Le vol du flamant rose
Chapitre 1
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✦ Pantaï Le vol du flamant rose XSTORY
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Réel
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hétéro Orientation principale dans ce chapitre

Le vol du flamant rose — Chapitre 1

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Pantaï
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Le vol du flamant rose

Chapitre 1

Sur les bords du Petit-Rhône, assis au fond d'un vieux transat, je vis passer la forme allongée des flamants roses sur le contre-jour du soleil couchant. J'ai toujours trouvé majestueux le vol lent de cet oiseau, qui parait suspendu au bout d'une ficelle, pattes et cou allongés. Et que dire de son envol qui n'est possible qu'après une course pour prendre les airs comme un avion sur sa piste ? Bien qu'ayant admiré ces scènes toute ma vie, je ne m'en lassais pas. Contemplatif, je ressentais la précision de l'agencement des choses entre elles. Le bruit du léger clapotis sur la berge et la danse des bateaux amarrés au ponton devant moi, donnaient une assise au tableau que je considérais. Je vivais la douceur de cette fin de journée, comme une façon d'être heureux.
A ma droite, se trouvait mon copain Paul, grand échalas au nez aquilin qui vivait là depuis toujours. Longues jambes allongées devant lui, l'héritier de la maisonnette du bord du Rhône, s'inquiétait surtout de ne pas tomber en panne de pastis. Le « petit jaune » de fin de journée était une tradition à laquelle il n'envisageait pas de déroger. Assis face à la scène, mille fois observée, de la vie camarguaise, nous parlions de notre précieuse tranquillité et du débroussaillage qu'il fallait envisager pour agrandir l'espace des chevaux.
J'étais gardian (1). Né dans une famille de manadiers (2) des environs des Saintes-Maries-de-la-Mer, je passais mes journées à cheval pour garder les taureaux, les trier, les changer de pâture, les entraîner, etc. Cette tradition pastorale remplaçait le chien par le cheval. Dans ce pays marécageux, dans la sansouïre (3), le cheval est indispensable. Qui mieux que lui pourrait pressentir les sables mouvants, débusquer le taureau isolé, délivrer le veau envasé, prévoir le mistral du lendemain ? Encore aujourd'hui, le couple gardian-cheval est resté depuis le XVIème siècle, le maillon essentiel de l'élevage des taureaux de Camargue. Baigné dans ces traditions séculaires, j'étais conscient de la singularité de ma vie au grand air et de mon bonheur.
En parlant de bonheur, je vivais avec Julia, d'origine espagnole, dans une petite maison des Saintes-Maries-de-la-Mer. Mes modestes revenus étaient compensés par la passion de mon métier. Je n'avais pas un emploi, j'avais un métier qui amenait de la joie de vivre à chaque nouvelle journée. A l'inverse, ma compagne avait un emploi sédentaire routinier avec des horaires de bureau, une hiérarchie et un salaire plutôt au-dessus de la moyenne. Nous vivions en bord de mer, dans notre confort quotidien et nous ne nous plaignions de rien.
Je ne m'éternisai pas ce soir-là, car le réveil du lendemain allait sonner tôt. Une abrivado (4) était prévue à Aigues-Mortes. A 5h, avec quelques gardians, il fallait récupérer les chevaux en pacage libre, les seller, rassembler et trier six taureaux et embarquer tout ce beau monde dans les bétaillères. Il n'y avait qu'une demi-heure de route mais le plus long était toujours dans les préparatifs.
L'abrivado se déroula bien. Il y avait beaucoup de monde mais peu d'attrapaïre (5). Il était midi et demi lorsque les taureaux remis en bétaillère repartirent vers les pâturages. Sous un soleil déjà puissant, je mis pied à terre sur une petite place et pris le temps de m'occuper de mon cheval, avant de repartir. Chapeau basculé en arrière pour libérer la sueur de mon front, gilet ouvert sur ma chemise provençale bleue, j'entrepris de desseller. Je défis les sanglons et ôtai la croupière. Les étriers repliés, je posai la selle verticalement derrière la banquette du fourgon. Je déposai également le couverton à l'envers pour le mettre à sécher. Il fallait maintenant bouchonner (6) mon indéfectible ami. Lorsque le cheval ne peut pas se rouler tout seul sur le sol, il est nécessaire de brosser manuellement la sueur. J'accomplissais toujours ces gestes avec amour et respect. Tout en contrôlant les appuis, je massai les jambes, flattai l'arrière-main, exprimai ma gratitude à l'oreille mobile de mon Pantaï (7).
— Il doit être fatigué non ? demanda une passante.
— Oh vous savez, il a l'habitude !
— J'aime l'odeur des chevaux, dit une autre personne.
— L'endroit le plus agréable à sentir est juste au-dessus du nez, là, sur la fine peau légèrement plus sombre !
— Au-dessus des naseaux ?
— Au-dessus du nez. On ne dit pas naseaux pour les chevaux, on dit nez. C'est le seul animal pour lequel toute la terminologie est humaine. On parle de pied, de bouche, de nez…
J'aimais partager ma passion. Ma tenue traditionnelle et mon abord facile ont toujours suscité l'intérêt des touristes.
— On peut le caresser ?
— Oui mais toujours dans le sens du poil. Il est un peu comme nous !
La jeune femme qui avait posé cette question sourit. Elle tendit la main vers l'encolure. Je lui conseillai d'aller chercher la partie la plus douce, celle qui est cachée sous la crinière, sur le côté gauche. En guise de démonstration, j'exécutai le geste, glissant ma main sous le rideau de crin. Elle m'imita et nos mains disparurent derrière l'écran écru de la longue crinière tombante. Malencontreusement, elles se touchèrent. Le plus étonnant, fut que cet effleurement ne provoqua pas de réflexe de retrait. Derrière le pudique paravent, nos mains firent connaissance sur le fond bienfaisant de la chaleur animale. Il fallut un peu de temps pour que nos yeux se sourient.
— Je vous offre un café ? dit-elle, d'un air avenant.
— C'est gentil, ce serait volontiers mais... je ne peux pas laisser mon cheval comme ça, en plein soleil. Il faut que je le ramène et que je le lâche, il l'a bien mérité !
— Oui je comprends. Dommage ! répondit-elle, un tantinet aguicheuse.
Navré par cet empêchement, je voulus tout de même exprimer le plaisir que j'aurais eu à partager quelques minutes avec elle. Comme si j'avais un secret à lui confier, je m'inclinai légèrement vers elle :
— Une autre fois j'espère !
— OK, répondit-elle en sortant son téléphone portable du petit sac qu'elle portait en bandoulière. Voilà mon 06, appelez-moi, n'hésitez pas.
— Avec plaisir, répondis-je en posant mon regard dans des yeux grands ouverts qui ne cillaient pas.
Un simple échange de SMS et je pus inscrire « Magali » dans ma liste de contacts. Mon cœur battait un tout petit peu plus vite qu'à l'accoutumée.
— Ce soir vous faites quelque chose ? questionna-t-elle.
— Heu... oui, enfin, ça dépend, je ne sais pas.
Magali sourit. Sûre d'elle, ancrée dans sa trentaine ans victorieuse, elle affichait une aisance attirante. Pas particulièrement belle, il se dégageait néanmoins de sa personne quelque chose de séduisant. Son physique banal disparaissait sous les effets que produisaient ses attitudes.
Elle tourna les talons et s'éloigna de quelques pas avant de disparaître dans la foule.
Sur le trajet du retour, pendant la demi-heure de solitude que j'avais devant moi, je laissai mes émotions se bousculer entre elles. Ma tête était le tapis d'un billard où venaient s'entrechoquer des pensées de toutes les couleurs. Je dus m'avouer que j'étais un peu grisé. Les rayons de la séduction avaient allumé une petite flamme. Celle qui peut réchauffer des mains engourdies ou des cœurs amoindris. Dans ma vie affective, le foyer s'était éteint et ne diffusait plus qu'une tiédeur résiduelle. Peut-être subsistait-il quelques braises mais j'avoue ne jamais être allé voir s'il en restait. On s'en accommode, parce que même les étoiles meurent.
Julia orientait son intérêt vers sa famille native et son travail. Très attentionnée vis-à-vis de sa nombreuse fratrie, j'ai souvent ressenti la dureté de l'expression « pièce rapportée ». Mon métier peu rémunérateur n'était pas valorisé. Elle, directrice d'une agence d'assurance sur Arles, était au contraire perçue comme une femme qui avait « réussi » dans la vie.
Magali était un briquet qui faisait jaillir une étincelle. Il suffirait de la conjuguer avec un peu de carburant pour que le feu naisse. Etais-je inflammable ? si c'était le cas, saurais-je faire un bon feu réconfortant ou déclencherais-je un incendie qui va tout ravager ? J'avais tout pour être heureux et pourtant je me consumais. L'envie d'aller voir ce qu'il y a de l'autre côté du miroir était très forte. J'avais l'impression d'être Buck dans « L'appel de la forêt ».
Je rêvais de pouvoir me mettre entre parenthèses le temps de rejoindre Magali, juste une fois. J'avais conscience que c'était vouloir le beurre et l'argent du beurre, le confort d'une vie rangée et le sel de l'aventure. Je mettais pêle-mêle dans la balance toutes les considérations possibles en me faisant tour-à-tour l'avocat du diable et l'avocat général.
Mon cheval relâché, le matériel rangé et préparé pour le lendemain, je m'arrêtai chez Paul. Nous partageâmes notre « petit jaune » mais je ne vis pas passer le V ondulant des flamants sur l'horizon. Paul perçu mon trouble :
— Ho Philippe, tu n'as pas l'air dans ton assiette !
— C'est vrai, je me pose des questions.
— Tu te poses des questions toi ? alors là, tu m'en bouches un coin ! répondit Paul, blagueur comme a son habitude. Et bé vé, tu te poses quoi comme question ?
— Je me pose des questions sur la vie de couple.
— Qué vie de couple ? Tu t'emmerdes bien vaï ! (8)
— Avec Julia, on ronronne et des fois, j'ai un peu envie d'aller voir ailleurs !
— Aïe, aïe, aïe !!! Allez zou, reprends-en un, ça te remettra les idées en place !
Un SMS tinta sur mon téléphone : « Je te rappelle que ce soir on va chez David et Lydie ». Julia passait beaucoup de temps chez son frère et sa belle-sœur qui habitaient Montpellier, souvent le vendredi soir. Et puis si c'était pas chez eux, c'était chez les autres frères et sœurs. Je les aimais bien mais je me lassais. Les repas bruyants et interminables étaient de plus en plus pesants pour moi. Je ne me sentais pas vraiment à ma place. Il m'arrivait de plus en plus souvent de prétexter quelque chose pour ne pas accompagner Julia dans sa famille. Je me sentais mieux tout seul, au calme, avec mon cheval. Je répondais laconiquement : « Oui je sais, embrasse-les de ma part, je suis fatigué, je vais rester tranquille ce soir ».
Le « OK bonne soirée » que je reçus en réponse enclencha quelque chose qui ne pouvait plus être arrêté. Je décidai de jeter les dès sur le tapis vert de mon existence : « Bonsoir Magali, si je débarque dans un peu plus d'une heure, tu m'offres toujours un café ? ». Le message en retour ne se fit pas attendre : « A cette heure-ci, si tu veux un café, je suis carrément partante ! ».
— Bon Paul, je vais filer !
— Bonne soirée alors ! répondit Paul, en essayant de cligner d'un œil, ce qu'il n'a jamais réussi à faire.
J'eus plaisir à me préparer après la douche. Une heure plus tard, j'arrivai devant les remparts d'Aigues-Mortes. A pied, je me dirigeai vers la place de la rencontre tout en prévenant Magali de mon arrivée. Quelques minutes plus tard, je la vis s'approcher de moi d'un pas rapide. Son visage ne souriait pas. Elle m'accosta et m'embrassa directement sur la bouche.
Ce fut un baiser aussi inattendu que furtif qui généra en moi les premières notes de la chanson éponyme d'Alain Souchon.
— Il y a mon voisin chez moi ! dit-elle.
— Ah ? mais…
— Ne t'inquiète pas, c'est pas un plan foireux, c'est juste qu'il a dépanné gracieusement ma voiture cet après-midi et que je lui offre un coup à boire. Comme il me colle un peu, je lui ai dit que je venais chercher un vieil ami à moi. Donc, on se connaît depuis longtemps, d'accord ?
Nous marchâmes jusqu'à son appartement situé dans un petit immeuble du centre. En entrant, je constatai en effet la présence du voisin, perché sur un tabouret de bar dans la cuisine, sirotant mollement un pastis. Magali me présenta comme un ami de longue date qu'elle avait plaisir à retrouver. Le voisin, stoïque, ne répondit rien. Petit homme rougeaud et grassouillet, il me regardait d'un œil torve. Après quelques instants de silence, il se mit à déblatérer sur tout et n'importe quoi avec un accent à couper au couteau. Magali m'offrit un verre et je servis de réceptacle aux poncifs du monsieur sur l'absence de fiabilité de la météo, l'inutilité du gouvernement et le fait que c'était mieux avant. Immuable sur son tabouret, il débitait des platitudes avec un aplomb incroyable. Je fus fasciné par la quantité de bêtise que cet homme concentrait.
Magali, un peu fébrile, allait et venait en hôtesse improvisée. Je restai debout pour ne pas laisser croire à l'intrus que je me plaisais à faire salon avec lui. Comme mon verre n'était pas encore vide, elle lui en proposa poliment un autre, qui aurait dû obtenir une réponse négative. Naturellement... il accepta. Elle insista sur le plaisir de me revoir, moi son vieil ami, après tant d'années. Elle m'embrassait gentiment de temps à autre, échangeait avec moi des apartés personnels totalement inventés. C'est ainsi que j'appris que nous étions allés ensemble à Acapulco et que notre stage de planche à voile en Grèce figurait parmi ses meilleurs souvenirs. Tout ceci laissait largement supposer que nous avions été amants et que nous avions très envie de le redevenir. Sans doute pour encourager ma patience ou pour me donner un gage sérieux sur la raison de ma présence, elle s'adossa contre moi une main dans le dos, pour masser mon entre-jambe. Peut-être s'assurait-elle également que j'étais venu avec tout ce qu'il fallait.
Rien n'y faisait, le voisin s'incrustait en poursuivant son monologue d'omniscient intergalactique. Le temps passait inexorablement. Je regardai ma montre en me demandant dans quel traquenard je m'étais fourré. Heureusement que Julia ne m'attendait pas. Le voisin n'avait manifestement pas de vergogne. Rien dans son attitude ne laissait supposer qu'il pouvait partir un jour.
— Tu m'en servirais pas un autre ? eut-il le toupet de demander après le quatrième.
Magali, redevable, lui resservit un autre verre. L'ambiance était devenue pesante. La soirée avançait et un sentiment amer se manifestait dans ma gorge. Les pastis succédaient aux pastis et l'écoulement du temps devint odieux. Alors que je décidai de prendre congé, le petit homme descendit tant bien que mal de son tabouret pour aller aux toilettes. Sa présence aux WC fut aussi gênante que dans la cuisine. Le bruit de sa miction ne laissait aucun doute sur ce qu'il était en train de faire. On aurait même pu croire qu'il était monté debout sur la cuvette.
Tandis que Magali montait la garde devant la porte, je m'éloignai pour aller souffler dans la pièce à vivre. Je découvris sur les étagères de sa bibliothèque toute une collection de petites figurines érotiques inspirées du Kâma-sûtra.
Lorsque l'Australopithèque sortit des toilettes, encore occupé à remonter sa braguette, Magali l'accompagna directement vers la porte d'entrée lui expliquant qu'avec ce qu'il avait bu, s'il devait intervenir, il risquerait de terminer dans le fossé.
— Te laisse pas avoir par ce tocard Magali ! éructa-t-il sur le seuil de la porte, enfin ouverte. Tu crois que j'ai pas compris ce manège ? Bien sûr qu'il veut te baiser. A moi tu me la fais pas ! Bon allez bises ma belle et… mèfi ! (9) dit-il avec une élégance heureusement inégalable.
Sans accorder de réponse, Magali referma la porte derrière lui et revint dans le salon, devenu silencieux.
— Je suis désolée, dit-elle.
Elle ressemblait à une petite fille qui avait fait une grosse bêtise. Elle s'approcha de moi, à petits pas, penaude et espiègle à la fois, jusqu'à arrimer son ventre contre le mien. A coups de bassin, elle me poussa peu à peu vers le canapé, dans lequel je finis par tomber. Elle releva alors sa jupe et s'installa à califourchon sur mes cuisses. Ses deux mains prirent mon visage pour engluer sa bouche contre la mienne avec de grandes affirmations de langues. Son dos était en forme de petite cuillère : fesses sorties, reins creusés, poitrine bombée et tête inclinée occupée à dévorer sa proie. Elle ondulait des hanches à faire craquer les coutures de sa jupe. Sa poitrine saillante tendait également le tissu de son chemisier, mettant à rude épreuve les boutonnières. Avec ses doigts parfaitement manucurés et en dépit de la longueur incroyable de ses ongles, elle intervint pour ne pas déchirer le précieux tissu. Chaque bouton qui sautait libérait sa patience et ses avantages mammaires. Je vis peu à peu apparaître un magnifique soutien-gorge vert-bouteille qui présentait des seins faits pour être admirés. Elle se déshabilla avec une aisance peu commune. J'eus le plaisir de découvrir un corps féminin soigné. L'intérêt que je porte à ces détails est parfois considéré comme futile. J'ai pourtant toujours apprécié cette forme d'altruisme. Cela contrastait avec le laisser-aller corporel et vestimentaire de Julia, qui était pourtant considéré comme « cool » par ceux qui, comme elle, n'accordent pas d'importance à ce genre de chose.
Le strip-tease au corps-à-corps de Magali portait une magie prometteuse. Je percevais les fragrances de ce que je voyais. Il y avait une osmose entre chaque ingrédient, comme lorsque l'on découvre l'équilibre d'un bon vin. Magali était devenue très belle. Le cœur battant et le souffle court, toute une gamme d'émotions laissait voleter ses notes, passant de l'impatience au contentement, de l'espoir à l'enthousiasme, de la joie à la passion.
Une délicieuse érection s'épanouit, alimentée par la fonte des neiges sensorielles. Son corps à dix centimètres de mon visage troublait ma vue et me donnait à ressentir. Les effluves de sa chair dénudée s'immisçaient en moi. Cette fille m'ouvrait sa grammaire intime. J'eus l'impression d'absorber tout ce qui émanait d'elle. A la différence de beaucoup d'œuvres d'art, celle-ci admettait qu'on la touche. J'espérai simplement que mes mains fussent suffisamment douces pour prendre toute la mesure de cette matière ambrée. C'est un moment que l'on confie à la capacité d'effleurement des doigts. Je m'attendais à ce que le cristal de sa peau se mette à chanter. Quel principe pourrait s'opposer au sublime de cet instant ?
Des souffles d'émotions me saisirent. Puissants aux larmes ils pouvaient aussi se dessiner comme un sourire. J'offrais ma confiance à cette inconnue de même qu'elle me donnait la sienne. Cette symbiose donne le sentiment d'un équilibre parfait.
Lorsque Magali se retourna et présenta son postérieur orné d'un plug, je crus être dans le faste d'un harem de maharaja. Debout, les mains sur les genoux, elle tendit sa croupe en arrière ouvrant ses collines de chair sur la lumière réfractée. Subjugué, je me redressai révérencieusement. Je posai mes mains sur les coussins tièdes et pris le temps de savourer l'instant. Mes pouces agirent sur la plasticité ferme des globes pour modifier l'écartement tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. Le plug semblait animé d'une vie propre. Parfois je devinais la pastille brune qui l'avait avalé. Galvanisé par cette vision et risquant le sacrilège, je posai mes doigts sur le bijou comme pour en tester le sertissage. Je fus surpris par la solidité du montage. La gardienne du temple n'intervenant pas, je m'enhardis jusqu'à presque le retirer. Le lien solide qui le retenait laissait tout de même deviner sa souche ovale, lisse et parfaite. Puis, le relâchant, l'ornement reprenait sa place dans la générosité de son écrin.
— Tu aimes ? demanda-t-elle
— Oui, ça me donne des frissons !
Magali mit fin à cette séquence qui ne devait pas trop durer pour conserver son prestige. Elle me fit face pour s'agenouiller entre mes jambes. Ce mouvement en lui-même contient une charge érotique aussi puissante que si elle était héroïque. Avec une dextérité étonnante, ses doigts pianotèrent entre mes jambes pour libérer mon membre contraint. D'une main décidée elle fit coulisser la fine peau de haut en bas comme pour magnifier la représentation phallique. Elle s'immobilisa, maintenant une rigidité totémique par sa main fermée sur la base de la hampe. La tête pourpre libérée de sa calotte était érigée pour une offrande à Eros. Alors, tombant du ciel comme un oiseau de proie, la bouche de Magali l'engloutit d'une chaleur douce et protectrice. Les lèvres resserrées firent de petits mouvements autour de la rotondité, s'attardant sur la base. La langue sur le frein me projeta rapidement dans des altitudes inaccoutumées. Par compassion, ce point sensible fut abandonné pour apprécier les plaisirs d'une plongée en fond de gorge. La base de ma hampe comprimée, ma verge flottait dans l'univers chaud et humide du gosier. Des allers-retours sur cette zone permirent de diminuer l'excitation tout en maintenant un niveau de plaisir radieux. Sa bouche se retira subitement, laissant mon membre luisant et pourvu d'une écume blanche. La main droite de mon hôtesse entreprit une masturbation dont je me souviens encore. C'était une série d'oscillations lestes et régulières qui remontaient sur le gland, tandis que la paume de sa main gauche était délicatement placée sous mes gonades alanguies. Il y avait la force et la finesse d'un chocolat haut de gamme. Lorsque sa langue a pointé sur le méat entrouvert, je crus voir arriver le générique de fin. J'étais subjugué par le savoir-faire de la dame, dont les actions de grâce la plaçaient définitivement sur un piédestal.
— Tu te régales ? demanda-t-elle.
— C'est incroyable !
— Tant mieux ! répondit-elle dans un sourire empêché par son œuvre de bienfaisance.
Je renversai la tête en arrière pour intérioriser mes sensations, puis revins dans la position initiale pour régaler mes yeux de la beauté du spectacle. J'étais pris par une forme d'indécision, naviguant dans un chaos de perceptions. Embarqué dans ce maelstrom, je me laissais dériver au gré des vents. Une voile m'emmenait sur une mer à laquelle on se voue totalement ou pas du tout. Une tiédeur, une réserve, donnerait le sentiment d'un inaccompli. Je choisi de me vouer.
Magali s'interrompit pour se placer à l'envers sur le sofa. Ses genoux sur l'assise, son dos vers la vacuité de la pièce, elle posa ses bras pliés sur la têtière. Je voyais la pointe de ses seins qui frôlaient le dossier. Coudes écartés, ses deux mains se chevauchaient, comme si elles se caressaient mutuellement. Elle posa la joue droite sur celles-ci, dans une attitude de madone. Je voyais ses omoplates saillir légèrement et le sillon de la colonne vertébrale marquer un vallon qui ondulait. Mon regard habitué à lire les images évoluait plaisamment dans cette géographie naturelle. La destination étincelait et projetait de petits reflets bleutés.
— Viens, prends-moi maintenant ! dit Magali langoureuse, le regard tourné vers moi.
Que cette invitation était belle ! Les relations humaines sont parfois si complexes que je me demandai par quel prodige, celle-ci était si simple. J'allais investir cette femme offerte, je pouvais caresser n'importe quelle partie de son corps alors que dans la vie de tous les jours on ne peut même pas soutenir un regard dans l'ascenseur. Cette femme que je connaissais depuis quelques heures seulement, m'offrait sa plus profonde intimité alors qu'on reste distant avec ses proches collègues. Que s'est-il produit ? Comment un changement de cette ampleur peut-il survenir par une main posée sur l'encolure d'un cheval ? Quelle que soit la réponse, ce monde-là me plaisait bien.
— Prends un préservatif dans le tiroir de la table basse !
M'approchant de la table de salon pour ouvrir le tiroir central, mon téléphone portable vibra. Sur le bandeau supérieur de l'écran, j'eus le temps de lire « Tu es où ? ».
(1) Le gardian (nom provençal pour « gardien ») est l'équivalent du cowboy américain ou du vaquero espagnol. Il travaille pour le manadier.
(2) Le manadier est un éleveur en Camargue. Manade vient de « main »et donc convient à un élevage de plus de cinq animaux (chevaux ou taureaux).
(3) La sansouïre est un milieu salé qui se développe dans la zone du delta de la Camargue.
(4) Une abrivado est la conduite des taureaux depuis les pâturages jusqu'aux arènes sous la surveillance des gardians. Arènes où se déroulent des courses camarguaises. Les taureaux ne sont jamais mis à mort à l'inverse de la tradition espagnole. Le taureau de Camargue est au contraire considéré comme un sportif accompli et fait l'objet des soins les plus attentifs par le propriétaire manadier.
(5) Un attrapaïre est une personne qui cherche à attraper les taureaux au cours d'une abrivado dans le but de les faire s'échapper.
(6) Frotter vigoureusement, frictionner...
(7) Pantaï c'est le nom de mon cheval. Ca veut dire rêve en provençal. Il fut mon premier étalon. Entièrement dressé par mes soins, il a concrétisé mon rêve de petit garçon.
(8) Interjection provençale très courante signifiant « aller » ou « vas ».
(9) « Méfie-toi » en provençal.
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Iznogood
19 avril 2025 à 00:47
Il y a des expressions délicates, d'une tranquille poésie, d'autres d'une ardeur enflammée,
des images d'une pertinence presque évidente et pourtant originales.
C'est réellement d'une qualité qui mériterait, qui aurait mérité (tempus fugit...) une médaille sans la moindre réserve.
Je passe un excellent moment de lecture.
Allez ! Next ! ☺️
Soyez respectueux
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BluePanthere
27 février 2025 à 22:22
Félicitations !
Du coup, après "la passante", je découvre cette histoire, et je ne suis vraiment pas déçu :)
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Jojo33bdx
9 février 2025 à 08:16
Magnifique histoire
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Wedreca
8 février 2025 à 12:35
Eh bien, Pantaï, j'ai adoré ! :)

C'est une magnifique rencontre que tu nous racontes là. Elle commence douce, pour se terminer très hot ! Vraiment délicieuse à lire ^^'.

Et puis, on en apprend sur la Camargue, c'est cool :).

Alors bravo, je te félicite ! Tu as bien travaillé !

Et puis je vois qu'il y a la suite qui arrive (heureusement vu la fin de ce chapitre ;)). Alors moi je dis : vivement le 18 ! :P
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