Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Itinéraire d'un homo raté — Chapitre 4 · La ruée vers Laure
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Itinéraire d'un homo raté
Chapitre 4 · La ruée vers Laure
Je dois être honnête, mener une vie ainsi scindée en deux a été épuisant. Usant. Destructeur.
En m'enfonçant toujours un peu plus sur ce chemin trouble, j'ai sacrifié la quasi-totalité de mon bien-être et de ma confiance en moi. Ma nature profonde devenait de plus en plus secrète et enfouie et dans le même temps l'image que j'offrais au monde s'éloignait toujours plus de la vie que j'aurais aimé mener.
Aujourd'hui, des années après les premiers signes que j'aurai dû écouter, accepter et assumer, les conséquences sont toujours bien présentes et le travail vers une vie plus apaisée s'annonce encore ardu.
En m'enfonçant toujours un peu plus sur ce chemin trouble, j'ai sacrifié la quasi-totalité de mon bien-être et de ma confiance en moi. Ma nature profonde devenait de plus en plus secrète et enfouie et dans le même temps l'image que j'offrais au monde s'éloignait toujours plus de la vie que j'aurais aimé mener.
Aujourd'hui, des années après les premiers signes que j'aurai dû écouter, accepter et assumer, les conséquences sont toujours bien présentes et le travail vers une vie plus apaisée s'annonce encore ardu.
Néanmoins, pour être absolument honnête jusqu'au bout, je suis parvenu à y trouver une certaine forme d'avantages. Surtout dans la période qui a suivi les évènements du chapitre précédent.
Voyez-vous, l'image que les autres ont de vous a une grande influence sur leur comportement. (Du moins, en ce qui me concerne. A vrai dire, vous pouvez considérer que les lignes qui suivent ne constituent en rien une tentative de décryptage de la société. Il s'agit simplement d'un constat tout personnel de mon expérience propre, dans un milieu rural perdu au milieu des campagnes).
L'image que les autres ont de vous, donc, a une grande influence sur leur comportement. Et c'était d'autant plus vrai dans un milieu « jeune » comme le lycée où j'étais, où tout prenait une dimension particulière lorsqu'il était question de sentiments, de sexe et de relations sociales.
Dès lors qu'un homme assumait d'une façon ou d'une autre son attirance envers les autres personnes du même sexe, son parcours aux yeux de ses camarades suivait quasiment toujours le même tracé. D'abord, il y avait l'onde de choc. Une révélation pas encore vraiment banalisée à cette époque, qui se répandait comme une traînée de poudre dans l'établissement et qui s'échangeait à la vitesse de l'éclair au gré des derniers potins.
Dans la foulée, chacun et chacune y allaient de son avis personnel, de sa remarque censée pertinente, voire de son analyse.
Une grande partie des femmes se mettait à éprouver une quelconque affection pour lui. Comme si, maintenant dépourvu de l'image de prédateur collée aux hommes de cet âge-là, elles acceptaient finalement de l'approcher d'un peu plus près pour le découvrir, débarrassée de l'angoisse qu'il ne s'entiche d'elles.
Une grande partie des femmes se mettait à éprouver une quelconque affection pour lui. Comme si, maintenant dépourvu de l'image de prédateur collée aux hommes de cet âge-là, elles acceptaient finalement de l'approcher d'un peu plus près pour le découvrir, débarrassée de l'angoisse qu'il ne s'entiche d'elles.
Souvent, certaines d'entre elles se découvraient même une vocation presque militante, scandant à qui voulait bien l'entendre que l'orientation sexuelle ne devait jamais être un motif de discrimination, que l'amour était plus fort que tout, que ces choses-là ne se contrôlaient pas...
Quelques hommes tenaient le même discours, soyons honnêtes.
Mais la plupart d'entre eux opéraient surtout un changement plus ou moins discret, plus ou moins insidieux.
D'abord, il y avait ceux ouvertement homophobes. Railleries complètement assumées, insultes et autres joyeusetés... vous connaissez le tableau, pas besoin de gâcher des mots pour ce genre de comportements.
Mais la plupart d'entre eux opéraient surtout un changement plus ou moins discret, plus ou moins insidieux.
D'abord, il y avait ceux ouvertement homophobes. Railleries complètement assumées, insultes et autres joyeusetés... vous connaissez le tableau, pas besoin de gâcher des mots pour ce genre de comportements.
Ensuite, et c'était le modèle le plus répandu, il y avait ceux pour qui ce n'était qu'un détail. Une anecdote, un fait concret sur l'un de leurs camarades qui ne les concernait en rien et qui ne changeait rien à leur propre vie.
Mais aussi ouverte d'esprit et bienveillante que pouvait être la réaction de ces derniers, il y avait des signes et des situations qui ne trompaient personne, surtout pas l'intéressé qui voyait cette succession de petits détails de la vie quotidienne lui montrer sa nouvelle place au sein du microcosme lycéen.
Lorsque les conversations se dirigeaient vers les relations sentimentales, l'homme homosexuel se retrouvait comme mis à l'écart, condamné à être simplement spectateur des histoires des autres. On ne lui demandait pas ce qu'il en était pour lui - c'était trop bizarre de l'imaginer dans les bras d'un autre homme – tout comme on ne l'incluait pas dans les analyses et autres pronostics amoureux, justifiant parfois ce choix par des « Ah, t'es tranquille, toi, hein ! T'as pas besoin de te casser la tête avec les nanas ! »
Il y avait aussi des sortes de réactions physiques, qui se percevaient plus qu'elles ne se voyaient. Quand la bise était de coutume pour se saluer, elle se faisait désormais avec un peu plus de retenue. Dans les vestiaires, au moment de se changer pour revêtir l'uniforme, un cercle un peu plus grand qu'avant se dessinait autour de l'intéressé, et certains, consciemment ou non, prenaient bien soin de se tourner au moment de se dévêtir, par peur peut-être de se voir bondir dessus par un homo trop excité devant tous ces corps masculins. Un constat encore plus flagrant dans des endroits comme les douches de l'internat, d'ailleurs. Dès que « le gay » entrait dans la pièce, presque tout le monde avait ce réflexe curieux de vérifier s'il pouvait voir ou non son pénis. Le chahut perpétuel perdait un peu de son entrain, on jetait de petits coups d'œil en sa direction, comme si on s'attendait à le voir bander comme un âne.
Garder pour moi mes envies et mes attirances avait donc au moins eu cet avantage-là : ne pas avoir à subir tout cela. Garder mon image de mec lambda au milieu des autres – au même niveau que les autres.
Quand j'y pense... j'espère sincèrement que les choses sont plus simples, aujourd'hui. Que le semblant de « normalité » de l'homosexualité que certains tentaient d'instaurer maladroitement à l'époque est devenu quelque chose de réel, de concret et d'inscrit pour de bon dans les mœurs...
**
Toujours est-il qu'à cette période de ma vie, j'étais soulagé de m'épargner ça. D'autant plus ravi que rester « au même niveau que les autres » me permettait de continuer à profiter des diverses occasions et situations plus ou moins excitantes qui se présentaient à moi.
Et parmi ces situations, il y en a quelques-unes qui ressortent bien plus que les autres. Vous savez, ce genre d'occasion que vous ne voyez pas venir, que vous n'aviez pas du tout planifié d'aucune sorte, mais qui se présente à vous comme une sorte de cadeau offert sur un plateau. Un alignement des planètes qui vous mène là où vous êtes, au moment où vous y êtes, et qui crée une situation qui, vous le savez, ne se reproduira probablement jamais de votre vie.
Il y en a une en particulier qui remplit tous ces critères. Une situation si incroyablement excitante pour moi à l'époque, que même si je m'en souviens parfaitement, je me surprends à me demander si elle a vraiment eu lieu. Les images sont un peu floues, enveloppées d'un brouillard qui me fait douter. Comme si je n'étais plus très sûr de savoir si cela avait été un rêve ou une réalité.
Pourtant... ça a bel et bien eu lieu.
**
Nous étions la veille du dernier jour de cours avant les vacances d'hiver, et plus personne n'avait la tête aux leçons. Pour ne rien arranger, une exceptionnelle tempête de neige sévissait depuis trois jours entiers, bloquant les routes, empêchant de nombreux élèves et professeurs de se rendre au lycée et faisant tourner le monde au ralenti.
Ce jeudi soir là, nous ne devions être qu'une quinzaine d'élèves à notre étage, contre près de cinquante en temps normal. Nombre d'internes n'avaient tout simplement pas pu venir depuis le début de la semaine, d'autres avaient été rapatriés chez eux tant que les routes étaient encore un minimum praticable. Moi, j'étais là depuis le lundi, même si je ne savais pas encore par quel miracle mes parents allaient pouvoir s'extirper de leur hameau perdu au milieu des champs pour venir me chercher le lendemain soir.
— T'aurais pas une dosette de café en rab pour moi, mec ?
J'étais allongé sur mon lit, à tuer le temps sur mon téléphone, comme toujours. Adrien attendait une réponse de ma part, assis sur une chaise à l'autre bout de la chambre. Nous n'étions pas spécialement proches lui et moi, et il était plutôt rare que nous nous parlions, mais Lucas n'était pas là depuis le début de semaine. Ça me laissait un peu plus de place pour exister.
— Si, je crois. Regarde dans mon placard, dernière étagère au fond.
Il a ouvert le placard au pied de mon lit, m'a fait signe qu'il a trouvé et m'a proposé de me faire un café en même temps que le sien.
— Putain, on s'emmerde sévère... a-t-il lancé après m'avoir tendu un gobelet de café fumant.
Surpris qu'il soit visiblement décidé à tailler la bavette, je me suis redressé pour faire face à lui.
— Ouais, j'avoue... ai-je répondu. Mais ça va, demain soir on sera chez nous, tranquilles.
— Mais en attendant... c'est la merde. Tu sais jouer au poker ?
— Aussi bien que je sais faire décoller un avion. On n'est pas très potes, les cartes et moi. On a essayé de m'apprendre la bataille une fois, mais même ça je suis plus très sûr de connaître les règles.
— Mais en attendant... c'est la merde. Tu sais jouer au poker ?
— Aussi bien que je sais faire décoller un avion. On n'est pas très potes, les cartes et moi. On a essayé de m'apprendre la bataille une fois, mais même ça je suis plus très sûr de connaître les règles.
Il a hoché les épaules comme pour dire « tant pis » et le silence s'est réinstallé. Quand je vous dis que parler ensemble n'était vraiment pas quelque chose de naturel...
J'avais presque fini mon café quand il a de nouveau donné signe de vie.
J'avais presque fini mon café quand il a de nouveau donné signe de vie.
— Oh attends, j'ai une idée ! a-t-il lancé en sortant son téléphone de sa poche. Je crois que Hugo a une clé USB avec des films.
— Je l'ai pas vu, t'es sûr qu'il est là ?
— Non, il est dans ma classe et il est reparti hier. Mais il a peut-être laissé sa clé ici. Je lui demande.
— Je l'ai pas vu, t'es sûr qu'il est là ?
— Non, il est dans ma classe et il est reparti hier. Mais il a peut-être laissé sa clé ici. Je lui demande.
Il n'a fallu que quelques secondes pour que le Hugo en question ne réponde par l'affirmative et qu'Adrien aille la chercher dans sa chambre.
— Je l'ai ! Ça te dit qu'on aille en regarder un dans la salle télé ? Y a du monde, mais ils matent rien de spécial, ils sont chauds.
Je n'ai pas répondu tout de suite. Je n'avais pas spécialement envie de sortir de mon lit, mais en même temps, je m'ennuyais profondément et cette proposition n'était pas pire qu'une autre. J'ai opiné du chef et j'ai mis mon portable à recharger pendant qu'Adrien réitérait sa proposition à Arnaud, qui était là depuis tout ce temps, mais qui était enfermé dans sa bulle, son casque audio sur les oreilles.
**
Ce que nous appelions communément « salle télé » était une petite pièce carrée à côté de la salle de douche. Une dizaine de sièges dépareillés, de chaises branlantes et de fauteuils usés jonchaient le sol, trimballés aux quatre coins au gré des passages. Quelques livres poussiéreux d'un autre temps dormaient sur une table et une petite télévision était accrochée au mur, au-dessus d'un magnétoscope hors service depuis des mois.
Lorsqu'Adrien, Arnaud et moi y sommes entrés, il n'y avait que trois personnes à l'intérieur, tous les trois assis sur des fauteuils installés en cercle, semblant parler de tout et de rien pour tuer le temps.
Je ne les connaissais pas particulièrement, mais suffisamment pour connaître leur prénom. Il y avait Gwenaël, un blond aux yeux clairs, stéréotype presque parfait du beau gosse surfeur et guitariste ; Benoît, un petit brun un peu potelé encore plus timide que moi qui s'habillait toujours en noir ; et Alexis, grande perche au corps aussi fin qu'une planche et crâne rasé, qui avait une image de bad boy un peu rebelle, sans que je sache si c'était justifié ou non.
Je ne les connaissais pas particulièrement, mais suffisamment pour connaître leur prénom. Il y avait Gwenaël, un blond aux yeux clairs, stéréotype presque parfait du beau gosse surfeur et guitariste ; Benoît, un petit brun un peu potelé encore plus timide que moi qui s'habillait toujours en noir ; et Alexis, grande perche au corps aussi fin qu'une planche et crâne rasé, qui avait une image de bad boy un peu rebelle, sans que je sache si c'était justifié ou non.
— Par contre je sais pas ce qu'il a comme film, hein ! leur a lancé Adrien, reprenant leur conversation là où ils l'avaient laissée.
— Au point où on en est, je crois que n'importe quoi fera l'affaire, a lancé Gwenaël.
— Ouais enfin, nous sors pas Sissi l'impératrice non plus, hein, a renchéri Alexis.
— Au point où on en est, je crois que n'importe quoi fera l'affaire, a lancé Gwenaël.
— Ouais enfin, nous sors pas Sissi l'impératrice non plus, hein, a renchéri Alexis.
Vague de rires dans la pièce. Arnaud et moi nous sommes installés sur des sièges, les trois autres ont déplacé leurs fauteuils de sorte que nous soyons tous face à l'écran, en arc de cercle.
La clé USB branchée sur le téléviseur offrait une liste de films longue comme le bras, piratés pour la plupart. Je ne connaissais pas Hugo, mais ce devait être quelqu'un de très organisé, car tout était classé en dossiers, par catégories. Après quelques échanges et tractations, tout le monde s'est mis d'accord sur un film chinois d'arts martiaux, Le Secret des Poignards Volants. Loin de ce que j'avais l'habitude de regarder, mais je n'avais pas la force de protester. Glander seul dans mon lit ou ici devant un film chiant revenait au même, de toute manière.
La clé USB branchée sur le téléviseur offrait une liste de films longue comme le bras, piratés pour la plupart. Je ne connaissais pas Hugo, mais ce devait être quelqu'un de très organisé, car tout était classé en dossiers, par catégories. Après quelques échanges et tractations, tout le monde s'est mis d'accord sur un film chinois d'arts martiaux, Le Secret des Poignards Volants. Loin de ce que j'avais l'habitude de regarder, mais je n'avais pas la force de protester. Glander seul dans mon lit ou ici devant un film chiant revenait au même, de toute manière.
Au fil des minutes qui s'écoulaient, je voyais que les autres n'avaient pas l'air beaucoup plus emballés que moi. Ils regardaient leur téléphone toutes les trente secondes, pestaient de ne pas pouvoir éteindre la lumière dans la pièce pour mieux voir l'écran ou faisaient une remarque sur tel ou tel détail insignifiant.
Pourquoi avoir choisi ce film à l'unanimité si personne n'avait l'air de l'aimer ? me demanderez-vous. Franchement, je n'en sais rien. Il y a de petits mystères comme celui-là que je n'ai jamais réussi à résoudre.
Après une bonne demi-heure de film, la porte s'est ouverte sur Jonas, alias Joe, le surveillant de permanence pour la nuit. Un look baba-cool, une nonchalance permanente et un laisser-aller flagrant faisaient de lui le plus apprécié des surveillants.
— Les gars, ça va être l'heure du couvre-feu ! On éteint et on va dans les chambres.
— Oooh, Joe ! Vas-y, on fait pas de bruit, on est calmes, c'est les vacances demain...
— Vous me sortez toujours le même discours, les gars. Vous savez bien que c'est pas moi qui fixe les règles...
— C'est les vacances de Noël, vois ça comme un cadeau que tu nous fais ! lui a lancé Alexis.
— Oooh, Joe ! Vas-y, on fait pas de bruit, on est calmes, c'est les vacances demain...
— Vous me sortez toujours le même discours, les gars. Vous savez bien que c'est pas moi qui fixe les règles...
— C'est les vacances de Noël, vois ça comme un cadeau que tu nous fais ! lui a lancé Alexis.
Il a fallu encore quelques échanges avant qu'il ne cède.
— Bon OK, vous pouvez rester... Mais je veux pas de bordel ! Vous finissez le film et vous allez dans vos chambres. Moi je vais me pieuter, je suis claqué. Si je dois me relever, je vous jure que ça va chier.
Tout le monde l'a remercié à grands coups de « promis, on sera sages » et de « Bonne nuit, Joe ».
— Merde, j'ai pas fait gaffe à ce qu'il s'était passé, du coup, a pesté Arnaud après que la porte se soit refermée sur le surveillant.
— La même chose que depuis le début du film, a répondu Benoît. Rien.
— La même chose que depuis le début du film, a répondu Benoît. Rien.
Quelqu'un a soupiré.
— Eh ! C'est vous qui avez choisi hein, a dit Adrien comme s'il craignait d'être désigné responsable pour le navet qui passait à l'écran.
— Les films d'arts martiaux, c'est cool, en général ! a rétorqué Gwenaël. Et le titre avait l'air sympa. Mais depuis le début on a juste droit à une nana qui danse les yeux bandés sous un cerisier en fleurs...
— Faut avouer que ça fait pas rêver, j'ai poursuivi, à deux doigts d'annoncer que j'allais me coucher.
— Y a des centaines de films sur son truc... Y a juste à en trouver un autre !
— Vas-y, file-moi la télécommande.
— Les films d'arts martiaux, c'est cool, en général ! a rétorqué Gwenaël. Et le titre avait l'air sympa. Mais depuis le début on a juste droit à une nana qui danse les yeux bandés sous un cerisier en fleurs...
— Faut avouer que ça fait pas rêver, j'ai poursuivi, à deux doigts d'annoncer que j'allais me coucher.
— Y a des centaines de films sur son truc... Y a juste à en trouver un autre !
— Vas-y, file-moi la télécommande.
Alexis a attrapé la zappette qu'on lui tendait et les conversations autour de la tempête ont repris tandis qu'il naviguait parmi les dizaines de fichiers.
— Oh oh ! a-t-il lancé au bout de trois minutes. C'est quoi ça ?
Sur l'écran, un dossier nommé « Touche pas à ça, petit con » s'ouvrait sur 5 autres aux noms incompréhensibles.
— Ça, ça ressemble au genre de dossier qu'on crée pour y fourrer tous les trucs qu'on veut pas que les autres voient, a souligné Adrien.
— Il aurait des trucs à cacher, le gentil Hugo ?
— Je vous préviens si on tombe sur des selfies de lui à poil, je gerbe, a ricané Gwenaël.
— Il aurait des trucs à cacher, le gentil Hugo ?
— Je vous préviens si on tombe sur des selfies de lui à poil, je gerbe, a ricané Gwenaël.
Tout le monde s'est mis à rire. Dans ma tête, cette petite phrase a allumé une étincelle que je commençais à bien connaître, désormais. Une sorte de signal d'alarme qui scandait « J'adorerai ça ! ».
Alexis a ouvert le premier dossier, qui était vide. Puis le second, qui ouvrait sur trois autres dossiers, vides eux aussi. Il s'attaqua au troisième qui semblait constitué de la même manière.
Alexis a ouvert le premier dossier, qui était vide. Puis le second, qui ouvrait sur trois autres dossiers, vides eux aussi. Il s'attaqua au troisième qui semblait constitué de la même manière.
— Ca se trouve y a rien du tout... Pourquoi tu t'emmerdes avec ça ? a demandé Benoît.
— T'as déjà vu des dossiers aux noms chelous créés dans le vide pour rien, toi ? a rétorqué Alexis.
— De toute façon entre ça et les poignards qui volent... a dit Arnaud. Au moins là, on a un peu de suspens.
— Bingo !
— T'as déjà vu des dossiers aux noms chelous créés dans le vide pour rien, toi ? a rétorqué Alexis.
— De toute façon entre ça et les poignards qui volent... a dit Arnaud. Au moins là, on a un peu de suspens.
— Bingo !
Le dossier numéro 4 ouvrait sur un autre nommé « INTERDIT ». Evidemment, Alexis s'est empressé d'appuyer sur la touche ENTREE. De mon côté, une forme d'excitation était en train de monter insidieusement. Une sorte d'adrénaline pas très morale, comme celle qui vous gagnait quand vous surpreniez quelqu'un dans l'intimité et que vous l'observiez sans qu'il ne le sache.
Le dossier interdit ouvrait sur 26 autres, étiquetés de A à Z.
Le dossier interdit ouvrait sur 26 autres, étiquetés de A à Z.
— Il se donne sacrément de mal pour cacher tout ça, en tout cas !
Alexis entreprit de tous les ouvrir un par un.
— Essaye directement le H, comme Hugo, a suggéré Gwenaël.
Tentative immédiate d'Alexis : Echec.
— Ou alors X ! Comme ça y aura plus de doutes sur la nature de ce qu'il garde là-dedans, a tenté Adrien.
Son intuition fut la bonne. Le dossier X laissa la place à un autre nommé « BIENVENUE ».
— Eeeeet voilà ! s'est exclamé Alexis. Bienvenue dans l'antre d'Hugo le pervers.
— C'est pas très cool, ce qu'on fait, là, a fait remarquer Benoît.
— Ca vaaaa ! On fait que jeter un œil. On a tous ce genre de dossiers sur nos pc de toute façon, a tempéré Gwenaël.
— C'est pas très cool, ce qu'on fait, là, a fait remarquer Benoît.
— Ca vaaaa ! On fait que jeter un œil. On a tous ce genre de dossiers sur nos pc de toute façon, a tempéré Gwenaël.
Le « trésor d'Hugo le pervers » se résumait en deux ultimes dossiers, baptisés « ! » et « !! »
— Qui parie sur des films de boules ?
Sans attendre de réponse, Alexis a ouvert le premier dossier. J'ai manqué m'étouffer.
Sur la télévision, une quinzaine de photos de bite. Celle d'Hugo, sans aucun doute.
Adrien et Gwenaël ont explosé de rire. Arnaud a lâché un « ooooh » de dégoût en détournant le regard. J'ai fait mine de rire à mon tour.
Alexis s'est empressé d'appuyer sur le bouton « retour » de la télécommande, mais mon regard n'a pas quitté l'écran durant les quelques fractions de seconde qui ont précédé. Les icônes étaient trop petites pour vraiment voir les photos en détail de là où j'étais, mais l'idée même de découvrir des photos intimes m'excitait bien assez.
— Hé Arnaud, a lancé Gwen, tu diras à ton pote que les meufs préfèrent les bites sans poils...
Nouveaux rires. Alexis a ouvert le second dossier.
— Ah bah voilà !
Un seul fichier présent. Une vidéo intitulée « La Ruée vers Laure ».
— Voyons voir sur quoi se tripote le bon Hugo...
À côté de moi, Benoît a eu un mouvement brusque, comme s'il voulait bondir de son fauteuil.
— Attends, tu vas quand même pas le lancer ?
— Bah pourquoi ?
— T'es malade ou quoi ? Ça se fait pas de fouiller dans les affaires des autres, comme ça ! Et puis on est à l'internat et tout... Franchement...
— Franchement t'es mon pote, mais y a des fois où t'es vraiment trop coincé, a rétorqué Alexis dans un rire amusé.
— Bah pourquoi ?
— T'es malade ou quoi ? Ça se fait pas de fouiller dans les affaires des autres, comme ça ! Et puis on est à l'internat et tout... Franchement...
— Franchement t'es mon pote, mais y a des fois où t'es vraiment trop coincé, a rétorqué Alexis dans un rire amusé.
Benoît a marmonné quelque chose d'incompréhensible et s'est tassé sur son fauteuil, visiblement un peu vexé.
— Qui est pour mettre un film de cul ? a lancé Alexis à l'assistance.
Arnaud a haussé les épaules, comme s'il n'était pas concerné. Gwenaël et Adrien ont levé haut la main en souriant. Je les ai imités timidement pour donner le change. Sans en attendre plus, Alexis a appuyé sur le bouton PLAY.
Presque instantanément, une atmosphère particulière est tombée dans la pièce. Une sorte d'ambiance hybride, mix d'hilarité due à la situation cocasse de regarder un porno entre mecs dans la salle télé de l'internat et d'excitation primale, presque animale, ressentie par de jeunes hommes aux hormones bouillonnantes à l'idée de voir du sexe. De mon côté, je me sentais de plus en plus mal à l'aise. Les deux parties de moi étaient en train de violemment s'entrechoquer sans que je ne l'aie planifié, et cela me faisait perdre mes moyens. Comme si tout à coup, un énorme néon allait s'illuminer au-dessus de ma tête pour indiquer aux autres que j'étais autant excité par un film porno que par la perspective de les voir eux en train de le regarder.
La courte introduction laissa très vite place à l'image d'une femme qui se réveillait péniblement dans un lit au style baroque. Sur fond de musique presque inquiétante et avec un jeu d'acteur en carton-pâte, cette dernière se demandait ce qui avait bien pu lui arriver pour se retrouver là. Quelques flashs faits d'images floues montrèrent des bribes fugaces de ce qui ressemblait à une partouze d'hommes et de femmes dans la quarantaine, tous masqués.
J'ai jeté un coup d'œil discret aux autres. Benoît était faussement concentré sur son téléphone, comme en signe de contestation. Les quatre autres ne disaient rien, un sourire amusé aux lèvres, mais les yeux rivés sur l'écran.
Avec une logique qui n'appartient qu'à ce genre de film, la scène suivante s'ouvrit sur une blonde pulpeuse en tenue légère qui discutait avec le stéréotype de l'homme d'affaires, viril et friqué, costard-cravate et tempes grisonnantes. Quelques regards pleins de tension sexuelle, une ou deux pauses lascives pour permettre à la femme de dévoiler son entrejambe, et les voilà tous les deux lancés dans une partie de sexe endiablé.
Il ne s'était pas encore écoulé cinq minutes depuis le début du film que déjà un gros plan nous offrait une vue imprenable sur la blonde aux gros seins, la bouche occupée par un chibre à peine raide, laissant s'échapper des gémissements feints qu'Alexis étouffa en baissant le volume du téléviseur. Moins d'une minute plus tard, la même actrice prenait appui à l'aide de ses mains sur la table basse, offrant son intimité à l'homme d'affaires qui s'y engouffra sans autre forme de préambule.
— Beurk. Chatte poilue, quelle horreur.
C'était Gwenaël qui venait de parler. Tout le monde cligna des yeux, comme s'ils venaient d'être tirés du sommeil et qu'il leur fallait quelques secondes pour se rappeler où ils étaient.
— J'imagine qu'à l'époque, c'était la norme, nota finalement Adrien. Il a déjà l'air d'avoir quelques années, ce film...
— Ouais, ça ressemble à un truc de la fin des années 90, ça, dit Arnaud.
— Ecoutez-le, l'expert en porno, là ! le titilla son ami, qui se vit récompensé par un doigt d'honneur.
— Ouais, ça ressemble à un truc de la fin des années 90, ça, dit Arnaud.
— Ecoutez-le, l'expert en porno, là ! le titilla son ami, qui se vit récompensé par un doigt d'honneur.
Le silence retomba aussitôt pour se recentrer sur le film. Je sentais l'ambiance glisser de plus en plus, et je ne pouvais m'empêcher de jeter des coups d'œil aux autres, sur ma gauche. Au moment où j'ai aperçu Alexis passer discrètement une main sur son short – probablement pour cacher son érection naissante – je me suis surpris à me demander jusqu'où les choses allaient se poursuivre.
Le film en lui-même n'avait pas grand-chose d'excitant à mes yeux. Le physique des acteurs et actrices ne m'attirait pas particulièrement, le rythme était plutôt lent et ennuyeux. A peine quelques va-et-vient et des gémissements à la limite de l'agaçant suffirent à l'homme d'affaires pour jouir, avant de disparaître de l'écran sans aucune explication. Histoire de très vite relancer la machine, un autre fit son apparition, plus jeune et cigarette au bec. Il s'est approché de la blonde aux seins à l'air encore couverts du sperme de l'autre et l'a attirée dans une autre pièce de la maison pour avoir lui aussi sa part du gâteau.
C'est à ce moment que Benoît s'est levé du fauteuil à côté du mien.
— Tu fais quoi ? a demandé Alexis.
— Je vais me coucher, a répondu l'autre, les yeux toujours rivés sur son téléphone. Je suis crevé et je n'en ai vraiment rien à foutre d'un film porno has been.
— Je vais me coucher, a répondu l'autre, les yeux toujours rivés sur son téléphone. Je suis crevé et je n'en ai vraiment rien à foutre d'un film porno has been.
Il a quitté la pièce sans se donner la peine de dire au revoir. J'ai profité de ce nouveau « retour à la réalité » pour regarder les entrejambes des autres et tenter d'y déceler des signes d'érection. Vérité ou illusion créée par mes fantasmes, j'ai trouvé les shorts et pantalons plus serrés que quelques minutes plus tôt. Je ne savais pas encore que ma curiosité allait trouver des réponses sans que j'aie à faire le moindre effort.
— J'ai une question, les gars, a lancé Adrien. Qui a la gaule ?
Au début, personne n'a réagi sauf l'intéressé qui a levé la main. Puis Gwen et Alexis l'ont imité. Je les ai rejoints, mon boxer comprimant tellement mon érection que ça en devenait presque douloureux.
— C'est un film de cul, forcément que ça fait bander ! s'est exclamé Arnaud en guise de réponse.
Nouveau silence. Dans ma tête se mêlaient une excitation sans borne et une peur indicible qui prenait de plus en plus de place. Peur de quoi ? Aucune idée. C'était ce genre de peur qui n'avait pas besoin de raison d'être pour exister. Qui ne prenait racine nulle part, mais qui pourtant s'imposait.
— Moi aussi, j'ai une question, a continué Gwenaël tandis qu'à l'écran, l'homme à la cigarette éjaculait déjà sur la chatte de la blonde dans un râle poussif. Qui s'est déjà branlé à l'internat ?
Tout le monde a levé la main en riant, sauf Arnaud et moi. S'agissant de l'autre, je ne sais pas si c'était par pudeur ou par vérité, mais en ce qui me concerne, j'ai volontairement joué la carte du mensonge. Il était hors de question que je l'avoue, surtout devant deux de mes camarades de chambre.
Quelques commentaires fusèrent sans que je ne les écoute vraiment. Puis Gwenaël continua sur sa lancée.
Quelques commentaires fusèrent sans que je ne les écoute vraiment. Puis Gwenaël continua sur sa lancée.
— Et des branles à plusieurs, vous avez déjà fait ?
Cette fois les réponses se firent moins franches, comme si la crainte d'être jugé empêchait d'être totalement honnête.
— Moi, y a longtemps je l'ai fait avec mon cousin, a finalement avoué Adrien. A un repas de famille, on était monté dans sa chambre et il avait piqué une cassette porno à son grand frère.
— Perso jamais, ai-je enchaîné, sincère.
— Moi ça m'est arrivé deux ou trois fois, a complété Gwen, j'ai pas honte de le dire.
— Perso jamais, ai-je enchaîné, sincère.
— Moi ça m'est arrivé deux ou trois fois, a complété Gwen, j'ai pas honte de le dire.
Puis, après une fraction de seconde, comme s'il avait senti le besoin de se justifier :
— Je suis pas pd, hein ! On a juste maté du porno et on s'est branlé chacun de son côté, c'est tout.
Tout le monde y alla de son petit mot pour signifier qu'il comprenait bien la différence, mais l'atmosphère vira cette fois complètement, et mon état ne fit qu'empirer. Je voyais bien comment les choses étaient en train de tourner, et la perspective de ce qui allait potentiellement suivre me rendait fou. J'étais comme un spectateur qui n'en croyait pas ses yeux de la scène qui avait lieu. L'ambivalence de mes émotions s'accentua encore. Excité au plus haut point de me retrouver au milieu d'une branlette collective, mais tétanisé à l'idée de devoir y participer, timide et pudique que j'étais. Pendant une fraction de seconde, j'ai songé à bondir de mon siège et à partir comme Benoît.
Ce qui devait fatalement avoir lieu se produisit. Et c'est encore une fois Gwenaël qui a amorcé les choses.
Ce qui devait fatalement avoir lieu se produisit. Et c'est encore une fois Gwenaël qui a amorcé les choses.
— Ça vous dit qu'on le fasse, là ?
Le silence qui s'en est suivi fut presque palpable tant il était lourd. Même le film a semblé se mettre en suspens, n'offrant que des plans de coupe de paysages et de chevaux.
— Perso ça me pose pas de problèmes, a répondu Adrien en haussant les épaules.
— J'ai jamais fait, mais je crois que moi non plus, a poursuivi Alexis. Pas de galère.
— J'sais pas, c'est chaud... a lâché Arnaud, visiblement bien moins à l'aise. On peut pas éteindre la lumière, au moins ?
— Non, tu sais bien qu'il y a pas d'interrupteur. Mais vas-y, tranquille, c'est pas un plan chelou, a tenté de le rassurer Gwen. On mate le porno et on se touche, comme on le fait tous quand on est solo.
— J'ai jamais fait, mais je crois que moi non plus, a poursuivi Alexis. Pas de galère.
— J'sais pas, c'est chaud... a lâché Arnaud, visiblement bien moins à l'aise. On peut pas éteindre la lumière, au moins ?
— Non, tu sais bien qu'il y a pas d'interrupteur. Mais vas-y, tranquille, c'est pas un plan chelou, a tenté de le rassurer Gwen. On mate le porno et on se touche, comme on le fait tous quand on est solo.
Arnaud ne parut pas totalement convaincu, alors les regards se tournèrent vers moi, comme si j'allais pouvoir trancher.
— Franchement les gars, je sais pas...
Parce que c'était vrai. Je n'en savais foutrement rien. Je n'arrivais plus à réfléchir correctement.
— Vas-y, au pire tu sais quoi, a finalement repris Arnaud, on le fait et si quelqu'un est trop mal à l'aise, il le dit et il s'en va. Ou on arrête, j'en sais rien.
— Grave, on peut faire ça. On est tous majeurs, on est assez grands pour décider ce qu'on veut ou pas. C'est censé être un bon délire, personne n'est obligé de rien.
— Grave, on peut faire ça. On est tous majeurs, on est assez grands pour décider ce qu'on veut ou pas. C'est censé être un bon délire, personne n'est obligé de rien.
Nouveaux regards dans ma direction. J'ai hoché la tête.
Une sorte d'accord tacite s'est conclu à ce moment-là. La décision fut actée, et tout le monde sembla « se préparer ». Adrien s'est redressé sur son fauteuil. Alexis au contraire, s'est tassé un peu plus dans le sien. Arnaud a décalé son siège pour s'éloigner un peu de son voisin.
Puis, dans un premier temps, rien ne s'est passé. Décider de se branler à plusieurs était une chose, le faire en était une autre. Les uns et les autres jetaient discrètement de petits coups d'œil autour d'eux, comme s'ils attendaient un quelconque signal. Finalement, tous les yeux se sont rivés sur l'écran pour se mettre au maximum dans l'ambiance.
Tous les yeux, sauf les miens. Enfin si, si on me regardait à ce moment-là, on aurait juré que je fixais le téléviseur. Et c'était vrai, en quelque sorte. Mais la position où je me trouvais, contre le mur, tout à droite de l'arc de cercle que nous avions formé en nous asseyant, me permettait de voir tous les autres dans mon champ de vision périphérique. Champ d'autant plus dégagé que Benoît, en quittant son fauteuil à côté du mien, avait rendu les choses encore plus simples. Et même si je me laissais aller à quelques coups d'œil furtifs, la monture épaisse de mes lunettes empêchait un peu les autres de me prendre en flagrant délit.
Tandis qu'à l'écran débutait une scène qui représentait une sorte de partouze un peu glauque entre gens de bonne famille, Gwenaël a passé une main sur son entrejambe et un relief fugace s'est dessiné sur son pantalon de survêtement.
Signe que tous ne regardaient pas tout à fait uniquement le porno, cela eut l'effet d'un top départ. Adrien a posé une main sur son paquet à travers son jean. Arnaud, plus timoré, a simplement posé la sienne sur sa cuisse. Alexis lui, a directement enfoui la main sous son short.
C'est à ce moment précis que j'ai su que j'allais rester. Je m'en souviens encore parfaitement aujourd'hui, parce que c'est comme si mon cerveau était passé en mode automatique. C'était réel. C'était concret. Quatre gars que je connaissais, que je fréquentais depuis plusieurs mois, étaient dans la même pièce que moi et s'apprêtaient à jouer avec leur queue, là, tous ensemble. C'était quelque chose que je ne pouvais tout simplement pas rater. Alors au diable les doutes. Au diable la pudeur, les hésitations et les peurs. J'allais non seulement me branler avec eux, mais en plus tout faire pour graver ce moment dans ma mémoire.
La suite des évènements a eu quelque chose de la chorégraphie, avec à chaque fois un meneur et des suiveurs. Personne ne pipait mot et les choses gagnaient en intensité par paliers successifs, tous montant d'un cran à chaque fois que l'un d'entre nous osait aller plus loin.
Il y a d'abord eu Adrien, qui s'est débarrassé de ses pantoufles d'un mouvement de pied avant de déboutonner son jean pour être plus à l'aise. Puis Gwen a retiré son polo et l'a envoyé valser derrière lui. Sous les regards un peu surpris de certains, il a de nouveau senti le besoin de se justifier.
— J'aime bien être à poil quand je me touche, ça vous dérange pas ?
Les réponses ont été discrètes, mais Alexis a à son tour fait tomber le haut. Même Arnaud s'est un peu détendu et a laissé ses doigts glisser nonchalamment sur son entrejambe. De mon côté, j'ai passé ma main droite sous l'élastique de mon survêtement pour caresser mon manche déjà chargé à bloc.
Sur l'écran, trois brunes en lingerie sexy se donnaient du plaisir dans un trio lesbien qui, je dois bien l'avouer, m'émoustillait beaucoup plus que les quelques scènes précédentes.
Adrien s'est levé pour retirer son jean et s'est rassis pour se malaxer les boules à travers le tissu bariolé de son boxer. Avec la main ainsi placée, sa queue bandée déformait le tissu en dessinant un relief délicieux. J'avais beau avoir déjà vu sa bite en érection, les choses étaient différentes cette fois. Il n'était pas question de déconner pour amuser les copains. Pas de bite enragée à la mousse à raser sous un concert de rires. Non, cette fois, il ne s'agissait que de plaisir. Que de l'instinct masculin qui poussait à tirer un maximum de sensation de ce bâton de chair dont il avait été affublé.
Mû par cette excitation qui ne semblait jamais vouloir s'arrêter de croître, j'ai baissé à mon tour mon pantalon, le laissant tomber sur mes chevilles. Gwen, qui visiblement tirait beaucoup de satisfaction de ses mains qui se baladaient sur son ventre et sa poitrine a laissé échapper une sorte de respiration très bruyante, sans que personne ne relève. À côté de lui, Alexis, tellement affalé dans son fauteuil que ses jambes formaient un angle droit face à son visage, avait clairement empoigné son chibre à pleine main et imprimait des va-et-vient sous son short.
Je n'avais plus qu'une envie : qu'ils sortent leur queue. Je voulais les voir, raides et gonflées, dressées là, juste à côté de moi. Je savais que ce moment allait arriver. Il fallait simplement que l'un de nous ose franchir le cap. Ça ne serait certainement pas moi.
— Ça va, les gars ? demanda Gwenaël et l'ambiance se troubla, comme une vieille cassette dont l'image sautait.
Il n'eut pas vraiment de réponses claires. Adrien marmonna un « ouais ouais » et Alexis hocha simplement la tête sans quitter l'écran des yeux. Se tripoter à côté de ses potes restait encore dans le domaine de l'envisageable, mais leur parler en même temps dépassait un peu trop la limite du bizarre.
Les choses s'accélérèrent pour de bon quand les scènes du porno gagnèrent en intensité. Sur l'écran, un apollon défonçait consciencieusement la chatte de l'inconnue du début, les yeux bandés, à quatre pattes sur la moquette. Autour, deux autres couples profitaient du spectacle en se tripotant l'un l'autre.
Je ne sais pas si c'est parce que le potentiel d'excitation des images a fini de nous basculer dans le mode « sexe », l'envie de jouer avec nos bites prenant le dessus sur tout le reste à ce moment-là ; ou si la scène en question résonnait d'une certaine façon avec la situation de par ses notions d'exhibition et de voyeurisme ; toujours est-il que les dernières barrières sont tombées.
Une fois n'est pas coutume, c'est Adrien qui a ouvert la danse. Le chibre dans la main, il a imprimé un mouvement à son poignet pour le libérer du tissu. Sans pour autant ralentir la cadence de ses gestes sur son manche, il a baissé son boxer de son autre main jusqu'à ses genoux. Ses couilles remuaient au rythme de ses coups de poignets.
J'ai lâché ma bite pour ne pas éjaculer instantanément. On y était. C'était le moment. Et c'était incroyable.
Le suivant a été Gwenaël. Il s'est levé d'un bond et a tiré sur son jogging, retirant d'un seul geste son pantalon et son boxer. Il s'est retrouvé debout, complètement nu et en totale érection, semblant ne pas accorder la moindre importance aux autres autour de lui ni au risque mine de rien non négligeable qu'il était toujours possible que quelqu'un entre dans la pièce.
Le suivant a été Gwenaël. Il s'est levé d'un bond et a tiré sur son jogging, retirant d'un seul geste son pantalon et son boxer. Il s'est retrouvé debout, complètement nu et en totale érection, semblant ne pas accorder la moindre importance aux autres autour de lui ni au risque mine de rien non négligeable qu'il était toujours possible que quelqu'un entre dans la pièce.
Même tendue à son maximum, le prépuce de sa queue non circoncise recouvrait son gland. Il s'est rassis sur son fauteuil, les jambes écartées, et a tiré sur sa peau avec deux doigts pour libérer une tête gonflée et violacée.
Dans la foulée et toujours sans quitter l'écran des yeux, Alexis a retiré sa main de son boxer, l'a passée dans une des jambes de son short et l'a relevée jusqu'à pouvoir libérer son chibre. Mes yeux ont glissé sur lui à ce moment-là, et j'ai eu toutes les difficultés du monde à ne pas rester figé. Sa queue était monstrueuse.
Jusque-là, je n'accordais pas spécialement d'importance à la taille d'une bite. Bien sûr, je n'y étais pas insensible, mais je jugeais bien plus l'esthétique que la longueur et un manche de taille plus que modeste pouvait tout à fait me faire envie. Mais là...
Ça en était surréaliste. Elle devait dépasser les vingt centimètres, et elle était si épaisse que j'ai eu la pensée un peu étrange sur le moment qu'il pouvait y enfiler une montre. De grosses veines bleues serpentaient le long de ce monstre surmonté par un gros gland rond et large. L'effet était d'autant plus impressionnant qu'elle contrastait avec son corps frêle et fin, presque trop maigre. Impressionnant.
J'ai senti que c'était le moment de sortir la mienne, mais j'ai attendu un peu. Non seulement parce que je craignais de lâcher mon sperme, si excité que j'étais, mais aussi parce que ma pudeur m'a un peu rattrapé. Je n'avais jamais montré mon sexe à d'autres hommes, et la manœuvre se montrait plus délicate pour moi du fait que je ne considérais pas les autres comme de simples potes avec lesquels il n'y avait aucune ambiguïté. Pour ne rien arranger, je connaissais bien les réflexes masculins des hommes à cet âge-là, et je savais pertinemment que tout le monde regardait ne serait-ce que fugacement le manche des autres pour se comparer et se rassurer ou – dans le cas d'Alexis, clairement complexer.
Ceux qui avaient franchi le pas besognaient de plus en plus sérieusement. La frustration de ne pas les accompagner a fini de faire taire mes craintes et j'ai baissé mon boxer de la même manière que je l'avais fait pour mon pantalon. J'ai empoigné ma queue sans trop la secouer, et j'ai écarté les jambes suffisamment pour être à l'aise sans pour autant offrir une vue imprenable aux autres.
Le dernier à passer le cap fut Arnaud. Je le devinais plus que je ne le voyais jeter des coups d'œil furtifs aux autres et peser intérieurement le pour et le contre de nous imiter. Dans des gestes mal assurés et presque tremblants, il a finalement ouvert sa braguette et s'est un peu contorsionné pour sortir son chibre par l'orifice, comme si cela lui donnait l'impression de ne pas totalement s'exhiber.
Je crois qu'à partir de ce moment, tout le monde (sauf moi, évidemment) a plus ou moins oublié qu'il n'était pas seul. A mesure que leur excitation finissait de les embarquer, plus rien n'avait d'importance que le film devant eux et le plaisir qu'ils étaient en train de se procurer.
Je ne sais pas combien de temps a duré cet instant complètement délirant, j'ai perdu la notion du temps. Je n'accordais plus le moindre intérêt au porno et je suis bien incapable de vous raconter ce qu'il s'y passait. Constat valable aussi pour ma propre branlette, d'ailleurs. Mes gestes étaient automatiques, quasi inconscients. Je sais que je me tripotais copieusement, mais mon esprit était complètement accaparé par les moindres détails des gestes des autres. Et certains m'ont rendu complètement fou.
Il y a eu Gwenaël qui, à trois reprises, s'est redressé pour laisser couler un filet de salive sur son gland avant de reprendre sa position initiale et d'étaler ce lubrifiant naturel, sans jamais cesser de caresser de son autre main tout le reste de son corps, des tétons à l'intérieur de ses cuisses.
Adrien a plusieurs fois fait claquer sa queue sur son ventre ou sur la paume de sa main. A chaque fois de petits bruits secs se faisaient entendre et cela donnait un tout autre sens à l'épisode de la mousse à raser.
Le corps d'Alexis se contractait sous les vagues de plaisir. Ses jambes se tendaient comme des arbalètes, envoyant son énorme queue encore plus haut devant lui.
Fidèle à lui-même, Arnaud était le plus discret. Ça ne l'empêchait cependant pas de varier les plaisirs de sa branle, tantôt en jouant avec ses doigts sur son gland tantôt en imprimant de longs va-et-vient plus ou moins rapides sur tout son manche.
Fidèle à lui-même, Arnaud était le plus discret. Ça ne l'empêchait cependant pas de varier les plaisirs de sa branle, tantôt en jouant avec ses doigts sur son gland tantôt en imprimant de longs va-et-vient plus ou moins rapides sur tout son manche.
Être témoin de tout cela me faisait un effet bœuf. J'avais l'impression de rentrer dans leur intimité, d'avoir accès à ce qu'il y avait de plus naturel, de plus animal chez eux. Un effet encore renforcé par les expressions de leur visage qui exprimaient toute leur satisfaction.
Celui d'Alexis se tendait à l'instar de son corps. Sa mâchoire se serrait comme un étau, ses yeux se plissaient comme s'il était en train de souffrir d'une délicieuse torture. Adrien avait la tête en arrière, les yeux fermés et la bouche grande ouverte. Dans son esprit devaient défiler des images encore bien plus excitantes pour lui que celles qui passaient sur le téléviseur. Gwen lui, gigotait dans tous les sens en faisant tout un tas de mimiques avec sa bouche. Il se pinçait les lèvres, passait sa langue dessus ou mordait sa lèvre inférieure.
L'épisode peut vous sembler interminable en le lisant, mais vous vous doutez bien qu'il n'en était rien. Nous n'étions pas dans un porno. C'était la vraie vie. Et nous étions cinq jeunes mâles en rut regardant des scènes de sexe et vivant une expérience certes étrange, mais tout de même excitante. Il n'a donc pas fallu de longues minutes avant que les éjaculations n'arrivent. Mais avant ça, il y a autre chose dont je veux vous parler. Parce que ce jour-là, j'ai découvert ce qui m'excitait probablement le plus dans la masturbation entre hommes, et qui m'excite toujours autant.
Le bruit.
Enfin LES bruits.
Il y avait les bruits de queues. Les claquements secs de celle d'Adrien, ceux des couilles bien pleines qui ne cessaient de balloter au rythme des coups de poignet. Et ceux – délicieux – qui ressemblaient presque à des bruits de succion quand les bites étaient suffisamment bien lubrifiées par la salive ou le liquide pré-éjaculatoire.
Et puis il y avait les autres bruits. Les respirations qui se faisaient de plus en plus haletantes, les souffles courts, les soupirs qui s'échappaient d'eux-mêmes. Plus le moment de la jouissance approchait, plus tout le monde se montra expressif. Soit parce que l'excitation était trop forte pour rester complètement silencieux, soit parce qu'au point ils en étaient, ils s'en fichaient de se faire entendre des autres.
Il y a eu quelques gémissements. Brefs et murmurés au départ, puis de plus en plus longs et assumés. Des Oh ! Des Aaaah ! Des humm ! Un ou deux « putain... »
Je les entends encore parfaitement, même plus de dix ans après.
Je les entends encore parfaitement, même plus de dix ans après.
Mais bref. Finissons-en. J'ai déjà bien assez déblatéré comme ça. Les éjaculations, donc.
Le premier à décharger fut étonnamment Arnaud. Peut-être parce qu'il voulait en finir au plus vite. Sans la moindre expression ni le moindre bruit, il s'est redressé et a pointé sa bite vers l'avant juste au moment où un filet de sperme s'en échappait pour s'écraser sur le sol, à ses pieds.
Quelques secondes plus tard, Alexis parut pris de convulsions. Les traits de son visage se sont tordus et il a laissé échapper plusieurs « Ah ! ». Ses jambes toujours aussi tendues se sont mises à trembler et une bonne quantité de jus a jailli mollement de son gland pour couler le long de son manche, finissant sa course sur son short et sa main.
Gwenaël lui a emboîté le pas quasi simultanément, prévenant l'assemblée avec un « La vache, je vais gicler ! » lâché dans un souffle. Je n'ai pas vraiment pu voir son éjaculation à proprement parler. Au moment de lancer son avertissement, il s'est recalotté et a pincé son prépuce de sorte que celui-ci s'est rempli de sperme sans que rien ne s'en échappe.
Je ne savais pas si le dernier en course, Adrien, était ou non sur le point de se finir, mais de mon côté, je ne tenais plus. Cela faisait déjà bien trop longtemps que je me retenais, et je savais que j'avais profité de tous les bénéfices de ce moment. J'ai relevé mon tee-shirt et dirigé ma queue vers mon ventre. J'ai bien pris soin de coller mon gland contre ma peau pour être certain que les grosses éjaculations que j'avais l'habitude de produire ne viennent cette fois pas s'écraser sur mon visage et mes cheveux. Au moment où j'ai senti ma semence sortir à l'air libre, Adrien a poussé de longs gémissements.
— Ooooh. Oh ouais ! Aaaaaaaah !
Son chibre a envoyé de longues traînées de sperme blanc et épais voler dans les airs et finir leur course sur le sol loin devant lui, presque au centre de l'arc de cercle que nous formions. Lorsqu'il a soupiré de soulagement, mon ventre était inondé de jus.
Il y a eu à cet instant un grand silence et l'atmosphère a radicalement changé en un claquement de doigts. Tout le monde, moi y compris, a paru se sentir très bête. Comme si nous avions été victimes de je ne sais quel enchantement et que nous venions tout à coup de nous réveiller, hébétés face à ce qu'il venait de se produire.
Sans que personne ne lâche le moindre mot, Adrien et Alexis ont sorti des paquets de mouchoirs de leur poche et les ont lancés aux autres après en avoir pris un. Chacun s'est attelé à nettoyer ses traces, cherchant à faire disparaître les preuves le plus rapidement possible. Alexis a remis son tee-shirt, Adrien a débranché la clé USB d'Hugo, et nous sommes sortis un à un de la salle en nous souhaitant tout juste bonne nuit.
Durant les longs mois qu'a encore duré ma scolarité après cet épisode, il n'a plus jamais été fait allusion à cette soirée à la limite du réel. C'était à se demander si elle avait vraiment eu lieu. Mais moi, je ne pouvais pas croiser l'un des gars présents ce soir-là sans le revoir la queue à la main ni remettre un pied dans la salle télé sans me rappeler les sensations, les images et les bruits.
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