a raconté, quelques choses que j'ai pu lire… mais je ne sais pas ce qui est réaliste, ce qui relève du fantasme, ni comment on fait pour rencontrer quelqu'un sans prendre le risque de tomber sur un véritable pervers.
Elle releva les yeux vers lui, comme si elle venait de prononcer un mot trop brutal.
— Excuse-moi. C'est peut-être un peu direct.
Didier eut un sourire amusé, sans se vexer.
— Je préfère que tu sois directe. Et ta crainte n'a rien d'absurde. Il existe des gens qui utilisent le vocabulaire de la domination pour justifier des comportements qui n'ont rien à voir avec une relation saine.
Rebecca parut soulagée de ne pas avoir à défendre sa question.
— C'est justement ce qui me fait hésiter. J'ai beau être curieuse, je ne me vois pas me retrouver avec un homme rencontré sur Internet qui m'expliquerait que, puisque je veux être soumise, je dois tout accepter de ses demandes.
— Et tu aurais raison de te méfier d'un homme qui te demanderait cela.
La réponse fut si simple qu'elle resta un instant sans rien dire.
Didier poursuivit :
— Ta confiance, personne n'a le droit de l'exiger. Elle se construit. Quelqu'un peut avoir beaucoup d'expérience, connaître parfaitement les pratiques et savoir employer les bons mots ; cela ne suffit pas à en faire une personne digne de confiance. Ce qui compte, c'est aussi sa façon de réagir quand tu poses une limite, quand tu exprimes un doute ou quand tu changes d'avis.
— Donc, même si on s'engage dans une relation de soumission, on doit pouvoir dire non ?
— Évidemment. Sinon, ce n'est plus une relation que l'on choisit. C'est de l'esclavage.
Il avait répondu sans emphase, sans chercher à impressionner. Rebecca remarqua qu'il ne parlait pas de domination comme d'un privilège dont il faudrait se montrer digne, mais comme d'une responsabilité qui exigeait de connaître l'autre et de savoir s'arrêter.
Elle sentit une partie de sa méfiance se relâcher.
— Je crois que c'est ce qui me fait le plus peur, avoua-t-elle. Pas forcément la soumission elle-même. Plutôt le fait de ne pas savoir où je mets les pieds. De me laisser entraîner dans quelque chose parce que je n'oserais pas décevoir la personne en face de moi.
Didier acquiesça lentement.
— Alors c'est une chose que tu devras apprendre à reconnaître chez toi. Si tu acceptes quelque chose uniquement parce que tu crains de décevoir l'autre, ce n'est pas une bonne raison. Tu n'as pas à gagner ta place en étant docile.
Cette phrase la toucha plus qu'elle ne l'aurait voulu.
Elle avait toujours eu tendance à prendre sur elle. Au travail, avec sa famille, dans son couple, elle préférait souvent faire un effort supplémentaire plutôt que de risquer un conflit ou de donner l'impression de ne pas être à la hauteur. Elle n'avait jamais envisagé que ce réflexe puisse la suivre dans un domaine où elle imaginait justement vouloir abandonner le contrôle.
— C'est étrange, murmura-t-elle. Je crois que j'aurais justement peur de ne pas être une bonne soumise.
Didier ne sourit pas, cette fois. Il prit sa remarque au sérieux.
— Qu'est-ce que cela voudrait dire, pour toi, être une bonne soumise ?
Rebecca ouvrit la bouche, puis la referma. Elle avait pensé à cette question plusieurs fois, sans jamais se la formuler aussi clairement, et encore moins à en trouver la réponse.
— Je ne sais pas… Savoir obéir. Être capable de faire ce qu'on me demande sans tout remettre en question. Ne pas être trop maladroite, ne pas avoir peur pour un rien.
Elle eut un petit rire gêné.
— Quand je l'entends dit comme ça, c'est assez ridicule.
— Pas ridicule. Mais tu mélanges peut-être plusieurs choses.
Il se pencha légèrement en avant, en profitant pour poser sa tasse sur la table basse.
— Être soumise ne signifie pas devenir quelqu'un d'autre. Tu peux être hésitante, maladroite, avoir besoin de temps, poser des questions. Tu n'as pas à correspondre à un personnage que tu aurais imaginé à travers des récits ou des vidéos. Prenons le cas d'Amandine, ce qui m'intéresse en l'accompagnant dans cette découverte, c'est de comprendre ce qui se passe dans sa tête, ce qui la met en confiance, ce qui risque au contraire de la bloquer et surtout, ce dont elle a envie sur le moment avant même qu'elle n'ait pris conscience qu'elle en avait envie.
Rebecca l'écoutait sans bouger.
— Et si je ne sais pas ce que je veux ? demanda-t-elle.
— Alors il te faudrait commencer par là. Tu n'as pas besoin d'avoir un catalogue de fantasmes parfaitement défini pour comprendre ce qui t'attire.
Elle sourit faiblement.
— Tu rends ça presque simple.
— La discussion peut l'être. Les décisions, elles, méritent qu'on prenne le temps d'y réfléchir.
Rebecca se redressa un peu dans son fauteuil.
— Je crois que ce qui m'attire, ce n'est pas forcément la douleur ou les choses spectaculaires. Ce n'est pas vraiment ce que j'imagine quand je pense à la soumission.
— Qu'imagines-tu, alors ?
Elle chercha ses mots.
— Quelqu'un qui prend les choses en main. Qui sait ce qu'il fait, qui n'a pas besoin que je lui explique tout, qui me dit ce qu'il attend de moi sans que je sois obligée de deviner. Et qui ne me laisse pas tout gérer sous prétexte que je suis capable de le faire.
Elle s'interrompit, surprise par sa propre franchise.
— Dans la vie, j'ai l'impression d'être toujours celle qui pense à tout. Même quand je demande de l'aide, je finis souvent par expliquer comment faire, vérifier que tout est fait, prévoir ce qui pourrait manquer. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire.
— Très bien.
Didier n'ajouta rien, lui laissant le temps de poursuivre.
— Parfois, j'aimerais qu'on décide pour moi. Pas pour toute ma vie, évidemment. Je ne veux pas devenir dépendante de quelqu'un. Mais pouvoir, pendant un moment, ne plus avoir à choisir chaque détail. Ne plus être celle qui doit savoir ce qui vient ensuite.
Elle baissa la tête, un peu honteuse de s'être autant dévoilée.
— Je ne pensais pas que j'allais te raconter tout ça.
— Peut-être parce que tu n'avais encore jamais eu l'occasion de le formuler de cette manière.
Elle le regarda. Il n'y avait ni ironie ni empressement dans son expression. Seulement une attention tranquille qui lui donnait envie de continuer.
— Et puis, il y a quelque chose d'autre, ajouta-t-elle après un silence.
Cette fois, elle eut davantage de mal à parler.
— Je crois que j'aimerais pouvoir être vulnérable sans avoir l'impression que c'est une faiblesse. Me laisser guider sans devoir prouver que je suis capable de me débrouiller toute seule. Et peut-être… peut-être être regardée autrement que comme la personne qui s'occupe de tout.
Didier hocha lentement la tête.
— Tu aimerais pouvoir déposer cette responsabilité pendant un moment. Mais sans perdre ta liberté de la reprendre.
Rebecca le fixa, étonnée par la justesse de la formulation.
— Oui. C'est exactement ça.
Elle sentit sa gorge se serrer légèrement. Ce qu'elle venait de dire lui paraissait plus intime que bien des confidences qu'elle avait faites au fil des années. Elle n'avait pas parlé de pratiques particulières, ni de scènes précises, mais elle avait l'impression d'avoir ouvert une porte qu'elle gardait habituellement fermée.
Didier ne profita pas de cette émotion pour approfondir davantage. Il lui laissa quelques secondes, puis reprit d'un ton plus léger :
— Tu vois, nous avons déjà appris quelque chose. Tu n'es pas obligée de savoir à quoi ressemblerait une expérience pour commencer à comprendre ce que tu en attends.
Rebecca sourit.
— Tu dis ça comme si tu avais l'habitude de faire parler les gens.
— J'ai surtout appris qu'on comprend rarement quelqu'un en lui posant dix questions à la suite.
Elle rit, cette fois sans nervosité.
— Amandine avait raison. Tu sais écouter.
— Je prends ça comme un compliment.
— C'en est un.
Elle avala d'une traite son café qui commençait à refroidir. Elle se sentait plus légère, mais cette légèreté avait quelque chose de troublant. Elle était venue avec la peur d'être jugée, persuadée qu'elle devrait justifier ses fantasmes ou prouver qu'elle était sérieuse. À présent, elle avait parlé de choses qu'elle n'avait même pas clairement reconnues en elle-même.
Et Didier ne l'avait ni encouragée à aller plus loin qu'elle ne le souhaitait, ni tentée de la détourner de ses envies.
Cette absence de pression lui permettait de réfléchir plus librement.
— Il y a tout de même un problème, reprit-elle.
— Un seul ?
Elle lui lança un regard faussement indigné.
— Ne te moque pas de moi.
— Je n'oserais pas.
Elle sourit, puis retrouva son sérieux.
— Je suis mariée, Didier. J'ai une fille. Je ne peux pas faire comme si j'étais libre de mes choix sans que cela ait de conséquences. Jérémie ne sait rien de tout ça. Il ne comprendrait probablement pas, et je ne me vois pas lui annoncer que j'ai envie d'explorer la soumission avec un autre homme.
Les derniers mots lui coûtèrent davantage qu'elle ne l'avait prévu. Elle joignit les mains sur ses cuisses, serrant légèrement ses doigts les uns contre les autres.
— Rien que de le dire, j'ai l'impression de le trahir. Pourtant, je n'ai encore rien fait. Je n'ai même pas décidé si je voulais vraiment essayer.
Didier resta silencieux quelques instants. Il ne chercha pas à lui enlever sa culpabilité d'une phrase rassurante.
— Tu as raison de prendre cette question au sérieux, finit-il par dire. Le fait d'avoir un désir ne fait pas de toi quelqu'un de mauvais. Mais ce que tu décideras d'en faire peut avoir des conséquences, et tu le sais déjà.
Rebecca acquiesça, les yeux baissés.
— C'est ça qui me perturbe. Je peux me raconter que je veux simplement découvrir quelque chose sur moi-même. Mais si je vais plus loin avec un autre homme sans que Jérémie le sache, ce ne sera plus seulement une réflexion personnelle. Ce sera une décision qui le concerne aussi, même s'il n'est pas au courant.
Elle eut un rire bref, dépourvu d'amusement.
— Je ne pensais pas que cette histoire me ferait réfléchir à autant de choses.
— Tu n'es pas obligée de résoudre tout cela aujourd'hui, Rebecca. Mais je te conseillerais de ne pas traiter cette question comme un détail que tu pourrais régler plus tard. Il faut que tu saches ce que tu es prête à assumer, et ce que tu ne veux pas mettre en jeu.
Il marqua une pause.
— Et il y a aussi Amandine. Votre amitié compte. Il ne faudrait pas que tu te retrouves dans une situation où tu n'oses plus lui parler de peur de ce que cela pourrait changer entre vous.
Rebecca releva la tête. Elle n'avait pas encore osé penser aussi clairement à cette dimension-là.
— Je ne voudrais jamais lui faire de mal. Elle m'a fait confiance en me parlant de tout ça. Je ne veux pas que cette conversation devienne quelque chose qui abîme notre amitié.
— Alors il faudra être honnête avec toi-même, et avec elle, si tes réflexions vont plus loin. Rien ne t'oblige à décider maintenant.
Il ne lui avait offert aucune solution miracle. Et, paradoxalement, cela la rassurait davantage qu'une promesse selon laquelle tout s'arrangerait.
Elle resta silencieuse un moment, puis demanda :
— Est-ce que tu as déjà accompagné quelqu'un qui n'y connaissait absolument rien ? Quelqu'un qui avait envie d'essayer, mais qui ne savait pas du tout comment s'y prendre ?
Didier sourit avant de répondre.
— Oui, et tu connais très bien cette personne.
— Mandine ?
— Oui, elle le fantasmait depuis longtemps, mais n'avait jamais osé en parler avant, à part toi, a priori.
Elle le regarda longuement. Puis, presque malgré elle, une pensée se forma avec une netteté nouvelle.
Et si ce n'était pas nécessairement un inconnu qu'elle devait chercher ?
L'idée la troubla immédiatement. Didier était devant elle, calme et attentif. Il connaissait cette dynamique, savait en parler sans la réduire à des fantasmes caricaturaux et semblait comprendre ce qu'elle avait du mal à exprimer. Il était aussi le compagnon de sa meilleure amie.
Elle détourna les yeux, comme si cela pouvait suffire à faire disparaître cette possibilité.
Mais elle était là.
— À quoi penses-tu ? demanda Didier.
Rebecca sursauta légèrement.
— Rien. Enfin… si. Je réfléchissais.
Il eut un sourire discret.
— Tu as le droit de réfléchir à voix haute, tu sais.
Elle inspira, puis laissa échapper un petit rire nerveux.
— C'est justement le problème. J'ai l'impression que si je dis certaines choses, elles vont devenir beaucoup plus réelles.
— Tu peux les dire sans que cela t'engage à quoi que ce soit.
Rebecca le regarda de nouveau. Elle sentit qu'elle se trouvait à un moment où elle pouvait soit refermer la porte, soit accepter de regarder ce qui se trouvait derrière.
— Je me demandais simplement… si, un jour, je décidais d'essayer, est-ce que ce serait forcément une mauvaise idée de le faire avec quelqu'un que je connais déjà ?
Didier ne répondit pas immédiatement.
— Pas nécessairement, dit-il enfin. Connaître quelqu'un peut être rassurant, mais cela ne suffit pas. Il faut aussi pouvoir parler librement, définir ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas, et être certain que chacun comprend les implications de ce qu'il envisage.
Il marqua une pause avant d'ajouter :
— Et quand il y a des liens affectifs autour de vous, il faut les prendre en compte. Parfois, ils rendent les choses plus simples. Parfois, ils les rendent beaucoup plus compliquées.
Rebecca sentit ses joues s'échauffer.
— Oui. J'imagine.
Elle n'avait pas prononcé son nom. Lui non plus n'avait pas fait semblant de ne pas comprendre ce qui pouvait se cacher derrière sa question.
Il n'en tira pourtant aucune conclusion à sa place.
— Tu n'as pas besoin de me répondre aujourd'hui, reprit-il. Et tu n'as pas besoin de transformer cette conversation en projet. Tu peux repartir d'ici en décidant simplement que tu as appris quelque chose sur toi-même.
Rebecca hocha la tête.
Elle appréciait qu'il ne lui tende pas une invitation qu'elle aurait eu du mal à refuser. Elle aurait peut-être trouvé cela plus facile, sur le moment, si quelqu'un avait pris la décision pour elle. Mais elle savait aussi qu'elle ne voulait pas se laisser entraîner par son propre besoin de lâcher prise.
Elle voulait comprendre ce qu'elle désirait réellement, avant de confier à quelqu'un le soin de la guider.
— Merci, Didier, dit-elle enfin. Je crois que j'avais besoin de cette conversation. Pas forcément pour trouver une réponse, mais pour arrêter de tourner en rond toute seule.
— Alors elle aura été utile. Tu as mon numéro si tu as besoin de parler ou si tu as des questions.
Il se leva pour débarrasser la table, et Rebecca se surprit à sourire en le regardant faire. Leur conversation n'avait rien eu de spectaculaire. Il ne s'était rien passé qui aurait pu justifier qu'elle se sente bouleversée à ce point.
Et pourtant, elle avait le sentiment d'avoir franchi une étape.
Non pas vers une expérience particulière, mais vers une compréhension plus honnête de ses propres envies.
Lorsqu'Amandine revint, une bonne heure plus tard, Rebecca était assise sur le canapé, une nouvelle tasse de café entre les mains. Didier lui racontait une anecdote à propos d'un voisin, et tous deux riaient de bon cœur.
— Eh bien, je vois que je n'ai pas manqué une réunion au sommet, lança Amandine en retirant son manteau.
Rebecca se tourna vers elle, un sourire sincère aux lèvres.
— Non, rassure-toi. On a simplement parlé.
Amandine observa son amie quelques secondes. Elle connaissait suffisamment Rebecca pour percevoir que quelque chose avait changé, sans pouvoir déterminer exactement quoi.
— Et alors ? demanda-t-elle doucement.
Rebecca hésita. Elle aurait pu tout raconter, reprendre chaque détail de la conversation, confier à Amandine la pensée qui avait commencé à germer en elle. Mais elle n'était pas encore prête à mettre cette idée en mots.
— Alors, j'ai encore beaucoup de choses auxquelles réfléchir.
Amandine acquiesça sans insister.
— C'est déjà pas mal.
Didier ne prit pas part à cet échange. Il se contenta de proposer un thé à Amandine, comme si la conversation qu'il venait d'avoir avec Rebecca ne lui donnait aucun droit particulier sur ses pensées.
Cette discrétion la toucha. Elle savait qu'elle devrait rentrer chez elle, retrouver Jérémie et leur fille, reprendre sa place dans le quotidien qu'elle aimait. Elle savait aussi qu'elle ne pourrait pas effacer ce qu'elle avait découvert au cours de l'après-midi. Elle se leva, enfila son manteau et les embrassa, prenant congé d'eux malgré leur invitation à dîner. Elle avait laissé sa fille chez sa mère et elle ne voulait pas abuser de sa gentillesse.
Sur le chemin du retour, elle pensa à son mari, à leur maison, aux gestes familiers qui les reliaient.
Puis, malgré elle, elle repensa à Didier et à cette manière qu'il avait eue de l'écouter sans jamais chercher à la conduire vers une réponse.
Elle se sentit coupable de cette pensée, puis s'en voulut presque aussitôt de considérer son propre trouble comme une faute.
Elle n'avait encore rien décidé.
Mais une possibilité avait pris forme dans son esprit, et elle savait désormais qu'elle ne pourrait pas simplement prétendre ne pas l'avoir envisagée.
Ce qui l'effrayait le plus n'était pas de découvrir qu'elle avait des fantasmes qu'elle ne comprenait pas encore, c'était de commencer à imaginer qu'elle pourrait réellement leur donner une place dans sa vie.
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