Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La vengeance du fantôme — Chapitre 5 · Les odeurs nauséabondes
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
La vengeance du fantôme
Chapitre 5 · Les odeurs nauséabondes
Juste au lever, Élyse fit glisser devant le bol de son homme son médicament. Il régulait sa thyroïde et par là, son humeur également. Ainsi après son premier devoir, à savoir un petit tour aux toilettes pour soulager sa vessie, Jacques avala la pilule avec un trait d'eau fraiche. Dans un quart d'heure, il petit-déjeunerait en compagnie de sa belle. Mais pour l'heure celle-ci mettait en route son Android. Une palanquée de messages faisait grelotter la sonnerie spéciale « SMS ». Le dernier émanait de Maurine, la bonne copine retrouvée au supermarché quelques jours plus tôt.
Elle lui demandait de passer le plus rapidement possible sans trop expliquer de quoi il retournait. Elle recommandait aussi expressément de ne rien dire à Jacques, pour une affaire de la plus haute importance qui nécessitait la plus absolue discrétion. Puis le message stipulait également de ne pas éveiller les soupçons du mari de Maurine, donc de ne pas rappeler au téléphone. Très intriguée, Élyse après avoir englouti ses deux tartines emmiellées avertissait son homme d'une course urgente.
Jacques se sentait vaseux et lui rétorquait qu'il allait se poser sur le canapé, qu'elle pouvait prendre tout son temps. Son épouse jetait un regard suspicieux sur son époux, un peu inquiète.
— Tu n'es pas malade au moins ?
— Mais non ! Je n'ai tout bêtement pas assez dormi. J'ai sommeil !
— Mais non ! Je n'ai tout bêtement pas assez dormi. J'ai sommeil !
Il baillait à s'en décrocher la mâchoire et ses gestes semblaient ralentis. Alors à demi rassurée, la gentille épouse sautait dans sa voiture et s'empressait d'aller visiter sa vieille amie. Il lui faudrait presque une heure de route, dans le meilleur des cas, si la circulation le permettait. Le cul de la bagnole avait tout juste viré au carrefour, une silhouette toute noire sauta prestement hors du bouquet de coudriers où elle se terrait depuis le lever du jour. En quelques pas, l'intrus trouvait la porte d'entrée non fermée et se glissait dans l'habitation.
Il ne lui fallut guère plus de deux minutes, pour repérer l'homme sur le canapé. La manipulation des cachetons avait joué son rôle et le propriétaire de la baraque, étendu de tout son long sur le sofa, dormait paisiblement. Le visiteur lui leva le bras sans qu'il ne manifestât une réaction. Alors au prix de mille précautions et surtout d'un énorme effort Jacques se trouva soulevé littéralement et emporté vers le garage. Dans celui-ci restait la guimbarde du gaillard, celle dont il se servait pour aller à la pêche. Et c'était sur le siège avant, côté passager que le fantôme installait le dormeur.
Le reste devenait mécanique. Relier un tuyau allant de l'échappement du véhicule à l'habitacle en passant par la vitre latérale « chauffeur ». Clore l'interstice entre la glace et la carrosserie, mettre en route le moteur et disparaitre, non sans s'être assuré que tout allait comme il se devait. Un retour à l'intérieur, pour vérifier, surtout ne pas omettre de remettre la puce dans l'appareil de Jacques. Il ne faudrait guère de temps et sans vraies douleurs pour que l'âme de Jacques s'évade de son corps endormi. Son exécution bouclait un long processus de vengeance qui avait débuté des années auparavant. Pas un seul faux mouvement, tout s'orchestrait au millimètre près, par des gestes précis, efficaces. Tous minutieusement préparés, concoctés, évalués, décidés, le point d'orgue étant ce dernier « suicide » en cours.
Maurine, qui voyait débarquer chez elle une Élyse un peu affolée ne saisissait pas vraiment ce qu'elle fichait là. Les explications saugrenues et abracadabrantesques que lui fournissait son amie n'arrangeant pas une compréhension difficile.
— Tu m'as pourtant bien envoyé un texto, je n'ai tout de même pas rêvé !
— Mais non ! Pas du tout ! Je ne t'ai ni appelé ni téléphoné, je ne suis pas folle.
— Bon sang, regarde… il est encore dans mes messages… Tiens tu peux lire… alors ? Qui a raison ?
— Montre-moi un peu ça ! Mais… je n'ai jamais écrit ce truc. Attends ! J'ouvre mon portable. Il n'est pas seulement mis en service, je l'éteins toujours pour la nuit…
— Mais…
— En plus si tu jettes un coup d'œil sur le message qui est sur ton appareil, tu devrais bien te rendre compte que ce n'est pas mon numéro… qui l'a envoyé.
— Zut ! Je n'ai pas vraiment fait gaffe, me demandant ce qui t'arrivait…
— Quelqu'un a voulu te faire une sale blague… Essaie de composer le numéro qui a envoyé le texto…
— Tu as raison. Comment je n'ai pas vu cela avant ? Quelle idiote je fais… ça sonne… Ah le répondeur… « Bonjour ! Vous êtes bien sur le portable de Jaques Clameur ! Je suis absent pour le moment ! Veuillez laisser votre message après le bip sonore ! Je vous rappellerez dès mon retour », mais… c'est celui de Jacques ?
— Ton mari ? C'est louche ça non ? Il t'a joué un tour ?
— Je… ne comprends pas ce qui se passe. Il avait l'air pas bien en plus avant mon départ.
—… ? Tu crois qu'il t'aurait volontairement éloignée de chez toi ? Dans quel but ?
— Je n'en sais rien, ça ne me dit rien qui vaille ! Je… il faut que je rentre vite… j'ai un très mauvais pressentiment.
— Je… tu veux que je t'accompagne ? Juste le temps d'enfiler un manteau… et de laisser un mot à Marc… il est parti de bonne heure à la pêche ce matin !
— Mais non ! Pas du tout ! Je ne t'ai ni appelé ni téléphoné, je ne suis pas folle.
— Bon sang, regarde… il est encore dans mes messages… Tiens tu peux lire… alors ? Qui a raison ?
— Montre-moi un peu ça ! Mais… je n'ai jamais écrit ce truc. Attends ! J'ouvre mon portable. Il n'est pas seulement mis en service, je l'éteins toujours pour la nuit…
— Mais…
— En plus si tu jettes un coup d'œil sur le message qui est sur ton appareil, tu devrais bien te rendre compte que ce n'est pas mon numéro… qui l'a envoyé.
— Zut ! Je n'ai pas vraiment fait gaffe, me demandant ce qui t'arrivait…
— Quelqu'un a voulu te faire une sale blague… Essaie de composer le numéro qui a envoyé le texto…
— Tu as raison. Comment je n'ai pas vu cela avant ? Quelle idiote je fais… ça sonne… Ah le répondeur… « Bonjour ! Vous êtes bien sur le portable de Jaques Clameur ! Je suis absent pour le moment ! Veuillez laisser votre message après le bip sonore ! Je vous rappellerez dès mon retour », mais… c'est celui de Jacques ?
— Ton mari ? C'est louche ça non ? Il t'a joué un tour ?
— Je… ne comprends pas ce qui se passe. Il avait l'air pas bien en plus avant mon départ.
—… ? Tu crois qu'il t'aurait volontairement éloignée de chez toi ? Dans quel but ?
— Je n'en sais rien, ça ne me dit rien qui vaille ! Je… il faut que je rentre vite… j'ai un très mauvais pressentiment.
— Je… tu veux que je t'accompagne ? Juste le temps d'enfiler un manteau… et de laisser un mot à Marc… il est parti de bonne heure à la pêche ce matin !
Lors du trajet de retour, angoissée au possible, Élyse avait multiplié les égratignures au Code de la route. Maurine s'agrippait à sa portière et surtout fermait les yeux à chaque virage que son amie coupait outrageusement. L'anxiété de la femme de Jacques, palpable, se ressentait dans sa conduite dangereuse. Néanmoins les deux femmes mirent à quelques secondes près, une heure pour rentrer. Immédiatement, suivie par sa copine, Élyse appelait son mari tout en se rendant au salon. Personne ! Toujours réunies, elles firent le tour des pièces à vivre de la demeure. Pas de traces du bonhomme.
Ce fut Maurine qui la première détecta le ronron étrange d'un moteur dans le garage. Visiblement Jacques avait démarré sa voiture dans l'appentis où étaient remisés les deux véhicules du couple.
— Il sort ou il rentre non ?
— Quoi ?
— Tu n'entends pas sa voiture ? Le moteur tourne. Le garage… c'est ce petit bâtiment sur le côté de la maison ?
— Ben oui… mais vu son état de fatigue quand je suis partie… il ne m'a pas semblé pouvoir sortir…
— Vient Élyse… allons lui dire bonjour, au moins te voilà rassurée.
—… Bizarre ça, la porte n'est pas relevée… il a mis le moteur en route dans le garage ?
— Merde tu as raison, vite…
— Quoi ?
— Tu n'entends pas sa voiture ? Le moteur tourne. Le garage… c'est ce petit bâtiment sur le côté de la maison ?
— Ben oui… mais vu son état de fatigue quand je suis partie… il ne m'a pas semblé pouvoir sortir…
— Vient Élyse… allons lui dire bonjour, au moins te voilà rassurée.
—… Bizarre ça, la porte n'est pas relevée… il a mis le moteur en route dans le garage ?
— Merde tu as raison, vite…
Elles se précipitaient toutes deux vers l'endroit d'où le son monotone du moulin se faisait entendre. Élyse entra par la porte latérale. On ne distinguait plus rien dans l'habitacle totalement envahi par une sorte de brouillard bleuâtre. Un véritable cri de désespoir déchirait alors l'espace confiné du bâtiment.
— Nonnnn ! Jacques… Jacques…
— Coupe le moteur, je vais ouvrir la porte… vite Élyse, arrête le moteur.
— Coupe le moteur, je vais ouvrir la porte… vite Élyse, arrête le moteur.
Un grand silence après que le moteur se soit tu et que le vantail de la bâtisse fut ouvert… Un silence de mort. Élyse, tétanisée par la vue de son mari qui assis sur le siège semblait dormir simplement. Maurine sortait pour appeler les secours, il fallait bien que l'une des deux réagisse sainement. Le SAMU serait là d'ici quinze minutes, mais sans doute était-il déjà trop tard. Jacques ne respirait plus du tout. Élyse soudain fléchit sur ses genoux et un autre cri déchirant résonna dans cet endroit maudit.
— Pourquoi… salaud ! Pourquoi tu m'as fait ça… ? Tu n'avais pas le droit… Jacques, dis-moi que ce n'est pas vrai… tu ne vas pas m'abandonner…
Son amie se mit elle aussi à genoux près d'elle. Elle l'attira contre son épaule. Sa meilleure copine avait des soucis et ce geste ne prêtait pas à confusion. Il n'y avait aucune méprise. Le drame qui se jouait là les rapprochait encore un peu plus.
— Viens… ne restons pas là ! Les secours arrivent.
— Pourquoi ? Pourquoi… a-t-il fait ça ? On était bien tous les deux. Je lui en veux de m'avoir fait ça.
— Tu sais parfois les gens font des trucs que personne ne peut comprendre… il avait peut-être des soucis ? Tu veux que je te prépare un café…
— Jacques… Jacques… mon amour…
— Voilà les pompiers… et la police… vient… allons les voir…
—… Non ! Jacqu… es… Ne m'abandonne pas ! Pas toi… pas toi aussi.
— Pourquoi ? Pourquoi… a-t-il fait ça ? On était bien tous les deux. Je lui en veux de m'avoir fait ça.
— Tu sais parfois les gens font des trucs que personne ne peut comprendre… il avait peut-être des soucis ? Tu veux que je te prépare un café…
— Jacques… Jacques… mon amour…
— Voilà les pompiers… et la police… vient… allons les voir…
—… Non ! Jacqu… es… Ne m'abandonne pas ! Pas toi… pas toi aussi.
Tel un zombie, Élyse sortait de la remise. Soutenue par Maurine, elles s'approchaient de la policière en civil qui accompagnait une autre femme. Le médecin des pompiers se précipitait vers la voiture…
— Bonjour ! Capitaine Solivers et Brigadière Dumain ! Vous pouvez nous expliquer…
— Le mari de mon amie… dans la voiture… il a mis en route le moteur et…
— Vous pouvez me donner le nom du monsieur ?
— Ah ! Oui ! Clameur Jacques et voici sa femme… Nous pouvons aller nous assoir dans la maison ?
— Oui… Maryse, tu accompagnes ces dames et moi, je vais jeter un coup d'œil, je vais parler au docteur !
— Merci madame !
— Le mari de mon amie… dans la voiture… il a mis en route le moteur et…
— Vous pouvez me donner le nom du monsieur ?
— Ah ! Oui ! Clameur Jacques et voici sa femme… Nous pouvons aller nous assoir dans la maison ?
— Oui… Maryse, tu accompagnes ces dames et moi, je vais jeter un coup d'œil, je vais parler au docteur !
— Merci madame !
Élyse soutenue par Maurine et par cette Maryse parvenait à entrer dans la maison… Elle prit place sur un siège de la cuisine.
— Tu veux un café pour te remettre un peu Élyse.
— Oui… fais-en un aussi pour ces gens…
— Vous pouvez me donner quelques détails sur ce qui s'est passé ?
— Oui… je vais vous raconter…
— Qui êtes-vous, madame… vous vivez ici aussi ?
— Non, non pas du tout, je suis une amie… nous sommes mon mari et moi, de vieux amis en fait de Jacques et Élyse…
— Oui… fais-en un aussi pour ces gens…
— Vous pouvez me donner quelques détails sur ce qui s'est passé ?
— Oui… je vais vous raconter…
— Qui êtes-vous, madame… vous vivez ici aussi ?
— Non, non pas du tout, je suis une amie… nous sommes mon mari et moi, de vieux amis en fait de Jacques et Élyse…
Alors Maurine avait commencé son récit. La policière prenait des notes. La copine expliquait comment sa potine avait débarqué chez elle. Elle insista sur l'histoire du message, narra aussi la découverte dans la bagnole. Maryse, rejointe par sa cheffe posait des questions, écoutait, écrivait. Elle voulut voir le téléphone de la femme, celui du mari. Ce fut Anita qui posa d'un coup une question surprise.
— Madame Clameur… lorsque nous sommes arrivées, nous vous avons entendu parler… une phrase a retenu mon attention.
— Une phrase ? Je ne sais plus… qu'est-ce que vous voulez dire ?
— Eh bien… vos mots étaient : « Non ! Jacqu… es… Ne m'abandonne pas ! Pas toi… pas toi aussi. » !
—… Je ne sais pas, ne saisis pas ce que vous voulez savoir !
— Ben… « pas toi aussi », sous-entend qu'il y aurait eu un précédent… alors je vous pose la question. Pourquoi cette phrase ?
— Ah… je… ah ! Oui, nous sommes rentrés de vacances il n'y a pas très longtemps et dans un journal que j'avais acheté sur notre lieu de villégiature, nous avions appris qu'un des anciens amis d'enfance de Jacques s'était suicidé… Vous pensez que ça aurait pu… ficher un coup au moral de mon mari ?
— Parfois il suffit de pas grand-chose pour que tout bascule… Vous avez le nom de cet ami ?
— Je… mon esprit est tout embrouillé… non je ne me souviens pas… plus.
— Ce n'était donc pas quelqu'un que vous connaissiez personnellement ?
— Non ! Mais je n'arrive pas à remettre de l'ordre dans mes idées…
— C'est peut-être très important pour comprendre ce qui est arrivé à votre mari, madame…
— C'est bon Maryse. Nous allons vous laisser vous reposer un peu. Vous voulez voir le médecin, celui du SAMU est encore là !
— Non ! Non j'ai juste besoin de…
— Une phrase ? Je ne sais plus… qu'est-ce que vous voulez dire ?
— Eh bien… vos mots étaient : « Non ! Jacqu… es… Ne m'abandonne pas ! Pas toi… pas toi aussi. » !
—… Je ne sais pas, ne saisis pas ce que vous voulez savoir !
— Ben… « pas toi aussi », sous-entend qu'il y aurait eu un précédent… alors je vous pose la question. Pourquoi cette phrase ?
— Ah… je… ah ! Oui, nous sommes rentrés de vacances il n'y a pas très longtemps et dans un journal que j'avais acheté sur notre lieu de villégiature, nous avions appris qu'un des anciens amis d'enfance de Jacques s'était suicidé… Vous pensez que ça aurait pu… ficher un coup au moral de mon mari ?
— Parfois il suffit de pas grand-chose pour que tout bascule… Vous avez le nom de cet ami ?
— Je… mon esprit est tout embrouillé… non je ne me souviens pas… plus.
— Ce n'était donc pas quelqu'un que vous connaissiez personnellement ?
— Non ! Mais je n'arrive pas à remettre de l'ordre dans mes idées…
— C'est peut-être très important pour comprendre ce qui est arrivé à votre mari, madame…
— C'est bon Maryse. Nous allons vous laisser vous reposer un peu. Vous voulez voir le médecin, celui du SAMU est encore là !
— Non ! Non j'ai juste besoin de…
La femme avait pris sa tête entre ses mains. Elle sanglotait doucement. Anita et Maryse étaient ressorties pour discuter avec le type des secours. Le toubib avait une gueule connue d'Anita. Elle se souvenait de ce gaillard.
— Alors docteur ? Pas moyen de le faire repartir ?
— Non ! Nous avons tout tenté avec les secouristes. Essayer plus longtemps n'apporterait rien de positif. Il avait apparemment tout prévu, minutieusement préparé son coup.
— Oui ? Comment pouvez-vous dire cela ?
— Ben le scotch sur la vitre… le tuyau… enfin ce genre de détail, vous saisissez ? Peut-être même s'était-il un peu shooté.
— Shooté ? Je ne pige pas là !
— Votre légiste vous en dira plus, mais souvent les gens qui veulent en finir, s'apaisent avant de passer à l'acte. Un peu de somnifères, quelques minutes avant et ainsi, plus de tentation de renoncer… ce n'est pas simple de ne pas garder l'instinct de survie… je serais vous, je fouillerais un peu pour voir s'il n'a pas avalé une substance de ce type.
— Oui… vous avez raison… c'est bien Janviet… votre nom ?
— Oui… il me semblait bien aussi que nous nous fussions croisés… il y a quelque temps, non ?
— Ça me reviendra sûrement… je vous remercie… Vient Maryse… on va revoir ces deux dames.
— Non ! Nous avons tout tenté avec les secouristes. Essayer plus longtemps n'apporterait rien de positif. Il avait apparemment tout prévu, minutieusement préparé son coup.
— Oui ? Comment pouvez-vous dire cela ?
— Ben le scotch sur la vitre… le tuyau… enfin ce genre de détail, vous saisissez ? Peut-être même s'était-il un peu shooté.
— Shooté ? Je ne pige pas là !
— Votre légiste vous en dira plus, mais souvent les gens qui veulent en finir, s'apaisent avant de passer à l'acte. Un peu de somnifères, quelques minutes avant et ainsi, plus de tentation de renoncer… ce n'est pas simple de ne pas garder l'instinct de survie… je serais vous, je fouillerais un peu pour voir s'il n'a pas avalé une substance de ce type.
— Oui… vous avez raison… c'est bien Janviet… votre nom ?
— Oui… il me semblait bien aussi que nous nous fussions croisés… il y a quelque temps, non ?
— Ça me reviendra sûrement… je vous remercie… Vient Maryse… on va revoir ces deux dames.
Dans la cuisine, une bonne odeur de café frais régnait. Maurine montra du menton le pot qui en contenait encore. Sans prononcer un mot, elle demanda aux deux enquêtrices si elles en désiraient une tasse. Anita vint s'assoir face à Élyse, qui prostrée, tournait sans cesse sa petite cuillère dans le breuvage noir. La voix de la copine creva le silence.
— Je vous sers aussi ?
Maryse répondit par l'affirmative.
— Vous prenez du sucre ?
— Non ! Merci. Dites-moi Madame Clameur, votre mari prenait-il des médicaments ?
— Des médicaments… ? Ah, oui, pour sa thyroïde ! Un comprimé tous les matins…
— Pas de somnifère ou de choses de ce genre ?
— Ben… non !
— Nous pouvons vérifier ?
— Oui… oui ! C'est moi qui lui prépare son pilulier tous les dimanches soir. Il a tendance à les zapper… Il est là… derrière vous sur le plan de travail. Mais qu'est-ce que ça peut apporter à votre enquête ?
— La routine, vous savez la routine…
— Jacques avait été plus affecté qu'il ne voulait le dire, il m'avait presque arraché le canard des mains… un dénommé Chassiard ou un nom comme ça.
— Vous êtes certaine ?
— Oui, oui… Lionel, le prénom même !
— Lionel Chassard, c'était un ami, une connaissance de votre mari ?
— Oui, voilà, c'est bien ça ! Un étudiant avec qui il avait terminé ses études… je crois.
— Ils ne se voyaient plus ?
— Je ne sais pas vraiment, mais non… par contre, il avait eu une réaction bizarre quand j'ai lu l'article et que je lui ai dit le nom du type. Il y a dans le tiroir de la table de nuit de Jacques, dans notre chambre, un agenda où il gardait une photo d'un groupe d'amis qu'il ne fréquentait plus depuis l'obtention de son diplôme…
— Pourrais-je voir cette photographie ?
— Oui… oui, je vais vous la chercher. Vous croyez que mon mari… aurait fait… à cause de ce type ?
— Il est trop tôt pour le dire encore, madame. Mais nous n'écartons aucune hypothèse… Je vous accompagne dans la chambre !
— Comme il vous plaira… merci.
— Non ! Merci. Dites-moi Madame Clameur, votre mari prenait-il des médicaments ?
— Des médicaments… ? Ah, oui, pour sa thyroïde ! Un comprimé tous les matins…
— Pas de somnifère ou de choses de ce genre ?
— Ben… non !
— Nous pouvons vérifier ?
— Oui… oui ! C'est moi qui lui prépare son pilulier tous les dimanches soir. Il a tendance à les zapper… Il est là… derrière vous sur le plan de travail. Mais qu'est-ce que ça peut apporter à votre enquête ?
— La routine, vous savez la routine…
— Jacques avait été plus affecté qu'il ne voulait le dire, il m'avait presque arraché le canard des mains… un dénommé Chassiard ou un nom comme ça.
— Vous êtes certaine ?
— Oui, oui… Lionel, le prénom même !
— Lionel Chassard, c'était un ami, une connaissance de votre mari ?
— Oui, voilà, c'est bien ça ! Un étudiant avec qui il avait terminé ses études… je crois.
— Ils ne se voyaient plus ?
— Je ne sais pas vraiment, mais non… par contre, il avait eu une réaction bizarre quand j'ai lu l'article et que je lui ai dit le nom du type. Il y a dans le tiroir de la table de nuit de Jacques, dans notre chambre, un agenda où il gardait une photo d'un groupe d'amis qu'il ne fréquentait plus depuis l'obtention de son diplôme…
— Pourrais-je voir cette photographie ?
— Oui… oui, je vais vous la chercher. Vous croyez que mon mari… aurait fait… à cause de ce type ?
— Il est trop tôt pour le dire encore, madame. Mais nous n'écartons aucune hypothèse… Je vous accompagne dans la chambre !
— Comme il vous plaira… merci.
Anita et Élyse s'éclipsaient vers la chambre conjugale et effectivement, du tiroir un agenda avec une photographie atterrit dans les pattes du capitaine.
— Tenez ! Vous pouvez tout garder.
— Merci.
— Merci.
L'image entre les doigts d'Anita… avait un air de réchauffé. Une sorte de bouffée de chaleur qui accompagnait toujours les avancées significatives d'une enquête, un signe qui chez la flic ne la trompait jamais. Cette photo, ou plus exactement une tout identique lui revenait en mémoire. Un peu de lumière illuminait d'un coup toutes ces morts inexpliquées. Quatre types sur la reproduction… et tous morts dans des circonstances bizarres. Il n'était plus question de coïncidences désormais. Il y avait bien un lien entre ces quatre hommes qui posaient sur le cliché.
De retour au commissariat, les deux nanas reprenaient les dossiers de ces quatre défunts. Il devait forcément y avoir un truc qui leur avait échappé. Le lien était cette photo. Sur celle-ci, ce n'étaient que des gamins… enfin une petite vingtaine de piges, vingt-cinq tout au plus. Les deux flics allaient devoir creuser dans la direction de ces années de jeunesse. Mais que chercher ? Et surtout où ? Les morts avaient presque tous, entre quarante-cinq et cinquante balais, et s'étaient tous « suicidés » dans un laps de temps très réduit. Le lieu de leurs études… un point de départ ?
— xxxXXxxx —
Anita et Maryse avaient donc rendu visite à tous les professeurs susceptibles d'avoir connu les quatre gaillards. Bien entendu que quinze ou vingt ans après, retrouver des témoins s'avérait compliqué. Une photo de classe, celle de fin d'année, qui alimentait le livre du bahut… permettait cependant de remonter à quelques noms. C'était donc ainsi que plusieurs anciens étudiants avaient donné quelques détails assez glauques sur les « mousquetaires ». Oui ! Les garçons et les filles de leur université les avaient surnommés ainsi. Il semblait régner autour de ces loustics une atmosphère relativement secrète.
Pour les hommes qui les avaient côtoyés, aucun n'avait voulu rester ami avec eux en général et le nommé Dominique Staneley-Kaly en particulier. Au fil des discussions, les mots enfin montraient que ces mecs, inséparables étaient la terreur des nanas du campus. Bien peu d'entre elles osaient raconter des horreurs. Mais l'une d'entre elles, une nommée Cynthia Pourtois brisait enfin la loi d'un silence pesant. Les deux flics sonnaient un samedi matin chez cette femme, mariée depuis et maman de deux gamins.
— Bonjour Madame ! Capitaine de police Solivers et Brigadier Dumain, nous pourrions vous entretenir de quelques-uns de vos camarades d'études ?
— La police ? Mais je n'ai rien fait !
— Non ! Rassurez-vous, nous enquêtons sur quatre de vos camarades de bahut…
— Ah ? Lesquels ? Je n'ai gardé que très peu de contact avec ces amis de mes études… et puis je me suis mariée et je m'occupe surtout de ma famille.
— Naturellement et c'est tout à votre honneur. Est-ce que Jean Castaing, Jacques Clameur, Lionel Chassard et Dominique Staneley-Kaly vous rappellent quelques souvenirs ?
— Pourquoi ceux-là en particulier ? Ils ont fini par avoir des emmerdes avec la police ou la justice ?
—… ? Vous les connaissiez donc ? Et vous pouvez nous parler de ce qui vous amène à penser qu'ils pourraient avoir des ennuis ?
— Tout le monde… enfin toutes les étudiantes de cette époque-là, ont eu maille à partir avec ces… hommes. Ils organisaient des fêtes…
— Des fêtes ? Voilà qui nous intéresse. De quel genre ?
— Ben… vous savez… de celles qui se passent entre les garçons et les filles. Et puis… même si certaines n'étaient pas d'accord… elles y passaient aussi.
— Vous voulez dire qu'ils les forçaient ? Vous avez participé à leurs… petites sauteries ?
—… ! Je suis obligée de répondre ? J'ai un mari, des enfants et j'étais jeune à ce moment-là…
— Rassurez-vous ! Tout ce que vous nous racontez là restera entre vous et nous ! Nous avons juste besoin d'établir certains faits et de savoir…
— Ils avaient le bras long et des parents qui avaient de l'argent. Notre avis ne comptait guère aux yeux de ces gens-là. Et puis c'est si loin tout cela…
— Oui ! Je comprends votre réticence à nous narrer des faits vieux de quelques quinze ans ou vingt ans, mais ils ne vous feront plus jamais de mal… ils se sont tous suicidés.
— Suicidés ? Je ne vais pas pleurer sur leur sort…
—… vous pouvez préciser votre pensée.
— Je… bon écoutez… leur registre c'était plutôt le sadisme. Le fouet, la cravache et même plus parfois.
— Plus… ?
— Oui ! Je n'ai pas vu ni vraiment subi, mais je me suis laissée dire que le fer rouge était un de leur petit plaisir favori. Marquer les femmes, comme du bétail, quoi !
— Et pourquoi personne n'a donc jamais porté plainte ? Nous n'avons rien trouvé dans les archives ni nulle part du reste. Vous êtes certaine de ce que vous avancez ?
— Ben oui… je vais vous donner un nom… une fille qui un jour m'a montré ses… blessures. Hélène… Hélène Normann.
— Une fille de votre bahut ? Et vous avez vu des traces ?
— Je peux vous dire qu'elle a dû beaucoup souffrir… et si un jour elle apprend qu'ils sont morts, celle-ci ne pleurera pas… et à mon avis elle ne sera pas la seule à être délivrée.
— Vous aussi n'est-ce pas ?
— Quoi moi ?
— Vous ne pleurerez pas ces quatre « mousquetaires » ? Vous avez fait des soirées avec eux ou c'est seulement… des bruits de couloirs ?
— Ce qui se dit ici reste ici ? C'est bien ce que vous m'avez assuré ?
— Évidemment ! Nous sommes policières !
— Regardez donc !
— La police ? Mais je n'ai rien fait !
— Non ! Rassurez-vous, nous enquêtons sur quatre de vos camarades de bahut…
— Ah ? Lesquels ? Je n'ai gardé que très peu de contact avec ces amis de mes études… et puis je me suis mariée et je m'occupe surtout de ma famille.
— Naturellement et c'est tout à votre honneur. Est-ce que Jean Castaing, Jacques Clameur, Lionel Chassard et Dominique Staneley-Kaly vous rappellent quelques souvenirs ?
— Pourquoi ceux-là en particulier ? Ils ont fini par avoir des emmerdes avec la police ou la justice ?
—… ? Vous les connaissiez donc ? Et vous pouvez nous parler de ce qui vous amène à penser qu'ils pourraient avoir des ennuis ?
— Tout le monde… enfin toutes les étudiantes de cette époque-là, ont eu maille à partir avec ces… hommes. Ils organisaient des fêtes…
— Des fêtes ? Voilà qui nous intéresse. De quel genre ?
— Ben… vous savez… de celles qui se passent entre les garçons et les filles. Et puis… même si certaines n'étaient pas d'accord… elles y passaient aussi.
— Vous voulez dire qu'ils les forçaient ? Vous avez participé à leurs… petites sauteries ?
—… ! Je suis obligée de répondre ? J'ai un mari, des enfants et j'étais jeune à ce moment-là…
— Rassurez-vous ! Tout ce que vous nous racontez là restera entre vous et nous ! Nous avons juste besoin d'établir certains faits et de savoir…
— Ils avaient le bras long et des parents qui avaient de l'argent. Notre avis ne comptait guère aux yeux de ces gens-là. Et puis c'est si loin tout cela…
— Oui ! Je comprends votre réticence à nous narrer des faits vieux de quelques quinze ans ou vingt ans, mais ils ne vous feront plus jamais de mal… ils se sont tous suicidés.
— Suicidés ? Je ne vais pas pleurer sur leur sort…
—… vous pouvez préciser votre pensée.
— Je… bon écoutez… leur registre c'était plutôt le sadisme. Le fouet, la cravache et même plus parfois.
— Plus… ?
— Oui ! Je n'ai pas vu ni vraiment subi, mais je me suis laissée dire que le fer rouge était un de leur petit plaisir favori. Marquer les femmes, comme du bétail, quoi !
— Et pourquoi personne n'a donc jamais porté plainte ? Nous n'avons rien trouvé dans les archives ni nulle part du reste. Vous êtes certaine de ce que vous avancez ?
— Ben oui… je vais vous donner un nom… une fille qui un jour m'a montré ses… blessures. Hélène… Hélène Normann.
— Une fille de votre bahut ? Et vous avez vu des traces ?
— Je peux vous dire qu'elle a dû beaucoup souffrir… et si un jour elle apprend qu'ils sont morts, celle-ci ne pleurera pas… et à mon avis elle ne sera pas la seule à être délivrée.
— Vous aussi n'est-ce pas ?
— Quoi moi ?
— Vous ne pleurerez pas ces quatre « mousquetaires » ? Vous avez fait des soirées avec eux ou c'est seulement… des bruits de couloirs ?
— Ce qui se dit ici reste ici ? C'est bien ce que vous m'avez assuré ?
— Évidemment ! Nous sommes policières !
— Regardez donc !
Cynthia venait de dégrafer sa robe et elle présentait son épaule à la vue des deux fliquettes. Une sorte de cicatrice rose violet, longue d'une dizaine de centimètres.
— Voilà de quoi étaient capables nos braves types… je n'ai pas été violée, mais je ne dois mon salut qu'à une fuite rapide.
—… ? Avec quoi vous ont-ils fait ce genre de chose ?
— Un cutter ! Oui soi-disant pour retirer plus rapidement mes vêtements… Je suis certaine que c'était volontaire.
— Mais, pourquoi ne pas être allée voir la police ?
— La police ? Mais j'y suis allée… trois fois même et après cela, c'est moi qui ai eu les pires ennuis… le dénommé Dominique avait dans les amis de son père… un procureur de la République… à moins que ce ne soit même son père… alors imaginez… J'ai même dû quitter la région, juste après mon diplôme parce que j'étais sans arrêt harcelée par des appels téléphoniques « anonymes ».
— Et votre amie, Hélène Normann ? On peut la joindre où exactement ?
— Ce n'est pas mon amie… mais elle aussi a tenté de parler et il me semble que suite à cela, elle a eu les pires problèmes…
—… ? Comment ça ? Vous pouvez vous expliquer…
— Ben… par exemple elle qui ne savait même pas ce qu'était du shit, les flics… pardon ! Les policiers en ont trouvé dans son casier au bahut… une dénonciation anonyme, là encore. Puis elle possédait une petite voiture, elle a été littéralement harcelée par les policiers… alors elle a tout abandonné et personne ne sait ce qu'elle est devenue ! Enfin… presque…
— Bon et bien, merci ! Tenez voici ma carte et si vous entendez donc parler de cette femme… vous pouvez nous contacter.
— Oh, ce ne sera pas nécessaire… je l'ai croisé récemment et je sais où elle bosse. Elle travaille au restaurant près de la gare. Elle ne m'a sûrement pas reconnu, mais je suis certaine qu'il s'agissait d'elle.
— Vous pouvez nous la montrer sur cette photo de groupe ?
— Non ! Elle n'était plus là à la fin de nos études, et n'a jamais passé son diplôme avec nous. Mais c'est une brune avec des lunettes… et elle porte un badge avec son prénom… Elle ne devrait pas être difficile à retrouver pour vous… mais si rien n'a changé depuis ce temps-là, je doute qu'elle veuille vous parler. Ces quatre types faisaient la pluie et le beau temps à l'époque de nos études et nous sommes sans doute très nombreuses à être allées voir vos collègues, sans aucun résultat si ce n'est celui d'avoir eu encore plus de problèmes après.
— Les temps ont changé, les mœurs également. Plus personne ne reste impuni ou est intouchable désormais.
— Vous êtes sûres de ce que vous racontez ? Vous savez combien de femmes de nos jours sont encore réduites au silence par des tas d'individus qui profitent d'elles ? Et puis la police intervient-elle chaque fois qu'on va déposer une main courante ? Les statistiques de femmes tuées par leurs maris ou compagnons, vous pensez vraiment qu'elles sont en nettes régressions ? Je me dis que rien n'évolue, nous en sommes loin… c'est toujours le moyen-âge pour nous, les femmes !
— Nous vous remercions de votre aide précieuse.
— De rien… si seulement ça pouvait faire un jour basculer les mentalités… que nous soyons traitées sur un pied d'égalité… mais hélas, un rêve inaccessible sans doute. Par contre, je vous le dis tout net, je ne ferai plus aucune déposition écrite.
— Nous l'avons bien compris. Au revoir madame Pourtois. Et n'hésitez pas à nous contacter si quelque chose vous revient…
— Merci ! N'y comptez pas trop ! Au revoir.
—… ? Avec quoi vous ont-ils fait ce genre de chose ?
— Un cutter ! Oui soi-disant pour retirer plus rapidement mes vêtements… Je suis certaine que c'était volontaire.
— Mais, pourquoi ne pas être allée voir la police ?
— La police ? Mais j'y suis allée… trois fois même et après cela, c'est moi qui ai eu les pires ennuis… le dénommé Dominique avait dans les amis de son père… un procureur de la République… à moins que ce ne soit même son père… alors imaginez… J'ai même dû quitter la région, juste après mon diplôme parce que j'étais sans arrêt harcelée par des appels téléphoniques « anonymes ».
— Et votre amie, Hélène Normann ? On peut la joindre où exactement ?
— Ce n'est pas mon amie… mais elle aussi a tenté de parler et il me semble que suite à cela, elle a eu les pires problèmes…
—… ? Comment ça ? Vous pouvez vous expliquer…
— Ben… par exemple elle qui ne savait même pas ce qu'était du shit, les flics… pardon ! Les policiers en ont trouvé dans son casier au bahut… une dénonciation anonyme, là encore. Puis elle possédait une petite voiture, elle a été littéralement harcelée par les policiers… alors elle a tout abandonné et personne ne sait ce qu'elle est devenue ! Enfin… presque…
— Bon et bien, merci ! Tenez voici ma carte et si vous entendez donc parler de cette femme… vous pouvez nous contacter.
— Oh, ce ne sera pas nécessaire… je l'ai croisé récemment et je sais où elle bosse. Elle travaille au restaurant près de la gare. Elle ne m'a sûrement pas reconnu, mais je suis certaine qu'il s'agissait d'elle.
— Vous pouvez nous la montrer sur cette photo de groupe ?
— Non ! Elle n'était plus là à la fin de nos études, et n'a jamais passé son diplôme avec nous. Mais c'est une brune avec des lunettes… et elle porte un badge avec son prénom… Elle ne devrait pas être difficile à retrouver pour vous… mais si rien n'a changé depuis ce temps-là, je doute qu'elle veuille vous parler. Ces quatre types faisaient la pluie et le beau temps à l'époque de nos études et nous sommes sans doute très nombreuses à être allées voir vos collègues, sans aucun résultat si ce n'est celui d'avoir eu encore plus de problèmes après.
— Les temps ont changé, les mœurs également. Plus personne ne reste impuni ou est intouchable désormais.
— Vous êtes sûres de ce que vous racontez ? Vous savez combien de femmes de nos jours sont encore réduites au silence par des tas d'individus qui profitent d'elles ? Et puis la police intervient-elle chaque fois qu'on va déposer une main courante ? Les statistiques de femmes tuées par leurs maris ou compagnons, vous pensez vraiment qu'elles sont en nettes régressions ? Je me dis que rien n'évolue, nous en sommes loin… c'est toujours le moyen-âge pour nous, les femmes !
— Nous vous remercions de votre aide précieuse.
— De rien… si seulement ça pouvait faire un jour basculer les mentalités… que nous soyons traitées sur un pied d'égalité… mais hélas, un rêve inaccessible sans doute. Par contre, je vous le dis tout net, je ne ferai plus aucune déposition écrite.
— Nous l'avons bien compris. Au revoir madame Pourtois. Et n'hésitez pas à nous contacter si quelque chose vous revient…
— Merci ! N'y comptez pas trop ! Au revoir.
Les deux enquêtrices avaient la tête farcie des mots assez durs prononcés par cette Cynthia Pourtois. Elle n'avait pas tout à fait tort. Les consciences n'évoluaient pas assez vite et trop d'affaires de mœurs étaient encore taboues ou entravées pour des raisons bien mâles connues. Et sous ces macabres découvertes, il se cachait un gros caca bien puant, dont les odeurs commençaient à remonter. Normal ! À force de remuer la merde, son fumet faisait des vagues. Anita et sa collègue démêlaient un écheveau et le fil qu'elles tenaient demeurait bien ténu.
— xxxXXxxx —
À suivre…
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