Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Sex in the Box - Chaque corps a son secret — Chapitre 1 · Prologue
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Sex in the Box - Chaque corps a son secret
Chapitre 1 · Prologue
Le projecteur clignote une dernière fois, puis la pièce s'éteint presque entièrement, ne laissant plus que la lueur menaçante d'un écran dominé par un dégradé noir et rouge.
Franck Vautrin reste volontairement immobile, le regard perdu dans le vide, cigare en fin de vie à la main. Il veut ménager son effet.
Il sait que derrière lui, réunis autour de la table, engoncés dans leurs costumes trop serrés, les investisseurs sont tout à la fois gagnés d'une euphorie naissante et envahis par un flot de doutes et de questions. Certains sont déjà emballés. D'autres pensent déjà aux chiffres. Il y en a peut-être même un ou deux qui se sont attrapés une demi-molle.
Il laisse planer le silence. Laisse le temps à leur cerveau d'enregistrer le flot d'images savamment pensées et montées que leurs rétines viennent de se prendre dans la tronche.
Il pivote finalement sur sa chaise de bureau pour faire face à l'assemblée. Dans un geste lent, il pose le vestige de son cigare dans le cendrier face à lui en faisant teinter son épaisse gourmette en or sur le métal. Tous les regards sont braqués sur lui. Tout le monde semble retenir son souffle. Il est le chef d'orchestre. Le centre du monde, à cet instant précis. Et il adore ça.
— Messieurs, dames…. Commence-t-il enfin en se redressant, voilà ce que je peux vous promettre : les cascades de flouze qui vont se déverser sur vos comptes en banque planqués en Suisse n'auront d'égal que les litres de foutre que tous les puceaux fébriles, les névrosés du cul et les pères de famille soi-disant bien rangés vont gicler devant leur écran.
Une sorte de frisson collectif traverse la pièce. Franck esquisse un sourire. Phase 2 de son plan de comm'.
Il le sait : il est une caricature ambulante. Le genre de type qu'on décrirait dans un docu racoleur sur les coulisses du X avec une moue faussement choquée : acteur porno repenti, reconverti dans la production, gourmette tape-à-l'œil, cigare à la main, regard de vieux loup déglingué par trop d'années passées à filmer des culs qui claquent...
Et il ne s'en cache pas. Au contraire : il en joue avec une jubilation presque enfantine. Parce qu'il sait que derrière le cliché se planque un as du business, un instinctif, un mec capable de flairer les bas-fonds du fantasme collectif mieux que n'importe quel analyste en costard.
La patte Francky, c'est ça : un savant mélange de trash assumé et de mécanique commerciale millimétrée. Les investisseurs le savent. Ou plutôt : ils le veulent. Ils ne sont pas venus signer avec un gentil producteur propre sur lui. Ils sont là pour s'encanailler, pour pouvoir dire à leurs dîners mondains : « Vous voyez ce programme sulfureux qui explose les audiences ? C'est moi qui ai parié dessus. Avec Francky Vautrin, ouais. LE Francky. »
Et ceux qui ne le connaissent pas encore ? Ceux qui découvrent ce soir cette figure improbable, mi-tyran, mi-icône déchue ? Ça le fait marrer. Il adore les observer se débattre intérieurement, entre méfiance et fascination, avant de céder à l'inévitable : l'odeur du fric.
Son CV parle pour lui : quinze ans devant la caméra à exhiber sa "carrure", autrement dit l'énorme queue dont le bon dieu avait bien voulu l'affubler au moment de le créer – cinq films cultes du X underground – un scandale retentissant en 2003 quand il claque la porte d'une production en insultant tout le plateau ("bande de branleurs, même pas foutus de filmer une levrette correctement")...
Puis viennent les années 2010, la reconversion : production, direction de castings, création de formats sulfureux qui cartonnent les uns après les autres – de Chaud Devant à Secret Fantasme. Et toujours cette signature reconnaissable entre mille : un mélange d'exhibition brute, de règles perverses et d'une couche savamment dosée de suspense psychologique.
La patte Francky, c'est ce savant dosage : assez de cul pour exciter, assez de mystère pour retenir, et toujours, toujours, ce petit twist tordu qui retourne les estomacs. Il le sait : les téléspectateurs veulent bien se rincer l'œil… mais ce qui les rend accro, ce qui les fait revenir, c'est l'ombre d'un secret qu'on ne leur révèle pas tout de suite.
Ce soir, entouré de ces investisseurs qui cherchent à la fois le frisson et le profit, il savoure déjà sa victoire. Il a affûté son pitch, huilé ses effets. Il sait qu'il est à la limite du grotesque, qu'on le regarde parfois comme un animal de foire. Mais il s'en fout. Parce que lui, il connaît la règle numéro un du jeu : au final, c'est toujours Francky qui encaisse.
Le producteur se penche vers eux avec un sourire carnassier, mains à plat sur la table, prêt à attaquer. Maintenant qu'il a capté toute l'attention, c'est l'heure de rentrer dans le vif du sujet. De leur balancer la sauce.
— Bon. Vous savez ce que c'est, le cul. Tout le monde aime ça, mais personne ne veut en parler trop sérieusement. La télé-réalité ? Pareil. Tout le monde la regarde en cachette, la commente sous pseudo, et crache dessus en public. Moi, j'ai décidé de mélanger les deux. Sans fioritures. Sans faux semblants.
Il fait une pause, balaye la salle du regard, puis enchaîne, sa voix rauque redevenue tranchante :
— Le titre, c'est Sex in the Box. Huit candidats. Huit secrets intimes. Une maison fermée pour max sept semaines, des caméras partout, une ambiance savamment pensée pour pousser à la luxure et à la débauche la plus totale. Et en face ? Un public prêt à se maltraiter inlassablement le poireau en mattant ça. Le concept, il est con comme tout : chacun débarque avec son petit boulet au pied – un secret bien sale ou bien tordu, quelque chose qu'il cache au monde entier. Ces secrets sont planqués dans des boîtes – huit belles grosses boîtes métalliques accrochées au mur de la pièce la plus importante de la baraque : la fameuse Box Room.
Sur l'écran derrière lui défilent les images : des boîtes lisses, anonymes, un prénom gravé dans le métal froid pour l'instant flouté. Au centre, une neuvième boîte, plus imposante, baigne dans une lumière rouge pulsante.
— Chaque joueur démarre avec 10 000 balles dans sa cagnotte personnelle. Une petite carotte pour bien démarrer. S'ils veulent engranger plus, ils doivent démasquer les autres. Une fois par semaine, chacun peut prendre la parole en pleine lumière et accuser. Il balance son hypothèse : “Le secret de machin, c'est truc.” Et là, deux scénarios : soit c'est bingo – la boîte s'ouvre, spectacle garanti, et le mec ou la nana rafle les 10 000 balles de celui ou celle qu'il a démasqué. Soit c'est à côté de la plaque – et boum, il perd 1 000 balles, direct dans la cagnotte commune. »
Il ricane, frappe du plat de la main la table en bois massif.
— Et attention : à zéro euro, fini de jouer les Sherlock. Tu peux plus accuser tant que t'as pas renfloué ta caisse. Pour ça ? Facile : soit tu te fais accuser à tort – jackpot, tu récupères 1 000 balles de la cagnotte de l'autre abruti qui s'est planté – soit tu gagnes des sous via les épreuves hebdomadaires. Et là, on va leur en faire baver : des jeux de séduction, des défis de résistance... tout ce qui fait monter la température et fait mouiller les slips des téléspectateurs. Du cul, du cul et encore du cul, en gros.
L'un des investisseurs, cravate trop serrée et cheveux trop bien coiffés pour être honnête, le coupe dans son élan en levant une main tremblante. Francky se retient de lui demander de fermer sa gueule le temps qu'il finisse son laïus. Mais il se reprend. Il adore jouer avec cette bande d'abrutis remplis de fric, mais il sait qu'il doit un minimum les caresser dans le sens du poil.
— Ouais ? Beugle-t-il simplement.
— Les candidats sont des acteurs ? Ils sont briefés pour assurer le show !
— Surtout pas, malheureux ! C'est du mec ou de la nana normale ! Du bon vieux populo, de ceux qui viennent réveiller tes saloperies d'instinct de voyeur au quotidien ! C'est ta voisine de pallier que tu mattes s'enfiler un gode XXL dans la minette, ton collègue de boulot que tu regardes se faire pomper sur le plan de travail de la cuisine !
— Les candidats sont des acteurs ? Ils sont briefés pour assurer le show !
— Surtout pas, malheureux ! C'est du mec ou de la nana normale ! Du bon vieux populo, de ceux qui viennent réveiller tes saloperies d'instinct de voyeur au quotidien ! C'est ta voisine de pallier que tu mattes s'enfiler un gode XXL dans la minette, ton collègue de boulot que tu regardes se faire pomper sur le plan de travail de la cuisine !
Un murmure collectif traverse l'assemblée qui s'agite un peu. Une nana au regard avide planqué derrière d'épaisses lunettes lève la main à son tour.
— Comment vous vous débrouillez pour convaincre des Monsieur et Madame Tout-le-Monde - tous avec des secrets honteux, de surcroit – de s'exposer au monde avec la certitude qu'ils vont assurer le show ?
— Ça, c'est pas bien compliqué, ma grande. Pour les faire venir, on leur file un bon gros cachet. Un truc du genre 5000 balles par semaine passée dans la baraque. Et histoire de leur vendre un truc super safe, on leur donne la possibilité de nous filer une liste rouge avant de rentrer : tous les noms de ceux qu'ils veulent exclure : famille, ex, voisins, patrons… peu importe. Grâce à nos partenaires en cybersécurité, aucun de ces noms n'aura accès à la diffusion. Le reste du monde, par contre… grand spectacle garanti. J'ai le nec plus ultra en terme d'équipes de casting et de scénaristes. Je suis prêt à poser mes couilles sur la table qu'il y aura du show bien hard, croyez-moi.
— Ça, c'est pas bien compliqué, ma grande. Pour les faire venir, on leur file un bon gros cachet. Un truc du genre 5000 balles par semaine passée dans la baraque. Et histoire de leur vendre un truc super safe, on leur donne la possibilité de nous filer une liste rouge avant de rentrer : tous les noms de ceux qu'ils veulent exclure : famille, ex, voisins, patrons… peu importe. Grâce à nos partenaires en cybersécurité, aucun de ces noms n'aura accès à la diffusion. Le reste du monde, par contre… grand spectacle garanti. J'ai le nec plus ultra en terme d'équipes de casting et de scénaristes. Je suis prêt à poser mes couilles sur la table qu'il y aura du show bien hard, croyez-moi.
Nouvelle vague de murmures, un peu plus intenses. Miss Lunettes Épaisses ne semble pas encore totalement convaincue, le regard fixe sur le mur.
— Cherchez pas, j'ai pensé à tout. C'est de l'or en barre et si vous me laissez aller au bout du laïus que je me suis cassé le cul à mettre sur pied, vous allez vous en rendre compte, vous aussi.
L'annonce provoque une chute brutale du niveau sonore. Francky profite de cette brèche pour appuyer sur une touche de la télécommande posée sur la table. Une nouvelle image apparait sur l'écran, il reprend là où il s'était arrêté :
— Ca...le clou du spectacle. La neuvième boîte. Celle-là, mes cocos, c'est le secret ultime. Rien à voir avec les petits secrets individuels : ça, c'est le gros lot. Pour tenter de l'ouvrir, faut que les huit candidats soient unanimes. Tous d'accord sur ce qu'ils pensent être la vérité. Et chacun doit mettre 1 000 balles au pot. S'ils réussissent ? La cagnotte commune est partagée équitablement entre tous les survivants, et le jeu s'arrête. S'ils se plantent ? Leur fric repart dans la cagnotte commune… et moi, je continue de compter les billets en coulisses. Avant de vous faire les virements, bien sûr.
Il se redresse, fiérot, le cigare de retour entre ses doigts, et conclut :
— C'est simple : ça suinte le sexe, ça pue le secret, et c'est calibré pour faire exploser les compteurs. Du voyeurisme intelligent, saupoudré d'un soupçon de perversion. En gros : exactement ce que le public veut. Même s'il n'ose pas l'avouer.
Un silence compact suit sa dernière phrase. Les regards glissent vers l'écran, hypnotisés par l'image de la neuvième boîte qui pulse doucement, comme un cœur prêt à exploser. Un ou deux investisseurs échangent des œillades discrètes, mais personne ne bronche vraiment. La tension est montée d'un cran, lourde, presque palpable.
Francky, lui, n'en perd pas une miette. Il connaît cette ambiance : c'est le moment charnière. Celui où l'excitation refoule encore derrière des murs de prudence, où chacun pèse le risque mais sent déjà l'odeur du jackpot lui chatouiller les narines.
Il écrase son cigare dans le cendrier avec un sourire carnassier.
— Vous savez quoi ? Vous allez me dire que c'est vulgaire, que c'est risqué, que c'est tordu. Mais vous le savez aussi bien que moi : ça va cartonner. On a tous des instincts crades. Et ce que je fais, moi, c'est vous vendre le droit de mater ça peinards, bien planqués derrière votre écran.
Il se lève lentement, range la télécommande dans la poche intérieure de sa veste, puis ajuste son col avec un geste mesuré. Avant de quitter la salle, il jette un dernier regard circulaire, un demi-sourire au coin des lèvres :
— Alors… vous signez maintenant ou vous préférez attendre que je vous présente le spin-off ? Vous savez, celui avec des célébrités…
Un éclat de rire étouffé fuse. Puis plus rien. Les portes se referment derrière lui. Francky avance dans le couloir en sifflotant, déjà certain d'avoir gagné. Les millions allaient pleuvoir, c'était écrit.
Les boîtes ? Elles allaient s'ouvrir. Et quand ce serait le cas, ce serait pas seulement des secrets qui allaient gicler.
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Commentaires ()
Quand à savoir si ca existe déjà, au fur et à mesure que j'écrivais je me suis dit que c'était tout bonnement impossible que quelqu'un n'ait pas déjà eu cette idée... Mais je n'ai pas suffisamment cherché pour trouver, en tout cas.
Sinon, merci pour le compliment ! :)