Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Une nuit... juste une nuit ! — Chapitre 2 · Trois verres, attention les dégats !
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Une nuit... juste une nuit !
Chapitre 2 · Trois verres, attention les dégats !
À quarante-huit piges, Alain n'est pas ce qu'on peut appeler un homme heureux. Loin de là ! Marié à Adeline depuis vingt-cinq ou vingt-six ans, pour la énième fois de la semaine il vient de se prendre le bec avec sa dulcinée. Les reproches sont toujours les mêmes. Oh ! Elle n'a pas toujours été cette femme amère et désabusée, sa belle épouse. C'est vrai qu'elle a de beaux restes malgré ses quatre petits mois de plus que son mari. Ce qui revient sur le tapis, ce soir encore ? Un relent de misère humaine et morale, une mésentente latente due en grande partie à la non-venue d'un gamin.
Oui… le rêve de toute une vie, impossible à réaliser est là qui se décline de plus en plus souvent en scènes de ménage quotidiennes. Ce soir encore, la seule faute de son mari, c'est bien d'avoir osé dire qu'il avait envie d'elle. Et la rancune est remontée à la surface, telle une marée écœurante de petits mots aigres-doux, de noms d'oiseaux qui fusillent l'ambiance. Mon Dieu, comme c'est pénible de ne plus pouvoir se parler sans cris, sans reproches. Et merde ! Alain repousse son assiette vide. Trop brutalement au gré de sa femme qui se tient face à lui.
— C'est ça ! Casse aussi la vaisselle pour faire bonne mesure.
— Arrête Adeline ! On ne va pas encore se prendre la tête ce soir ! Pour un soir, une trêve, non ? Tu ne penses pas que nous avons mieux à faire qu'à nous engueuler à tout bout de champ ?
— Quoi par exemple ? Passer une heure ou deux à baiser sur le canapé ou dans notre lit ? Mais mon pauvre vieux… tu n'as jamais su me rendre heureuse avec ton… comment j'ai pu vivre aussi longtemps avec toi dans mes pattes ?
— S'il te plait, ma chérie… tu ne peux pas me rendre seul responsable de ça…
— A bientôt cinquante ans, c'est trop tard. Je n'aurai jamais la joie d'être maman…
— Il faut être deux pour faire un petit. Et ce n'est pas avec les nombreux refus que tu m'as opposés durant toutes ces années que nous aurions pu… concevoir ce gosse qui ne viendra plus désormais.
— C'est trop facile de me mettre tout sur le dos. Je n'ai jamais pris de plaisir avec toi. Tu ne m'as jamais fait jouir Alain. Tu as une grande gueule, une grosse bite, mais pas le mode d'emploi.
— Ça suffit, arrête Adeline… je t'en prie.
— Tu vas me faire quoi ? Hein ? Dis-moi ? Tu vas me faire quoi ?
— Rien ! J'en ai seulement ras le bol. C'est toujours pareil avec toi. Plus moyen de discuter sans que tu t'énerves.
— Tu peux te tirer si ça ne te plait pas… la porte est grande ouverte…
— Pff !
— Arrête Adeline ! On ne va pas encore se prendre la tête ce soir ! Pour un soir, une trêve, non ? Tu ne penses pas que nous avons mieux à faire qu'à nous engueuler à tout bout de champ ?
— Quoi par exemple ? Passer une heure ou deux à baiser sur le canapé ou dans notre lit ? Mais mon pauvre vieux… tu n'as jamais su me rendre heureuse avec ton… comment j'ai pu vivre aussi longtemps avec toi dans mes pattes ?
— S'il te plait, ma chérie… tu ne peux pas me rendre seul responsable de ça…
— A bientôt cinquante ans, c'est trop tard. Je n'aurai jamais la joie d'être maman…
— Il faut être deux pour faire un petit. Et ce n'est pas avec les nombreux refus que tu m'as opposés durant toutes ces années que nous aurions pu… concevoir ce gosse qui ne viendra plus désormais.
— C'est trop facile de me mettre tout sur le dos. Je n'ai jamais pris de plaisir avec toi. Tu ne m'as jamais fait jouir Alain. Tu as une grande gueule, une grosse bite, mais pas le mode d'emploi.
— Ça suffit, arrête Adeline… je t'en prie.
— Tu vas me faire quoi ? Hein ? Dis-moi ? Tu vas me faire quoi ?
— Rien ! J'en ai seulement ras le bol. C'est toujours pareil avec toi. Plus moyen de discuter sans que tu t'énerves.
— Tu peux te tirer si ça ne te plait pas… la porte est grande ouverte…
— Pff !
D'un geste rempli d'amertume, le type jette sa serviette sur la toile cirée. Elle n'a pas tous les torts bien sûr sa petite femme. Mais pourquoi se bouffer le nez de cette façon ? Qui est responsable de cette infertilité qui la ronge ? Lui ? Mais bon sang, c'est trop dur. Il en est malheureux de la voir dans cet état. La prendre dans ses bras ? Bien évidemment qu'il ne demande que cela. Seulement c'est elle qui refuse ses gestes d'affection, ses retours de tendresse pour elle. Alors ? Cette fois la coupe est pleine. Il choppe sa veste sur la patère dans l'entrée et claque la porte. Pour un peu, il aurait les yeux qui piquent. Chienne de vie !
La bagnole roule toute seule, au gré du hasard. Et fatalement, c'est vers les lumières de la ville que se dirige Alain. Les néons, c'est la vie, c'est respirer un peu moins fébrilement. C'est tenter d'échapper à son quotidien qui l'étouffe. Il l'a aimée, il l'aime sans doute toujours son Adeline. L'usure du temps, les soucis, tout concourt à les éloigner cependant de plus en plus. Et plus question de revenir en arrière. Comment faire le trajet en sens inverse ? Tous les médecins qu'ils ont vus n'ont rien fait, rien pu faire, alors lui pauvre bougre comment l'aurait-il pu ? Les premiers trottoirs défilent devant le capot.
Une place de parking lui tend les bras. À cette heure avancée, plus de disque bleu à coller sous le parebrise et puis du reste, il s'en tape, il est bien trop dépité moralement. Un bar… avec une femme à qui il commande une bibine. Un être humain qui lui tend une mousse sans crier. Voilà qui lui parait bien, une pause calme dans son océan de misère. La bière descend en glissant dans un estomac noué, desserrant un peu le nœud qui bloque sa respiration. Sa sœur jumelle a plus de facilité pour couler. La tenancière du bar ne pose aucune question, se contente de servir avec une sorte de risette. Un peu de chaleur dans sa noyade nocturne. Merde ! Après un quatrième demi, il est moins triste et la dame derrière son comptoir a des allures de belle-de-nuit.
Il ne cherche pourtant pas à la draguer ! Juste à oublier les heures merdiques qui s'accumulent dès qu'il est dans la même pièce qu'Adeline. Mentalement il fait le compte. Sur les deux années qui viennent de s'écouler, ils n'ont pas eu deux jours sans embrouilles et sans doute guère plus de moments tendres. La vie ne s'annonce pas spécialement rose pour eux deux si… rien ne s'arrange. Un froncement de sourcils… si rien ne s'arrange ? Et comment ça se pourrait, puisque le dialogue est inexistant ? Il finit le liquide couleur or et d'un signe du menton hèle la barmaid.
Pas besoin de dire un mot. La tireuse remplit son office. Une belle blonde sans faux col, un centimètre maximum d'une mousse blanche attirante. Dans chacune des bulles de celle-ci, il y a une image de celle qui ce soir a encore franchi un cap. Bon ! Demain, elle sera calmée, tout devrait aller mieux. L'espoir fait vivre ? À moins que ce ne soit les effets de ce qu'il ingurgite ? Tiens ! La serveuse lui parle ? C'est bien à lui qu'elle s'adresse. Un gros effort pour sortir de sa mélancolie alcoolisée.
— Vous… vous en voulez une autre ? Je vais fermer dans quelques minutes !
— Hein… une autre ? Ah… pardon, je suis perdu dans mon monde.
— Ouais… ça n'a pas l'air d'aller fort, vous !
— Je fais avec…
— Vous avez raison ! Vous devriez peut-être rentrer chez vous. Il n'y a pas une femme qui vous y attend ?
—… !
— Hein… une autre ? Ah… pardon, je suis perdu dans mon monde.
— Ouais… ça n'a pas l'air d'aller fort, vous !
— Je fais avec…
— Vous avez raison ! Vous devriez peut-être rentrer chez vous. Il n'y a pas une femme qui vous y attend ?
—… !
Pas envie de répondre que c'est justement pour cela qu'il est là. Mais bon, le message est bien capté. Elle veut finir son boulot et il n'y a aucun mal à cela. Alors il lève le coude une fois de plus, sirotant presque cul sec le verre. Puis il redresse son menton.
— Je vous dois combien… ?
— Cinq verres… ça fait…
— Cinq verres… ça fait…
Un billet de vingt euros apparait sur le comptoir. La serveuse le ramasse et file vers sa caisse. Mais Alain n'attend plus rien d'elle non plus. Elle le récrie alors qu'il est déjà sur le pas de la porte. Pas de quoi fouetter un chat.
— Monsieur, Monsieur, votre monnaie…
— C'est bien… cadeau… bonne soirée à vous !
— Oh merci mon bon prince !
— C'est bien… cadeau… bonne soirée à vous !
— Oh merci mon bon prince !
La rue ! Finalement plus crasseuse encore qu'à son arrivée. La bagnole ? Ouais, normalement, et il le sait, il ne devrait pas conduire. Mais il s'en tape. Ce soir, c'est… la misère profonde et le désarroi qui vont gagner. La voiture reprend son pèlerinage vers où ? Vers quoi ? Au hasard, vers une autre enseigne qui brille, aimantant les quinquets fatigués du bonhomme. Un autre parking, de la musique qui lui entre dans les oreilles, qui le pousse tel un papillon vers un zinc moins éclairé. Là, combien sont-ils à être heureux ? Des tas et des tas, alors que lui… il est au bord des larmes. Quarante-huit balais et les mains vides, les couilles trop pleines. Même pas risible comme situation !
La musique, elle lui rentre dans la peau, par le haut, par le bas et il se cogne encore un verre. Pas de bibine ici, juste du nanan trop sucré. Mais il se fiche du contenu pourvu qu'il ait la paix. Le godet sifflé, pourquoi ne pas esquisser quelques pas de danse, un défouloir comme un autre ? Le voilà qui se coule entre les gens qui se trémoussent avec bien plus de grâce qu'il n'en aura jamais. Mais il s'en fout. La tête se vide sur des accords qui résonnent au fond de son âme. Bien sûr, il n'a guère l'habitude de guincher et s'en trouve plutôt maladroit. Bonne excuse pour ne pas tenir compte de ce qu'il a sifflé.
Devant lui, dans cette forêt de quilles qui appartiennent à d'autres, il rêve ou bien… Non ! Une petite brunette qui ressemble bougrement à celle qui lui bouffe toute son énergie. Oui… avec vingt piges de moins, un sosie ou presque de son Adeline. Il persiste et s'essouffle dans son déhanchement franchement pas génial. Mais ça fait du bien de ne penser à rien. La musique change de rythme, pas lui. Et la nana qui se trémousse devant deux autres dans les rayons des sunlights qui surchauffent la salle lui sourit ? Il ne tente pas de se rapprocher, bon sang, elle a tout de celle qui le houspille tout le temps. Drôle de réaction de son corps qui monte dans les tours.
Chauffe Marcel, chauffe ! Ouais ? Ben, il n'y a pas que Marcel qui chauffe, Popaul aussi sans blague. Merde. Celui d'Alain qui a l'air bougrement con de se tortiller sur le plancher en bandant pour cette femme qui n'est pas la sienne. La ressemblance ? Une vue de son cerveau embrumé par les bières et ce truc dont le nom lui échappe, qu'il vient d'enquiller ! Combien de temps qu'il n'a pas reçu un sourire aussi… tendrement chaud ! Déformation suite à la picole ou vraie risette aguicheuse ? Délicat d'aller poser la question à la nana qui le jauge, le soupèse ? Oui… parce qu'en cas d'erreur, c'est la honte assurée.
De plus elle n'est visiblement pas toute seule. Ses accompagnatrices ont l'air de n'avoir pas capté. La plus jeune, blondinette aux tifs courts a plutôt l'air d'une gouine aussi. La plus vieille n'est pas mal non plus. Mais celle qui le détaille, c'est du millet pour son serin ! À tel point que dans son calbute, son service trois-pièces est du coup à l'étroit. Pas de logique à ce qui lui arrive, mais une irrépressible envie de cette femme. Oh ! Il sait se tenir et ne va pas aller de but en blanc l'apostropher. Par contre si elle lui fait un geste, un signe, il est de suite partant. Cette fois une série de slows est distillée par le DJ.
Zut ! La gamine… surement plus de vingt piges tout de même, enlace la brune. La vioque fait tapisserie. Si seulement c'était l'inverse, lui sauterait bien le pas… et pourquoi pas autre chose ? Tant pis. Un repli stratégique s'impose et la seule escale possible c'est le zinc. Mais bon… la liqueur qui s'y vend n'est guère du gout de l'homme dépité. Une soirée qui ne va pas en s'arrangeant, pour ne pas dire qu'elle va de mal en pis. Et à propos de pis… là non plus pas d'amélioration tant c'est dur. Alain ferme son poing, rage muette contre le monde si imparfait. Il n'en veut à personne en particulier, à tous en général quoi !
Combien sont-ils accoudés au bar ? Tout ce que la boite compte de mâle sans cavalière ! Oui… et avec lui ça n'en fait qu'un supplémentaire. Alors, autant faire un effort et se laisser surprendre par un second cocktail, mais cette fois d'une couleur d'un bleu laiteux. Tout aussi suave au gout que le précédent. Mais dans la gorge, il se love avec un arrière-gout spécial. Il sourit aux anges en songeant qu'il va s'y faire, après tout, ce n'est pas si mauvais. Dans son champ de vision, alors qu'il fait monter son verre à ses lèvres, la grande bringue à la longue tignasse blonde est là, toute proche. Pas si âgée qu'il peut le penser. Une idée lui traverse le ciboulot.
Et si… oui s'il discutait avec elle pour espérer approcher la brune ? Un plan pourri, il s'en doute, mais c'est mieux que de se noyer dans les regrets. Donc il avance son visage et murmure à l'oreille de la dame, presque gentiment.
— Vous avez soif ? Je peux vous offrir un de ces trucs ?
—… je… on se connait ?
— Non ! Enfin pas vraiment. J'ai un peu dansé près de vous et de vos copines, tout à l'heure. Mais seul, c'est pas facile le slow.
— Vrai… pas de cavalières pour vous dans cette assemblée ?
— Ben… il y a bien vous, mais je suis surement trop moche et trop vieux pour une jolie blonde comme vous… et puis, sans mentir, je bande seulement pour les brunes.
— Un adepte de Lio… J'ai pas de chance donc ! Enfin… pour un verre je suis d'accord.
— Il me faut vous dire aussi que j'ai une femme et que je me suis un peu embrouillé avec elle, ce soir… ce qui explique que je suis un peu bourré.
—… je… on se connait ?
— Non ! Enfin pas vraiment. J'ai un peu dansé près de vous et de vos copines, tout à l'heure. Mais seul, c'est pas facile le slow.
— Vrai… pas de cavalières pour vous dans cette assemblée ?
— Ben… il y a bien vous, mais je suis surement trop moche et trop vieux pour une jolie blonde comme vous… et puis, sans mentir, je bande seulement pour les brunes.
— Un adepte de Lio… J'ai pas de chance donc ! Enfin… pour un verre je suis d'accord.
— Il me faut vous dire aussi que j'ai une femme et que je me suis un peu embrouillé avec elle, ce soir… ce qui explique que je suis un peu bourré.
— xxXxx —
À suivre…
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Commentaires ()
Et la façon dont les trames des deux chapitres se rejoignent est parfaitement amenée. Il ne me reste plus qu'à attendre impatiemment le suivant pour connaître enfin la direction commune qu'il vont suivre...
Que ce soit la scène de ménage ou l'errance du monsieur, c'est d'un réalisme subtil et saisissant.
Et voilà le terraindélicieusement préparé pour des moments que l'on devine divinement chauds.