J’avais dix-huit ans. Première année à la faculté. Deux heures de permanence devant moi avant le prochain cours, et rien de prévu.
Charles m’a croisé dans le couloir. Il habitait à dix minutes à pied, dans un petit studio près du campus. Il m’a dit qu’il devait récupérer des affaires chez lui et m’a proposé de l’accompagner. J’ai accepté sans trop réfléchir.
Nous avons marché côte à côte. L’air était doux, presque tiède. Ses épaules frôlaient parfois les miennes. Une fois arrivés, il a ouvert la porte et m’a fait entrer. J’ai avancé dans la pièce principale pendant qu’il disparaissait dans sa chambre.
Le studio était petit, baigné d’une lumière grise de fin d’après-midi. Un canapé fatigué, une table basse encombrée, une télévision éteinte, des livres empilés un peu partout. L’odeur de lessive mélangée à quelque chose de plus intime, de plus masculin, flottait dans l’air. Je suis resté debout un moment, puis je me suis assis sur le bord du canapé, les mains posées sur mes genoux. Derrière la porte de la chambre, j’entendais des tiroirs s’ouvrir et se refermer, le froissement de vêtements.
Mon regard a glissé vers le meuble bas, près de la télévision. Un magazine était posé bien en évidence. La couverture montrait deux hommes torse nu, l’un contre l’autre, les corps collés, la peau brillante.
J’avais déjà eu des soupçons sur l’orientation de Charles. Mais là, c’était net. Plus de doute. Je me suis demandé un instant s’il l’avait laissé là exprès. S’il voulait que je le voie.
J’ai tendu la main. Le papier était lisse et un peu froid sous mes doigts. J’ai commencé à feuilleter. Les pages s’enchaînaient : des torses durs, des sexes dressés, des bouches ouvertes, des fesses écartées, des regards perdus dans le plaisir. Je tournais les pages sans vraiment y penser, purement par curiosité.
Au bout de quelques minutes, j’ai senti quelque chose.
Une tension lente, insistante, dans mon pantalon. Une chaleur qui montait le long de mon bas-ventre, s’installait entre mes cuisses. Une érection.
Je suis resté figé, le magazine encore ouvert entre mes mains. Mon cœur battait plus fort. Je n’avais jamais regardé un homme de cette façon. Jamais ressenti d’attirance pour un corps masculin. Et pourtant, mon sexe durcissait tout seul, lourd, pressé contre le tissu de mon jean, trahissant une envie que je ne m’étais jamais avouée.
La poignée de la chambre a tourné.
J’ai posé le magazine en vitesse sur le meuble et j’ai essayé de faire comme si de rien n’était. Mais mon visage devait trahir quelque chose. Un air un peu bête, un peu pris sur le fait. Mes joues étaient chaudes.
Charles n’est pas stupide.
Il m’a regardé de haut en bas. Son regard s’est attardé sur mon entrejambe. Puis il s’est avancé vers moi, lentement. Il a compris tout de suite.
Sa main s’est posée sur mon entrejambe.
Chaude. Lourde. Il a senti mon érection à travers le tissu et un sourire a étiré ses lèvres.
— T’as regardé…, a-t-il simplement dit, la voix basse, presque rauque.
Il n’a pas retiré sa main. Il a même appuyé un peu plus, comme pour vérifier. Puis ses doigts ont commencé à me caresser par-dessus le jean, lentement, avec une pression précise. Ma respiration a changé malgré moi. Plus rapide. Plus irrégulière. Chaque mouvement de sa paume envoyait une décharge tiède le long de ma colonne vertébrale.
Ses caresses ne me laissaient pas indifférent.
Je n’ai rien dit. Je ne l’ai pas repoussé.
Il a glissé ses doigts jusqu’à la fermeture éclair, l’a ouverte avec un bruit sec, et a libéré mon sexe. L’air frais de la pièce sur ma peau chaude m’a fait frissonner. Puis sa main s’est refermée autour de moi, ferme, assurée, et il a commencé à me masturber. Des mouvements réguliers, le pouce frottant parfois le gland déjà luisant. Le bruit humide de sa paume sur ma peau me montait aux oreilles. Mes cuisses tremblaient légèrement.
Moi, je restais debout, les jambes un peu molles, les yeux fixés quelque part entre le sol et son visage.
Ensuite, il s’est mis à genoux devant moi.
Sans un mot, il a penché la tête et a pris mon sexe dans sa bouche.
C’était ma première fois.
La chaleur m’a envahi d’un coup. Humide. Serrée. Sa langue a glissé le long de ma verge, a tourné autour du gland, a appuyé juste sous le frein avec une précision troublante. Un frisson m’a parcouru le dos entier. Mes mains sont restées inertes un instant, puis l’une d’elles a trouvé son chemin jusqu’à ses cheveux. Ils étaient doux, un peu longs. Il ne se pressait pas. Il prenait son temps, comme s’il voulait que je sente chaque seconde. La pression de ses lèvres, le bruit mouillé de sa salive, la façon dont sa gorge se resserrait un peu quand il descendait plus bas… Moi, je n’arrivais plus vraiment à réfléchir. Juste à ressentir. Mon bassin bougeait tout seul, par petites poussées involontaires.
Il a continué encore quelques secondes, puis s’est relevé.
Il m’a regardé et m’a demandé de me déshabiller.
J’ai obéi. J’ai enlevé mon t-shirt, mon jean, mon boxer. L’air de la pièce sur ma peau nue m’a fait frissonner à nouveau. Lui faisait de même en face de moi.
Quand il s’est redressé, complètement nu, j’ai vu qu’il était lui aussi en érection. Son sexe était épais, veineux, légèrement arqué, la peau tendue et mate. J’ai eu envie de le toucher. Alors que nous marchions vers la chambre, ma main a trouvé son sexe. Je l’ai caressé pour la première fois, maladroitement, en suivant le rythme de nos pas. Il était chaud, dur, la peau d’une douceur inattendue sous mes doigts.
Dans la chambre, nous nous sommes assis en tailleur l’un en face de l’autre sur le lit. Nos genoux se touchaient presque. Chacun a pris le sexe de l’autre dans sa main. Nous nous sommes caressés mutuellement, lentement, en nous regardant. Je sentais le poids de son sexe dans ma paume, le pouls qui battait sous la peau, la chaleur qui irradiait. Lui me masturbait avec une précision presque clinique, le pouce frottant parfois le gland. Ma respiration était devenue courte, saccadée.
J’étais tellement excité.
Même si ce que je ressentais me surprenait encore, je me suis allongé sur le ventre entre ses jambes et j’ai pris son sexe dans ma bouche.
Le goût était légèrement salé, musqué. Son odeur, plus forte de près, m’a envahi les narines — une odeur de peau chaude, de désir. Tout était enivrant. Je trouvais ça excellent. Ma langue a exploré, a liché, a tourné. Il avait l’air d’apprécier : sa respiration s’était accélérée, une de ses mains s’était posée dans mes cheveux, guidant un peu mon rythme sans forcer.
Puis, d’un coup, j’ai senti sa main glisser le long de mon dos, descendre plus bas, jusqu’à mon anus. Il l’a caressé avec douceur, du bout des doigts. Une pression légère, circulaire. Une chaleur inattendue a monté en moi, profonde, troublante. Mon corps s’est cambré tout seul, sans que je lui ordonne quoi que ce soit. Mes fesses se sont tendues, puis relâchées sous sa caresse.
Je me suis arrêté.
Je me suis tourné, je me suis mis en levrette face à lui, le visage contre le matelas, et je lui ai demandé de me prendre. Je voulais le sentir en moi.
Il m’a regardé un instant.
— T’es sûr ?
J’ai répondu oui.
Je ne me reconnaissais pas, mais j’avais envie de ça.
Il s’est penché, a écarté mes fesses, et a commencé un anulingus. Quelques secondes seulement, mais sa langue m’a pénétré, chaude, insistante, humide. Le contact était si intime que j’ai gémi dans le drap. Puis il s’est redressé. J’ai senti le bout de son sexe, chaud et luisant, se poser contre mon anus. Il a poussé. Lentement.
La pression a d’abord été forte, presque douloureuse. Une sensation d’étirement intense. Puis mon corps a cédé. Il m’a pénétré d’un coup, jusqu’au bout. Une plénitude brûlante m’a envahi, profonde, presque écrasante.
Il a agrippé mes hanches et a commencé à me baiser.
Des mouvements amples, réguliers. Chaque poussée m’envoyait une vague de chaleur dans le bas-ventre. La sensation était juste extraordinaire. Mon corps l’accueillait, se cambrait encore plus pour mieux le sentir, pour le prendre plus profond. Je sentais chaque veine, chaque va-et-vient, le choc sourd de ses hanches contre mes fesses, le bruit de peau contre peau.
Je gémissais.
Je lui ai demandé de me prendre plus fort.
Il a obéi. Les coups sont devenus plus secs, plus rapides. En même temps, j’ai glissé une main sous moi et j’ai commencé à me masturber. Ma verge était glissante de pré-sperme, hypersensible. Chaque frottement de mes doigts se mêlait à la sensation de le sentir bouger en moi.
Ça n’a pas duré longtemps.
L’orgasme m’a pris rapidement, violent. Mon anus s’est contracté autour de lui par à-coups, mon sexe a jailli sur le drap, et mon corps entier a tremblé sous lui. Des secousses longues, incontrôlables, qui partaient du bas-ventre et remontaient jusqu’à la nuque.
Il s’est retiré juste après.
J’ai senti ce vide soudain, presque désagréable, comme si quelque chose d’essentiel venait de me quitter. Puis j’ai entendu le bruit de sa main sur son sexe, rapide, humide. Quelques secondes plus tard, il a éjaculé sur mes fesses et le bas de mon dos. Chaud. Épais. Les jets se sont étalés sur ma peau, tièdes, collants, et j’ai senti le liquide descendre lentement dans le creux de mon dos.
Je suis resté là, à genoux, le front contre le matelas, le souffle court, le corps encore traversé de petits tremblements. L’odeur de sexe flottait dans la pièce. Mon cœur battait trop fort.
Et pour la première fois de ma vie, je n’avais aucune idée de qui j’étais vraiment.
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