L’aventure c’est l’aventure
Chapitre 2 · 2 a
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Couverture de L’aventure c’est l’aventure, par Jeromemeuse
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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L’aventure c’est l’aventure — Chapitre 2 · 2 a

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Jeromemeuse
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L’aventure c’est l’aventure

Chapitre 2 · 2 a

Note de l'auteur

Le chapitre 2 est divisé en deux parties A et B.
Petit à petit, le vent se mit à souffler. Les premières nuées grises apparurent derrière les crêtes. Le couple n’y prêta pas une attention particulière. Ils continuaient d’avancer d’un bon pas, Louis montrant encore une fleur de temps à autre, Camille forçant un sourire. Les premières bourrasques arrivèrent sans prévenir. Comme souvent en montagne, il suffit de quelques minutes pour que le temps bascule complètement. Louis devint soudain soucieux. Il releva la tête vers le ciel qui s’assombrissait à une vitesse inquiétante.
— Il faut faire demi-tour. Maintenant.
Les premières gouttes tombèrent, grosses, froides. Puis le ciel devint entièrement noir. En quelques secondes à peine, ce furent des trombes d’eau qui s’abattirent sur eux. Le sentier se transforma en ruisseau. Les éclairs se mirent à zébrer les sommets, suivis presque immédiatement par des coups de tonnerre assourdissants qui semblaient éclater juste au-dessus de leurs têtes. Ils marchaient aussi vite que possible, cherchant un abri, un surplomb, n’importe quoi. L’eau ruisselait déjà le long de leurs vêtements, collant le tissu à leur peau. Ce qui n’était qu’un petit filet d’eau quelques minutes plus tôt était devenu un torrent boueux qui dévalait la pente. Ils descendaient à grandes enjambées, glissants, le souffle court.
C’est à ce moment-là que Camille glissa. Son pied manqua une pierre rendue savonneuse par la pluie. Elle partit en avant, les bras écartés, et dévala la pente sur plusieurs mètres en roulé-boulé. Louis la vit disparaître au-dessus d’un fossé, son cri étouffé par le tonnerre.
— Camille !
Il fit demi-tour sans hésiter et piqua un sprint dangereux sur le sentier détrempé. Il la retrouva en contrebas, à demi allongée contre un rocher, trempée de la tête aux pieds. Ils étaient tous les deux ruisselants. Mais Camille était blessée.
Son legging était arraché à plusieurs endroits, déchiré sur la cuisse et le genou. Le genou gauche saignait abondamment, la peau à vif. Quand elle tenta de se relever en s’appuyant sur Louis, un éclair de douleur lui traversa la cheville. Elle poussa un gémissement aigu et se rassit lourdement, le visage défait.
— Ma cheville… putain, ma cheville…
La pluie continuait de marteler leurs épaules. Les éclairs illuminaient par intermittence le visage crispé de Camille, ses cheveux collés à ses joues, le sang dilué qui coulait le long de son mollet. Louis s’agenouilla devant elle, déjà trempé jusqu’aux os, le regard sombre et concentré.
Il fallait faire vite. Camille tremblait de tout son corps. Le froid s’était installé en elle dès que l’adrénaline de la chute avait commencé à redescendre. Ses lèvres étaient déjà un peu bleues. Elle avançait avec une extrême difficulté, s’appuyant lourdement sur Louis, le pied blessé à peine effleurant le sol. Chaque pas lui arrachait une grimace. Aucun réseau, bien sûr. Le téléphone de Louis n’affichait qu’un écran désespérant : aucune barre, aucune urgence possible. Ils devaient trouver une solution par eux-mêmes. Louis la soutint de son mieux, un bras passé autour de sa taille fine, l’autre tenant fermement son poignet pour la stabiliser. La pluie ne faiblissait pas. Les éclairs continuaient de déchirer le ciel. Après une vingtaine de minutes d’un cheminement pénible et glissant, ils aperçurent enfin une silhouette sombre un peu à l’écart du sentier : une petite chapelle de pierre, basse, au toit incliné, qui servait parfois de refuge sommaire aux randonneurs surpris par le mauvais temps. Il la poussa presque à l’intérieur. L’endroit était minuscule, froid, mais au moins hors de l’eau. Une simple pièce de pierre, un banc de bois contre le mur, une vieille table bancale, une croix rouillée accrochée au fond. L’odeur de l’humidité et de la poussière les prit à la gorge. Louis aida Camille à s’asseoir sur le banc. Elle claquait des dents, le legging déchiré laissant apparaître le genou en sang et la cheville déjà gonflée. Il s’agenouilla devant elle, lui prit le visage entre ses mains trempées.
— Écoute-moi, Camille. On ne peut pas rester comme ça. Tu es blessée, tu grelottes, et la nuit va tomber. Il n’y a aucun réseau. Je dois descendre au village chercher de l’aide. C’est la seule solution.
Elle secoua la tête, les yeux brillants, une mèche de cheveux collée à sa joue.
— Non… reste. S’il te plaît. Je… je peux attendre avec toi.
Louis passa doucement son pouce sur sa pommette, essuyant une goutte d’eau (ou une larme, il ne savait plus).
— Je sais que t’as peur. Moi aussi. Mais si je reste, on passe tous les deux la nuit ici trempés, et ta cheville va empirer. Le village est à moins de deux heures en descendant vite. Je te laisse mon manteau, je prends juste le téléphone et la frontale. Je reviens avec des secours, promis. Tu restes bien au sec, tu bouges pas. D’accord ?
Il la regardait droit dans les yeux, la voix calme mais ferme. Dehors, le tonnerre gronda à nouveau, longuement.
Un dernier baiser. Louis se pencha, prit son visage trempé entre ses mains et l’embrassa longuement, avec une sorte d’urgence contenue. Ses lèvres étaient froides, les siennes aussi. Il appuya son front contre le sien une seconde, sans rien ajouter, puis se redressa. Il retira sa veste technique encore tiède de sa propre chaleur et la lui passa autour des épaules. Ensuite il sortit. La porte de bois grinça. Le bruit de la pluie devint plus fort, puis s’éloigna avec ses pas. Camille resta seule. Le noir de la petite chapelle n’était pas total : les éclairs, de plus en plus espacés, illuminaient par instants les murs de pierre. Elle tremblait de tout son corps. Ses dents claquaient. La douleur dans la cheville battait comme un second cœur, sourde, chaude, irradiante. Le genou continuait de suinter un peu de sang dilué par l’eau. Elle pesta à voix basse, contre elle-même, contre cette putain de montagne, contre son idée d’avoir accepté ce séjour, contre sa propre légèreté d’il y a deux mois qui lui revenait maintenant comme une ironie amère. Elle ne pouvait pas rester là. Malgré ce que Louis avait dit, malgré la promesse, l’immobilité lui était insupportable. La douleur, le froid, le silence… tout la poussait à bouger. Elle se redressa en s’accrochant au banc, le visage crispé. La veste de Louis glissa d’une épaule. Elle claudiqua jusqu’à la porte, la poussa, et sortit sous la pluie encore battante. Trois mètres. Quatre. Le sol était une boue glissante. Elle avança en s’appuyant contre la paroi de la chapelle, le pied blessé à peine posé. Puis sa cheville céda à nouveau. Elle sentit le vide sous elle, les bras qui cherchaient un appui inexistant, et elle s’écroula lourdement sur le côté, le souffle coupé, le visage contre la terre mouillée. La pluie continuait de tomber sur son dos.
Avant de s’évanouir, Camille eut juste le temps d’apercevoir une grande masse noire s’approcher d’elle dans la pluie. Puis plus rien.
Elle émergea doucement, difficilement. Tout son corps lui faisait mal. Chaque muscle semblait noué, le genou brûlait, la cheville battait d’une douleur sourde et profonde. Pourtant, elle baignait dans une douce chaleur. Une chaleur sèche, enveloppante, presque étrangère après l’humidité glacée de la montagne. Lentement, elle ouvrit les yeux. Elle était dans un lit, enfouie sous un épais édredon. Un feu de cheminée crépitait quelque part à sa gauche, projetant des ombres dansantes sur des murs de pierre brute. L’air sentait le bois brûlé et quelque chose de plus ancien, de plus sauvage. Elle tenta de se redresser. La douleur à la cheville la cloua immédiatement sur place. Un gémissement lui échappa.
— Restez calme. Reposez-vous.
Eric s’approcha du lit et lui tendit une grande tasse de thé fumant.
— Buvez. Lentement.
Sa voix était calme, posée.
Pendant qu’elle portait la tasse à ses lèvres, il s’assit sur le bord d’une chaise près de la cheminée et commença à parler. Il ramenait ses moutons à la bergerie pour les mettre à l’abri de l’orage quand il l’avait trouvée, inerte, allongée dans la boue à quelques mètres de la chapelle. Elle était dans un état lamentable. La cheville était cassée, net. Il lui avait confectionné une attelle. Le genou portait une belle entaille qu’il avait nettoyée et pansée. Sous l’édredon, Camille prit conscience que ses jambes étaient nues. Elle glissa une main le long de sa cuisse et sentit le tissu d’un large pansement sur le genou, puis l’attelle rigide autour de la cheville.
— J’ai été obligé de retirer votre legging, ajouta Eric simplement. Il est sur la table. Il était trop abîmé et trop trempé pour le laisser.
Camille hocha faiblement la tête. Puis elle lui expliqua que Louis était redescendu au village chercher de l’aide. Eric fit grise mine. Il secoua la tête.
— La pluie a été trop violente. Elle a bloqué le passage en plusieurs endroits. Il a dû réussir à descendre… mais revenir, c’est autre chose. Ce soir, c’est impossible.
Il se leva, alla chercher un vieux téléphone portable dans une niche près de la porte et composa un numéro. La conversation fut brève. Quand il raccrocha, il se retourna vers elle. Pendant ce temps, Camille l’observait vraiment pour la première fois. Grand, baraqué, les épaules larges, la carrure d’un joueur de rugby. Mais ses cheveux blonds un peu longs et son visage régulier, presque doux, évoquaient davantage un surfeur qu’une sorte de bête hirsute vivant isolée dans les bois.
— Oui, confirma-t-il en revenant près du lit. Il est bien arrivé au village. Il est aussi tombé en route, mais rien de grave. Je leur ai expliqué que vous étiez ici, à la bergerie. Demain, dès que la route sera praticable, ils monteront vous chercher.
Camille le regarda, la gorge serrée par un mélange de soulagement et d’épuisement.
— Merci… merci beaucoup. Vous m’avez sauvée.
Eric haussa légèrement les épaules, un sourire discret aux lèvres.
— De rien. Maintenant, on va manger.
Il n’était pas question d’une soupe tiède dans un vieux bol au coin du feu, ni d’un lit de paille. La bergerie d’Éric n’avait de bergerie que le nom. C’était une petite maison moderne, confortable, cosy. Des murs de pierre apparente, oui, mais isolés, chauffés, baignés d’une lumière chaude. L’électricité venait de panneaux solaires discrets sur le toit. Il y avait Internet, une télévision à écran plat accrochée au mur, un vrai canapé profond, des fauteuils, une cuisine ouverte impeccable. Rien à voir avec la tanière d’une bête isolée. Éric s’approcha du lit.
— Allez, on va dans le salon. Vous serez mieux.
Il l’aida à sortir de sous l’édredon.
Camille se retrouva debout sur une seule jambe, le t-shirt technique encore un peu humide lui arrivant à mi-cuisse. En dessous, il ne lui restait que son string de sport : un modèle ficelle ultra fin, en microfibre noire mate, presque transparent par endroits tant le tissu était fin, avec une étroite bandelette qui se perdait entre ses fesses. Éric passa un bras solide autour de sa taille pour la soutenir. Sa main s’ouvrit largement contre son flanc. Pendant qu’il l’accompagnait lentement vers le salon, son regard glissa un instant, discret, vers le bas. Les deux fesses de Camille, fines, fermes, parfaitement sculptées, se dessinaient sans la moindre pudeur sous le string ficelle qui ne cachait absolument rien. La fine bande de tissu disparaissait complètement entre elles à chaque petit mouvement de hanche.
Il l’aida à s’installer dans un large fauteuil près de la cheminée.
— Attendez-moi là.
Il disparut quelques minutes dans la cuisine et revint avec deux assiettes fumantes.
— Cassoulet maison, annonça-t-il simplement en posant la sienne sur la table basse. Rien de très raffiné, mais ça tient au corps.
Éric se leva un instant, prit une couverture en laine épaisse posée sur le dossier du canapé et la déroula soigneusement sur les jambes de Camille. Le tissu rêche et chaud lui recouvrit les cuisses jusqu’aux hanches, dissimulant enfin le string ficelle et les pansements.
Le repas fut arrosé de vin rouge. Une bouteille entière y passa, sans précipitation. Camille se sentait plus apaisée. La situation restait étrange, se retrouver semi-nue chez un inconnu, la cheville brisée, dans une bergerie perdue, mais elle aurait pu être encore dehors, sous la pluie, dans le froid.
Éric le lui fit d’ailleurs remarquer avec un sourire en coin :
— Vous voyez… c’est déjà mieux que de servir de dîner aux loups. Ils rodent pas mal en ce moment par ici.
Elle rit malgré elle. L’ambiance était détendue. Le feu crépitait, le vin faisait son effet, la chaleur de la maison l’enveloppait. Camille parla un peu d’elle. De sa vie en ville, de son travail, de ses habitudes. Elle évoqua Louis, brièvement, sans entrer dans les détails. En retour, elle apprit qu’Éric avait trente-cinq ans. Elle-même en avait vingt-sept. Il était berger, mais aussi bûcheron selon les saisons. Il vivait là, plus ou moins seul, et cela lui convenait parfaitement. L’éloignement du monde, le silence, le rythme des saisons… il n’avait jamais ressenti le besoin d’autre chose. Le thé et le dessert — une tarte aux myrtilles un peu rustique — furent arrosés d’un alcool fort, brûlant, qui lui chauffa immédiatement la gorge et le ventre. Bûcheron et berger. Cela expliquait la carrure, se dit-elle en le regardant discrètement par-dessus sa tasse. Les épaules larges, les avant-bras solides, et ces mains viriles, larges, un peu rudes, qui tenaient son verre avec une aisance tranquille.
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Chapitre 3 · 2b
Blessée à la cheville, Camille se réveille seule dans la bergerie isolée où un inconnu l'a recueillie. La nuit tombe, le feu ne projette plus que des braises orangées, et le bruit régulier d'une douche s'insinue dans le silence. Entre la douleur qui l'immobilise et un trouble qu'elle n'attendait pas, Camille se retrouve face à une porte entrouverte — et à un choix qu'elle n'est pas sûre de vouloir faire.
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