Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Le ménage — Chapitre unique
Auteur
Le ménage
Chapitre unique
Ça faisait exactement sept mois, deux semaines et quatre jours que Sophie n’avait pas touché un autre corps humain. Pas un câlin qui dure plus de trois secondes, pas une main sur sa nuque, pas même un baiser volé à la va-vite derrière une porte de cuisine. Sept mois depuis que Marc était parti avec sa valise et cette phrase qui lui faisait toujours mal :
— J’ai besoin d’espace pour me retrouver.
Il s’était retrouvé, apparemment, dans les bras d’une coach en développement personnel qui s’appelait Céleste et qui postait des photos de ses fesses en position du lotus sur Instagram.
Sophie, elle, s’était trouvée face à un appartement trop grand, un chat la jugeant de trop (Monsieur Moustache la regardait comme si elle était responsable de la chute de l’Empire romain), et une collection de piles de linge sale qui menaçaient de former une nation indépendante.
Sophie, elle, s’était trouvée face à un appartement trop grand, un chat la jugeant de trop (Monsieur Moustache la regardait comme si elle était responsable de la chute de l’Empire romain), et une collection de piles de linge sale qui menaçaient de former une nation indépendante.
Ce samedi-là, elle avait décidé de faire le ménage. Pas par vertu. Par pur désespoir. Quand on n’a plus d’orgasmes, on aspire. Littéralement.
L’aspirateur était un vieux modèle Dyson de 2018, celui avec le long tuyau flexible gris et la tête ronde qui faisait un bruit de tracteur en colère. Sophie l’avait surnommé « Gérard » un soir de solitude particulièrement pathétique, après trois verres de vin et un documentaire sur les célibataires japonais qui se marient avec des oreillers. Gérard avait l’air fiable. Gérard ne partait pas avec une Céleste. Gérard restait accroché à sa prise murale.
Elle avait enfilé son vieux t-shirt troué (celui qui disait « World’s Okayest Girlfriend ») et un short de sport trop large.
Pas de soutien-gorge. Pourquoi se donner la peine ?
Monsieur Moustache n’allait pas la juger plus qu’il ne le faisait déjà. Elle brancha Gérard, appuya sur le bouton, et le monstre se mit à hurler.
— Allez, mon grand, murmura-t-elle.
— On va tout nettoyer. Toi et moi. Comme une vraie équipe.
— On va tout nettoyer. Toi et moi. Comme une vraie équipe.
Elle commença par le salon. Va-et-vient régulier. Le tuyau se tordait sous sa main comme un serpent trop confiant. Elle sentit la vibration remonter le long de son bras. Rien d’extraordinaire. Juste un aspirateur qui faisait son job. Mais au bout de dix minutes, alors qu’elle passait sous le canapé, quelque chose changea.
La solitude a cette façon sournoise de transformer le banal en érotique. Un simple frottement de tissu contre la peau devient soudain une caresse. Le ronronnement sourd de Gérard se mit à résonner quelque part entre ses cuisses. Sophie s’arrêta net, le tuyau encore en main, et éclata de rire toute seule.
— Non. Non non non. On ne fait pas ça. On est une femme digne. On a un master en communication et un abonnement à Netflix. On ne baise pas avec son aspirateur.
Elle reprit. Un peu plus lentement. Le tuyau glissait entre ses doigts. Elle imagina, juste une seconde, ce que ça ferait si…
Non…
Elle secoua la tête. Monsieur Moustache, installé sur le dossier du fauteuil, la regardait avec un mépris olympien.
— Quoi ? Tu veux que j’aille me taper le distributeur de café de la boulangerie à la place ?
Elle passa dans la chambre. Le lit défait. Les draps qui n’avaient pas vu de corps autre que le sien depuis des mois. Elle s’agenouilla pour aspirer sous le lit et, sans vraiment y penser, pressa le tuyau un peu plus fort contre sa cuisse. La vibration traversa le tissu du short. Un frisson. Petit. Ridicule. Mais bien réel.
Sophie resta agenouillée. Le moteur de Gérard continuait de gronder. Elle regarda le long tuyau gris, flexible, légèrement strié. Il avait une certaine… présence. Une solidité. Une disponibilité constante. Il ne mentait pas. Il n’avait pas de coach spirituelle. Il aspirait ce qu’on lui donnait et ne demandait rien en retour.
— Tu es tellement… fiable, murmura-t-elle.
— C’est pathétique, ce que je suis en train de penser.
— C’est pathétique, ce que je suis en train de penser.
Elle se releva, le cœur battant un peu trop vite. Elle posa Gérard par terre, s’assit au bord du lit, et regarda le tuyau comme on regarde un amant potentiel dans un bar trop sombre.
— Écoute, Gérard. On va être honnêtes tous les deux. Ça fait des mois. Des mois… Je me touche en regardant des trucs de plus en plus douteux. La dernière fois j’ai joui sur une vidéo de menuisier qui ponçait une planche. Une planche, Gérard. Une planche en chêne. Je suis au fond du trou.
Le tuyau ne répondit rien. Évidemment. Mais le silence de Gérard était étrangement accueillant.
Sophie passa la langue sur ses lèvres. Puis, très lentement, elle porta l’extrémité du tuyau contre sa bouche. Juste pour voir. Le plastique était tiède à force d’avoir aspiré. Elle ouvrit les lèvres et suça doucement le bout, comme on goûte un fruit défendu. Le bruit d’aspiration s’intensifia légèrement. Elle sentit la succion tirer un peu sur sa langue. Un rire nerveux lui échappa.
— Oh putain… tu es gourmand, toi.
Elle retira le tuyau, le regarda, et cette fois elle le fit glisser le long de son cou, entre ses seins, sous le t-shirt. La vibration du moteur se propageait à travers le plastique. Ses tétons durcirent immédiatement. Elle gémit. Un vrai gémissement. Monsieur Moustache sauta du fauteuil et quitta la pièce d’un air scandalisé.
— Oui, va-t’en, moralisateur à quatre pattes. Va juger les oiseaux.
Sophie se laissa tomber en arrière sur le lit. Elle tira son short et sa culotte d’un seul geste. Ses cuisses s’écartèrent. Elle était déjà humide. Pathétiquement humide. Juste à l’idée. Elle prit le tuyau à deux mains, comme on tient un amant par les hanches, et le pressa d’abord contre l’intérieur de sa cuisse. La succion tira légèrement sur la peau. Un frisson violent la parcourut.
— Doucement… on y va doucement. On n’est pas des animaux.
Elle glissa l’extrémité plus haut. Le plastique froid (maintenant tiède) toucha ses lèvres. Elle sursauta. Puis elle poussa un peu. La succion saisit immédiatement sa chair sensible. Sophie ouvrit la bouche en grand et laissa échapper un son qui n’avait plus rien de digne.
— Aaaah… putain, Gérard…
Le tuyau aspirait. Pas trop fort. Juste assez pour tirer, pour créer une pression constante et délicieuse contre son clitoris. Elle roula les hanches. Le plastique glissait dans son humidité. Elle imagina que c’était une bouche. Une bouche très technique, très spécialisée, qui savait exactement ce qu’elle faisait. Une bouche qui ne parlait jamais de « se retrouver » et qui n’avait pas d’ex-femme à charge.
Elle appuya un peu plus. La succion s’intensifia. Ses hanches se soulevèrent du matelas. Une main alla se crisper dans les draps. L’autre tenait le tuyau comme si sa vie en dépendait.
— Oui… comme ça… continue… tu es tellement… puissant…
Elle rit entre deux gémissements. C’était absurde. Complètement absurde. Elle était en train de se faire sucer par un aspirateur nommé Gérard pendant que son chat la jugeait depuis le couloir.
Et pourtant…
C’était bon.
Merde, c’était vraiment bon.
La vibration du moteur se transmettait directement à son sexe. Chaque secousse du moteur était une petite décharge électrique.
Sophie écarta davantage les jambes. Elle poussa le tuyau un peu plus bas, l’alignant contre son entrée. La succion tira sur ses lèvres, les écartant. Elle gémit plus fort. Puis, très lentement, elle commença à le faire pénétrer. Juste le bout. Le plastique lisse glissa en elle grâce à son excitation. La sensation était étrange : froide au début, puis rapidement chaude, et surtout… creuse. Elle sentait l’air être aspiré autour d’elle, créant une pression négative délicieuse.
— Oh mon Dieu… tu me suces de l’intérieur… c’est… c’est dégueulasse et génial en même temps.
Elle commença à bouger. Lentement d’abord. Le tuyau entrait et sortait avec un bruit humide et obscène. À chaque va-et-vient, la succion tirait sur ses parois. Elle sentait son clitoris être aspiré à chaque mouvement. Ses seins bougeaient sous le t-shirt. Elle tira le tissu vers le haut et se pinça un téton. La douleur se mélangea au plaisir.
— Gérard… tu es le meilleur amant que j’aie jamais eu. Tu ne parles pas. Tu ne critiques pas ma façon de gémir. Tu ne regardes pas ton téléphone pendant que je jouis. Tu es parfait.
Elle accéléra. Le lit grinçait. Le moteur de l’aspirateur hurlait comme s’il était d’accord. Sophie plia les genoux, planta ses talons dans le matelas et enfonça le tuyau plus profondément. La succion devenait presque trop forte. Elle sentait ses muscles se contracter autour du plastique. Une vague de chaleur montait depuis son bas-ventre.
— Plus fort… s’il te plaît… plus fort…
Elle appuya sur le bouton de puissance. Le moteur passa en mode turbo. La succion devint féroce. Sophie hurla. Ses hanches se soulevèrent violemment. Elle baisait littéralement l’aspirateur maintenant, le tuyau glissant en elle avec des bruits obscènes de succion et de liquide. Ses seins rebondissaient. Des gouttes de sueur glissaient entre eux. Elle se sentait sale, ridicule, magnifique.
L’orgasme arriva comme un camion. Brutal. Total. Ses jambes tremblèrent. Ses muscles se crispèrent autour du tuyau. Elle cria le nom de Gérard d’une voix qui n’avait plus rien d’humaine. Des vagues successives la secouèrent pendant ce qui lui parut une éternité. Quand ce fut fini, elle resta allongée, le tuyau encore en elle, le moteur toujours en train de tourner, le souffle court, les yeux au plafond.
— Oh putain…
Elle éclata de rire. Un fou rire, libérateur, un peu hystérique. Elle retira lentement le tuyau. Un bruit de succion final se fit entendre. Elle regarda l’objet humide et brillant dans sa main.
— Tu m’as complètement détruite, mon grand. Je t’aime un peu, je crois. C’est inquiétant.
Elle éteignit Gérard. Le silence qui suivit fut presque choquant. Sophie resta allongée, les jambes encore tremblantes, le t-shirt remonté sous les aisselles, le short quelque part sur le sol. Monsieur Moustache reparut dans l’encadrement de la porte et la regarda avec ce qui ressemblait furieusement à de la compassion mêlée de dégoût.
— Ne me regarde pas comme ça. Tu te lèches le cul tous les jours. T’es pas mieux placé.
Elle se leva, les jambes encore molles, et alla se nettoyer. Dans la salle de bain, elle se regarda dans le miroir. Joues rouges. Cheveux en bataille. Sourire idiot. Elle avait l’air… vivante. Pour la première fois depuis des mois.
En revenant dans la chambre, elle rangea soigneusement Gérard dans le placard. Pas avant de l’avoir essuyé tendrement avec une serviette propre.
— Repose-toi, mon amour. On se revoit demain. Et peut-être… peut-être qu’on essaiera la tête ronde la prochaine fois. Juste pour voir.
Elle referma le placard, s’allongea sur le lit encore défait, et sourit au plafond.
Sept mois de solitude. Un aspirateur nommé Gérard. Et le meilleur orgasme de l’année.
La vie était absurde. Mais parfois, l’absurde savait exactement où appuyer.
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