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Inspiré du réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Adrián — Chapitre 5

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Adrián

Chapitre 5

Je me suis réveillé lentement.
La première chose que j'ai remarquée, c'était la lumière qui filtrait à travers les volets.
La deuxième, c'était ma tête qui tournait si je levais mon cou.
La troisième, c'était qu'il y avait quelqu'un dans mon lit.
Je suis resté parfaitement immobile.
Pendant quelques secondes, j'ai essayé de reconstituer les événements de la veille. La musique, le salon, les verres, la danse, Adrián qui m'aidait à rejoindre ma chambre.
Puis j'ai tourné très lentement la tête.
Adrián dormait à côté de moi.
Il était allongé sur le flanc, un bras replié au-dessus de sa tête, les cheveux en désordre et le visage détendu par le sommeil. Il avait manifestement trouvé le moyen d'ôter mon short et de s'installer sans me réveiller.
Je l'ai regardé. Puis j'ai regardé le plafond. Puis je l'ai regardé de nouveau.
Il y avait plusieurs explications possibles à cette situation.
Aucune ne me semblait immédiatement satisfaisante.
Je me souvenais qu'il m'avait accompagné jusqu'à ma chambre. Je me souvenais de son verre d'eau et de sa voix lorsqu'il m'avait souhaité bonne nuit.
En revanche, je n'avais aucun souvenir de l'avoir invité à rester.
Ce qui ne signifiait pas forcément que je ne l'avais pas fait.
J'avais peut-être dit quelque chose de stupide.
J'avais probablement dit quelque chose de stupide.
Je me suis redressé très doucement, en essayant de ne pas le réveiller.
Il a bougé. Je me suis immobilisé.
Il a soupiré, s'est tourné sur le côté et a enfoui une partie de son visage dans l'oreiller.
J'ai retenu mon souffle. Puis il s'est rendormi.
J'ai laissé retomber ma tête contre le mur. Très bien.
C'était officiel. Je n'avais aucune idée de la manière dont j'allais gérer cette situation.
Quelques minutes plus tard, Adrián a ouvert les yeux.
Il a cligné plusieurs fois des paupières, l'air de chercher où il se trouvait. Puis son regard s'est posé sur moi.
Un sourire lent est apparu sur son visage.
— Bonjour.
— Bonjour.
Il a refermé les yeux.
— Tu as mal à la tête ?
— Pas tant que ça.
— Mouais.
Il s'est étiré avant de se tourner vers moi.
J'ai désigné le lit d'un mouvement de la main.
— Pourquoi tu es là ? Mon ton était plus curieux qu'accusateur.
Il a paru réfléchir à la question, comme si la réponse lui semblait évidente.
— Parce que je me suis endormi.
J'ai cligné des yeux.
— Dans mon lit ?
— Très bonne déduction.
— Adrián.
Il a ri doucement.
— Tu étais complètement épuisé hier soir. Je t'ai accompagné jusqu'ici, puis je suis resté un peu pour vérifier que tu allais bien. Et je me suis endormi.
Il a marqué une pause.
— Tu dormais déjà quand je me suis installé. Je ne voulais pas te réveiller.
J'ai baissé les yeux vers les draps.
— Et tu as décidé de dormir ici plutôt que de retourner dans ta chambre ?
— À trois heures du matin, après avoir passé dix minutes à me demander si tu allais vomir sur mes chaussures ou t'étouffer avec ton propre oreiller ? Oui. J'ai pris une décision courageuse.
J'ai relevé les yeux vers lui.
— Je ne suis pas aussi catastrophique que ça.
— Victor, tu as essayé de négocier avec une porte hier soir.
J'ai fermé les yeux.
— Je déteste cette conversation.
— Moi, je l'adore.
Son sourire s'est élargi. Il avait cette façon insupportable de se réjouir de mon embarras, comme s'il venait de découvrir une nouvelle activité qu'il pourrait pratiquer pendant des années.
J'ai voulu répliquer, mais mon regard est retombé sur lui.
Sur son épaule nue, d'abord. Puis sur la ligne de son cou, ses cheveux en bataille et le drap froissé qui s'arrêtait très bas, au niveau de sa taille. En dessous, rien. Le drap remontait légèrement sur ses cuisses à chaque respiration, laissant voir la toison sombre de son pubis, puis ce creux précis où le muscle devenait chair molle. La chaleur corporelle était palpable, même à travers l'espace infinitésimal qui nous séparait.
J'ai réalisé, avec un léger temps de retard, que nous étions beaucoup plus proches que je ne l'avais imaginé.
Il n'y avait presque aucun espace entre nous. Mon genou touchait le sien sous les couvertures, et l'un de ses bras reposait à quelques centimètres de ma main. Je pouvais distinguer les petites marques sur sa peau, les traces que le sommeil avait laissées sur son visage, et même le mouvement discret de sa gorge lorsqu'il avalait sa salive. J'ai senti son haleine chaude sur ma joue quand il a penché la tête vers moi, et pour la première fois depuis que j'étais assis, j'ai noté une autre chaleur, plus basse, celle qui se dégageait de son corps et qui commençait à rendre l'air lourd.
J'ai retiré mon genou.
Un peu trop brusquement.
Adrián a baissé les yeux vers le mouvement, puis les a relevés vers moi.
— Tu comptes t'enfuir ?
— Je ne m'enfuis pas.
— D'accord.
Il n'a pas insisté. C'était presque pire.
J'ai passé une main sur mon visage, en essayant de remettre de l'ordre dans mes pensées. La veille me revenait par fragments, sans que je parvienne à distinguer clairement les souvenirs de ce que mon imagination semblait vouloir ajouter.
La musique. Sa main dans le bas de mon dos. Mon bras autour de ses épaules.
La façon dont nous avions fini par danser si près l'un de l'autre que je n'avais plus vraiment besoin de regarder mes pieds pour savoir où il se trouvait.
Je me suis raclé la gorge.
— Adrián ?
— Hum ?
Il avait attrapé un coin de l'oreiller et le triturait entre ses doigts. Son regard était posé sur moi, attentif malgré son air encore ensommeillé.
— Hier soir…
Il a attendu.
J'ai cherché mes mots.
— On a beaucoup dansé.
Un sourire a lentement étiré ses lèvres.
— C'est vrai.
— Et… enfin, vers la fin, on était plutôt…
J'ai fait un geste vague entre nous.
— Proches ?
— Je crois que c'est le mot.
— Tu crois ?
— Ne commence pas.
Il a ri, puis s'est redressé contre la tête de lit. Le mouvement a fait glisser le drap sur son ventre. J'ai détourné les yeux avec une rapidité qui, malheureusement, n'a pas échappé à son attention.
— Qu'est-ce qu'il y a ? a-t-il demandé.
— Rien.
— Tu regardes le mur comme s'il venait de t'insulter.
— J'essaie de réfléchir.
— C'est dangereux, ça.
Je lui ai lancé un regard noir. Il m'a répondu par un sourire parfaitement innocent.
J'aurais pu en rester là. Faire une plaisanterie, lui demander ce qu'il voulait pour le petit déjeuner, puis me lever et laisser cette conversation disparaître avec le reste de la soirée.
C'aurait été raisonnable.
Mais il y avait une question qui me travaillait depuis mon réveil, et je savais que je n'arriverais pas à l'oublier tant que je ne l'aurais pas posée.
— Est-ce qu'il s'est passé quelque chose après que je me suis endormi ?
Son sourire s'est atténué, sans disparaître complètement.
— Quel genre de chose ?
— Je ne sais pas. C'est justement le problème.
Il a incliné la tête.
— Tu as peur d'avoir fait quelque chose ?
— Je n'ai pas dit ça.
— Non. Tu as seulement l'air de quelqu'un qui essaie de se souvenir s'il a déclaré son amour à un lampadaire.
— Adrián.
— D'accord, d'accord.
Il a levé les mains en signe de reddition. Puis il m'a observé quelques secondes, avec une expression que je lui connaissais moins. Il semblait hésiter entre me taquiner et me répondre sérieusement.
— Il ne s'est rien passé dont tu devrais t'inquiéter, Victor. Tu étais épuisé. Tu t'es endormi, je t'ai juste aidé à enlever ton short et je suis resté là. C'est tout.
J'ai hoché la tête. Et j'ai regardé mon boxer, prenant conscience de son existence.
J'aurais dû être soulagé. Je l'étais, d'une certaine manière. Pourtant, une autre question s'est imposée à moi, plus embarrassante encore que la première.
— Et avant ça ?
— Avant quoi ?
— Pendant la danse.
Il a baissé les yeux vers nos mains, puis les a relevés.
— Ah.
Ce simple son m'a donné l'impression qu'il venait de comprendre quelque chose que je m'efforçais moi-même de ne pas formuler.
— Quoi, « ah » ?
— Rien.
— Tu viens de dire « ah ».
— J'ignorais qu'il fallait demander une autorisation pour ça.
J'ai soupiré.
— Tu sais très bien ce que je veux dire.
Son sourire est revenu, mais il n'avait plus tout à fait la même légèreté.
— Oui. Je sais.
Un silence s'est installé.
Pour la première fois depuis son réveil, Adrián ne semblait pas pressé de le remplir. Il jouait toujours avec le coin de l'oreiller, mais son regard ne quittait plus le mien.
— On dansait, a-t-il fini par dire. On s'amusait. Je me suis rapproché de toi, tu t'es rapproché de moi. Ce n'était pas très compliqué.
— Ce n'est pas ce que je voulais dire.
— Alors qu'est-ce que tu voulais dire ?
J'ai ouvert la bouche. Puis je l'ai refermée sans rien prononcer.
C'était ridicule. Je savais très bien ce que je voulais dire. Je voulais savoir s'il avait ressenti la même chose que moi, cette chaleur inhabituelle, cette attention démesurée portée à chacun de ses mouvements, et cette envie absurde de prolonger chaque contact sous prétexte qu'il faisait partie de la danse.
Je voulais savoir si j'avais été le seul à remarquer que, pendant quelques chansons, nous avions cessé de nous comporter comme deux amis qui s'amusaient à une soirée.
Mais je n'avais aucune idée de la manière de poser cette question sans avoir l'impression de me jeter du haut d'un immeuble.
— Tu étais différent, ai-je finalement murmuré.
Adrián a cessé de jouer avec l'oreiller.
— Différent comment ?
— Je ne sais pas.
— Victor.
Sa voix était plus douce.
Il s'est rapproché d'un rien. À peine quelques centimètres, mais je l'ai remarqué aussitôt. Son genou a retrouvé le mien sous les draps.
— Tu étais en train de dire quelque chose d'intéressant.
— C'est toi qui trouves ça intéressant.
— Évidemment. C'est toi qui parles.
J'ai laissé échapper un rire malgré moi. Il a souri, satisfait, puis son expression s'est faite plus sérieuse.
— Je te regardais parce que j'aimais danser avec toi, a-t-il dit. Et parce que tu avais enfin arrêté de réfléchir à tout ce que tu faisais.
J'ai baissé les yeux.
— Et peut-être que j'avais aussi envie de voir jusqu'où tu me laisserais me rapprocher.
Mon cœur a raté un battement.
J'ai relevé la tête.
— Quoi ?
Cette fois, Adrián n'a pas souri.
— Tu m'as entendu.
Je l'avais entendu. Très bien, même. Le problème était que je ne savais pas quoi faire de cette réponse. Les mots sont restés entre nous.
Je me suis rendu compte que j'étais en train de le fixer. J'aurais voulu regarder ailleurs, reprendre le contrôle de mon visage, retrouver quelque chose de familier dans cette situation qui m'échappait de plus en plus.
Mais Adrián était là, tout près, et il me regardait sans chercher à dissimuler quoi que ce soit derrière une plaisanterie.
Je me suis souvenu de sa main dans mon dos, de la façon dont mon corps avait suivi le sien sans que j'aie besoin de me poser la moindre question. Je me suis souvenu de son souffle près de mon cou, de nos deux sexes tendus entre les fins tissus, et de cette sensation presque déconcertante d'être exactement là où je voulais être.
Je me suis rapproché.
Pas beaucoup. Juste assez pour que nos épaules se touchent et que je puisse sentir la chaleur de sa peau contre la mienne.
Adrián n'a pas bougé.
Son regard a glissé vers ma bouche, puis est remonté vers mes yeux. Le mouvement a été si bref que j'aurais pu le manquer si je n'avais pas été occupé à observer chacun de ses gestes.
Je ne l'ai pas manqué.
Mon cœur s'est mis à battre plus vite.
— Tu me regardes encore comme ça, ai-je murmuré.
— Comme quoi ?
J'ai secoué la tête, presque amusé par son incapacité à me faciliter les choses.
— Tu sais très bien.
— J'aimerais t'entendre le dire.
J'ai serré un peu plus ses doigts.
— Comme si tu avais envie de m'embrasser.
Il est resté silencieux.
Puis il a demandé, d'une voix basse :
— Et si c'était le cas ?
J'ai senti mon visage s'échauffer, mais je n'ai pas détourné les yeux.
— Je crois que tu pourrais essayer.
Son expression a changé. Pas de façon spectaculaire. Il n'y a pas eu de grand sourire ni de plaisanterie pour alléger le moment. Seulement cette douceur soudaine dans ses yeux, mêlée à une hésitation que je ne lui connaissais pas.
Il s'est rapproché lentement. Assez lentement pour que je puisse changer d'avis. Assez lentement pour que je comprenne qu'il me laissait le choix jusqu'au dernier instant.
J'ai levé légèrement le menton.
Nos fronts se sont presque touchés. Je pouvais sentir son souffle sur mon visage, chaud et irrégulier, et je me suis surpris à retenir le mien comme si le moindre mouvement risquait de briser quelque chose.
Je me suis penché vers lui.
Nos lèvres se sont touchées. J'avais imaginé beaucoup de choses au cours des dernières minutes, mais aucune ne m'avait préparé à cette sensation. À la douceur de sa bouche, à la proximité de son visage, ni à cette étrange impression que le silence de la chambre était devenu plus profond autour de nous.
Je me suis écarté d'un souffle.
Adrián avait les yeux ouverts. Il me regardait comme s'il attendait de savoir ce que j'allais faire.
Il s'est rapproché et m'a embrassé de nouveau.
Le second baiser n'avait plus rien de la question du premier. Il était plus lent, plus assuré, sans pour autant perdre cette délicatesse qui me donnait envie de prolonger chaque seconde. J'ai fermé les yeux et glissé ma main derrière sa nuque, mes doigts se perdant dans ses cheveux encore désordonnés.
Adrián a posé sa main contre ma joue, puis l'a laissée descendre jusqu'à mon épaule. Il m'a attiré vers lui avec douceur, me laissant le temps de suivre son mouvement.
Je me suis rapproché davantage.
Nos genoux se sont heurtés sous les draps, et j'ai souri contre ses lèvres. Il a interrompu le baiser juste assez longtemps pour me regarder.
Alors j'ai laissé mon genou glisser.
Ce n'était pas calculé. Enfin, si, un peu. Il a glissé le long du sien, dans le creux tiède entre ses cuisses, et il est resté là, coincé, prisonnier d'un espace qui n'avait pas été prévu pour ça. J'ai senti la chaleur avant de sentir la forme. Une chaleur dense, vivante, irradiante, qui montait de sa peau comme d'une pierre au soleil. Et puis la forme, justement : son sexe, presque dur, couché contre sa cuisse, qui s'est soudain tendu contre mon genou comme s'il venait de me reconnaître.
Il a inspiré par le nez. Un son minuscule, presque rien, mais dans le silence de la chambre il a rempli toute la pièce.
Je n'ai pas bougé. Lui non plus. Nous sommes restés là, bouche contre bouche, à respirer le même air, tandis que sous les draps cette pression augmentait par paliers. Je sentais chaque centimètre qu'il gagnait, la peau se tendre, la chaleur devenir presque brûlante à travers le drap. Ma main est descendue de sa nuque vers son dos, a suivi la ligne de sa colonne, s'est arrêtée dans le creux des reins. La sienne, elle, a quitté mon épaule pour descendre le long de mon flanc, s'est glissée sous le drap, et s'est posée à plat sur ma hanche, doigts écartés, comme pour mesurer la largeur de ce qu'il tenait enfin.
Nous nous embrassions toujours. Mais ce n'était plus un baiser, c'était une occupation, quelque chose pour tenir la bouche pendant que le reste travaillait.
Il a basculé.
D'un mouvement souple, sans effort apparent, il s'est redressé et m'a enjambé. Ses genoux se sont posés de part et d'autre de mes cuisses, les fesses creusées par le poids, et son poids est descendu sur moi par étapes, chaque centimètre mesuré, calculé. Son sexe, complètement dur maintenant, lourd, chaud, tendu vers le haut contre son ventre, s'est plaqué contre le mien à travers le coton de mon boxer. Le gland a laissé une marque humide sur le tissu à chaque pression. Il a poussé un soupir long, presque soulagé, comme un homme qui repose enfin quelque chose de pesant, et sa gorge a fait entendre le bruit d'une déglutition sèche.
Il ne s'est pas pressé. Il a commencé à bouger par petits coups de hanches, lents, réguliers, un roulis plutôt qu'une poussée, et chaque passage frottait sa queue contre la mienne, séparées par une épaisseur de tissu qui devenait une plaisanterie.
Je sentais tout : la rigidité, la veine qui courait sur le dessus et qui pulsait au rythme de son cœur, le gland qui laissait une trace humide sur mon boxer à chaque va-et-vient, la chaleur qui montait dans mes testicules avec chaque frottement. Mes mains sont remontées sur ses cuisses, ont empoigné ses fesses, et là j'ai retrouvé ce que j'avais observé la veille, la peau lisse, tendue, le muscle qui se contractait sous mes doigts à chaque mouvement, chaque contraction envoyait une vibration jusqu'aux os du bassin. Il a souri, les yeux à demi fermés, la bouche entrouverte sur un souffle court.
— Tu me regardes comme hier.
— Hier je ne te touchais pas.
— C'est mieux ?
Je n'ai pas répondu. J'ai serré plus fort, les doigts enfoncés dans la chair, les ongles marquant la peau, et j'ai senti la tension monter jusque dans ses cuisses.
Il s'est penché, m'a embrassé une dernière fois, la langue entrant dans ma bouche sans demander, puis il est descendu. Bouche sur ma gorge, langue sur la peau, goût de sueur et de sel sur mon sternum, succion à la base du cou qui a laissé une trace rouge, sur mon ventre, un trajet lent, méthodique, ponctué de petits coups de langue qui me faisaient tressaillir, chaque vague de chaleur qui descendait jusqu'au pubis. Arrivé à l'élastique de mon boxer, il a marqué un temps, m'a regardé, et je n'ai rien dit, ce qui valait tous les consentements du monde. Il a tiré le tissu vers le bas, l'a fait passer par-dessus mes jambes, et l'a envoyé valser hors du lit.
Puis il a pris ma queue dans sa main.
Juste ça, d'abord. La tenir, la peser, la regarder comme on examine un objet qu'on vient d'acquérir. La longueur, le diamètre, la peau fine du prépuce qui glissait. Il a remonté le prépuce, l'a redescendu, a passé le pouce sur le gland d'un geste circulaire qui a fait jaillir une goutte de liquide clair au bout, qui m'a fait fermer les yeux. Et puis il a approché sa bouche.
Ce qui a suivi, je ne saurais pas le décrire proprement.
Je suis resté assis contre les oreillers, les jambes écartées, les mains crispées dans les draps, et je l'ai regardé faire, ses cheveux qui tombaient sur son front, collés à la sueur, sa nuque qui montait et descendait, ses joues qui se creusaient par intermittence, le bruit mouillé de sa salive.
Il avait une technique patiente, sans précipitation, qui consistait à prendre un peu plus à chaque passage, à s'arrêter juste avant la limite où j'allais exploser, à remonter lentement en aspirant, en utilisant toute la surface de la langue pour caresser le frein. Sa langue travaillait le frein avec une précision presque clinique, roulant le tissu sensible sous le palais dur de sa bouche.
À un moment, il a levé les yeux vers moi sans s'interrompre, les pupilles dilatées, la bouche pleine, et ce regard-là, calme, amusé, un peu cruel, m'a fait comprendre que je n'allais pas tenir très longtemps.
— Arrête.
Il s'est retiré avec un bruit mouillé, un éclaboussement sec, et a léché les dernières traces sur le gland avant de se relever.
— Tu es sûr ?
— Sinon je vais finir là.
— Ce serait dommage.
Il s'est essuyé la bouche du revers de la main, s'est allongé sur le dos. Pas un mot. Aucun besoin.
Je me suis mis entre ses cuisses.
Je l'ai pris par les hanches et je l'ai tiré vers moi, puis j'ai commencé par le haut. Son gland était dégagé, circoncis, d'un rose plus soutenu que le reste, brillant de liquide pré-séminal, et je l'ai léché lentement, en cercles, en appuyant juste ce qu'il fallait pour le sentir se tendre sous ma langue, la peau chaude qui se tendait encore plus. Il a gémi, un son grave qui a vibré dans sa poitrine, et ses doigts se sont plantés dans mes cheveux, tirant légèrement.
Je suis descendu le long de la hampe, puis plus bas, jusqu'aux testicules, lourdes, chaudes, la peau ridée et douce, cette même peau bronzée que partout ailleurs, le scrotum qui se rétractait sous ma langue. Je les ai prises dans ma bouche une par une, roulées, pressées contre le palais, pendant qu'il jurait doucement en espagnol, des mots entrecoupés, incompréhensibles.
Et puis j'ai continué.
J'ai soulevé ses jambes, les ai posées sur mes épaules, et j'ai découvert ce que j'avais reluqué plus tôt. Son petit trou lisse. Complètement lisse. Pas un poil, la peau tendue et claire au centre, plus foncée sur les bords, une petite cicatrice de circoncision juste derrière, et une petite contraction nerveuse qui trahissait son attente. J'ai passé ma langue à plat, du périnée jusqu'au coccyx, une seule fois, sans m'arrêter, en insistant sur la zone sensible entre l'anus et les testicules.
Il a frémi de tout le corps.
Pas un frisson discret : une secousse, des épaules aux talons, et ses cuisses se sont refermées d'elles-mêmes sur mes oreilles, ses mollets contre ma nuque. J'ai recommencé, plus lentement, en spirale, en insistant sur le bord, en passant la pointe de la langue juste à l'entrée de l'anus. Il s'est contracté immédiatement, et cette fois il n'a pas cherché à retenir le bruit qu'il a fait, un gémissement rauque, long. Sa main est venue se poser sur mon crâne, pas pour me pousser, ma langue s'enfonçant un peu plus, les doigts dans mes cheveux, les phalanges blanches de pression.
— Victor.
— Mmh.
— Prends-moi.
Je me suis redressé. J'ai attrapé le tiroir de la table de nuit sans regarder, en ai sorti un préservatif et un tube. Il est resté sur le dos en attendant, les bras croisés derrière la tête, parfaitement calme en apparence, sauf que sa poitrine montait trop vite, les pectoraux qui tremblaient, et le sexe toujours dur, pointé vers le plafond, une veine gonflée visible sur le dessus.
Je me suis préparé. J'ai ouvert le préservatif, l'ai déroulé sur ma bite, puis j'ai enduit mon doigt de gel et je l'ai introduit lentement dans son anus, d'abord le bout, puis la première phalange, puis la deuxième, en le laissant s'habituer, en sentant les muscles internes qui se relâchaient autour de mon doigt. Il a guidé ma queue d'une main, sans un mot, en la pressant contre son trou, encore. Quand je suis arrivé au bout, le préservatif bien en place, il a expiré longuement, les épaules qui ont baissé, et m'a regardé avec ce sourire que je commençais à connaître.
— Voilà. Maintenant tu peux.
J'ai recommencé doucement, après m'être retiré entièrement. La tête a pénétré d'abord, le gland qui a écarté le sphincter, puis la hampe entière qui s'est enfoncée jusqu'aux testicules, et j'ai senti la chaleur interne, humide, serrée, qui m'enveloppait entièrement. Il a suivi mon rythme un moment, puis il a décidé que c'était trop lent et il a calé ses talons dans mon dos pour accélérer à ma place, les orteils enfoncés dans la chair, les mollets qui glissaient sur la sueur.
Nous avons tenu comme ça, face à face, jusqu'à ce que mes bras fatiguent, jusqu'à ce que la friction devienne douloureuse. Il s'est alors retourné sans que je sorte, s'est mis à quatre pattes, et j'ai repris derrière lui. Et là, cette vue dont j'avais rêvé pendant plusieurs jours, ces fesses dorées qui s'ouvraient sur moi, cette ligne lisse que je pouvais maintenant suivre du pouce pendant que je le prenais, le trou qui se refermait autour du préservatif à chaque retrait. Il a enfoncé son visage dans l'oreiller pour étouffer les sons, mais pas assez, les grognements étouffés qui sortaient par les narines.
Puis il a voulu être sur moi. Il s'est assis à califourchon, m'a laissé entrer de nouveau, et a pris le contrôle, les mains sur mon torse, le dos arqué, les hanches qui roulaient avec une assurance qui n'appartenait qu'à lui, les fesses qui se levaient et retombaient sur moi avec un bruit de peau contre peau. C'est là que j'ai compris que je ne tiendrais plus longtemps. Je l'ai attrapé par la taille et je l'ai plaqué sur le dos, une dernière fois, jambes écartées, genoux contre mes côtes, et j'ai senti le liquide séminal commencer à couler dans le préservatif, la pression qui montait dans mes testicules.
— Regarde-moi, a-t-il dit.
Je l'ai regardé. Il s'est masturbé pendant que je le prenais, vite, sans élégance, la main sur le gland qui ressortait du préservatif, les coups de poignet rapides, et je l'ai vu se tendre d'un coup, le ventre qui se contracte en vagues successives, la tête qui part en arrière, les pectoraux qui se figent, la bouche ouverte sur un mot que je n'ai pas compris, juste un son guttural.
Il a joui sur son propre torse, en longs jets blancs qui ont traversé le sillon entre ses pectoraux et sont retombés autour du piercing, la peau qui s'est couverte de traces brillantes. La vue m'a achevé deux secondes plus tard. Je me suis enfoncé jusqu'au bout et je suis resté là, immobile, les bras tremblants, pendant que tout me quittait d'un seul coup, les spasmes qui secouaient mon bassin, le préservatif qui se remplissait, la chaleur qui se dissipait.
Je me suis effondré sur lui. Il n'a pas protesté, il m'a même retenu d'un bras autour du dos, sa main à plat entre mes omoplates, et nous sommes restés comme ça, collés par la sueur et par autre chose, à écouter nos respirations redescendre, le cœur qui ralentissait, les muscles qui se relâchaient un par un.
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Chapitre 6 · Épilogue caliente
Deux colocataires, une chambre, et une nuit qui s'annonce différente des autres. Le narrateur, rugbyman discret, se retrouve allongé auprès d'Adrián, le souffle encore court, les pensées en désordre. Entre l'attachement qui pourrait grandir et la crainte de le montrer, une question reste ouverte : que deviendra leur complicité quand le silence de la pièce retombera ?
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