Inspiré du réel
Lesbiennes
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Fantasme d'une enseignante — Chapitre unique
Auteure
Fantasme d'une enseignante
Chapitre unique
Dans mon travail, je suis vive, enjouée, pleine d'énergie, mais aussi posée, réfléchie, ultra organisée. Je prends dix décisions à la minute, je gère cinq conflits à l'heure, j'anticipe, je m'adapte aux imprévus. Je dois être attentive à tous ces petits êtres, à leurs besoins, à leurs émotions. Je sais garder mon calme, rester maître de moi, de ma voix, de mes gestes, même lorsque tout s'agite et s'éparpille autour. Je suis celle qui rassure, qui encadre, qui tranche, qui garde la tête froide : responsable et raisonnable.
Mais j'aime imaginer ce qui pourrait se passer, si je cessais d'être l'adulte référent. Parce qu'une fois ce masque reposé, il existe une autre femme derrière celle de façade, bien rangée. Une femme qui aime se laisser surprendre, qui n'a pas toujours envie de réfléchir, qui peut avoir des envies beaucoup moins sages. Une femme qui trouve particulièrement excitante l'idée de quitter son cadre, de lâcher son rôle et de ne plus être celle qui contrôle tout, en permanence.
~ Vendredi soir, la journée et la semaine sont terminées. Les derniers enfants viennent de partir, la lumière dorée de fin de journée entre à flots par la baie vitrée de ma classe. La poussière en suspension brille à travers les rayons qui passent par la fenêtre près du coin maths. Ça fait partie des moments un peu magiques, à la fois ancrés et hors du présent : tout s'apaise, ralentit, prend une saveur particulière. Le temps s'arrête, et l'instant devient doux. J'allume la petite enceinte : toujours la même playlist, je tourne en boucle en ce moment - comme d'habitude en fait -, mais elle me rassure, me calme tout en me communiquant une énergie un peu sauvage. Je dézipe ma veste, défais un bouton de plus de ma chemise, soupire de satisfaction en retirant l'élastique trop serré qui me tirait le crâne, détache et froisse mes cheveux, retire mes baskets de travail. J'ai encore des classeurs à trier, des activités à ranger, quelques papiers de direction à régler. Je m'avance vers la cuisine pour verrouiller et être sûre de ne pas être dérangée. Alors que je raccroche le jeu de clefs, un poing toque sur la porte que je viens de fermer. Je souffle, râle, et rouvre pour indiquer que l'école est fermée, merci de bien vouloir prendre un rendez-vous, bonne soirée.
Avant d'avoir le temps de débiter ces quelques politesses, la femme en face de moi me fait un sourire un peu navré, et m'explique rapidement la situation : ils viennent d'emménager dans le coin, et cherchent une école prête à accueillir leur fille même en cours d'année scolaire. Ils ont lu notre projet, sont intéressés par notre fonctionnement, mais veulent visiter les locaux et rencontrer les enseignantes pour se rendre compte par eux-mêmes. Ils savent qu'ils auraient dû appeler pour prendre rendez-vous, que l'heure est peut-être un peu tardive mais... Elle était dans les environs, et s'est dit qu'elle n'avait rien à perdre à passer au moins pour se renseigner.
Je ne sais pas ce qui me fait changer d'état d'esprit. Peut-être son parfum qui me parvient discrètement par à-coups et m'apaise, la douceur dans ses yeux, l'énergie qu'elle dégage... J'ouvre la porte, et l'invite à entrer. Déchaussez-vous, s'il vous plaît, petit rire, faites comme à la maison... Me voilà en train de présenter les deux classes, les espaces de travail, les activités, notre pédagogie. Je suis parfaitement dans mon rôle, comme toujours : souriante, prévenante, professionnelle. Pourtant, je remarque son regard, qui s'attarde parfois un peu trop. Je déréalise, me regarde d'un œil extérieur, et perçois mon regard à moi, qui quitte parfois son détachement professionnel pour détailler sa manière de pencher la tête sur le côté lorsqu'elle écoute, l'enroulement de la mèche de cheveux qui retombe sur sa joue, sa façon de laisser glisser sa main sur le bois comme une caresse... Je poursuis la visite, elle m'écoute, observe, s'intéresse, me suit dans mes déplacements. Un changement d'ambiance subtil s'installe, une tension dans l'air à peine palpable, qui ressemble à un jeu légèrement instable. Elle s'approche parfois un peu plus que ce qui est socialement acceptable, rentre dans ma bulle. Me frôle la main ou la hanche à plusieurs reprises sous prétexte de manipuler ou remettre en place un matériel, un plateau, un papier qui a été soulevé par l'air de nos déplacements. Je finis par conclure ma présentation par ma tournure habituelle. Nous sommes revenues dans ma classe, près du canapé. Mais je n'ai plus vraiment envie de parler de pédagogie.
Je ne sais pas ce qui me fait changer d'état d'esprit. Peut-être son parfum qui me parvient discrètement par à-coups et m'apaise, la douceur dans ses yeux, l'énergie qu'elle dégage... J'ouvre la porte, et l'invite à entrer. Déchaussez-vous, s'il vous plaît, petit rire, faites comme à la maison... Me voilà en train de présenter les deux classes, les espaces de travail, les activités, notre pédagogie. Je suis parfaitement dans mon rôle, comme toujours : souriante, prévenante, professionnelle. Pourtant, je remarque son regard, qui s'attarde parfois un peu trop. Je déréalise, me regarde d'un œil extérieur, et perçois mon regard à moi, qui quitte parfois son détachement professionnel pour détailler sa manière de pencher la tête sur le côté lorsqu'elle écoute, l'enroulement de la mèche de cheveux qui retombe sur sa joue, sa façon de laisser glisser sa main sur le bois comme une caresse... Je poursuis la visite, elle m'écoute, observe, s'intéresse, me suit dans mes déplacements. Un changement d'ambiance subtil s'installe, une tension dans l'air à peine palpable, qui ressemble à un jeu légèrement instable. Elle s'approche parfois un peu plus que ce qui est socialement acceptable, rentre dans ma bulle. Me frôle la main ou la hanche à plusieurs reprises sous prétexte de manipuler ou remettre en place un matériel, un plateau, un papier qui a été soulevé par l'air de nos déplacements. Je finis par conclure ma présentation par ma tournure habituelle. Nous sommes revenues dans ma classe, près du canapé. Mais je n'ai plus vraiment envie de parler de pédagogie.
La conversation dérive sur des sujets plus banals, de la vie quotidienne. Mon parcours de vie, des conseils sur des balades à faire dans les environs, un restaurant qui fait des crèmes brûlées à tomber par terre. C'est mon territoire. L'endroit où je travaille, où je réfléchis, où je mets un masque en arrivant le matin et le quitte le soir en refermant la porte. Mon ordinateur est ouvert, les quelques documents auxquels je pensais tout à l'heure attendent encore mon attention. Tout est à sa place. Je remarque d'un coup la musique qui tourne toujours en fond sonore, et ma main qui s'était glissée sous la couture supérieure de mon jean, me caressant doucement le ventre du bout du pouce. Je prends soudainement conscience de l'air frais sur l'espace de peau découvert plus qu'il ne le faudrait - la faute au bouton supplémentaire de ma chemise défait tout à l'heure. Un silence s'installe, pas gênant, mais dense. Nos regards se croisent avec plus d'insistance, et, sur une impulsion, je souris. Je ne suis plus la directrice. Je suis simplement une femme à laquelle plaît une autre femme. Je souris, pas d'un sourire professionnel, d'un vrai sourire qui dit « Je ne suis pas dupe de ce qu'il se passe depuis tout à l'heure. Ça me plaît. Et maintenant ? ».
Je m'approche, m'arrête, encore un pas, elle ne recule pas. Le premier baiser est maladroit. Elle rit doucement contre ma bouche, je sens son souffle sur mon menton, puis sa langue sur ma lèvre du bas, caressant le dessous de la lèvre du haut. Plus sûre. Une de ses mains trouve le creux de mon dos, l'autre ma nuque, ses doigts s'emmêlent dans mes cheveux : ils sont là, fermes, posés, et pourtant presque aériens. Elle approfondit. Je me laisse faire, savoure, sens, écoute, respire un grand coup. Souris, puis recule jusqu'à m'adosser insolemment au canapé en la fixant dans les yeux. Je m'y appuie un peu trop fort. Le dossier craque. La suite se joue maintenant : elle peut reculer, partir, et tout arrêter.
Ses lèvres effleurent le duvet de ma joue, descendent imperceptiblement le long de l'arête de ma mâchoire, mon cou. Je sens ma peau qui se hérisse, la zone est à la fois glacée et brûlante. Elle y reste. Aventure le bout de sa langue, mordille, souffle. Je sens sa respiration se faire plus profonde, plus longue. Elle prend son temps comme si nous n'étions que nous deux, dans un endroit ordinaire ; comme si nous n'étions pas deux inconnues, une maman et la future enseignante de sa fille, debout contre un canapé dans ma salle de classe. Ses paumes remontent sur mon ventre, s'arrêtent juste sous ma poitrine. Ses pouces tâtonnent et tracent le contour de mes seins, font des allers-retours, appuyant plus fermement sur les côtes et revenant se poser sur le sternum aussi légèrement qu'un papillon. Elle m'embrasse encore pendant qu'elle dessine des cercles sur le tissu. Puis elle commence à défaire les boutons. Elle en rate un, jure tout bas, rit. Quand la chemise s'ouvre, elle la fait glisser lentement le long de mes épaules. La manche s'accroche sur ma montre, elle tire légèrement, la laisse tomber au sol. Elle ne regarde pas tout de suite. Elle regarde mon visage d'abord. Comme pour vérifier que je suis toujours là, dans l'instant, avec elle, volontaire. Ses lèvres descendent sur ma clavicule, son genou se coince haut entre mes cuisses. Je me presse dessus involontairement, un coup de bassin brusque, un deuxième. Elle rit dans un souffle contre ma peau. Je penche la tête et souris dans l'odeur de ses cheveux qui me chatouillent. La pulsion d'excitation s'apaise, elle continue de descendre sa bouche entre mes seins, s'arrête juste au-dessus de la cicatrice en forme d'étoile que m'a laissée un grain de beauté. Elle y reste. Sa respiration me chauffe la peau à l'expiration, et me laisse un vide palpable à l'inspiration. Ses pouces tournent autour de mes tétons sans les toucher vraiment, puis les frôlent, les pincent. Elle se penche et prend un sein dans sa bouche. Sa langue tourne, suce, tire doucement. Elle passe à l'autre. Même attention. Je m'appuie plus franchement contre le dossier, les mains posées de chaque côté, les yeux mi-clos. Mon esprit n'est pas éteint. Il observe encore : note la façon dont sa joue s'écrase un peu contre ma peau, le petit bruit qu'elle fait quand elle change de côté, l'odeur de son parfum mélangé au mien et à celle, légère, de transpiration. Tout paraît à la fois si normal, et si décalé. Elle se redresse, m'embrasse. Une de ses mains descend, trouve la ceinture. Elle la détache, ouvre le bouton, fait glisser la fermeture, je me tortille jusqu'à ce que je ne sois plus qu'en chaussettes et en culotte, la verte électrique, qui tranche sur ma peau pâle. Ses doigts s'y glissent, suivent le bord, s'attardent sur la saillie osseuse de ma hanche. Je la vois s'agenouiller, me regarder, marquer un temps d'arrêt, sourire, et poser ses lèvres sur mon ventre, juste au-dessus de l'élastique. Un gémissement bas, rauque, m'échappe involontairement. Mon dos s'arque un peu plus malgré moi, on entend le bruit de mes ongles qui griffent le tissu du canapé. Elle embrasse, lèche, descend. Quand elle atteint le haut de la culotte, elle tire le tissu vers le bas. Mon ventre se contracte. Mes cuisses se crispent. Je craque involontairement mes doigts. Je suis nue, mais force mon corps à rester immobile ; il n'obéit qu'à moitié. Elle reste à genoux, je ne vois plus son visage, balayé par ses cheveux entre lesquels je glisse les doigts. Ses mains remontent le long de mes mollets, caressent la peau si tendre et sensible à l'arrière des genoux, saisissent un peu plus fermement mes cuisses, s'arrêtent juste avant mon sexe, si proche que je sens la chaleur de son visage sur ma peau lisse. Elle m'écarte un peu les jambes. Son souffle me touche. Puis sa bouche se pose sur l'intérieur de ma cuisse, très haut. Elle y reste longtemps. Suce, mordille, remonte, redescend. Elle passe à l'autre. Ses lèvres frôlent à chaque fois mon sexe sans vraiment le toucher. Elle me fait attendre : et quelle attente ! Je sens mon corps se tendre, puis se relâcher, puis se tendre encore. Quand sa langue finit par me trouver, c'est avec une lenteur presque cruelle. Elle lèche longuement, s'attarde, écarte mes lèvres, explore. Elle évite mon clitoris, le frôle, revient, s'en éloigne. Quand elle le force enfin à se découvrir avec sa bouche, c'est avec une précision lente tandis qu'au même instant, deux doigts s'enfoncent en moi sans précipitation. Je perds pieds quelques secondes, la partie de mon esprit qui restait éveillée s'éteint pour se centrer sur le plaisir physique, brut. Elle avance, se retire presque, revient, me lèche et me doigte ainsi, sans accélérer. Mes hanches commencent à bouger malgré moi. Elle s'adapte. Suit mon rythme sans le devancer. Ses doigts s'enfoncent un peu plus, se tordent légèrement vers l'avant. Sa langue appuie plus fort. Le bruit mouillé devient audible dans le silence de la classe qui s'était installé entre deux chansons, je me mords l'intérieur de la joue et tente de me taire : pas ces bruits, pas ici. Elle continue jusqu'à ce que mes cuisses se mettent à trembler, ne s'arrête pas quand je jouis mais prolonge, ralentit seulement, continue pendant que les vagues me traversent, jusqu'à ce que je sois trop sensible et que mon corps se raidisse et se tortille pour échapper aux sensations devenues trop aiguës. Elle se relève, me regarde à travers ses cils pudiquement baissés, les lèvres brillantes, et m'embrasse. Je goûte mon goût sur sa langue, lèche lentement le contour de ses lèvres que je sens s'étirer pour esquisser un sourire. Le moteur d'une moto pétarade devant l'école me ramène un instant à cette réalité si décalée. La poussière est toujours en suspension dans l'air, la lumière dorée rentre toujours par la baie vitrée même si les rayons sont plus bas que tout à l'heure, les classeurs n'ont pas bougé, les crayons oubliés sont toujours en bazar sur une table. En temps normal, je me serais penchée pour les ramasser, et les ranger, la pointe vers le haut parce que c'est comme ça qu'on fait, pour que les choses retrouvent l'endroit qui leur a été attribué. À la place, je la saisis par la taille et l'assois là où j'étais, sur le dossier du canapé. Je relève sa jupe, découvre un body noir tout simple, détache les boutons-pression, écarte ses cuisses, m'installe entre elles. Qu'est-ce que je fais là ? Est-ce vraiment moi ? J'hésite, l'observe avec un détachement clinique, puis aventure ma langue. Une fois. Puis encore. Avec application. Je prends confiance, me rappelle les sensations qu'elle a procurées à mon corps avec ces mêmes gestes quelques minutes avant. Deux de mes doigts s'enfoncent en elle pendant que je découvre son clitoris. Je la doigte avec la même précision qu'elle a utilisée sur moi, en ajoutant un troisième doigt quand elle s'ouvre davantage. Le bruit devient plus humide. Elle a la tête renversée en arrière, je sens qu'elle est là, avec moi, parce qu'elle accélère progressivement le mouvement de ses hanches, sans jamais perdre le contrôle. Mes doigts s'enfoncent plus profondément. Elle s'accroche à mes épaules, relève soudainement la tête, et me regarde : je change de registre dans ma tête, et le moment m'apparaît sans filtre, elle est belle, si belle, abandonnée pendant que je la baise avec ma main et qu'elle se frotte contre moi. Quand elle jouit, moi non plus je ne m'arrête pas tout de suite. Je caresse lentement l'intérieur en ramenant mes doigts vers moi jusqu'à ce que son corps se détende complètement. Alors seulement je me retire, et elle gémit pour la première fois face au vide et au froid qu'elle éprouve soudain. Ses lèvres s'écrasent contre les miennes avec urgence, puis paraissent se calmer à leur contact. Nous nous embrassons paresseusement. Ses mains se glissent entre nous. Sans avertissement, je sens deux doigts en moi, et en devine deux autres en elle. Elle nous doigte toutes les deux en même temps, en continuant de frotter avec application. Le bruit est constant, obscène, humide. Entrecoupé de nos gémissements qui s'entrelacent, si décalés dans cet espace d'habitude rempli de plein d'autres bruits, mais pas ceux-là. L'incongruité de la situation participe à mon excitation, qui de plaisir bas, sourd, dans mon ventre, devient intense et m'envahit soudainement entièrement : nous jouissons encore, l'une après l'autre, collées l'une à l'autre sur ce dossier, les papiers en tas sur la table d'appoint, les crayons toujours renversés, l'ordinateur poussé sur le côté. Quand elle se redresse enfin, elle me regarde un long moment. Nous n'avons plus parlé depuis tout à l'heure, à la fin de la visite. Son visage est calme, satisfait. Elle se rhabille lentement, sans se presser. Je reste assise, nue, les cuisses encore ouvertes désormais baignées du soleil qui va bientôt disparaître, le sexe luisant, le corps encore sensible.
Demain, je serai à nouveau l'enseignante directrice. Posée. Organisée. Celle qui maîtrise chaque détail. Mais ce soir, dans cette classe, j'ai laissé une autre femme me déshabiller, me lécher, me doigter, et me faire jouir jusqu'à ce que je n'aie plus rien à contrôler.
Et putain, c'était jouissif d'être cette femme-là. ~
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