Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Perdus sur une ile (suite) — Chapitre 2 · Les débuts de la survie
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Perdus sur une ile (suite)
Chapitre 2 · Les débuts de la survie
Je reprends connaissance étendu sur une plage, seul. L'air est lourd, salé, et le ressac régulier des vagues me martèle les tempes. Le sable colle à ma peau moite, et ma gorge est sèche comme du papier. J'essaie de bouger, mais chaque muscle proteste. Ma chemise en lambeaux colle à mon dos, et mes bras sont couverts d'éraflures.
Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là. L'océan, immense et indifférent, s'étend à perte de vue. Le bateau n'a pas explosé. Non. Il s'est simplement arrêté, silencieusement. Puis l'équipage a disparu. On ne sait pas pourquoi. On a été laissés seuls, livrés à nous-mêmes, abandonnés comme des marchandises sans valeur.
Mes premiers jours sont entièrement consacrés à la survie. Je dois trouver de l'eau douce. En suivant la pente douce de la forêt, j'entends enfin le murmure discret d'un ruisseau. Une mince ligne d'eau serpente entre les rochers. Je bois à grandes gorgées, m'asperge le visage, et je remplis une vieille bouteille trouvée échouée sur la plage.
Ensuite, il me faut un abri. Je repère un endroit entre deux rochers massifs, à l'orée de la forêt. Des bambous poussent un peu plus loin. Sans outil, impossible de les couper. Alors, je me fabrique un couteau rudimentaire : une pierre taillée à force de patience, fixée à une branche solide à l'aide de lanières déchirées de ma ceinture. C'est primitif, mais ça fait l'affaire. Je m'en sers pour ouvrir des noix de coco – les premières me ruinent les doigts, mais je m'améliore. Ce jus un peu laiteux devient ma ressource vitale.
Je dors mal, sur des feuilles, toujours sur mes gardes. Mes pensées tournent sans fin autour de ceux que j'ai perdus. Amine, mon ami. Maysoun, ma petite sœur. Est-elle encore en vie ? Était-elle sur une autre chaloupe ? A-t-elle atteint un autre rivage ?
Je la revois souvent, dans mes brefs demi-sommeils. Son rire trop fort, ses moqueries affectueuses. Cette image me hante. Et je me demande ce que je ferais si j'apprenais qu'elle est morte. Rien, probablement. Mais la pensée me vrille les entrailles.
C'est au cinquième jour que je la trouve. Pas Maysoun. Safa.
Je longe la côte, repérant les plages voisines. Mon objectif : cartographier les environs dans ma tête, comprendre la géographie de l'île. En débouchant sur une crique protégée par une falaise, je la vois. Étendue sur le sable, inconsciente, sa silhouette semble faire partie du paysage.
Je cours vers elle. Elle respire. Faiblement. Je l'arrose avec un peu d'eau de ma bouteille. Elle ouvre les yeux.
— Toi… murmure-t-elle.
Je la reconnais aussitôt : Safa, la fiancée d'Amine. Son voile est encore là, mais déchiré. Ses vêtements sont trempés, salés, collés à sa peau. Je détourne instinctivement les yeux. Elle tente de se couvrir avec une pudeur fébrile qui me touche.
Je l'aide à se lever, elle trébuche. Elle a à peine la force de marcher. Je la porte jusqu'à mon campement de fortune.
Les jours suivants, je m'occupe d'elle comme je peux. Je partage mes maigres réserves, lui montre le ruisseau. Je l'aide à se laver derrière un rideau de feuillage, lui tendant discrètement des feuilles et de l'eau. Elle parle peu au début. Ses gestes sont engourdis. Elle a perdu ses parents. Et Amine.
Peu à peu, elle reprend des forces. Elle mange, elle marche un peu. Elle m'aide à ramasser du bois, à ouvrir les noix de coco. Je lui montre comment utiliser mon couteau improvisé. Elle rit doucement quand elle se coupe légèrement le doigt. Son rire est fragile, mais sincère. Une forme d'amitié naît, dans cette routine partagée, dans les gestes, dans les regards.
Mais il y a un malaise. Sa tenue. Mouillée, salie, collée à son corps. Son voile tient à peine. Elle se couvre avec des feuilles, se cache dès que je m'approche. Et moi, je lutte. Non pas contre elle. Contre moi-même.
Je ne devrais pas la regarder. C'est la fiancée de mon ami. Et pourtant, certaines nuits, quand je la devine allongée à quelques mètres, respirant doucement, je sens une tension monter. Injuste. Coupable. Je me déteste pour ça. Alors je pense à Maysoun. À son rire. À ses moqueries.
Pour briser cette tension, j'apporte un peu de légèreté. Je fais mine de glisser sur une pierre humide, tombe de tout mon long et râle comme un enfant.
— Je pense que j'ai cassé ma dignité, pas mes os, dis-je en grimaçant.
Safa rit. Un vrai rire, cette fois. Ce son me réchauffe. Je continue : grimaces, danses idiotes autour du feu.
— T'es bizarre, toi.
— C'est mon meilleur atout.
— C'est mon meilleur atout.
On rit ensemble. Cela suffit, pour ce soir-là.
Quand le feu crépite bas et que la nuit enveloppe tout, elle s'approche. Plus proche que d'habitude. On est assis côte à côte, à fixer les flammes. Le silence est doux, pas pesant.
— Tu crois qu'on va s'en sortir ? demande-t-elle à voix basse.
Je prends le temps de répondre.
— Oui. Quelqu'un finira bien par venir. Peut-être pas demain, mais… un jour. Faut juste tenir.
Elle hoche la tête, mais je sens qu'elle n'y croit pas. Elle se tourne vers moi, ses yeux brillants dans l'ombre.
— Et si personne ne vient ?
Je baisse les yeux. Hésite. Puis je souris.
— Alors on fera en sorte de survivre. De vivre, même. Peut-être qu'on construira une cabane. Peut-être qu'on élèvera des chèvres imaginaires.
Elle sourit. Puis son épaule touche la mienne. C'est un frôlement d'abord. Puis un appui plus franc. Je sens sa chaleur. Son souffle. Trop près.
Je retiens ma respiration. Elle ne dit rien. Mais son corps cherche du réconfort. Un abri. Pas un homme.
Alors, doucement, je me lève.
— Je vais… jeter un œil à la mer. Juste au cas où.
Elle comprend. Elle hoche la tête, ne dit rien. Je marche vers la plage, le cœur serré. Pas à cause d'elle. À cause de moi.
Le feu crépite encore derrière moi. Et je sais que cette nuit a changé quelque chose.
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