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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Portes ouvertes — Chapitre 18 · Intimité solitaire.

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Fruit_du_jacquier
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Ce chapitre séduit d'abord par sa voix : celle d'une femme qui pense vraiment, qui pèse chaque mot avant de l'écrire, et dont la précision presque professionnelle contraste joliment avec la vulnérabilité qui affleure. La lettre à Marc est un vrai morceau de bravoure — sobre, sans pathos, mais qui fait mouche. L'écriture sait tenir ensemble la rigueur et l'intime, et c'est cette tension-là, maintenue jusqu'au bout, qui rend le chapitre difficile à lâcher.

Portes ouvertes

Chapitre 18 · Intimité solitaire.

L’appartement sentait le renfermé. J’avais ouvert la fenêtre en rentrant, mais l’air de Lyon restait lourd, différent de celui du lac. Les radiateurs ici étaient silencieux. Sur la table de la cuisine, mon ordinateur était encore éteint. Le café de la veille avait séché au fond de la tasse. Je n’avais pas encore repris le fil des dossiers.
Je repensai à la demande de Marc. Il n’avait pas voulu une déclaration arrachée au désir, dans la chambre encore tiède. Il avait voulu que je formule ma décision seule, loin de lui, avec mes propres mots. Je comprenais la logique. Elle me ressemblait.
Je m’assis à la table. J’ouvris un document. Les mots ne venaient pas aussi facilement que pour un rapport. Je savais ce que je voulais dire. Je savais aussi que le dire changerait quelque chose. Je distinguais mon désir de l’influence qu’il exerçait. Les deux étaient là. Je ne les confondais pas. Je choisis de les écrire ensemble.
Je tapai lentement. Je relisais chaque phrase. Je corrigeais. Je revenais en arrière. L’exercice était plus difficile que je ne l’avais imaginé. Mes émotions brouillaient la précision habituelle. Je m’efforçais de la garder.
Marc,
J’ai beaucoup pensé à ta demande depuis mon retour à Lyon. J’ai essayé de trouver les mots justes, de mettre de l’ordre dans mes pensées, comme je le fais toujours lorsque quelque chose compte vraiment pour moi. Mais cette fois, j’ai découvert que les mots ne suffisaient pas à tout expliquer.
Tu occupes une place dans ma vie que je ne saurais pas résumer en quelques phrases. Il y a ce que nous partageons lorsque nous sommes ensemble, cette proximité qui me semble si naturelle avec toi, cette confiance que je ressens jusque dans les moments où je cesse de vouloir tout comprendre. Il y a aussi ton absence, que je découvre autrement depuis que je suis rentrée. Je pensais retrouver mes habitudes et reprendre simplement le cours de mes journées. Je me rends compte que quelque chose de moi est resté auprès de toi.
Je veux devenir ta soumise.
Je voulais écrire cette phrase sans détour, parce qu’elle est vraie. Ce n’est pas une réponse à ce que tu attends de moi, ni une promesse faite dans l’émotion d’un instant. C’est mon désir, ma décision. J’ai envie de te faire confiance, de découvrir avec toi ce que notre relation peut devenir et de trouver ma place auprès de toi sans avoir besoin de prétendre que je sais déjà tout.
Il m’est difficile de reconnaître que je ne maîtrise pas entièrement ce que je ressens. J’ai l’habitude de réfléchir avant de décider, de comprendre avant d’avancer. Avec toi, je découvre que je peux avoir envie d’avancer même lorsque toutes mes questions n’ont pas encore trouvé de réponse. Cela me rend parfois vulnérable, et je crois que c’est justement pour cette raison que je tenais à prendre le temps de t’écrire.
Je ne veux pas que tu voies dans cette lettre une femme qui renonce à penser par elle-même. Je veux que tu y voies celle que je suis lorsque je choisis de te faire confiance : une femme qui connaît ses doutes, qui sait que l’engagement demande du courage, mais qui a envie de franchir ce pas avec toi.
J’ai envie que nous construisions quelque chose de plus profond, de plus clair, de plus fort. Je veux pouvoir te parler de mes attentes et de mes limites, écouter les tiennes, et avancer avec la certitude que ce que nous décidons ensemble a du sens pour nous deux.
Je ne sais pas exactement ce que je serai capable de te donner demain, ni jusqu’où notre relation nous conduira. Mais je sais ce que je veux aujourd’hui. Je veux poursuivre ce chemin avec toi. Je veux te choisir consciemment, et non simplement me laisser porter par ce que je ressens lorsque tu es près de moi.
Tu m’as demandé de prendre le temps de réfléchir. Je l’ai fait. Et au terme de cette réflexion, ce n’est pas le doute qui reste, mais l’envie d’aller plus loin.
Je veux devenir ta soumise, Marc. Je voulais que tu l’apprennes de moi, avec mes mots, et que tu comprennes combien cette décision compte pour moi.
Julie
Je relus. Une fois. Deux. Le curseur clignotait. J’hésitai. Ces mots auraient un poids. Je le savais. Je pouvais encore fermer le document. Je ne le fis pas.
J’envoyai la lettre.
Le soulagement vint en même temps que la vulnérabilité. J’avais écrit. J’avais choisi. Je restai assise devant l’écran, les mains sur la table, à écouter le silence.
Le lendemain, je me rendis dans une boutique située dans une rue calme, derrière la place des Terreaux. J’avais vérifié les horaires, le nom, les avis. J’y étais allée comme on se rend à un rendez-vous dont on connaît l’objet. Une légère gêne me prit malgré tout en poussant la porte. La clochette sonna. L’intérieur sentait le bois et quelque chose de plus doux, presque sucré.
Sabrina se tenait derrière le comptoir. Grande, brune, des dreadlocks épaisses qui lui tombaient dans le dos, un piercing fin à la narine. Un badge en forme de lèvres rouges féminines, épinglé sur son chemisier, portait son prénom en lettres blanches. Elle leva les yeux et me sourit, sans empressement. Je la trouvai très belle. La ligne de son cou, la façon dont les dreadlocks encadraient son visage, la simplicité de son regard.
— Bonjour. Je peux vous aider ?
Je m’approchai. Je cherchai mes mots.
— Je cherche un gode. Pour un usage vaginal et anal. Quelque chose de sûr.
Elle parut un peu étonnée. Son regard me détailla une seconde de plus, comme si je ne correspondais pas à l’idée qu’elle se faisait de ce genre de demande. Puis le sourire revint, professionnel et amical.
— Vous avez déjà utilisé ?
— Oui. Mais jamais seule.
Elle hocha la tête, sortit de derrière le comptoir. Nous allâmes vers un présentoir. Plusieurs godes y étaient alignés. Un court et épais, presque trapu. Un autre, long et fin, avec un gland discret. Un troisième, plus massif, courbé. Sabrina les montra sans insister, expliqua les matériaux, le silicone médical, l’importance de la base évasée pour l’anal. Je posai des questions concrètes : dimensions, entretien, nettoyage. Elle répondit clairement.
Mon regard s’arrêta sur un modèle long, fin, surmonté d’un gland plus large. Il ressemblait au sexe de Marc. La hampe était un peu plus longue, le gland un peu plus prononcé. Je le pris. Mes doigts effleurèrent le silicone lisse. Je pris conscience, en le tenant, que je n’aurais peut-être pas osé entrer ici quelques semaines plus tôt. L’initiative m’appartenait. Marc occupait mes pensées, mais la décision ne dépendait pas de lui.
Sabrina me conseilla un lubrifiant compatible, rappela brièvement de ne jamais forcer, de commencer lentement. Rien de plus. La scène resta simple.
Elle emballa le tout sans commentaire. Je réglai. Je la remerciai.
— Bonne journée, dit-elle.
Dehors, la lumière de l’après-midi était pâle. Sur le chemin du retour, je pensai à ce geste discret. Il révélait une curiosité que je n’avais pas encore nommée. Le sac pesait peu dans ma main.
Chez moi, je posai l’achat sur la table de la cuisine. Je le sortis de son emballage, le rinçai, le séchai, et le rangeai dans le tiroir de la chambre, à côté du lubrifiant. Le tiroir se referma. L’appartement retrouva son silence.
La nuit était tombée. J’avais rangé les dossiers, éteint la cuisine, allumé une seule lampe dans la chambre. L’appartement retrouvait son calme habituel. Pourtant les pensées ne suivaient pas. Elles revenaient à Marc, à la maison près du lac, à la chaleur des radiateurs, à sa voix basse.
Je repensai à la lettre. Elle était partie la veille. Je me demandai s’il l’avait lue. Ce qu’il en avait pensé. Si j’avais réussi à dire ce que je ressentais vraiment. Aucune réponse ne vint. Je laissai la question ouverte.
Mon regard se posa sur le tiroir de la table de nuit. J’hésitai une seconde. Pas par honte. Parce que je mesurais le caractère nouveau de ce que j’allais faire. Puis j’ouvris le tiroir. Le gode était là, propre, à côté du lubrifiant. Je le pris. Je m’allongeai, les genoux pliés, les cuisses écartées.
Je l’enduis de lubrifiant. Le silicone était froid contre mes doigts. Je le présentai contre ma chatte. Je poussai lentement. Le gland large força un peu, puis entra. Je le sentis glisser, long, fin, jusqu’au fond. La sensation était pleine, familière et différente à la fois. Je le fis aller et venir, d’abord lentement, pour m’habituer à la longueur, puis plus franchement. Chaque va-et-vient frottait juste. Je pensai à Marc. À son rythme. Ma main libre trouva mon clitoris. Je me mis à me caresser en même temps, d’abord doucement, puis plus vite.
Je retirai le gode. Il était luisant. J’en remis du lubrifiant, davantage, et le présentai contre mon anus. La résistance fut plus nette. Je respirai, poussai. Le gland passa. Une brûlure courte, puis la plénitude. Je l’enfonçai par degrés, jusqu’à ce que la base touche mes fesses. La sensation était plus étroite, plus profonde. Je le laissai en place un instant, le temps que mon corps s’ouvre.
Puis je le fis bouger. Lentement d’abord, des mouvements courts qui m’écartaient, puis plus longs. Ma main revint sur mon clitoris. Je me branlai frénétiquement, les doigts qui tournaient vite, presque trop. De l’autre main, je pinçai un téton, fort. La douleur aiguë se mêla au reste. Le gode allait et venait dans mon cul, le plaisir montait, dense, presque trop. Je pensai à la bouche de Marc, à ses mains sur mes hanches, à son sexe à la place du silicone.
L’orgasme arriva d’un coup. Je jouissais fort, les contractions autour du gode, les cuisses qui tremblaient, un gémissement que je ne retins pas. Je continuai quelques secondes, les doigts encore sur mon clitoris, le téton pincé, jusqu’à ce que les spasmes s’apaisent.
Je retirai le gode doucement. Je restai allongée, le souffle court, le silicone encore en main. Le silence revint. Je ne me sentais ni transformée ni dépendante. Seulement consciente que mon désir prenait davantage de place. Je commençais à l’assumer. La lampe était toujours allumée. Dehors, Lyon continuait. Dedans, je restai un moment avec moi-même.
Le silence de l’appartement avait changé de nature. Je n’avais pas trouvé de réponse à toutes mes questions, mais quelque chose s’était déplacé en moi. Ce que j’avais écrit à Marc n’était plus seulement une déclaration couchée sur le papier. C’était une décision que je commençais à mesurer dans toute sa réalité.
Le lendemain matin, au bureau, je tentai de me concentrer sur mes dossiers. Les chiffres, les échéances et les réunions avaient toujours constitué un refuge confortable : des problèmes clairement définis, des solutions que l’on pouvait argumenter, des résultats que l’on pouvait mesurer. Pourtant, ce jeudi-là, mon attention revenait sans cesse à mon téléphone.
Marc avait reçu ma lettre. Il savait désormais ce que je voulais. Restait à savoir ce qu’il en ferait.
L’appel arriva en fin de matinée.
— Julie ?
Sa voix suffit à faire disparaître le bruit du bureau autour de moi.
— Bonjour, Marc.
— J’ai lu ta lettre.
Je retins mon souffle.
— Elle m’a touché, Julie. Je sais que tu n’écris pas ce genre de choses à la légère.
Je m’étais préparé des phrases, des explications, peut-être même quelques arguments pour justifier ce que j’avais écrit. À présent, aucun ne me semblait nécessaire.
— Je voulais que tu le saches. Je voulais que ce soit clair.
— Ça l’est.
Il marqua une pause, sans chercher à la combler.
— J’aimerais que tu viennes passer la semaine prochaine à la maison. Toute la semaine, si tu peux t’organiser.
Je regardai par la fenêtre de la salle de réunion. La ville suivait son cours, indifférente à ce qui venait de changer dans ma vie.
— Oui, répondis-je. Je vais m’organiser.
Ma réponse était sortie plus vite que prévu.
Il ne me demanda pas pourquoi j’avais accepté si facilement. Il ne me promit rien non plus. Nous parlâmes simplement des jours, du trajet et de ce que je devais prévoir. Cette simplicité me rassura davantage qu’un grand discours.
Lorsque nous raccrochâmes, je restai quelques secondes immobile, le téléphone encore à la main. Il me fallait maintenant obtenir l’accord de Jérôme, répartir mon travail et préparer mon départ.
Pour la première fois depuis longtemps, ces contraintes ne me parurent pas être des obstacles. Elles étaient les étapes concrètes qui me séparaient d’une semaine que j’avais moi-même choisie.
Je me remis au travail. Il y avait un planning à préparer, des dossiers à transmettre et une absence à négocier. Je savais faire tout cela.
Le reste, je ne le savais pas encore.
Et c’était peut-être précisément ce qui me troublait le plus.
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