Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Les silences brulants — Chapitre 1 · La mécanique du vide
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Les silences brulants
Chapitre 1 · La mécanique du vide
Je m'appelle Charlotte. À cette époque, j'avais 22 ans, je vivais dans une ville moyenne de province pour mes études. Je louais un petit studio, pas très loin de la fac. Ma vie était bien réglée, je dirais même facile. Les cours se passaient bien, ayant toujours été une bonne élève. Je faisais du yoga deux fois par semaine, un groupe d'amis solide et fiable. Trois soirs par semaine, je travaillais dans un bar à cocktails, dans le centre-ville, pas très loin de chez moi non plus. Ça payait mal, mais ça suffisait pour mon loyer et ça m'offrait un peu de liberté.
On m'avait toujours décrite comme « jolie ». J'ai toujours aimé prendre soin de moi, me maquiller sans trop forcer. Sans maquillage, je trouvais que je faisais trop jeune. Je n'ai jamais été la bombe du groupe, la fille que tous les garçons désiraient, mais je me suis toujours sentie bien dans mon corps. J'étais plutôt discrète et réservée.
À ce moment-là, j'avais les cheveux coupés aux épaules, ondulés, teints en blond décoloré. Avec le recul, ce n'était sans doute pas ma meilleure inspiration. Mes jambes étaient fines et élancées, mon ventre plat, que je surveillais avec soin, ma peau douce. Mes seins faisaient un bonnet B, ni trop gros, ni trop petits, juste ce qu'il fallait pour que je m'habille comme je le voulais. Ils étaient en revanche très sensibles : un rien les faisait pointer, ce qui m'avait toujours complexée. Je portais donc toujours un soutien-gorge. J'admirais celles qui osaient pointer en public sans en avoir honte. Pour le bas, je n'allais pas encore chez l'esthéticienne et gardais un triangle ou une bande plus ou moins épaisse, selon mes envies et les saisons.
J'étais en couple depuis presque trois ans avec Lucas. Un garçon gentil, attentionné, toujours prêt à rendre service. Le genre de mec que tout le monde aime bien : le bon gars, celui sur qui on pouvait compter. Il avait grandi dans cette ville et connaissait tout le monde. Le voisin du bar, le fils du boulanger, l'ancien prof de sport... À croire qu'il avait des souvenirs avec chaque coin de rue.
On s'était rencontrés par hasard, lors d'une soirée étudiante à la fac. Ce genre de soirée où il y a trop de monde, où on se force un peu à sourire, à discuter. Lui, il était là, un verre à la main, avec ce regard rassurant, ce sourire facile. On avait échangé quelques mots, et c'était devenu une évidence.
Avec lui, j'ai découvert ce que c'était d'avoir une « vraie » relation. Avant, j'ai eu deux aventures, des flirts de lycée, des histoires sans importance, pour faire comme les copines. Avec lui, c'était différent. On avait appris ensemble ce que c'était de partager des moments, de s’ennuyer ensemble puis d'avoir nos habitudes. Il vivait encore chez ses parents, alors il a vite pris le réflexe de venir dormir chez moi chaque week-end. La semaine entre mes soirs de boulot et ses entraînements de foot, nous n'avions aucun soir de libre en commun.
À l'époque, je croyais l'aimer. J'étais persuadée que c'était ça, l'amour. Mais avec le recul, je crois surtout que je ne savais pas encore ce que c'était vraiment.
Mais surtout... il y avait ce creux dans mon ventre. Ce manque que je ne savais pas encore nommer, mais qui me rongeait un peu plus chaque semaine. Ce désir sans réponse. Lucas était tendre, attentionné, toujours prêt à m'embrasser sur le front, à me serrer dans ses bras, à me dire des mots doux. Celui dont tout le monde rêverait pour sa fille. Le gendre parfait. Cependant au lit, tout était devenu mécanique. Prévisible. Sans surprise, sans intensité. Un mauvais scénario appris par cœur, qu'on rejoue sans conviction, sans jamais oser improviser.
Ses caresses n'étaient plus que des gestes nécessaires. Il ne me touchait pas pour me faire frissonner, pas pour m'explorer, pas pour deviner ce que je voulais. Non. Il me caressait parce qu'il fallait que je sois prête, que mon corps lui ouvrait la porte. Elles cherchaient juste à ce que ça glisse, que ça fonctionne. Rien de plus.
Je le suçais parfois. Pour lui faire plaisir. Parce que je savais qu'il aimait ça, mais sans passion. Sans ce feu que j'aurais voulu sentir. Il faut dire qu'il n'avait rien de vraiment... impressionnant. Il entrait facilement dans ma bouche, sans effort, sans ce vertige que j'imaginais dans mes rêves. Tout était à l'image de nos nuits : sage, rangé, sans débordement.
Les positions s'enchaînaient dans le même ordre, presque immuable. Je montais sur lui d'abord, cavalière appliquée, faussement enivrante. Puis il prenait le relais, missionnaire, les yeux mi-clos, son souffle court, son plaisir proche. Et enfin, pour finir, il me tournait, levrette, parce qu'il adorait mes fesses rondes qu'il pouvait aller un peu plus vite, un peu plus fort, avant de se libérer. C'était plat. Prévisible et maintenant, insipide.
Alors, j'ai pris l'habitude de me toucher en cachette. Bien plus souvent que je n'aurais osé l'avouer. Parfois chaque soir, après le service, quand je rentrais du bar et que je refermais la porte sur le monde. Parfois le matin, sous la douche, quand l'eau chaude me faisait oublier un instant la fatigue. Je me cherchais dans ces moments-là. Avec mes doigts, avec un coussin, avec ce petit vibro acheté un jour sur un coup de tête. Je me laissais aller. Je choisissais avec soin des films, mais pas ceux vulgaires. Je voulais des images qui donnent envie. Des scènes où le désir était vrai, où les corps se cherchaient, se trouvaient, se dévoraient du regard avant même de se toucher. Parce que ce n'était pas le sexe que je voulais. C'était la passion. L'abandon. Le vertige d'exister dans le regard de l'autre. Le frisson d'être désirée au point d'en perdre le souffle...
Ces films ont commencé à alimenter mes pensées ou bien est-ce l'inverse ? Ces fantasmes que je cultivais en secret. Un homme... Un vrai... Plus âgé... De ceux qui ont des rides au coin des yeux, des mains larges, un regard qui sait. Un homme qui prendrait le temps. Qui saurait. Qui oserait. Parfois quand je fermais les yeux et laissais mon esprit divaguer, c'était un de mes profs qui me venait en tête. Celui avec ses cheveux grisonnants, ses chemises un peu froissées, son odeur de tabac froid et de café. Je ne pensais pas vraiment à lui. Je pensais à ce qu'il représentait. À la force tranquille. À la domination douce. À ce qu'il aurait pu me faire ressentir si seulement...
Et dans ces instants-là, seule, je vibrais enfin. Je retenais mon souffle. Je tremblais. Je cherchais à m'oublier, à m'effacer dans un plaisir que je n'osais pas réclamer ailleurs. Le pire, c'étaient ces dimanches soir. Quand Lucas repartait chez ses parents. Je faisais mine d'être triste. Je l'embrassais doucement, lui disais de faire attention sur la route. Dès que la porte se refermait, je respirais, je retrouvais mon corps. Mon plaisir. Ce moment à moi. Rien qu'à moi. Le moment où, seule, je pouvais frissonner, vibrer. Où, pour un instant, j'existais.
Je n'en parlais à personne. Les filles bien ne parlent pas de ce qu'elles font seules. Mes copines célibataires parlaient de leurs dates, de leurs plans cul, de leurs folles soirées, mais rarement d'elles-mêmes. Puis les filles comme moi, encore moins, il faut rester discrète : « pour être heureux vivons cachés ». Mais tout groupe de filles a une extravertie. Flavie, la rousse du groupe. Celle qui baise librement, qui n'a honte de rien, qui raconte tout avec un rire éclatant. Parfois je l'enviais quand elle racontait comme son nouvel amant l'avait prise. Parfois, elle me faisait peur quand elle ouvrait son carnet pour y inscrire les détails du numéro quarante-huit. Mais au fond de moi, une petite voix se disait qu'elle vivait ce que moi je ne faisais que rêver.
Et puis un soir, ma vie si calme a basculé. Il y est entré sans prévenir. Enfin, il est entré dans le bar où je travaillais, et ça a suffi à tout bousculer.
Je me souviens encore du moment où je l'ai vu. Il était là, debout, dans l'encadrement de la porte, à attendre qu'une table se libère. Grand, sûr de lui sans arrogance. Un de ces hommes qui n'ont pas besoin d'en faire trop pour qu'on les remarque. Un manteau sombre, une barbe de quelques jours, ce regard... Ce regard qui semblait scruter le monde avec une curiosité tranquille, comme s'il lisait en chacun de nous.
Je me souviens encore du moment où je l'ai vu. Il était là, debout, dans l'encadrement de la porte, à attendre qu'une table se libère. Grand, sûr de lui sans arrogance. Un de ces hommes qui n'ont pas besoin d'en faire trop pour qu'on les remarque. Un manteau sombre, une barbe de quelques jours, ce regard... Ce regard qui semblait scruter le monde avec une curiosité tranquille, comme s'il lisait en chacun de nous.
À ses côtés, une belle femme élégante. Une Asiatique au visage fin, au sourire discret, à la robe bleue sous son manteau, qui épousait parfaitement ses courbes. Ils allaient bien ensemble. Trop bien. À les voir, j'aurais dû détourner les yeux. Me dire : un de plus, un homme heureux avec sa compagne. Mais je n'y arrivais pas. Je les observais. Lui, surtout.
Il avait ce sourire... ce sourire qui ne se force pas, qui naît au coin des lèvres quand on se sait désiré. Elle le dévorait des yeux. Je les servais, je les regardais sans les regarder. Je notais les détails, malgré moi : la façon dont il se penchait vers elle quand il lui parlait, cette main qui frôlait la sienne, ce murmure presque tendre. Ce rire étouffé qu'elle laissait échapper parfois, un peu trop fort, un peu trop vrai.
J'effectuais mon travail, bien sûr. Les verres, les commandes. Je sentais une chaleur sourde monter en moi, une envie étrange. Pas pour lui. Pas pour elle. Pour ce qu'ils représentaient. Pour ce qu'ils étaient en train de vivre sous mes yeux : cette alchimie, cette tension douce et électrique, ce jeu de séduction auquel je n'avais jamais vraiment goûté. Quand ils sont partis, main dans la main, il m'a lancé un regard. Un regard bref, mais qui m'a transpercée. Un simple merci silencieux peut-être, mais j'y ai vu un monde.
Je suis rentrée ce soir-là avec le cœur qui battait trop fort. J'ai claqué la porte, j'ai laissé tomber mon sac, sans même allumer la lumière. Mon corps était en feu. Mon ventre, vide et lourd à la fois. Ce manque, ce désir que j'avais essayé d'oublier, de faire taire... Il était là, immense, brûlant.
Je n'ai pas réfléchi. Je me suis laissé tomber sur le canapé, je me suis allongée, mais pas sur le dos. Non. Sur le ventre. Comme si déjà, dans ce geste, je voulais qu'il soit là, sur moi, en moi.
J'ai ouvert mon pantalon puis glissé ma main sous le tissu humide, contre ma peau brûlante, mes doigts cherchant ce point où le manque hurlait le plus fort. Je me cambrais un peu, une main sur mes seins, l'autre qui me possédait, enfin. Je fermais les yeux, je voyais son visage, son regard sombre. Je l'entendais murmurer à mon oreille, ses mains dures qui me tenaient, qui m'imposaient ce qu'il savait que je voulais. Pas des mots doux. Pas des promesses. Juste cette force, ce besoin.
J'ai ouvert mon pantalon puis glissé ma main sous le tissu humide, contre ma peau brûlante, mes doigts cherchant ce point où le manque hurlait le plus fort. Je me cambrais un peu, une main sur mes seins, l'autre qui me possédait, enfin. Je fermais les yeux, je voyais son visage, son regard sombre. Je l'entendais murmurer à mon oreille, ses mains dures qui me tenaient, qui m'imposaient ce qu'il savait que je voulais. Pas des mots doux. Pas des promesses. Juste cette force, ce besoin.
Je frottais, plus vite, plus fort. Mon souffle qui s'emballait, ma gorge qui se serrait, ce feu qui montait, qui montait, jusqu'à ce que ça explose en moi. Un vrai orgasme. Brut. Sauvage. Un de ceux qu'on ne surjoue pas. Un de ceux qui laissent trembler, qui arrachent un gémissement qu'on ne reconnaît même pas.
Et puis le silence. Le silence lourd, moite. Ma joue collée contre le coussin. Mon cœur qui battait encore trop fort. Je restais là, vidée, épuisée, le corps lourd et chaud, les doigts tremblants.
L'écran de mon téléphone s'est allumé dans le noir et j'ai tendu la main
Lucas : “Bien rentrée ma chérie ?”
L'écran de mon téléphone s'est allumé dans le noir et j'ai tendu la main
Lucas : “Bien rentrée ma chérie ?”
C'est là que j'ai eu honte. Une honte douce et amère, qui m'a brûlé les lèvres, la poitrine, le ventre. Parce que je savais. Je savais que je n'aurais pas de regret à lui être infidèle pour connaître ce frisson avec un autre. Parce que je savais que ce que je venais de vivre, ce tremblement, ce vertige, lui, jamais il n'avait su le faire naître en moi. Jamais.
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Commentaires ()
Quelle belle surprise !
En plus, ca me rappel des sensations...
Le petit copain qu'on croit aimer, mais qui n'apporte rien.
L'envie de découvrir, d'aller plus loin.
Merci beaucoup.
Je vais dévorer les suites.
Bises
Mumu
Merci pour cette histoire très bien écrite et pour la retranscription de tes sensations.
Hâte de lire ta prochaine histoire.
Bien écrit
J espère que la suite qui devrait arriver prochainement vous plaira tout autant...
Un beau texte brut, mais emplit d'une bestialité, d'une cérébralité !
Je m'installe :D