Fiction
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'appel des Abysses — Chapitre 2
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
L'appel des Abysses
Chapitre 2
Chapitre 2
Les jours suivants se transforment en un supplice masqué par la routine quotidienne. Chaque matin, je me lève avant que le soleil ne perce l'horizon, enfile mes vêtements imprégnés de sel – le pantalon kaki usé jusqu'à la trame, la chemise à carreaux dont les manches sont retroussées jusqu'aux coudes, les bottes en caoutchouc craquelées par des années d'humidité – et je descends au port dans la brume froide qui monte de l'eau. Le chalutier est déjà là, moteur ronronnant, Marco en train d'ajuster les cordages avec ses gestes précis et brutaux, Luis sifflotant une mélodie discordante en déchargeant des caisses vides, Tom assis sur un tonneau, les yeux perdus dans le lointain comme toujours. Je monte à bord sans un mot, prends ma place habituelle à la proue, et le bateau s'éloigne lentement du quai, les amarres claquant contre le bois mouillé.
Dès que nous sommes au large, mon regard se perd sur l'horizon. Je scrute chaque vague, chaque reflet argenté que le soleil fait danser sur l'eau, chaque ombre fugitive qui pourrait être lui. Mon cœur bat plus fort à chaque fois qu'un éclat vert-bleu apparaît sous la surface, même si ce n'est qu'un banc de poissons ou un reflet trompeur. Je me penche par-dessus la rambarde rouillée, les mains crispées sur le métal froid, les yeux plissés contre la lumière. Marco me surprend souvent dans cette position et grogne, sa voix grave couvrant le bruit des vagues.
— Ayden, bordel, t'as pas fini de rêvasser ? On n'est pas là pour regarder le paysage. Descends aider avec les filets !
Je marmonne un « ouais, ouais », me redresse, mais mon esprit reste accroché à Mako. Luis, lui, continue ses blagues pour détendre l'atmosphère, lançant des vannes sur les sirènes qui draguent les marins solitaires, ignorant à quel point ses mots me touchent. Chaque fois qu'il rit, son éclat tonitruant résonne sur le pont, mais je ne ris pas. Je souris vaguement, les yeux déjà repartis vers l'eau.
Tom, lui, ne dit presque rien. Il est le plus jeune, toujours un peu en retrait, les cheveux en bataille sous sa casquette usée, les yeux clairs et attentifs. Ces derniers jours, je sens son regard sur moi plus souvent que d'habitude. Quand je suis à la proue, quand je fixe l'horizon trop longtemps, quand je sursaute au moindre remous, il m'observe en silence. Parfois, il s'approche, s'appuie à côté de moi contre la rambarde, les coudes posés sur le métal, et reste là sans parler. Puis, un jour, alors que le bateau tangue doucement sur une mer d'huile, il brise enfin le silence.
— Ayden… ça va ?
Sa voix est basse, presque hésitante, comme s'il craignait de me déranger.
Je tourne la tête, surpris.
Je tourne la tête, surpris.
— Ouais. Pourquoi ?
Il hausse les épaules, regarde l'eau un instant avant de revenir sur moi.
— Je ne sais pas. T'es souvent ailleurs. Tu regardes la mer comme si tu cherchais quelque chose. Ou quelqu'un. T'as l'air… rêveur. Plus que d'habitude.
Je déglutis, détourne les yeux vers l'horizon.
— Ce n'est rien. Juste fatigué.
Il hoche la tête, mais je sens qu'il n'est pas convaincu. Il reste là encore un moment, silencieux, puis repart aider Marco sans insister. Mais ses mots restent en moi, comme un écho. Il a raison. Je suis ailleurs. Tout le temps.
La journée se déroule dans cette tension sourde. On relève les filets, on trie les prises, on répare les cordages déchirés. Marco grogne quand je tarde à réagir, Luis plaisante pour compenser mon silence, Tom m'observe de loin. Chaque fois que je lève les yeux, je cherche Mako. Chaque vague qui passe me fait retenir mon souffle. Est-ce qu'il est là, en bas, à m'observer ? Est-ce qu'il pense à moi autant que je pense à lui ?
Le soir, quand on rentre au port, les cales à moitié vides, je ne vais pas directement chez moi. Je traîne sur le quai, les mains dans les poches, les yeux rivés sur l'eau noire qui clapote contre les piliers. Le soleil se couche derrière les falaises, peignant le ciel de rouge et d'orange, et je reste là jusqu'à ce que l'obscurité engloutisse tout. Mako hante chaque pensée, chaque silence. Je ne dors presque plus.
Quelques jours plus tard, le ciel se couvre d'un coup, comme si quelqu'un avait tiré un rideau noir sur le monde. Les nuages s'amoncellent, lourds et menaçants, le vent se lève en rafales sifflantes qui font claquer les drapeaux du port. Le patron hésite à sortir, mais la météo annonce une accalmie rapide, et on a besoin de la pêche. On part quand même. Le chalutier tangue déjà dans le chenal, les vagues grossissent à vue d'œil.
Au large, la tempête nous rattrape. Les vents hurlent, les vagues se dressent comme des murs liquides, frappant la coque avec une violence qui fait vibrer chaque boulon. Marco hurle des ordres pour sécuriser les filets, ses bras tendus comme des câbles d'acier. Luis s'accroche au bastingage, le visage blême, ses blagues mortes dans la gorge. Tom reste près de moi, les yeux écarquillés, les mains crispées sur une corde. Moi, je lutte pour rester debout, les bottes glissant sur le pont trempé, mais mon esprit est ailleurs – avec Mako. Est-ce qu'il sent la tempête en bas ? Est-ce qu'il est en sécurité ?
Une vague monstrueuse nous frappe de côté. Le bateau gîte dangereusement, un craquement sinistre retentit – un mât auxiliaire se brise net, emportant une partie du gréement dans un fracas de bois et de métal. Luis perd l'équilibre, glisse sur le pont mouillé, hurle en tombant par-dessus bord. Le chaos explose : cris, ordres paniqués, le vent qui siffle comme un démon. Je me jette à la rambarde, scrutant l'eau noire et déchaînée, mais Luis disparaît dans les flots. Marco lance une bouée, mais les vagues l'emportent. Tom hurle son nom, la voix brisée.
Mon cœur se serre – c'est la fin. Puis, quelque chose change. Un remous inhabituel sous la surface, une ombre rapide et fluide. Luis réapparaît soudain, poussé par une force invisible, sa tête hors de l'eau, assez près pour que Tom et moi le hissions à bord. Il tousse, crache de l'eau salée, les yeux exorbités.
— Y avait… quelque chose… qui m'a poussé ! J'ai senti des mains !
Marco grogne que c'était une vague chanceuse, mais je sais. Mako. Il était là, dans les profondeurs, risquant tout pour nous aider sans se montrer. Mon cœur bat à tout rompre, un mélange de gratitude infinie et de peur viscérale. La tempête s'apaise enfin, les vents faiblissent, et on rentre au port, trempés, épuisés, silencieux. Ce soir-là, je ne vais pas à la crique – trop risqué avec les vents résiduels et l'équipage encore sous le choc. Mais Mako hante mes pensées plus que jamais.
Le retour au port est un calvaire silencieux, le chalutier glissant péniblement sur une mer encore agitée par les remous résiduels de la tempête. Le vent siffle toujours, chargé d'humidité froide qui colle à la peau comme une seconde couche, et les vagues clapotent contre la coque avec un bruit sourd et irrégulier, comme si l'océan lui-même refusait de se calmer après avoir déchaîné sa fureur. Le ciel est un voile gris plombé, bas et oppressant, masquant les étoiles naissantes et laissant filtrer une pluie fine et insistante qui trempe tout – les filets emmêlés sur le pont, les caisses vides qui roulent légèrement au rythme du tangage, nos vêtements déjà saturés d'eau salée. Marco amarre le bateau avec des gestes brusques, ses bras musclés tendus comme des câbles, son visage buriné marqué par la fatigue et une ombre de peur qu'il ne veut pas admettre.
Luis, encore pâle comme un linge, tousse sporadiquement, crachant les derniers vestiges d'eau de ses poumons, ses blagues habituelles mortes dans sa gorge, remplacées par un silence lourd. Tom, le plus jeune, reste accroupi contre le bastingage, les paupières lourdes, les mains tremblantes serrées sur ses genoux, comme s'il revivait en boucle le moment où Luis avait disparu dans les flots.
Le patron descend le premier, sa voix tonnante brisée par l'épuisement.
— Rentrez chez vous, bande de fainéants. Demain, on répare ce tas de ferraille. Et priez pour que la prochaine sortie soit pas comme ça.
Personne ne répond. On débarque un à un, les bottes claquant sur le quai mouillé, les épaules voûtées sous le poids de ce qui vient de se passer. Marco marmonne un « à demain » rauque et s'éloigne d'un pas lourd vers sa maison au bout du village, sa silhouette massive se fondant dans la brume naissante. Luis, encore secoué, s'appuie sur Tom pour marcher, son rire forcé sonnant faux quand il essaie de détendre l'atmosphère.
— Putain, j'ai cru que c'était la fin. Une vague m'a poussé, j'te jure. Ou un ange gardien avec des branchies.
Tom hoche la tête sans conviction, son visage pâle éclairé par les lumières jaunâtres des lampadaires du port, et ils disparaissent ensemble dans la nuit pluvieuse, leurs pas résonnant sur les pavés glissants. Moi, je reste en arrière, feignant de vérifier une dernière fois les amarres, mais en réalité, je ne peux pas partir. Pas tout de suite. Une force invisible me cloue sur place, comme si l'océan me retenait, me murmurant de rester. La pluie s'intensifie, des gouttes froides ruisselant sur mon visage, trempant ma chemise jusqu'à la peau, mais je ne bouge pas. Je m'assois sur un bollard rouillé, les yeux rivés sur l'eau noire qui clapote contre les piliers, repensant à ce qui s'est passé avec Luis.
Comment Mako a-t-il su ? Comment a-t-il osé ? Il était là, dans les abysses tourmentés, à guetter, à attendre. Ayden sait au fond de lui que c'était lui – cette ombre fluide, cette force invisible qui a poussé Luis vers nous. Pas une vague chanceuse, pas un miracle du hasard. Mako. Pour moi. Pour nous sauver. L'idée me réchauffe malgré le froid qui s'insinue dans mes os, mais elle me terrifie aussi. Quels risques a-t-il pris ? Si son peuple l'apprend… Je secoue la tête, chassant les pensées sombres, mais elles reviennent, tenaces comme la pluie qui martèle le quai.
Le port est désert maintenant, les lumières des maisons au loin scintillant faiblement à travers le rideau d'eau. Le vent porte des odeurs de sel et de poisson pourri, mêlées à celle de la terre humide du village. Je me lève enfin, prêt à partir, mes bottes splashant dans les flaques, quand une voix m'appelle. Ou du moins, je crois. C'est un murmure étouffé, presque noyé dans le bruit du vent qui siffle entre les mâts des bateaux amarrés et la pluie qui crépitait sur l'eau. Je m'arrête net, le cœur cognant. Était-ce mon nom ? Ou juste une illusion, un écho de mon obsession ? Je me retourne lentement, scrutant l'eau sombre du port, les reflets des lampadaires dansant sur la surface agitée.
Puis, je la vois : une tête émergeante à peine, les cheveux sombres plaqués par l'eau, les yeux verts luisant dans l'obscurité. Mako. Mon pouls s'accélère, un mélange d'excitation et de surprise. Il est là, dans le port même, risquant tout au milieu des bateaux et des lumières humaines. Je m'approche du bord du quai, m'agenouille sur les planches mouillées, ignorant la pluie qui ruisselle sur mon dos.
— Mako ? Qu'est-ce que tu fais ici ?
Il s'approche en nageant avec une grâce discrète, sa queue ondulante restant sous la surface pour ne pas attirer l'attention, ses épaules musclées émergeant à peine.
— Je t'ai suivi. Après la tempête. Je voulais m'assurer que tu allais bien.
Je déglutis, la voix basse pour ne pas être entendu, même si le port est désert.
— C'était toi, hein ? Avec Luis. Tu l'as poussé vers nous.
Il hoche la tête, un sourire timide aux lèvres malgré le froid.
— Oui. Je l'ai fait pour toi. Je ne pouvais pas te laisser perdre un ami.
Une chaleur monte en moi, malgré la pluie glacée. Il a risqué sa vie – sa queue, son secret – pour moi. Pour nous.
— Merci. Vraiment. Demain, je ne travaille pas. Les dégâts sur le bateau… je pense aller à la crique en fin de matinée.
Mako hésite, ses nageoires remuant l'eau nerveusement.
— En pleine journée ? C'est dangereux pour moi. Le soleil, les regards… Mais j'essaierai. Pour toi.
Avant que je puisse répondre, il plonge d'un coup, sa queue claquant l'eau dans un splash étouffé, disparaissant dans les profondeurs noires sans un mot de plus. Je reste là, interloqué, la pluie piquant mes yeux, me demandant ce qui l'a fait fuir si vite. Puis, je l'entends – des pas sur le quai mouillé, approchant dans l'obscurité. Je me retourne, plisse les yeux à travers le rideau d'eau, et vois Tom, sa silhouette mince et voûtée sous la pluie, sa casquette enfoncée sur la tête.
— Tom ? Qu'est-ce que tu fous là ?
Il s'approche, les mains dans les poches de son manteau trempé, l'air hésitant.
— Pareil. Je n'arrivais pas à rentrer direct. Après ce qui s'est passé avec Luis… j'avais besoin de marcher. Et toi ?
Je hausse les épaules, feignant la nonchalance, même si mon cœur bat la chamade.
— Pareil. Besoin d'air. De réfléchir.
Tom hoche la tête, s'arrête à côté de moi, regarde l'eau où Mako a disparu.
— J'ai cru voir quelque chose. Là, dans l'eau. Une tête ? Ou j'hallucine ?
Je déglutis, force un rire.
— Avec la pluie et le vent, on voit des trucs. C'était probablement un poisson ou un reflet.
Il fronce les sourcils, pas convaincu.
— Peut-être. Mais c'était bizarre. Comme pendant la tempête, avec Luis.
Il reste silencieux, attendant une réponse, mais je ne sais pas quoi dire. Il n'en est pas sûr, mais s'il a vu… Je sais qu'il faut en parler, clarifier.
— Viens, on va chez moi et boire un verre, et se réchauffer. On pourra discuter directement.
Il hésite, puis hoche la tête. On s'éloigne ensemble, la pluie battant nos épaules, mon esprit tourbillonnant.
Le trajet jusqu'à chez moi se fait dans un silence pesant, seulement interrompu par le bruit de nos bottes qui claquent dans les flaques et par le crépitement incessant de la pluie sur les toits bas du village. Tom marche à côté de moi, les épaules voûtées sous son manteau trempé qui goutte à chaque pas, les mains enfoncées dans les poches, la casquette dégoulinante rabattue sur les yeux. Je sens son regard glisser parfois vers moi, comme s'il cherchait à lire quelque chose sur mon visage, mais je garde les yeux fixés sur les pavés luisants et irréguliers, évitant de croiser les siens. La nuit est noire, les lampadaires du port projetant des halos jaunes et tremblotants sur l'eau agitée du bassin, et le vent porte encore l'odeur salée de la tempête, mêlée à celle de la terre mouillée, du poisson qui s'accroche aux murs des maisons et de l'humidité lourde qui imprègne tout.
Ma petite maison est au bout d'une ruelle étroite et mal éclairée, coincée entre deux bâtiments plus anciens aux façades lézardées par le sel et le temps. Je pousse la porte d'entrée qui grince sur ses gonds rouillés, allume la lumière jaunâtre et vacillante du couloir, et fais signe à Tom d'entrer. L'intérieur est modeste et un peu désordonné : un salon étroit avec un vieux canapé en tissu râpé et taché par des années d'usage, une cheminée en pierre noircie par des décennies de feux, une table basse en bois encombrée de cartes marines froissées, de tasses sales et d'un cendrier plein de mégots, une petite cuisine dans le fond où traîne une odeur persistante de café froid, de pain rassis et de poisson grillé de la veille. La chaleur résiduelle d'un feu éteint depuis la veille flotte encore faiblement dans l'air, mais c'est à peine suffisant pour contrer le froid glacial qui s'est insinué dans nos vêtements et dans nos os.
Je ferme la porte derrière nous, le bruit sec du loquet résonnant dans le silence oppressant de la maison. Tom reste planté au milieu du couloir, dégoulinant sur le plancher usé, les épaules crispées, les bras ballants.
— Enlève ton manteau, tu vas inonder le sol. Et tes bottes aussi. Je vais te passer des vêtements secs, tu vas attraper la mort comme ça.
Il obéit mécaniquement, suspend son manteau lourd et ruisselant à un crochet près de la porte, retire ses bottes en caoutchouc et les pose contre le mur où une petite flaque se forme déjà. Ses chaussettes sont trempées, noires de saleté et d'eau, et il frissonne visiblement, les dents serrées pour ne pas claquer. Je monte à l'étage sans un mot, ouvre l'armoire de ma chambre, fouille dans le tas de vêtements propres mais usés, et redescends avec deux serviettes épaisses en coton gris et un tas de vêtements secs : un vieux jogging gris un peu élimé aux genoux, un tee-shirt noir uni légèrement délavé, un pull en laine épaisse couleur charbon avec quelques bouloches, et une paire de chaussettes propres en coton épais gris clair. Je lui tends le tout.
— Tiens. Change-toi dans la salle de bain. Prends ton temps. Il y a une serviette pour tes cheveux.
Tom prend les vêtements, les regarde un instant comme s'il ne savait pas quoi en faire, puis hoche la tête.
— Merci.
Il disparaît dans la petite salle de bain au fond du couloir, la porte se referme avec un clic doux. Pendant ce temps, je me change aussi : je retire ma chemise trempée qui colle désagréablement à la peau, mon pantalon lourd d'eau qui pèse sur mes jambes, enfile un jogging similaire gris foncé, un tee-shirt gris clair et un pull ample en laine bleu marine un peu élimé aux poignets, pieds nus sur le plancher froid et légèrement inégal. Quand Tom ressort, il a l'air un peu moins misérable : le jogging est un peu court aux chevilles, révélant ses mollets pâles, le pull trop large aux épaules lui donne un air presque enfantin, mais au moins il ne tremble plus. Ses cheveux sont encore humides, ébouriffés, et il a l'air plus jeune sans sa casquette, plus vulnérable.
Je vais vers la cheminée, prends des bûches sèches dans le panier en osier, froisse du papier journal jauni, allume une allumette. Les flammes prennent vite, crépitant et projetant des ombres dansantes sur les murs craquelés et les meubles fatigués. Je me redresse, vais chercher deux verres épais et une bouteille de rhum bon marché dans le placard de la cuisine, verse deux doses généreuses, le liquide ambré brillant sous la lumière faible de l'ampoule nue.
— Tiens. Ça va te réchauffer.
Il prend le verre sans un mot, boit une gorgée, grimace légèrement à cause de la brûlure dans la gorge, puis repose le verre sur la table basse avec un claquement sec. Ses yeux restent fixés sur les flammes un long moment, les reflets orangés dansant dans ses pupilles, puis il relève la tête vers moi. Sa voix est basse, presque hésitante, mais déterminée.
— Ayden… ce que j'ai vu sur le port tout à l'heure. Je n'ai pas vu un poisson. Ni un reflet.
Je m'assois en face de lui, sur une chaise dépareillée dont le dossier grince sous mon poids, le verre entre les mains pour me donner une contenance.
— Avec la pluie, le vent, la fatigue… on voit des trucs.
Il secoue la tête lentement, les lèvres pincées.
— Non. J'ai vu une tête sortir de l'eau. Des cheveux sombres plaqués par l'eau. Des yeux… verts, je crois. Ça a duré une seconde, mais c'était là. Et je l'ai vu te parler. Ou du moins, il a ouvert la bouche, et toi tu as répondu. Tu parlais à quelque chose dans l'eau, Ayden. Je n'ai pas rêvé ça.
Je déglutis, cherche une réponse qui tienne debout, mais ma gorge est sèche.
— Avec le bruit du vent, tu as pu mal entendre. J'étais seul. Je marmonnais pour moi-même.
Il secoue la tête à nouveau, plus fermement.
— Non. Je n'ai pas mal entendu. Et pendant la tempête, quand Luis est tombé… j'ai vu la même chose sous l'eau. Une ombre qui le poussait. Pas une vague. Quelque chose de vivant. Et toi, tu n'as pas eu l'air surpris. Tu regardais comme si tu savais déjà.
Le silence s'étire, seulement brisé par le crépitement du feu et le tambourinement de la pluie contre les vitres. Je sens la sueur perler dans mon dos malgré le froid. Tom continue, la voix plus basse encore, presque un murmure.
— Et maintenant, sur le quai… tu es resté planté là, sous la pluie, pendant que tout le monde rentrait. Pourquoi ? Tu attendais quoi ? Ou qui ?
Je bois une gorgée de rhum, le liquide brûlant ma gorge.
— J'avais besoin de respirer. Après ce qui s'est passé avec Luis… j'étais secoué.
Il secoue la tête, pas convaincu.
— Non. Tu regardais l'eau. Comme tous les jours sur le bateau. Tu cherches quelque chose depuis des semaines. Et ce soir, tu l'as trouvé. Et tu lui as parlé.
Je pose mon verre, les mains tremblantes.
— Tom, écoute… ce n'est rien. On est tous fatigués. On a failli y passer aujourd'hui. C'est normal d'avoir des hallucinations.
Il se lève d'un coup, fait quelques pas vers la cheminée. Ses yeux se posent sur le rebord de pierre, là où repose l'écaille – cette écaille immense, vert eau chatoyant avec des reflets bleus iridescents, que j'ai trouvée dans les filets il y a des semaines et que je n'ai jamais eu le cœur de jeter. Elle est là, posée comme un talisman, brillant doucement à la lueur du feu. Tom la voit, s'approche, la prend délicatement entre ses doigts.
— C'est quoi, ça ?
Sa voix est presque un murmure. Il tourne l'écaille dans ses mains, la lumière dansant sur sa surface lisse et chaude.
Je me lève à mon tour, le cœur cognant.
Je me lève à mon tour, le cœur cognant.
— Rien. Une écaille de poisson. Un gros thon, peut-être. Je l'ai gardée parce qu'elle est jolie.
Il la regarde de plus près, passe le pouce sur les reflets iridescents.
— Un thon ? Ayden, regarde-la. Elle est plus grande que ma main. Et elle est chaude. Elle brille comme si elle était vivante. Ce n'est pas une écaille de poisson normal.
Je tends la main pour la reprendre.
— Donne-la-moi. Ce n'est rien, je te dis.
Il ne me la rend pas tout de suite. Il la tient entre nous, comme une preuve.
— Tu l'as trouvée quand ? Dans les filets ? Le même jour où tu as commencé à regarder la mer comme un fou ?
Je déglutis, cherche une autre excuse.
— Ouais. Un jour où on a eu une bonne pêche. Elle était coincée dedans. J'ai pensé que c'était rare, alors je l'ai gardée.
Tom secoue la tête, les yeux brillants.
— Arrête, Ayden. Je te connais. Tu mens mal. Cette écaille… elle ne vient pas d'un poisson. Elle vient de ce que j'ai vu dans l'eau. De ce qui a sauvé Luis. Et tu le sais.
Le silence tombe, lourd, presque palpable. La pluie redouble dehors, martelant les volets comme pour ponctuer ses mots. Je reste figé, incapable de trouver une autre excuse crédible. Tom me regarde, et je vois dans ses yeux qu'il sait. Pas tout, mais assez.
— Ce n'est pas possible, murmure-t-il enfin. Ce n'est pas possible que ce soit vrai. Des sirènes ? Des créatures des profondeurs ? Ça n'existe pas. Ce sont des histoires de vieux marins bourrés.
Je baisse les yeux, la gorge serrée.
— Et si c'était vrai ?
Il repose l'écaille sur le rebord, doucement, comme si elle pouvait se briser.
— Alors tu es dans une merde noire, Ayden. Parce que si c'est vrai… tu as ramené ça dans ta vie. Et nous aussi, peut-être.
Un coup de tonnerre éclate au loin, faisant trembler les vitres. La tempête revient, plus forte. Tom regarde dehors, puis vers moi.
— Je ne peux pas rentrer sous ce déluge. Pas ce soir.
Je hoche la tête.
— Reste. Le canapé est à toi. On parlera demain. Ou pas. Comme tu veux.
Il acquiesce, enlève ses chaussettes mouillées, s'assoit lourdement sur le canapé. Je lui tends une couverture usée, allume une lampe près de lui, et monte dans ma chambre sans un mot de plus. Mais je sais que le sommeil ne viendra pas. Pas ce soir. Pas avec Tom en bas, l'écaille sur la cheminée, et Mako quelque part dans les profondeurs, attendant la fin de matinée.
Le matin suivant, je me réveille en sursaut, le corps endolori par une nuit agitée de rêves fragmentés où l'écaille brillait comme un phare dans les abysses, et où les yeux verts de Mako me fixaient avec une intensité qui me laissait le souffle court. La pluie a cessé pendant la nuit, mais le ciel reste gris et bas, chargé d'humidité, et une brume légère monte du port, enveloppant les bateaux amarrés comme un voile fantomatique. Je descends l'escalier en bois qui grince sous mes pas nus, le cœur serré à l'idée de ce que Tom pourrait dire après sa découverte de la veille. Le salon est silencieux, la couverture pliée sur le canapé, le verre vide sur la table basse. Tom est parti. Pas de note, pas un mot. Juste l'absence, et l'écaille toujours sur le rebord de la cheminée, brillant faiblement à la lumière terne du matin. Je soupire, soulagé et inquiet à la fois. Il a dû rentrer chez lui avant l'aube, en me laissant ruminer seul.
Je m'habille rapidement – un pantalon en toile épaisse, une chemise à manches longues bleu marine pour masquer les marques de fatigue sur ma peau, des bottes solides – et prépare un sac avec des vêtements pour Mako : un vieux pantalon kaki un peu large, une chemise grise ample pour couvrir son torse musclé, une paire de chaussures usées mais confortables, une casquette pour cacher ses cheveux sombres, et une grande serviette pour le sécher. Je glisse aussi une bouteille d'eau et un sandwich, au cas où. Le port est calme ce matin, les pêcheurs encore chez eux après la tempête, le chalutier amarré avec ses mâts endommagés attendant les réparations. Je prends mon petit bateau, le moteur ronronnant doucement dans le silence brumeux, et navigue vers la crique, le cœur battant d'anticipation.
Le soleil perce timidement les nuages quand j'arrive, jetant une lumière diffuse sur l'eau turquoise qui clapote doucement contre le rocher. Je grimpe dessus, m'assois, et attends, scrutant la surface miroitante. Au bout d'une demi-heure, un splash discret. Mako émerge, sa tête aux cheveux sombres ruisselants, ses épaules musclées luisantes sous le soleil pâle. Sa queue vert eau chatoyant reflète la lumière, ses nageoires longues bleues à reflets verts ondulant gracieusement. Il semble hésitant, mais ses yeux verts pétillent quand il me voit.
— Ayden… je suis venu. Malgré le jour.
Je hoche la tête, descend du rocher, et lui tends la serviette.
— Sèche-toi. J'ai apporté des vêtements.
Il nage jusqu'au bord, émerge complètement, et je ne peux pas m'empêcher de le regarder – vraiment le regarder. Nu sous le soleil, son corps est une sculpture vivante : le torse large et musclé, les abdominaux dessinés comme des vagues, la peau hâlée luisante d'eau, et son intimité, exposée sans pudeur, qui me captive malgré moi. Je sens une chaleur monter en moi, absorbé par sa beauté brute, par cette vulnérabilité qu'il expose sans peur. Mako remarque mon regard, un sourire timide aux lèvres.
— Tu me regardes… encore.
Je rougis, détourne les yeux.
— Désolé. C'est juste… au soleil, tout est différent.
Il prend la serviette, se sèche rapidement – le torse, les bras, les jambes qui émergent maintenant, fines et puissantes. Je l'aide à s'habiller : je lui passe le pantalon, l'aidant à l'enfiler sur ses jambes encore humides, mes doigts effleurant sa peau chaude ; la chemise, que je boutonne lentement, sentant son souffle sur mon visage ; les chaussures, qu'il lace maladroitement. Chaque contact m'électrise, mais je me retiens.
On monte sur le petit bateau, et je l'emmène au port, naviguant prudemment pour éviter les regards. La petite ville est animée : les rues étroites pavées, les maisons en pierre grise aux toits d'ardoise, les boutiques avec leurs étals de poissons frais et de coquillages, les gens vaquant à leurs occupations sous un soleil qui perce enfin les nuages. On marche le long du quai, Mako boitant un peu au début, s'appuyant sur mon épaule, ses yeux verts émerveillés par tout – les bateaux amarrés qui grincent, les filets étendus au soleil, les mouettes criant au-dessus des cales.
— C'est… bruyant. Et lumineux.
On continue vers chez moi, et une fois à l'intérieur, Mako explore avec une curiosité enfantine. Il touche la table en bois, demande ce que c'est (« Pour manger ? »), ouvre un livre jauni, fasciné par les pages (« Des symboles qui parlent ? »), regarde le poêle froid (« Ça fait du feu sans bois ? »), inhale l'odeur du café froid (« C'est de la terre liquide ? »). Chaque question me fait sourire, et je réponds patiemment, expliquant, démontrant.
Puis, ses yeux se posent sur l'écaille sur le rebord de la cheminée.
— C'est… la mienne.
Il la prend, la tourne dans ses mains.
Je hoche la tête.
Je hoche la tête.
— Je l'ai trouvée dans les filets. Il y a des semaines. Depuis, je n'ai pas arrêté de regarder la mer. De te chercher, sans le savoir.
Mako repose l'écaille, me regarde intensément.
— Et depuis que je t'ai rencontré… je ne fais que penser à toi.
Je déglutis, la gorge serrée.
— Moi aussi. Je ne pense qu'à toi. C'est… obsédant.
Mako s'approche, ses yeux vert brillant.
— C'est le pouvoir des sirènes et des tritons. Notre chant attire. Mais pour moi… c'est différent. Je me sens attiré vers toi. Je ne comprends pas ce que c'est.
Je m'approche à mon tour, prends ses mains dans les miennes, sentant la chaleur de sa peau. Mako me regarde faire, puis c'est lui qui se penche, ses lèvres effleurant les miennes en premier. Le baiser est passionné, long, ses mains glissant sur ma nuque, nos corps se pressant l'un contre l'autre, le monde disparaissant dans ce tourbillon de chaleur et de désir.
Qu'est-ce qui se passe ?
Qu'est-ce qui se passe ?
Le baiser de Mako me laisse chancelant, comme si un courant marin invisible m'avait traversé de part en part, emportant avec lui une partie de mon énergie vitale. Mes lèvres encore chaudes de son contact, je recule d'un pas, les jambes tremblantes, et me laisse tomber sur le canapé usé du salon. Le tissu râpé grince sous mon poids, et je m'affaisse contre les coussins défoncés, la tête renversée en arrière, les yeux mi-clos fixés sur le plafond craquelé où une tache d'humidité s'étend comme une carte marine oubliée. Une fatigue profonde m'envahit, non pas celle des muscles endoloris par une journée en mer, mais un épuisement intérieur, comme si mon âme avait été vidée d'une partie de sa force, laissant un vide lancinant au creux de ma poitrine. Je respire difficilement, le cœur battant encore à un rythme irrégulier, et je ne comprends pas. Qu'est-ce qui m'arrive ? Ce n'était qu'un baiser, pourtant il m'a laissé comme assommé, les pensées embrouillées, le corps lourd.
Mako s'approche, ses yeux verts emplis d'inquiétude, sa main se posant doucement sur mon épaule. Sa peau est encore chaude, imprégnée de l'odeur salée de la mer, et son contact m'électrise malgré la fatigue.
— Ayden… ça va ?
Je secoue la tête lentement, essayant de rassembler mes esprits.
— Je… je ne sais pas. Je me sens épuisé. De l'intérieur. Comme si tu m'avais vidé. Qu'est-ce qui se passe ?
Mako baisse les yeux, un ombre de culpabilité passant sur son visage parfait. Il s'assoit à côté de moi sur le canapé, ses jambes maintenant humaines pliées sous lui, le tissu du pantalon que je lui ai prêté tendu sur ses cuisses musclées.
— C'est de ma faute. Je n'aurais pas dû… Le baiser d'une sirène ou d'un triton… il rend les humains légèrement fous. C'est un pouvoir ancien, pour nous protéger. Il affaiblit l'esprit, embrouille les pensées, fait oublier ou rend obsédé. Normalement, ça aurait dû te faire t'évanouir, te plonger dans un sommeil profond pour que tu oublies ce que tu as vu. Mais là… tu es encore éveillé. Et moi… j'ai ressenti autre chose quand je t'ai embrassé. Pas juste le pouvoir. Quelque chose de… réciproque. Comme si ça ne fonctionnait pas comme d'habitude.
Je le regarde, essayant de comprendre, la tête encore lourde.
— Fou ? Obsédé ? C'est pour ça que je pense à toi tout le temps ? Que je ne peux pas m'arrêter ?
Il hoche la tête, ses doigts effleurant ma main.
— Oui. Mais avec toi… c'est différent. Je ressens la même chose. Une attirance qui va au-delà du pouvoir. Je ne comprends pas non plus.
Je me redresse lentement, la fatigue encore présente mais moins oppressante, comme si son explication avait allégé le poids. Je le regarde, ses yeux verts si profonds, ses lèvres encore rougies par notre baiser, et une chaleur monte en moi, chassant l'épuisement.
— Ce baiser… c'était juste incroyable.
Je m'approche de lui, mes mains prenant les siennes, nos doigts s'entrelacent naturellement. Mako me regarde, sans reculer, et c'est moi qui me penche cette fois, mes lèvres effleurant les siennes en un second baiser. Rien ne se passe – pas d'épuisement, pas de vide intérieur. Juste une explosion de chaleur, un désir pur qui monte comme une vague. Nos bouches se pressent, se goûtent, et je sens son corps répondre, ses mains glissant sur mes épaules.
Puis, mes doigts remontent sur son torse, caressant la peau chaude sous la chemise, traçant les contours de ses muscles. Mako fait de même, ses mains explorant mon dos, descendant le long de ma colonne, envoyant des frissons le long de ma peau. Nous nous dés habillons lentement, pièce par pièce – je déboutonne sa chemise, révélant son torse sculpté ; il enlève la mienne, ses doigts effleurant ma poitrine. Le pantalon suit, glissant sur nos jambes, et nous nous retrouvons nus, l'un face à l'autre, dans la lumière tamisée du salon.
Je le contemple d'abord, absorbé par sa beauté : le torse large, les abdominaux dessinés, les jambes fines et puissantes, son intimité exposée sans gêne, tout en lui respirant une grâce surnaturelle. Puis, c'est son tour : il me regarde, ses yeux verts glissant sur mon corps, sur ma poitrine, mon ventre, et s'attardant sur mon sexe qui commence à grossir et à se redresser sous son regard.
— Ça… ça grossit. Ça se redresse. À quoi ça sert ?
Sa voix est curieuse, innocente, sans malice, et je rougis, la gorge sèche.
— C'est… l'excitation. Quand on désire quelqu'un, le corps réagit. Pour les relations intimes, ça sert à produire du plaisir. À se connecter… physiquement.
Il incline la tête, fasciné.
— Du plaisir ? Comme notre chant ?
Je hoche la tête, m'approche plus près.
— Oui. Et là… j'ai envie de toi depuis le début. Malgré que je n'ai jamais touché un homme avant. C'est toi. Juste toi.
Nos corps se rapprochent, la chaleur de sa peau contre la mienne chassant le froid résiduel de la journée. Je le guide doucement vers le canapé, où nous nous allongeons côte à côte, nos jambes entrelacées, nos regards verrouillés l'un dans l'autre. Ses yeux verts, profonds comme les abysses, ne quittent pas les miens, et je sens une connexion qui va au-delà du physique – comme si nos âmes se touchaient à travers nos regards. Mes mains explorent son corps avec une tendresse infinie, traçant les contours de ses épaules, descendant le long de son torse, effleurant les reliefs de ses abdominaux qui se contractent légèrement sous mes doigts. Mako fait de même, ses mains – encore un peu hésitantes, comme s'il découvrait un nouveau courant marin – glissent sur ma poitrine, pincent doucement mes tétons qui durcissent sous son toucher, descendent vers mon ventre, explorant chaque centimètre avec une curiosité mêlée de désir.
Je murmure contre ses lèvres :
— Allons doucement. Tendrement. C'est ta première fois sur terre, comme ça.
Il hoche la tête, ses lèvres effleurant les miennes en réponse, et nous nous embrassons à nouveau, lentement, nos langues se mêlant dans une danse langoureuse qui fait monter la chaleur entre nous. Mes mains descendent plus bas, effleurant ses hanches, puis son intimité qui répond à mon toucher, durcissant sous mes doigts. Mako gémit doucement, un son mélodieux comme son chant, ses yeux toujours fixés dans les miens, brillants d'un plaisir naissant. Je caresse lentement, mes mouvements doux et rythmés, sentant son corps se cambrer légèrement sous mes attentions. Il imite mes gestes, sa main descendant vers mon sexe déjà dur, l'enserrant avec une curiosité qui se transforme en assurance, ses doigts explorant la longueur, la sensibilité, provoquant des frissons qui remontent le long de ma colonne.
Nous nous positionnons, moi au-dessus de lui, nos corps alignés, nos regards ne se quittant pas. Je prends le temps, murmurant des mots doux contre son oreille – « Tu es magnifique », « Laisse-moi te montrer » – pendant que mes mains écartent doucement ses jambes, mes doigts explorant son entrée avec une infinie précaution, utilisant ma salive pour lubrifier, massant lentement pour le détendre. Mako halète, ses yeux s'écarquillant légèrement, mais il ne détourne pas le regard, ses mains sur mes épaules pour m'encourager. Je vais tout doucement au début, entrant millimètre par millimètre, sentant sa chaleur m'envelopper, son corps s'adapter à moi avec une résistance initiale qui fond progressivement en plaisir. Ses muscles se contractent autour de moi, et je m'arrête souvent, attendant son signal, nos fronts collés, nos souffles mêlés.
— Ça va ? murmuré-je, les yeux dans les siens.
Il hoche la tête, un sourire tremblant aux lèvres.
— Oui… continue. Lentement.
Je reprends, mes mouvements lents et tendres, un va-et-vient doux qui nous fait gémir à l'unisson, nos regards verrouillés transmettant plus que des mots – du désir, de la confiance, une connexion profonde. Mako prend du plaisir, ses hanches se soulevant légèrement pour rencontrer les miennes, ses mains glissant sur mon dos, griffant doucement ma peau, ses yeux verts brillant d'une intensité croissante. Je sens son corps répondre, ses muscles se resserrant autour de moi, ses gémissements devenant plus profonds, plus rythmés. Je continue doucement, mes coups de reins lents et profonds, mes mains caressant son torse, pinçant ses tétons, descendant pour caresser son sexe durci, synchronisant mes mouvements pour amplifier son plaisir. Son visage se contorsionne en une expression d'extase pure, ses lèvres entrouvertes laissant échapper des sons mélodieux qui résonnent dans la pièce comme un chant sous-marin.
Le plaisir monte en moi aussi, une vague lente et inexorable, mais je le retiens, me concentrant sur lui, sur ses réactions – la façon dont son corps se cambre, dont ses yeux s'agrandissent, dont ses mains s'agrippent à moi comme à une ancre. J'accélère à peine, restant tendre, mes lèvres effleurant les siennes à chaque mouvement, nos regards ne se quittant pas, transmettant une intimité absolue. Mako gémit plus fort, son corps se tendant comme un arc, et je sens son climax approcher – ses muscles se contractent autour de moi, son sexe pulsant dans ma main, et il jouit avec un cri étouffé, son corps tremblant sous le mien, ses yeux verts fixés dans les miens, brillants de larmes de plaisir. Cela me pousse au bord, et je le rejoins dans la jouissance, un orgasme lent et profond qui me traverse comme une marée, nos corps unis dans cette extase partagée, nos regards verrouillés jusqu'au bout.
À la fin, Mako murmure, essoufflé :
— C'était incroyable.
Mais il ajoute, un peu haletant :
— Je me sens fatigué. Et j'ai une grande faim.
Je souris, encore en lui, et l'embrasse à nouveau. À chaque baiser, je sens mon corps brûler, une chaleur inexplicable qui monte sans que je comprenne pourquoi. Nous nous séparons doucement, je me retire avec tendresse, et nous restons allongés, enlacés, le temps de reprendre notre souffle.
Puis, je me rends compte qu'il est tard. Mako doit retourner à la crique avant que quelqu'un ne remarque son absence – ou la mienne. Je l'aide à se rhabiller. Nous sortons, et je l'emmène au bateau. Sur la crique, Mako s'approche de l'eau, se déshabille rapidement, et avant de plonger, il me dit :
— Je connais peut-être une solution pour que tu vois mon monde aussi.
Il m'embrasse une dernière fois dans l'eau, puis plonge, sa queue claquant la surface. Je rentre chez moi, sous la pluie battante, et quand j'arrive, je suis attendu devant chez moi.
Fin du chapitre 2.
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