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Couverture de Sexpress tendresses, par Azimuteur
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Sexpress tendresses — Chapitre 10

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Azimuteur
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Sexpress tendresses

Chapitre 10

Misuki avait été conduite au bloc dès son arrivée à l’hôpital. L’intervention a duré une heure ? Plus, moins ? Une éternité en tout cas.
Puis, la chirurgienne est venue me voir alors que j'errais, perdue, dans le couloir.
— Vous étiez avec Mademoiselle Piskorski m’a-t-on dit ?
Petite seconde d’hésitation : Piskorski est donc son patronyme...
— Oui tout à fait ! Comment va-t-elle ? Est-ce qu’elle …
— Rassurez-vous ! D’abord, rassurez-vous ! L’opération s’est bien passée et la très bonne nouvelle est que le pronostic vital n’est pas engagé.
— Oh mon Dieu ! Vous êtes sûre ?
— Mademoiselle Piskorski va aussi bien que possible. Pour autant, je ne peux pas me prononcer tout de suite !
— Vous craignez des séquelles ? Graves ?
— Laissez-moi expliquer... Nous avons extrait la balle. Le mot est d’ailleurs un peu fort. La balle, de petit calibre me semble-t-il, mais je ne suis pas spécialiste, la balle donc s’est simplement fichée dans la boîte crânienne, elle n’y est pas entrée. Elle y a fait un trou et provoqué une légère fracture périphérique. Elle a surtout provoqué un œdème, heureusement extra dural et assez limité. Extra dural, c'est-à-dire que l’œdème s'est formé entre l'os crânien et la membrane qui enveloppe le cerveau. Retirer les petits fragments d'os et surtout résorber l'œdème au maximum a été le plus gros de l’intervention. Et cela aussi s’est très bien passé même si tout, sans doute, n’a pas été ponctionné. Maintenant, c’est à la nature de faire son œuvre et j’ai bon espoir. Nous n’avons pas constaté d’hémorragie depuis et nous le vérifierons régulièrement, par écho, radio ou scanner s’il le faut. Mais a priori, il n’y a pas à s’inquiéter outre mesure. Mademoiselle Piskorski a eu beaucoup de chance, compte tenu des circonstances. Nous verrons, selon son évolution lors de sa phase de réveil, s’il y a lieu d’administrer encore des sédatifs.
Une angoisse m'étreint.
— Pour la placer en coma artificiel ?
— Oui-non, répond avec réticence la chirurgienne. Je n’aime pas employer ce terme car les proches des victimes s’en font tout un monde et franchement, dans son cas, je doute que cela soit nécessaire au-delà de douze heures, juste pour lui éviter les douleurs. Donc, n’espérez pas son réveil dans l’immédiat.
— D’accord, je comprends et c’est très bien. Et pour les séquelles ?
La chirurgienne prend un peu de recul avant de répondre :
— Je ne peux rien vous dire, impossible, je ne suis pas devin. Il y aura peut-être des séquelles, vraisemblablement temporaires s’il y en a. Il y a eu trauma du lobe frontal, pas direct mais du fait de la compression engendrée par la formation de l’hématome. Alors, tout est possible : amnésie temporaire, problèmes d’équilibre, troubles de la parole, modification du comportement et du caractère. Et d’autres encore. Mais j’insiste, dans le cas de Mademoiselle Piskorski, l’hématome était limité, il a été résorbé très rapidement et comme je vous l’ai dit, il était extra dural, entre l’os crânien et la dure-mère et non pas sous dural. D’ailleurs, l’intervention a duré moins d’une heure trente, ce qui est très peu dans un cas comme celui-là. Donc franchement, je ne pense pas qu’il puisse y avoir de conséquences durables et importantes, mais bon, il faudra plusieurs jours avant que l’on soit fixé. C’est tout ce que je peux vous dire... Mademoiselle ?
Je flotte entre deux eaux et mets une seconde à répondre.
— Marie-Pierre Vignolini. Est-ce que je peux la voir ?
— Dès qu’elle sera sortie de surveillance post-opératoire. Disons que d’ici... une demi-heure je pense, nous l’installerons dans sa chambre. Vous pourrez la voir mais n’attendez rien de particulier, elle ne se réveillera pas… Mais vous ? On m’a dit que vous aviez été touchée vous aussi !
— Effleurée simplement, ce n’est vraiment rien, répondis-je en passant la main sur le haut de mon bras qui a été bandé par le médecin du SAMU. Même pas mal, ajoutais-je en plaisantant un peu.
— Mais que s’est-il passé ? C’est elle ou vous qui étiez visée ?
Je la regarde totalement ahurie, la question ne m’était pas venue à l’esprit jusque-là : elle ou moi ? Non, je ne m’étais pas posé cette question jusqu’ici. Aucune question d’ailleurs tant j’étais inquiète pour l’état de Misu. Choquée, étourdie, je balbutie :
— Je n’en sais rien, mais… maintenant que vous le dites… C’est vrai qu’elle était chez moi, par hasard, rien de programmé. Personne ne pouvait le savoir. À moins qu’elle n’ait été suivie depuis chez elle...
Prise d’un étourdissement, je chancelle : « Je... je voudrais m’asseoir ! »
La docteure m’attrape sous le bras alors que je menace de m’effondrer :
— Venez, mon bureau est juste là !
Les jambes en coton, je la suis, enfin, disons plutôt qu’elle me soutient fermement jusqu’à son bureau où elle m’installe sur un canapé. Un instant plus tard, elle me tend un verre d’eau que j’avale goulûment.
— Ça va aller, vous vous sentez mieux ?
Je reprends mes esprits.
— Oui, ça... ça va aller...
Je suis encore dans les limbes, toutes mes pensées pour Misu qui gît à quelques mètres d'ici.
Dans l’encadrement de la porte restée ouverte apparaît un des gendarmes qui m’avait brièvement interrogé chez moi. Le militaire s’adresse d’abord au médecin :
— Mademoiselle Vignolini va bien ?
— Oui, répond la chirurgienne, c’est de ma faute, je crois que je l’ai effrayée avec mes questions.
La jeune femme explique la raison de mon trouble, puis, consciente d’être importune, annonce qu’elle laisse son bureau à notre disposition et sort. Elle est remplacée par une gendarmette qui referme la porte. Le capitaine Carianti se présente et présente sa collègue.
— Alors, qu’en dites-vous Mademoiselle Vignolini, serait-il possible que cela ait pu être vous qui étiez visée ?
— Je ne sais pas. C’est vrai que concernant Misuki... elle était chez moi par hasard... Ce n’était pas prévu. Elle est arrivée chez moi, suite à une conversation téléphonique que nous avons eue ce matin et où je l’avais invitée à venir...
— Voyez-vous une personne, ou une raison pour laquelle on pourrait s’en prendre à vous ?
Je secoue la tête doucement, cherchant vainement qui ou pourquoi ?
— Vous n’avez pas reçu de menaces ces derniers temps ? Personnelles ou professionnelles ?
— Nooon ! Absolument aucune !
Le militaire réfléchit un instant avant de poursuivre :
— Vous êtes célibataire je crois. Un petit ami dont vous vous êtes séparée en mauvais termes ?
Je souffle en haussant les épaules.
— Non franchement, rien de ce genre !
— Bien, mes hommes sont encore chez vous. Voulez-vous que nous ramenions votre voiture ici ? Y aurait-il d’autres choses à récupérer ?
Je fouille mes poches, tends mon trousseau de clefs au militaire dans un geste automatique.
— Ma foi, la voiture, cela m’arrangerait. Pour le reste, non. Quoique... je n’ai pas l’intention de m’éloigner de l’hôpital tant que Misuki n’aura pas repris connaissance. Alors oui, quelques vêtements, affaires de toilettes...
— Mademoiselle Piskorski était chez vous. Nous devrions pouvoir y trouver les clefs de son appartement.
— Elle avait un assez gros sac en toile qui doit se trouver dans la première chambre à droite à l’étage...
Le capitaine tend mes clefs à sa jeune subordonnée, laquelle lui demande :
— J’y vais de suite ?
— Non, vous allez donner ces clefs aux collègues dans le couloir. Qu’ils y aillent tout de suite, trouvent le sac et qu’ils aillent ensuite chez Mademoiselle Piskorski. Vous demanderez à l’adjudante Bonnaire de récupérer quelques effets vestimentaires et affaires de toilette pour elle et Mademoiselle Vignolini. Elle saura se débrouiller. Mais vous, vous revenez ici !
La jeune femme paraît à la fois surprise et ravie par l’ordre de son supérieur. Elle quitte la pièce, un grand sourire aux lèvres.
— Nous allons attendre le retour du lieutenant pour continuer …
— Je vois, il vous faut un témoin de l’interrogatoire …
L’homme se raidit brusquement et se défend :
— Ce n’est absolument pas un interrogatoire ! C’est une conversation ! Simple conversation ! Vous n’êtes absolument pas suspectée. Vous êtes une victime, au même titre que Misuki.
Je suis surprise de l’entendre nommer Misu par son prénom. Étonnement qui doit être visible sur mon visage car il se reprend aussitôt.
— Mademoiselle Piskorski. Excusez-moi.
Abandonnant un instant sa raideur militaire, il sourit légèrement et m’explique sur le ton de la confidence :
— En réalité, je connais Misuki depuis sa naissance : ses parents sont de mes amis, de longue date, et la petite Misu, je l’ai faite sauter sur mes genoux comme on dit...
Léger coup à la porte, la jeune collègue du capitaine est de retour, souriante. Un sourire auquel je réponds volontiers, tant la jeune femme est avenante et fraîche. Carianti perçoit ma sympathie pour elle et me la présente plus avant :
— La lieutenante Coline Masson est issue de l’École Polytechnique. Elle a rejoint volontairement notre brigade depuis quelques semaines. Je tiens tout particulièrement à ce qu’elle suive cette affaire de près.
Surprise par ces propos qui sonnent en forme de reconnaissance et de confiance de la part de son supérieur, la jeune femme rosit et balance un instant sur ses pieds avant de retrouver une attitude très militaire. Le capitaine approche deux chaises du canapé et l’invite à s’asseoir comme il le fait lui-même.
— Réfléchissez bien Mademoiselle Vignolini...
Je lui coupe la parole.
— S’il vous plaît, oubliez Mademoiselle, appelez-moi Pipa comme tout le monde.
— Soit ! Pipa donc. Il n’y a vraiment personne qui pourrait vous en vouloir ?
Je réfléchis...
— Il y a bien... l’affaire Berthoux pour laquelle je dois témoigner dans trois jours. Je ne vois d’ailleurs pas ce que mon témoignage pourrait apporter de plus...
— L’affaire Berthoux, explique Carianti à l’adresse de sa jeune subordonnée, du nom d’une vieille dame de 86 ans déclarée décédée de mort naturelle par son médecin traitant mais dont l’autopsie avait révélé une importante dose de digitaline dans le corps. La petite nièce est accusée d’avoir injecté cette digitaline mais elle nie farouchement et il n’y a pas de preuve directe.
— Attendez ! Je ne comprends pas : mort naturelle attestée par son médecin mais il y a tout de même eu autopsie ? Pourquoi ? demande Coline Masson.
J’interviens, un peu gênée :
— À cause de moi. J’avais inspecté méticuleusement le corps de la vieille dame. Je dirige une entreprise de pompes funèbres mais je suis thanatopractrice à la base. Il m’arrive parfois encore de m’occuper des défunts. Or, j’ai découvert une très nette trace de piqûres sous l’aisselle de la mamie. Étrange. J’ai appelé le médecin légiste qui est venu constater la chose et a prévenu le Parquet. Bref, le corps est parti à l’IML et l’autopsie a révélé des doses massives de digitaline et de somnifères.
La gendarme me regarde d’un air intrigué.
— Vous dites avoir « méticuleusement » examiné le corps. Il y avait une raison particulière ?
— M’oui... La petite nièce était venue m’apporter les vêtements pour habiller la défunte. Elle s’était inquiétée du délai de la mise en bière et son scellement, alors que la date des obsèques lui importait visiblement peu. J’étais revenu dans mon bureau juste après son départ et par la fenêtre entrouverte, je l’ai entendue parler au téléphone : « La mise en bière se fera en fin d’aprèm aujourd’hui, les obsèques dans quatre ou cinq jours mais ça, on s’en fout. Donc, l’affaire est dans le sac, enfin, dans la bière ! » avait-elle conclu avec un petit rire. Rire qui s’est arrêté net lorsqu’elle m’a aperçue derrière ma fenêtre. Mais donc, j’avais été un peu choquée par ces propos. Alertée.
— Et de ça, vous en avez parlé au légiste ?
— Euh non, il n’est pas très commode le légiste. Il n’était resté que deux minutes, le temps de constater la marque de piqûres. Ni bonjour, ni au revoir, juste de vagues signes de tête condescendants...
— Et vous n’avez parlé à personne de ce que vous aviez entendu ?
— Non...
Un souvenir surgit dans mon esprit et me fait perdre pied. Je réalise !
— Enfin si : un collaborateur du Procureur m’a appelé il y a quelques jours pour en savoir plus sur les circonstances de ma découverte et j’en ai profité...
— D’accord, conclut la gendarmette avec un air de triomphe éclairé. Là, je comprends votre convocation au procès. L’accusée sait que vous l’avez entendue ; peut-être un ou une complice voudrait vous empêcher de témoigner.
Son chef approuve chaleureusement la déduction.
— Absolument, il va falloir explorer cette piste. Et vous, je vous place sous protection dès à présent. Vous aurez un ange gardien à vos côtés.
— Je suis volontaire mon Capitaine !
— Parfait Lieutenante ! Vous prendrez le premier tour de garde. Bon, pour en revenir aux faits, après vous avoir tiré dessus, le tireur a lâché des jurons, c’est bien ça ? Vous vous souvenez lesquels ?
— Oui... Heu... « Merde » je crois... Et puis, très fort, « Saloperie » : il a frappé ou cogné quelque chose contre le mur et il est parti dans la foulée.
— Cogné contre le mur ? On a relevé une trace effectivement... Aurait-il cogné son arme qui se serait enrayée ? extrapole la lieutenante. Ça expliquerait son « Saloperie ! »...
— Je pense exactement la même chose, confirme son supérieur. Voilà, on s’arrête là pour l’instant. Mais n’hésitez pas à informer la lieutenante de tous détails qui pourraient vous revenir.
Ooo000ooO
Debout derrière la vitre du service de la salle de réveil post-opératoire, je fixe Misuki, parfaitement immobile sur un lit. Énorme bandage sur le crâne, masque respiratoire, cathéters et pastilles d’électrocardiogramme, appareillages nombreux, la pauvre est à peine distinguable. Elle a l’air sereine certes...
Ce qui n’est pas mon cas ! J’ai les genoux qui flageolent, je suis régulièrement parcourue de frissons et je suis au bord des larmes...
D’ailleurs, lorsque la gendarmette s’approche, pose ses mains sur mes épaules et me murmure : « Ça va aller, rassurez-vous ! », ces mains, ce simple geste de bienveillance, ces paroles témoignant de sympathie fraternelle de la part d’une quasi-inconnue ouvrent brutalement les vannes et je pleure toutes les larmes de mon corps. La jeune femme resserre son étreinte et souffle à mon oreille :
— Votre amie est hors de danger, calmez-vous. Mais pleurez si vous en avez besoin, pleurez tout votre soûl si ça vous fait du bien.
Mes larmes coulent sur mes joues, ruisseaux calmes, sans hoquet, sans tremblement. L’eau coule sans discontinuer. J’ai tellement peur...
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