Le matelas gonflable
Chapitre 1
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Inspiré du réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Le matelas gonflable — Chapitre 1

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Hairwan
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Le matelas gonflable

Chapitre 1

La maison se trouve quelque part sur les hauteurs, à une vingtaine de minutes du centre de Lyon, là où les rues se transforment en chemins et où l'on entend plus les grillons que les voitures.
Mateo est arrivé le premier. Trente et un ans, né à São Paulo, 1m 87 de décontraction solaire. Sa chemise blanche, légère, presque transparente sous la lumière chaude du salon, est retroussée jusqu'aux coudes et ouverte jusque sous le sternum. Un collier d'argent pend et vient se loger dans le creux entre ses pectoraux, à chaque fois qu'il se penche pour rire. Pantalon vert olive, baskets blanches, le bracelet brésilien tressé, jaune, vert, bleu, usé jusqu'à la corde, au poignet gauche. Ses cheveux noirs bouclent déjà sur son front. La petite entaille dans son sourcil gauche donne à son visage ouvert une pointe de caractère qu'il ignore probablement avoir.
J'arrive vingt minutes plus tard. Vingt-sept ans, infirmier, 1m 81, soixante-dix-huit kilos de sport tranquille. J'ai mis une chemise bleu marine en coton, boutonnée jusqu'au col, proprement rentrée dans un jean brut sombre, une ceinture en cuir, des chaussures en cuir cirées. Classique, presque sage. Ce qui contraste violemment avec mes cheveux roux cuivrés, mi-longs, épais, bouclés, qui refusent de tenir en place, et avec ma barbe courte, irrégulière, qui laisse voir les taches de rousseur semées sur mes pommettes. Mes yeux vert-gris tirent sur le noisette selon l'angle. Quand je souris, deux fossettes se creusent.
Nous nous connaissons de vue. Croisés deux ou trois fois chez ces mêmes amis, sans jamais vraiment nous parler. Assez pour savoir qu'on s'est remarqués, pas assez pour savoir quoi en faire.
Il y a d'autres invités, un autre collègue de Sophie que je connais moins, un couple d'amis d'enfance de Pierre, quelques silhouettes qui vont et viennent entre la cuisine et le jardin. Ils comptent un peu le temps du dîner, puis ils cessent de compter.
La table se vide lentement. Les uns partent en s'excusant de la route, les autres s'effondrent sur le canapé avec un verre de trop. Pierre sort un jeu de cartes. Règles simples : une question, une réponse honnête, ou un gage. Rien de très original, sauf que Pierre sait exactement quelles questions poser, et à qui.
On commence par du léger. Des souvenirs d'adolescence, des anecdotes de boulot, des choses drôles et sans conséquence. Mateo raconte une chute à vélo qui lui a laissé son sourcil fendu ; il mime la trajectoire avec les mains, tout le monde rit, et moi je ris plus fort que les autres en me penchant vers lui pour mieux voir la cicatrice.
Vers 2h, les questions changent de température. Ta dernière fois ? Le truc que tu n'as jamais dit à personne ? Ce qui te fait fondre en trois secondes ? Les verres se remplissent, les rires baissent d'un ton, les corps se rapprochent sur le canapé sans que personne ne décide rien.
Nous finissons assis côte à côte. Mon genou rencontre le sien. La première fois, par accident. La deuxième, personne ne bouge. La troisième, personne ne fait semblant.
Je parle de mon service de nuit, des anecdotes les plus bizarres aux plus scabreuses. Mateo m'écoute sans m'interrompre, ce qui est rare, et pose une main à plat sur le dossier du canapé, derrière mes épaules, sans me toucher. Presque. Son pouce effleure le bord de ma chemise bleu marine.
Pierre et Sophie échangent un regard. Un vrai. Un de ceux qui ont été préparés.
Il est passé 3 heures du matin quand je sors mon téléphone pour m’apprêter à partir et découvre un écran noir. Batterie morte. Je le secoue, je le rallume par réflexe, rien.
— Merde, souffle-je.
— Un problème ? demande Sophie, trop vite, trop attentive.
— Plus de batterie. Et mon chargeur est chez moi.
— Oh non. Et toi, Mateo ?
Mateo vérifie. Dix-huit pour cent, mais il hausse les épaules comme si ça ne voulait rien dire. Pierre se lève, va chercher une bouteille d'eau, revient, s'assied, et lance l'air de rien :
— Écoutez, franchement, restez pour la nuit. On a un matelas gonflable, il est dans le placard, ça prend deux minutes.
Silence. Trois secondes, peut-être quatre.
— Ça marche.
On a dit ça exactement en même temps. Sophie baisse les yeux vers son verre pour cacher son sourire.
Pierre gonfle le matelas avec un gonfleur électrique dans le bureau, juste à côté de la chambre. Le bruit du moteur couvre les derniers rires du salon. Il installe le matelas au sol et se redresse en époussetant ses mains.
Il faudra partager, vous voyez, dit-il avec un clin d'œil qu'il ne cherche même pas à rendre discret.
Aucun de nous ne proteste.
Je garde mon boxer gris anthracite et le t-shirt blanc que j'avais sous ma chemise. Lui ne garde que son boxer.
Il se tourne pour poser sa chemise pliée sur le bureau, et je le vois de profil dans la lumière. Les épaules larges, d'abord, cette ligne nette qui descend du cou jusqu'aux deltoïdes, puis la taille qui se resserre, cette silhouette en V discrète que le tissu de la journée avait laissée deviner sans jamais la montrer vraiment. Sa peau mate prend une teinte brun doré que je retrouve maintenant sur ses omoplates, sur la courbe de ses reins, sur l'arrière de ses cuisses longues et solides.
Il se redresse et je découvre le reste. Les pectoraux presque lisses et galbés, le ventre plat avec cette légère définition abdominale qui n'est pas une tablette, ni des poignets d'amour, la fine pilosité noire qui descend du nombril vers le boxer. Les tatouages courent sur son bras et je me surprends à vouloir les suivre du doigt avant même de savoir ce qu'ils veulent dire.
Le collier d'argent reste, parce qu'il ne l'enlève jamais. Il pend au milieu de sa poitrine et vient se loger dans le creux entre ses pectoraux.
Il a les hanches larges. Le boxer noir les souligne autant que la belle bosse qui moule sa queue au repos, et je m'oblige à regarder ailleurs, ce qui ne marche pas, alors je regarde le sol, puis le matelas, puis mes propres pieds, et je me dis que ça va être une longue nuit.
Il éteint la lampe du bureau. La lumière du couloir passe sous la porte, légère, nous laissant dans la pénombre. Tant mieux. Dans le noir, au moins, il ne verra pas que je viens de le reluquer.
Mateo s'allonge le premier. Le matelas s'affaisse, se soulève, cherche son équilibre. Je le rejoins, et mon poids fait basculer l'ensemble, nos deux corps glissant vers le centre, inexorablement, comme si le matelas avait été conçu pour ça.
— On va tenir à deux ? je lui murmure.
— On va tenir.
Nous ne tenons pas longtemps.
Ça commence par des excuses. Pardon. Non, pardon, c'est moi. Les coudes, les genoux, un avant-bras qui cherche une place et qui trouve une épaule. Le matelas grince au moindre mouvement, un grincement ridicule, élastique, qui ponctue chaque tentative de reprendre de la distance.
Puis les excuses s'arrêtent.
Le silence devient autre chose. Je sens la chaleur de Mateo à travers le tissu fin de son boxer, cette chaleur dense et je réalise que mes cuisses se sont écartées sans que j'y pense. Il est contre moi, le long de mon flanc droit, et chaque partie de nos corps qui se touchent devient consciente de l'autre. Son bassin, ses fesses rondes sous le coton noir, la courbe de son arrière-cuisse contre ma hanche. Mateo frissonne quand une boucle de mes cheveux roux lui tombe près de l'oreille.
— Montre-moi, dis-je, très bas.
— Quoi ?
— Les tatouages sur ton bras. J’en ai vu qu’une partie pendant la soirée.
Mateo se tourne un peu vers moi, tend le bras. Dans la pénombre, je distingue des lignes noires, courbes, abstraites, qui ne représentent rien de reconnaissable. Des arcs qui se croisent, des ondes qui s'ouvrent et se referment.
— C'est quoi ?
Des respirations, dit Mateo. Chaque fois que j'ai eu l'impression d'être vraiment vivant. J'en ajoute une.
Je trace la première du bout de l'index. Puis la deuxième. Puis je remonte, lentement, jusqu'à l'épaule, jusqu'à la naissance du cou, jusqu'à la mâchoire. Sa peau est chaude sous mon doigt, une légère rugosité là où les poils ont été rasés. Je sens son souffle accélérer contre mon cou.
Mateo inspire plus fort que nécessaire.
— Erwan.
— Ouais.
Ce n'est pas une question, ce n'est pas une réponse. C'est juste le prénom, posé là entre nous, comme une main tendue.
La suite ne se décide pas. Elle arrive.
Un genou qui glisse contre ma cuisse, d'abord, presque timide, puis qui reste là, appuyé, à chercher la chaleur de l'intérieur. Une hanche qui se rapproche contre la mienne, os contre os, et ce contact-là fait passer un courant dans tout mon bassin. Ma main qui se perd dans ses boucles noires, qui tire un peu, qui le fait gémir sourdement, ce son grave que je sens plus que je ne l'entends, une vibration contre ma gorge. Sa bouche qui trouve la mienne dans le noir et qui s'y attarde, langue contre langue, un baiser qui ne cherche pas à finir.
Sa main descend. Elle descend lentement, paume ouverte, sur mon torse, sur mon ventre, sur la bande de peau nue au-dessus de l'élastique, et je retiens mon souffle. Ses doigts passent sous le coton gris anthracite, et je sens sa paume se refermer sur mon membre rigide, chaude, englobante. Il serre une fois, juste assez pour me faire lâcher un souffle que je n'avais pas prévu, puis il remonte le long de la hampe avec le pouce, lentement, en appuyant là où ça me fait fermer les yeux. Il presse ma longueur dans sa paume à chaque remontée, de la racine jusqu'à la surface lisse du gland, ma verge pulse dans sa main. Son poignet tourne, sa main s'ajuste, et je sens le liquide perler au bout, qu'il étale du bout du doigt comme s'il prenait son temps exprès.
Moi aussi je le touche. Je passe la main dans son boxer noir et je le trouve dur, le bout de sa queue tendu contre son ventre, dépassant de l’élastique, brûlante, plus épaisse que je l'imaginais. Je le prends en main, je le soupèse, et à chaque passage Mateo enfonce un peu plus son visage dans mon cou, comme s'il cherchait à se cacher de ce que je lui fais. Son souffle se casse. Il mordille la peau tendre entre mon épaule et ma clavicule et je sens ses dents, puis sa langue juste après, comme une excuse.
Je continue mon exploration vers ses couilles. Il les a pleines, lourdes, qui ballottent légèrement dans son boxer. Quand je passe ma main dessous pour les prendre, elles sont chaudes, denses, presque fermes, et je sens la tension qui monte en elles. Je les caresse doucement, une par une. Quand je les serre un peu plus fort, il cambre les reins et m'envoie son sexe tout entier contre ma paume.
Le collier d'argent se prend entre nos deux poitrines. Mon t-shirt finit par terre. Il l'enlève d'un geste impatient, et la fraîcheur de l'air me saisit une seconde avant que son torse ne vienne se plaquer contre le mien.
Puis il se retourne. Il se met sur le côté, dos à moi, et il tire mon bras pour que je le suive en cuillère. Son dos large contre ma poitrine, ses fesses rondes calées contre mon bassin, mes lèvres dans sa nuque, mes doigts qui descendent le long de son ventre jusqu'à retrouver son boxer. Je l'embrasse à la naissance des cheveux, derrière l'oreille, sur l'omoplate, et je le sens frissonner de partout à la fois. Ma main se referme sur lui par-devant, je le caresse lentement en le serrant contre moi, et de l'autre main je remonte sur son torse, je trouve ses tétons, je les roule entre deux doigts jusqu'à ce qu'il cambre les reins pour se coller davantage.
Mes hanches avancent toutes seules. Mon sexe loge entre ses fesses, le tissu des boxers comme seule frontière, et je frotte, lentement, en remontant et descendant le long de sa raie, et Mateo recule son bassin pour accompagner, pour prendre plus de pression. Il gémit, un son continu, bas, presque suppliant, et il tourne la tête pour m'embrasser par-dessus son épaule, la bouche ouverte, maladroite, parfaite.
C'est moi qui n'en peux plus le premier. Je glisse ma main sous l'élastique, je descends son boxer sous ses fesses, je le trouve, entre son beau cul galbé, je le masse du bout des doigts, je presse un peu. À peine, il se raidit une seconde, puis il se détend, il s'ouvre un peu, il pousse contre ma main. Une première phalange disparaît en lui. Il attrape mon poignet.
Alors il se retourne complètement.
Je me retrouve couché sur le dos, Mateo au-dessus de moi, son poids appuyé sur ses avant-bras de part et d'autre de ma tête.
Il me regarde. Ses yeux bruns en amande, sombres dans la pénombre, avec cette lueur malicieuse que j'ai repérée depuis la soirée. Il sourit, ce sourire large, spontané, et il choisit ce moment précis pour me demander, à voix basse, si je suis sûr.
Oui. Oui, je suis sûr.
Je passe mes mains sur son dos, le long de sa colonne vertébrale, vertèbre après vertèbre, jusqu'à ses hanches, puis plus bas, jusqu'à ses fesses que je prends à pleines mains pour le tirer contre moi. Ses doigts à lui traquent la couture de mon boxer, puis trouvent l'élastique. Je l'aide à l'enlever, je soulève les reins, je le fais glisser le long de mes jambes, et mes jambes s'écartent instinctivement pour le laisser s'installer. Il se cale entre mes cuisses, son bassin contre le mien, nos deux sexes qui se croisent, qui se frottent, et il roule des hanches, juste pour me faire sentir ce qu’il veut.
Quand il glisse entre mes cuisses, le matelas grince une nouvelle fois, sonore, ridicule.
Il descend. Il prend son temps, il embrasse mon ventre, l'intérieur de mes cuisses, et il continue. Il s'arrête juste là, à l'aine, où la peau devient plus fine, plus sensible. Sa langue passe sur ma verge d'abord, du bout, lente, juste la pointe qui effleure le gland, puis plus large, la langue qui recouvre toute la surface, remontant jusqu'à la base. Il fait tourner sa langue autour du prépuce, il passe dessous, là où la peau est plus tendre, il lèche les veines qui dessinent des lignes sur le corps. Je sens la salive qui glisse, qui refroidit une seconde avant que sa bouche ne vienne recouvrir le tout.
Sa bouche se referme. Il prend ma longueur au fond de sa gueule, et je sens le palais qui passe sur le dessus, la langue qui joue en dessous, la gorge qui accueille, qui se resserre. Il pompe, lentement d'abord, puis plus vite, la main qui accompagne à la base. Il crache dedans pour que ça glisse mieux, et il recommence, encore plus profond. Je plante mes doigts dans ses boucles noires et je tire sans m'en rendre compte. Il rit contre ma peau, et il recommence, plus lentement, jusqu'à ce que mes cuisses tremblent et que je sois obligé de le tirer par les épaules pour qu'il remonte.
Il relève la tête. Sa langue est sur ses lèvres, brillante de salive. Il prend mes couilles dans sa main droite, les masse doucement, une par une, puis les deux ensemble, et je sens le poids de leur masse dans sa paume, comment elles se gonflent encore plus quand il les serre. Il les porte à sa bouche, il les embrasse, il suce la peau fine du dessus, et ça me traverse entier.
Il crache dans sa paume. Il se repositionne. Il pousse.
Je le sens entrer en moi, d'abord lentement, centimètre par centimètre, jusqu'au bout. Son gland passe la frontière, il est large, plus large que je pensais, et je sens la pression qui se répand partout autour. Sa verge avance, le corps entier qui glisse dans mon rectum, chaud, mouillé, dur. Il pousse plus, il cherche le fond, il le trouve, il s'arrête là, immobile, le temps que je m'habitue à lui, le temps que mon corps décide que oui.
Puis il commence à bouger. Il recule d'abord, il sort presque complètement, il ne laisse que la tête dedans, puis il rentre d'un coup sec, jusqu'au fond. Il répète, il trouve son rythme, il pousse, il retire, il pousse, il retire, et à chaque entrée il me touche au fond, cette place précise qui me fait voir des étoiles. Le matelas grince à chaque mouvement, sonore, régulier, et ses hanches cognent contre les miennes.
Ses couilles tapotent contre moi à chaque coup de reins, la peau qui frappe la peau, et je sens le poids de chacune, cette lourdeur pleine, cette masse qui se remplit à chaque poussée. Il grogne, une vibration qui traverse sa poitrine et vient résonner dans la mienne, et il accélère.
Le rythme s'accélère. Le matelas grince à chaque appui, à chaque déplacement, à chaque fois que Mateo cherche un angle, une prise, un peu plus de moi. Ses hanches s'ancrent dans les miennes, ses genoux écartent mes cuisses plus largement. Je sens son ventre, sa légère définition abdominale contre mon sexe dressé, la pression régulière de ses mouvements.
Je passe mes bras autour de son cou, mes doigts s'accrochent à ses boucles noires. Il me regarde dans les yeux pendant qu'il avance en moi.
Le matelas crie encore. Le grincement devient régulier, presque musical, rythmé par nos respirations qui se calent l'une sur l'autre. Je ferme les yeux, je les rouvre, je les referme, et je finis par lâcher son prénom en gémissant.
Il approche, je le sens à la tension dans ses muscles, à la manière dont ses doigts se crispent sur mes hanches, à la rapidité de ses coups de reins. Je tends les cuisses, je serre mes doigts pour écarter un peu plus mes fesses, je veux le sentir plus profond. Il grogne, une vibration qui traverse sa poitrine et vient résonner dans la mienne, et il accélère encore.
Il approche, il approche, et je le sens dans la façon dont ses coups de reins perdent leur régularité, dont ils deviennent plus courts, plus durs, plus désespérés. Son souffle se casse contre mon oreille, une succession de hoquets chauds qui ne se terminent jamais vraiment. Ses doigts se crispent sur mes hanches.
L'orgasme monte dans mes couilles d'abord. Une contraction lente, quelque chose qui vient de l'intérieur du ventre et qui remonte. Elle se resserre contre mon corps, elle se vide et je sens chaque spasme qui la traverse, de plus en plus rapprochés. La tension s'accumule à la base de ma verge, cette pression dense, presque douloureuse, qui cherche une sortie et qui n'en trouve pas encore.
Puis ça lâche.
Le premier jet part sans prévenir, puissant, chaud, et je sens ma verge se contracter tout entière, du périnée jusqu'au gland, une onde qui remonte et qui explose. Je me cambre, mes abdos se verrouillent, mon dos se creuse contre le matelas, et je plante mes talons dans le drap pour pousser mes hanches vers lui, pour le prendre plus profond, pour qu'il soit là au moment exact. Le deuxième spasme suit le premier de si près que je ne les distingue plus. Le troisième me fait lâcher un gémissement long, cassé, qui ne ressemble à aucun son que j'ai jamais produit.
Ça sort par saccades, en rythme avec mes contractions, et je sens chaque jet qui traverse ma verge et qui part sur mon ventre, sur ma poitrine, sur le collier d'argent de Mateo quand il se penche. C'est chaud, c'est épais, ça glisse le long de ma peau et ça refroidit presque aussitôt dans l'air de la pièce. Il y en a plus que je pensais, ça continue, ça continue, et je n'arrive pas à reprendre mon souffle.
Mateo me suit de près. Je le sens se figer au-dessus de moi, tout son corps qui se raidit d'un coup, ses cuisses qui se contractent contre les miennes, son dos qui se bombe sous mes mains. Il pousse une dernière fois, plus fort, plus loin, et il reste là, enfoncé jusqu'à la garde, à trembler. Un grognement long, bas, qui vient du fond de sa poitrine et qui roule contre mon cou.
Je sens sa verge palpiter en moi, ces pulsations profondes, régulières, qui se propagent dans mes parois, et je sens la chaleur de ce qu'il verse, cette chaleur qui se répand à l'intérieur, qui me remplit, qui déborde un peu quand il recule d'un millimètre.
Je passe mes doigts dans ses boucles noires, trempées de sueur, et je le garde là, immobile, le temps que nos deux corps redescendent.
Puis il bouge, doucement. Il passe une main sous mes fesses, paume ouverte, et il appuie, juste assez pour retenir ce qui commence à glisser hors de moi. Il reste comme ça une seconde, à sentir sa propre semence qui pèse à l'intérieur, à me maintenir fermé, comme si ça pouvait suffire. Ça ne suffit pas, mais il se retire lentement.
Il cherche son boxer à tâtons dans le noir. Il le récupère au pied du matelas, le déplie, et il commence par moi. Il m'essuie entre les fesses, sans dégoût, sans hésitation, avec des gestes précis, méthodiques, en remontant vers le périnée depuis le bas du dos.
Ensuite il s'occupe de lui. Il s'essuie la verge, la base, les couilles. Il noue le boxer sale en boule et le pose au bord du matelas.
Il se penche alors vers mon ventre. Il ne dit rien non plus. Sa langue passe sur ma peau, lente, là où je me suis répandu, du nombril vers le haut, jusqu'aux poils du torse. Il goûte, il ravale, il recommence plus bas, sur la hanche, sur le creux de l'aine, sur le haut de ma cuisse. Il nettoie tout, méticuleusement, comme si c'était une chose normale à faire, comme si ça faisait partie de la nuit. Je le regarde faire dans la pénombre, la tête baissée, les boucles noires qui tombent sur mon ventre à chaque passage, et je ne bouge pas.
Quand il a fini, il remonte, il se couche contre moi, il passe un bras autour de ma taille et pose sa joue sur ma poitrine. Il y a une trace humide qui sèche sur ma peau, et il n'y a plus rien d'autre à effacer. Sauf, peut-être, une gouttelette oubliée sur son pendentif.
Le latex se remet doucement en place, enfin tranquille, cesse de grincer. Une boucle rousse collée à une joue mouillée. Son souffle sur mon cou.
Nous ne nous rhabillons pas. Nous ne nous séparons pas non plus.
Le lendemain, nous nous réveillons au bruit de la vaisselle. Des assiettes, des tasses, de l'eau qui coule, des rires étouffés derrière la porte du séjour. Il est neuf heures passées.
J'ouvre un œil, vois mon t-shirt à l'autre bout de la pièce, et je ris sans bruit. Mateo, lui, ne bouge pas tout de suite. Il regarde le plafond, puis moi, puis le plafond à nouveau, avec l'expression de quelqu'un qui vient de comprendre quelque chose d'important et qui n'a pas encore décidé quoi en faire.
Nous enfilons nos affaires. Je reboutonne ma chemise bleu marine jusqu'au col, comme la veille. Mateo laisse la sienne ouverte, évidemment. Et surtout, je le sais sans boxer sous son pantalon. Mon regard cherche à attraper la déformation qui confirmera ce que je sais déjà.
Dans la cuisine, Pierre et Sophie nous attendent avec deux cafés déjà servis et un sourire que rien ne peut effacer.
— Bien dormi ? demande Sophie, l'air parfaitement innocent.
— Très bien, dit Mateo.
— Le matelas est confortable, ajoute-je, sérieux comme un pape.
Pierre repose sa tasse.
— La nuit était pas trop agitée ?
On se regarde tous les deux avec Mateo sans rien dire.
— Vous savez que la cloison est fine, hein ? dit-il. Genre, vraiment fine. On a tout entendu. Le grincement, surtout. Mais pas que. Franchement, il faudrait qu'on en rachète un.
Un silence, puis j'éclate de rire, et Mateo avec moi, ce rire large qui lui plisse les yeux et lui renverse la tête en arrière, et nous, deux hommes, nous regardons au-dessus de nos tasses en sachant exactement la même chose.
Sophie, elle, ne dit rien. Elle a déjà gagné.
Quatre jours plus tard, Mateo reçoit un message.
— Salut. Jeudi soir, tu viens chez moi ?
Il relit deux fois. Il sourit tout seul dans la cuisine de son appartement lyonnais, ce qui ne lui arrive pas souvent.
— Jeudi. Chez toi. Juste nous deux ?
— Juste nous deux. J'ai un matelas qui ne grince pas.
Il tape sa réponse sans réfléchir davantage.
— J'apporte le vin.
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