Soeur Denise
Chapitre 1
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✦ Zeltron Soeur Denise XSTORY
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
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Soeur Denise — Chapitre 1

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Zeltron
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Soeur Denise

Chapitre 1

   
On dit que les villages reculés sont tranquilles. C'est possible. Mais les villageois, le sont-ils vraiment ?
Fernand vivait dans une localité d'un millier d'âmes environ, quelque part dans l'Allier. En ces lendemains de Grande Guerre, la religion restait encore prégnante malgré un précédent siècle très sévère contre l'Église.
Non pas qu'il fût républicain laïcard, au contraire ; mais cette cohabitation lui causait un terrible tourment.
Sœur Denise était arrivée voilà quatre ans. Elle avait été envoyée dans une communauté de sœurs qui secondaient le père Alphonse vieillissant, tant aux offices qu'aux cloches, ou lors des célébrations : les Rameaux, la Toussaint, Pâques ou Vendredi Saint, Fête-Dieu, Pentecôte avec ses langues de feu… Ici, point de maire ou d'instituteur « bouffeur de curé », on tenait fort aux rassemblements chrétiens et aux traditions.
Elles aidaient également pour soigner les malades et les anciens ; et voir une soutane ou un habit dans la rue ne dérangeait personne.
Sa pureté d'âme se montrait jusqu'au retour des blessés : le fils du vieux Claude avait perdu son visage à la Lys, et pourtant, sœur Denise fut la première, dès son retour de l'hôpital et alors que tous fuyaient à sa vue, à baiser son front meurtri.
Cette religieuse n'était pas une femme, c'était un ange. Un ange dont la finesse de visage était valorisée par sa guimpe immaculée, sa barbette, et son voile serré blanc et noir.
Jamais Dieu n'avait conçu de créature aussi douce, aussi belle que sœur Denise. Quand ses yeux se posaient sur quelqu'un, c'était avec toute la bonté dont un être humain pouvait se montrer capable. Sa voix caressante aurait apaisé le plus violent des hommes, sinon Belzébuth lui-même. Les villageois s'accordaient à dire, entre eux que sœur Denise avait tout d'une sainte sur terre. Et même en faisant preuve de modestie et de pauvreté, elle appréciait humblement les présents au quinze mai : souvent des consommables, qu'au presbytère elle partageait avec le père Alphonse et les autres sœurs de sa congrégation.
Mais Fernand comptait parmi ces jeunes hommes en pleine ébullition ; âgé de dix-neuf ans, depuis quatre noëls il ne cessait de nourrir un trouble à l'égard de la religieuse. Plus âgée – mais de peu – elle était arrivée dans le village dès lors qu'elle eut porté l'habit, au sortir du conflit.
Il n'était pas le seul garçon sensible à ce charme ingénu, mais il en était probablement le plus habité. Car il avait beau savoir pertinemment que la religieuse avait prononcé ses vœux, il ne pouvait s'empêcher de la voir comme une femme. Et malgré sa robe noire et blanche assez ample, on pouvait percevoir le volume de sa poitrine, deviner sa silhouette nymphale de muse.
    Le père Alphonse se trouvait en déplacement quelques jours et dut laisser l'église à ses consœurs. Le cœur chamboulé, battant à en rompre son thorax, Fernand franchit donc les portes en bois de l'édifice multi-centenaire et, d'une marche à la vivacité inversement proportionnelle à son assurance, traversa la nef en direction de la femme de Dieu qui était en train de retirer la cire du porte-cierges.
    L'entendant approcher, elle se retourna et sourit :
— Fernand ! Je peux vous aider ?
Il vint près d'elle, en confidence, et parla d'une voix basse de crainte d'être entendu, alors qu'ils étaient seuls.
— Sœur Denise, je… J'aurais besoin de me confesser.
— Mais… Je ne peux pas. Est-ce que ça ne pourrait pas attendre le retour du père Alphonse ?
— C'est que… je n'ose pas lui parler de mes péchés.
— Je ne comprends pas… C'est son rôle de vous écouter, et de vous aider à trouver la paix.
— Oui, mais vous savez… Il a tendance à sermonner. Mais vous… Vous, vous êtes bonne, bienveillante et…. Je me sens plus en confiance, avec vous. J'ai besoin de parler.
En principe, la religieuse était très attachée aux règles, et son titre ne l'autorisait pas à entendre les confessions – encore moins à absoudre les péchés. Mais devant ce paroissien qui l'appelait à l'aide – une aide dont il avait vraisemblablement besoin – sa bonté d'âme l'emporta ici et elle accepta de lui accorder du temps à huis clos, mais pas dans le confessionnal.
— Bien… Allons au presbytère, on ne nous y dérangera pas.
Là, la nonne invita le garçon à prendre une chaise, contre la table. Après s'être lavé les mains, elle s'assit de l'autre côté.
— Je vous écoute. Que se passe-t-il ?
— J'ai péché en pensée, ma sœur.
— Seulement en pensée ?
— … Oui.
— Et de quel genre de pensée s'agit-il ?
— J'ai… J'ai des pensées à l'égard d'une femme qui… qui est magnifique, son charme est immense.
— Elle vous tente ?
— Non ! Elle… Ce charme est innocent, malgré elle. Je me bats, et pourtant, je ne peux pas m'empêcher de m'imaginer l'embrasser, la serrer dans mes bras. Et… ma sœur, faut-il que j'en dise davantage ?
— Je comprends votre tourment. Cette femme, est-elle mariée ? ajouta-t-elle après une pause.
— Non. Enfin, je ne crois pas.
Techniquement, si : mais pouvait-il dire « mariée à Dieu » sans qu'elle ne fasse le rapprochement ?
— Il faut vous en assurer. Et si elle ne l'est pas, envisagez de lui dire ce que vous avez sur le cœur. L'amour est un sentiment noble et pur. Et le désir qui en découle n'est pas nécessairement un péché ; il est même nécessaire.
— Mais ces pensées… elles vont vraiment loin, ma sœur. Et je pense qu'elles sont pécheresses.
— Votre jeune âge se l'explique. L'essentiel est que vous parveniez à contrôler vos pulsions. Et cette femme, sait-elle que vous la désirez ?
— Non. Je ne peux me résoudre à le lui dire. Mais elle est si douce, si belle, son cœur est d'or. Je ne peux pas lui résister !
Il commençait à perdre le contrôle et craignit d'en dire trop. Sa verge était raide et il se rendait compte qu'elle parlait de plus en plus pour lui. Alors il s'interrompit tout seul et un silence plana quelques secondes.
— Le Seigneur nous présente des épreuves tous les jours, plus ou moins dures à surmonter. Ne vous en voulez pas d'être en difficulté.
— Merci pour votre compréhension, ma sœur. Je ne mérite pas autant de bienveillance.
— Ne dites pas ça… Vous avez beaucoup de qualités, Fernand. Vous êtes jeune, plein de vie, le trouble charnel est normal.
— Que puis-je faire pour me repentir ?
— Vous battre contre la tentation, tant que cette femme n'est pas vôtre. Et si vous en avez besoin, un Je vous salue Marie.
— Merci, ma sœur.
— Ne me remerciez pas. Que Dieu vous bénisse.
— Vous aussi.
Ils quittèrent le presbytère en se saluant. Avec un sourire, avant de partir, sœur Denise approcha sa main et signa une croix sur son front avec son pouce. Le garçon dut se retenir de lui prendre les bras et d’embrasser vivement ses joues roses de vie.
Une fois chez lui, Fernand fantasma de plus belle sur cette magnificence. Ils avaient été si proches ! Ah, que ne lui dirait-il, s'il osait ! Il désirait la combler de baisers, caresser cette bouche, si pulpeuse dans son innocence, d'où ne sortait que de la tendresse.
Son imagination débordait vis-à-vis de cette femme pourtant chaste. Elle ne faisait aucun geste interprétable, aucun sous-entendu, aucun regard malicieux qui pouvait trahir une envie sexuelle. Et pourtant, il s'imaginait comme étant l'exception, l'homme pour lequel sœur Denise contreviendrait à ses vœux, l'espace d'un instant, d'un égarement.
Mieux : que cette religieuse, si parfaite en apparence, cachait le jeu d'une femme bien plus laïque, moins sacrée. Ça n'avait aucun sens, pourtant il aimait y croire.
Il faisait jour. Le soleil dominical traversait les vitraux, illuminant de toutes leurs couleurs le sol de la nef. Sœur Denise était occupée à terminer de ranger l'autel après la fin de l'office. L'église était vide.
Doucement, le cœur battant la chamade, Fernand vint à hauteur de l'autel, se prosterna devant la croix. La nonne sortit de la sacristie et vit le paroissien se relever.
— Bonjour, Fernand. Le Seigneur vous bénisse.
— Bonjour, ma sœur. Je… je ne vous dérange pas ?
— Non, j'ai presque terminé. Vous avez encore besoin de vous confesser ? Le père Alphonse est en train de se reposer au presbytère. Vous pourrez le voir tout à l'heure.
— Oui… Non… Ma sœur, j'ai besoin de vous parler. À vous, à la personne que vous êtes, et non à la femme d'Église.
Un peu surprise par cette annonce inattendue, elle haussa les sourcils.
— Ah oui ?
— Mais pas ici. Pouvons-nous… ?
— Il y a déjà le père Alphonse au presbytère, je vous l'ai dit.
Qu'elle était belle ! Ses yeux ressortaient dans son teint clair.
 Malgré tout, dans sa mansuétude, la religieuse invita le garçon à la suivre dans la sacristie. Une fois entre quatre murs, la porte fermée, assis face à face, Fernand fit les premiers pas :
— Je sais que vous vous êtes dévouée à Dieu seulement. Mais, me permettez-vous de vous demander… Avez-vous déjà vécu ce que je vis en ce moment ?
Surprise derechef, la tête de la nonne fit un léger mouvement de recul. Ses yeux balayèrent la table, quant à ses mains, elles se cherchaient mutuellement ; son visage semblait rougir à vue d'œil.
— Eh bien… hem… Je dois confesser que… en effet, le vœu de chasteté n'est pas toujours facile à respecter.
— Vous voulez dire… ?
— Comme vous, j'ai déjà péché en pensée, oui. Pas en acte. Mais ce furent parfois de dures batailles. Il y a des hommes…
— … qui réveillent la femme en vous. C'est cela ?
— Disons-le ainsi. Vous comprenez donc pourquoi je vous comprends, ajouta-t-elle après un temps.
— Oui.
Un ange passa, pouvait-on dire. Leurs gorges s'étaient nouées. Ils se jetaient mutuellement des regards. Le cœur de Fernand, plusieurs fois, manqua un battement. Ses joues aussi s'empourpraient d'émotion et de désir.
— Sœur Denise… Cette femme… je ne peux pas l'aimer. Mais c'est plus fort que moi !
— Vous avez découvert qu'elle était mariée ?
— Elle est… elle s'est déjà promise, oui.
— « Tu ne convoiteras point la femme de ton prochain », le Dixième Commandement de Dieu ! lui rappela-t-elle avec considération.
— Hélas, je sais ! Mais cette personne est d'une telle bonté, elle apaise mon cœur autant qu'elle me dévore l'esprit. Maintes fois je m'empêche de lui offrir une étreinte, un baiser. Je retiens ma bouche pour ne pas lui dire des mots doux et sincères, ni tout le bien que je peux penser d'elle. J'ai… j'ai besoin de le dire !
— Dans ce cas, dites-le-moi, si cela peut apaiser votre conscience. Je garderai tout comme un secret de confession : rien ne sortira de la sacristie ; Dieu m'en soit témoin.
L'occasion était inespérée ; Fernand allait pouvoir lui ouvrir son cœur. Ainsi se confia-t-il sans entrave, ses mots tous aussi passionnés que sincères.
Sœur Denise l'écoutait attentivement, émue par ce discours d'un amour intense qui le dévorait, bien que pécheur. Le désir qui transpirait dans ses intonations, c'était du désir pur ; il ne voulait pas simplement forniquer comme un certain nombre de jeunes hommes avaient tendance à faire ou à songer, c'était une envie de sexe « propre ». Pas grand-chose ne séparait ces deux façons d'aborder la chair, mais la religieuse arrivait à le voir.
Pour tout dire, le discours la touchait au fond de son être féminin. Il trouvait des mots, des intentions nobles alors qu'il se savait illégitime. Et jamais, au grand jamais, n'avait-elle entendu un homme parler ainsi d'une femme. Car il ne se contentait pas de louer la beauté physique ; c'était l'être humain dans son ensemble, son esprit, son comportement qui augmentaient son physique vraisemblablement onirique, à en croire ses descriptions. Même lorsqu'il se surprit à complimenter les seins de cette personne, sœur Denise ne sentait là aucune lubricité abusive ; c'était mignon de le voir tout rouge. Et puis, à cette époque, on ne donnait pas autant de détails quant à ce que l'on souhaitait faire à l'autre sexe.
Ainsi, le cœur de la religieuse battait à son tour, compatissant dans le tourment du confident.
Parfois, elle posait des questions, elle échangeait avec lui et ne le laissait pas dans un monologue. Elle lui avait pris tendrement les mains pour l'aider à s'apaiser, mais la façon qu'il avait de les lui étreindre ajoutait du trouble dans son corps.
De nouveau, ses pensées allaient à l'encontre de ses vœux : elle s'entrevoyait de plus en plus dans la femme qui lui était décrite. Non pas qu'elle comprenait être l'objet de ce désir si honnête, mais elle devait s'avouer envieuse.
Ses mains, qui n'avaient pas lâché celles du garçon, répondirent à l'étreinte. Ses respirations étaient prises de trémolos, ses yeux grands ouverts ne quittaient pas son interlocuteur.
— Fernand… Vous n'avez pas idée de combien je vous comprends. J'ai éprouvé ça, moi aussi, pour des hommes. Des hommes vraiment charmants, comme vous. Je sais ce qu'on dit : je parais peut-être parfaite comme religieuse, mais sachez que c'est aussi un combat de tous les jours.
Sœur Denise était en train de perdre complètement pied à son tour. Ses pensées se désordonnaient, elle se confessait de bien plus que Fernand n'eût pu l'imaginer.
Au fur et à mesure de l'échange, ils s'étaient déplacés, et maintenant, la table ne les séparait plus. Au contraire, leurs corps étaient un peu plus rapprochés.
Les lèvres entrouvertes, la servante de Dieu ne quittait plus le visage de son pénitent, ; on pouvait deviner, à la fermeture brève de sa bouche, une déglutition couverte par la guimpe.
Les yeux ne pouvaient trahir les intentions d'une personne. Et là, le temps parut à l'arrêt. Sœur Denise comprit, sans un mot, que cette femme louée avec autant d'ardeur et de sentiments sincères n'était autre qu'elle-même, et Fernand lisait dans les siens qu'elle était sur le point de céder, elle aussi, à ses pulsions refoulées jusqu'ici.
— Sœur Denise…
Elle ne répondit mot. Elle aurait pu le repousser, en détournant la tête et en lui rappelant ses vœux. Mais elle n'en fit rien. Ni en acte, ni en parole… ni en pensée.
Alors, d'un coup, le jeune homme la saisit contre son torse dans un soupir éperdu et la serra dans ses bras, le visage plongé dans son voile à hauteur du cou. Et il l'embrassa, sur le tissu, de manière naturelle. Fernand sentait sa poitrine collée à lui. Un profond souffle féminin satisfait envahit la sacristie, et ses mains étreignirent le dos du jeune garçon.
Ni l'un ni l'autre n'avaient encore connu pareil contact ; et il était terriblement bon. La bouche du garçon remonta jusqu'à la joue, qu'il baisa comme dans son fantasme : intensément. La peau de la jeune femme était douce, et par ailleurs, ce baiser réchauffait ses poumons et son ventre.
Puis de la joue, Fernand passa sans précipitation à ses lèvres qui se montrèrent bien vite aussi gourmandes que lui ; toutes les barrières de ses vœux prononcés venaient de se lever, et Denise perdait l'espace d'un instant le titre de « sœur ». Elle saisit même le visage en face d'elle pour le maintenir en place, pour qu'il ne s'en aille pas.
Même s'il s'agissait de leur premier baiser à tous deux, ils ne perdaient pas de temps : leurs langues se croisèrent bientôt, et même avec de la maladresse, il intensifiait le désir de sexe. Les mains masculines glissèrent sur le tissu en suivant les courbes jusqu'aux hanches, et ne s’arrêtèrent pas en arrivant sur les fesses.
Être touchée ainsi, avec désir et passion, enivrait Denise. Au fond d'elle, depuis longtemps, elle savait que son combat serait un jour perdu : ce jour était arrivé, avec cet homme-ci.
Après tous ces moments de doutes, ces tentations charnelles qui lui avaient demandé tant d'efforts avec d'autres, Denise allait trahir son vœu. Oh, elle s'en doutait un peu : les humains étaient faibles de nature, et pas un instant elle ne s'était enorgueillie de perfection morale. Cette possibilité de céder à l'appel du corps – toutefois point souhaitable – n'était jamais écartée depuis ses premiers émois ; combien de confessions « officieuses » avaient prouvé que les paroissiens s'y abandonnaient si souvent, plus que tous les autres péchés… Son serment d'abstinence ne la prétendait pas éthiquement meilleure.
Sa conscience lui disait bien que c'était mal, mais la religieuse n'était plus en état de la suivre. Tous deux venaient de franchir le Rubicon. Et puis, était-ce un si terrible crime aux yeux du Christ que de céder avec un paroissien au cœur et au désir si purs ? Lui qui, tout comme elle, n'avait encore jamais fait l'amour ? Il eut pu la tenter et la posséder comme bon nombre d'autres femmes, après tout ; en un pareil cas, sans doute l'aurait-elle éconduit : c'était sa pleine pureté qui l'avait séduite.
Le baiser terminé, les deux se regardèrent avec un sourire dans les yeux. Fernand posa sa main sur la joue et sur la barbette, caressant de son pouce et admirant ce visage au sublime amplifié par l'habit religieux.
— Ma sœur… puis-je vous demander une faveur ?
— Oui.
— … Je rêverais de voir votre corps.
 Sans pouvoir se l'expliquer, la religieuse éprouva un nouveau vent chaud dans sa chair et se surprit à monter ses mains fines sous la guimpe, avant de descendre lentement, retirant les boutons, jusqu'à hauteur du nombril. Puis elle étira l'ample tissu et dévoila aussitôt, surplombant une taille svelte, des seins d'albâtre que l'on n'eût pas pu faire plus parfaits. Ronds, fermes et volumineux, aux tétons roses que l’excitation faisait pointer. Devant eux se tenait encore le rosaire de bois brun, tel un ultime rempart de vertu. En vain : il s'effaçait des yeux.
À leur vue, Fernand poussa un soupir feutré. Ses yeux s'illuminèrent alors que les pommettes de la religieuse devenaient écarlates. Sans rejet, le visage s'approcha, comme ses paumes, et toucha la poitrine avec amour et désir. Le garçon s'emporta bien vite et couvrit cette peau de baisers, de caresses, malaxant ces deux fruits défendus sous lesquels un cœur de femme tambourinait.
Levant le visage, bouche ouverte et les yeux fermés, Denise posa ses mains sur la tête de son partenaire en souriant. Ses soupirs devinrent des râles quand elle sentit la langue l'humidifier. Des frissons s'emparèrent de son corps tout entier. Une seule pensée désormais lui venait à l'esprit : « Que c'est bon… ! »
Pendant la guerre, juste avant de porter définitivement l'habit, la sœur avait travaillé dans la Croix-Rouge. Et plusieurs fois, elle avait dû aider les blessés à s'habiller, à se laver. Elle savait donc comment étaient conçus les hommes.
Mais un homme infirme, à l'esprit cassé par l'horreur, peinait à réagir au charme d'une femme, aussi belle eût-elle pu être. Une sœur, plus âgée, à la vie laïque avant de s'offrir à Dieu, satisfit donc les interrogations en expliquant comment « ça » fonctionnait ; et ce jour-là, dans cette sacristie au fond de l'Allier, sœur Denise éprouva beaucoup d'intérêt à voir ce qui lui était raconté.
Fernand était toujours à genoux devant elle, à se régaler autant qu'il la régalait, n'ayant plus aucun contrôle sur les mots qui passaient entre ses lèvres, des compliments du cœur qui, sous leurs airs osés, flattaient profondément la jeune religieuse.
Puis, portant ses mains fines et douces au visage, elle invita son paroissien à se lever pour qu’ils s’embrassent de nouveau avec délectation.
Le cœur battant et un frisson dans l'échine, la jeune femme s'agenouilla, dans une certaine impatience de voir une érection. Sans un mot, Fernand ouvrit son pantalon et le baissa : la verge sauta devant le visage ceint de tissu blanc, et Denise fut émue de ce spectacle à la fois curieux et fort plaisant. Une attirance provenue de l'insondable s'empara de son corps, et ses doigts s'approchèrent du membre pour l'attraper, sans brusquerie. C'était chaud, c'était dur, mais satisfaisant de l'avoir dans la main. Au moins, la catholique pouvait maintenant être sûre qu'il n'était pas Juif – si elle en avait douté un jour.
Fernand était-il membré comme tous les autres ? Flasques, toutes les verges se ressemblaient, ou presque. Mais en excitation, Denise ne pouvait dire… Quoi qu'il en fût, celle-ci la séduisait.
Sans se précipiter, sa main entama une masturbation dont les soupirs de Fernand donnaient le la. Elle dégagea son gland coloré, l'admirant avec beaucoup de fascination.
En ces années-là, dans un village de campagne, la pornographie n'était pas accessible aussi facilement ; rien que sa dénomination différait de la nôtre. Ainsi l'éducation sexuelle était-elle très sommaire, souvent faite à l'instinct ; et l'éducation au plaisir inexistante, voire honnie. On apprenait sur le tas, par l'expérience. Ou on faisait preuve de bon sens.
C'est dans ce second cas que Denise eut l'idée de déposer de la salive dans sa main, et ainsi d'en badigeonner le membre viril afin de rendre ses caresses encore plus douces. En effet, son intuition lors de l'assèchement progressif du gland à l'air libre lui avait fait penser à l'humidifier à nouveau.
L'attirance de la nonne pour le sexe en face d'elle faisait naître une envie aussi osée que gourmande : pratique existant avant même l'ère chrétienne, elle restait très mal vue ; le rapport charnel ne devait servir qu'à la procréation : quelle utilité y avait-il alors, autre que le seul péché de luxure, que d'envelopper une verge dans sa bouche ?
Ce fut pourtant ce que fit la religieuse, presque sans hésitation, dès lors qu'elle se sentit prête. Elle voulait sucer. On ne l'avait certes pas éduquée là-dessus, sœur Apolline elle-même n'en avait fait mention, et pourtant sa bouche avait envie de cet appendice mâle, peut-être même davantage que son ventre.
Se retrouver le gland bien au chaud, constamment inondé de salive, une langue passant tout autour, c'était le paradis sur terre pour Fernand. Pas instruite au plaisir, vierge, la religieuse avait pourtant un talent dans cette première fellation.
Son secret : y avoir pris goût tout de suite.
Tout juste avait-elle commencé ses premiers va-et-vient que sa bouche aimait la verge ferme. Denise respirait par le nez plus vite à cause de l'excitation. Ses respirations étaient parfois habitées par un petit râle bref étouffé par la chair.
Bien sûr, il ne pouvait pas comparer, mais Fernand vivait une merveilleuse gâterie, offerte avec envie. Voir ainsi sœur Denise, à genoux, dans son voile et la poitrine dévêtue, la queue raide entourée de ses lèvres, il ne l'avait pas imaginé même dans ses rêves humides. Il laissa s'échapper un : « Oh, ma sœur… » dans un de ses soupirs, avant de se mordre la lèvre. Ses muscles se contractaient d'eux-mêmes sous l'effet des caresses, des chevrotements troublaient ses inspirations.
Il existait, à la ville, des établissements dont les filles maîtrisaient l'art du sexe oral et pouvaient faire exploser leur clientèle en l'espace de quelques minutes ; elles savaient jouer de la bouche, de la langue, mais aussi des mains en les posant où il fallait, en attrapant ce qu'il fallait.
Alors forcément, une femme d'Église, pucelle tardive, en pleine découverte du corps mâle, ne pouvait rivaliser. Pourtant, avec ses maladresses, elle offrait à son cher paroissien une heure de rêve et d'ivresse qui lui suffisait fort bien dans sa propre inexpérience. Quand Denise levait les yeux en continuant son office, Fernand la trouvait divinement belle et séduisante.
Plusieurs fois, sa queue eut soudain des spasmes de plaisir. Même si la sacristie n'avait pas de serrure et que n’importe qui pouvait les surprendre, ils prenaient leur temps. Le garçon, ne sachant pas très bien quoi faire de ses mains, en posa une sur le voile noir pour caresser la religieuse. Peut-être ne le sentait-elle pas, mais ça restait une marque de tendresse.
La fellatrice en habit continuait de profiter, d'apprécier cette pratique pourtant moralement condamnée. Mais était-ce tant le fait de sucer un homme qui la séduisait, ou de sucer Fernand ? Elle ne pouvait le dire. L'essentiel était qu'elle prît du plaisir à remuer la tête le long de ce sexe loin de faiblir. Très loin de faiblir, au contraire.
Quelle satisfaction cela pouvait-il être que d'avoir cette chair épaisse, ferme ? De sentir la forme du gland, le prépuce en arrière, les veines sur Sa langue qu'elle faisait tourner comme autour d'une friandise de son enfance. Et voir ce jeune homme tout sourire, envahi par la jouissance approchante, l'appeler à mi-voix comme pour l'encourager à continuer… Tout à elle, toute à lui ; un partage honnête entre ces deux pauvres pécheurs dans la maison de Dieu.
Quand soudain, les contractions se firent d'un coup vives et nombreuses. Fernand eut à peine le temps d'articuler : « Sœur… sœur Denise ! Ça vient ! » qu'elle se retrouva inondée de liquide chaud et visqueux sur sa langue. Surprise, elle ouvrit grand les yeux : c'était ainsi que jouissaient les hommes ?
Les râles de Fernand montraient en tout cas que l'instant fatidique avait été intense pour lui. Cette puissante éjaculation lui apportait un sentiment de satisfaction et de bonheur sur le moment.
Sans précipitation, il sortit sa queue encore érigée de la bouche de sœur Denise en la regardant d'une tendresse et d'une amitié infinies. La religieuse, quant à elle, se releva.
Vint alors, une fois l'excitation retombée, non seulement le cas de conscience mais aussi une situation compliquée pour la femme en habit : où allait-elle se débarrasser de cette liqueur qui abondait dans sa bouche, à ce goût salé ainsi qu'écœurant ? Point de lavabo ici – un luxe réservé aux citadins – ni de récipient ou de tissu qui ne fût pas sacré. Il fallait se rendre au presbytère, mais ce dernier n'était pas adjacent à l'église et, en ce dimanche après-midi, bien des gens pourraient l'interpeller pour lui parler.
Perdue, comme prise par le temps, sœur Denise ne voyait pas d'autre alternative et se résolut, bien dépitée, à tout déglutir. La texture, le goût et la quantité lui causèrent des haut-le-cœur, et elle porta la main quelques minutes à sa bouche. Elle avait aimé la queue, mais le sperme, c’était une autre affaire. Plusieurs fois, elle manqua même de vomir.
La sœur et le paroissien se regardèrent devant le fait accompli, et une grande culpabilité s'empara d'eux. Une culpabilité commune à l'égard de la fellatrice : que Fernand ait péché, à vrai dire, il y avait bien pire que cela. Mais une religieuse, officielle, qui avait prononcé devant Dieu le serment d'abstinence… Elle n'y avait même pas été obligée, il n'avait même pas insisté, elle n'avait pas cédé pour lui faire plaisir et qu'il lui fiche la paix. Chaque acte avait été fait de plein gré, dans une envie personnelle de partage et de curiosité.
La nonne savait, d'ailleurs, que s'ils avaient parlé dans le presbytère et non dans la sacristie, elle l'aurait invité jusque dans son lit. Elle était encore vierge du ventre, cela aurait pu ne plus être le cas. Mais à quoi bon ces considérations : sa virginité totale était perdue de toute façon.
Dans cette pièce au silence brisé uniquement par une pendule discrète, sœur Denise reboutonna sa tunique et Fernand son pantalon.
— Je suis désolé, ma sœur…
Elle ne répondit pas tout de suite. Elle ne le regarda même plus. Elle se contenta seulement d'un vague hochement de tête.
— Fernand, c'est… j'ai besoin d'être seule.
Sans plus de cérémonie, le jeune homme quitta le bâtiment. Sœur Denise, quant à elle, se rassit à la table et posa sa main sur son front, le regard perdu dans le vide. Un nouveau réflexe nauséeux la prit.
Une part d'elle ne pouvait se résoudre à voir ce qui venait de se passer comme un véritable crime. Elle avait trahi son serment et de cela, elle se reconnaissait pleinement coupable. Mais les circonstances, le partage, l'homme en question… La nonnain ne parvenait pas à considérer cette relation sexuelle comme un péché capital. Oui, elle avait sucé ; pire : avalé. Le dégoût d’une pratique aussi dévergondée que vulgaire, digne des prostituées, continuait de lui saisir la gorge. Oui, son habit devait la maintenir loin des considérations animales de ce bas-monde. Nul ne l'avait forcée à le porter, elle s'était engagée auprès de Dieu par véritable vocation. Fallait-il donc qu'elle se retire du clergé ? Elle dédiait toute sa vie au Seigneur.
Exceptionnellement, la religieuse ferma la porte de l'église. Elle était seule dans le silence.
Marchant humblement, tête basse, vers l'autel et la grande croix, elle s'agenouilla, mains jointes, dos courbé, en posture d'humilité. À voix haute, elle implora le pardon à Dieu, au Christ, à la Sainte Vierge, et la compassion de Marie-Madeleine. À chacun elle confirmait ses remords, tout en cherchant leur compréhension.
Mais l'acte en lui-même avait été commis au sein de la maison de Dieu, et le jour du Seigneur. Outre son irrespect des vœux et de l'habit, cela causait un double sacrilège.
Pouvait-elle savoir ce qu'il se disait de son cas, là-haut ? Elle, fille de Dieu dévouée, qui avait tant aidé son prochain sans jamais y chercher d'intérêt personnel, toujours humble et pieuse, insensible au luxe, qui se contentait de peu de confort… Pour elle, cette exemplarité ne rendait l'outrage que plus grave encore. Ses prières promettaient, de tout cœur, que cela ne se reproduirait plus ; qu'une fois, c'était une faute, une erreur, mais deux fois, c'était un choix.
Et puis, sa curiosité à l'égard des hommes avait été partiellement satisfaite : certes, savoir ce que ça faisait de les accueillir entre les jambes l'intéressait, et c'était pour cela qu'elle eût pu véritablement coucher avec Fernand au presbytère, mais elle en avait déjà vu beaucoup. Savoir, maintenant, aidait à relativiser. Dieu était-il néanmoins du même avis ? Impossible de le dire.
La nuit même, sœur Denise n'était pas la seule à peiner à dormir : Fernand se tournait et se retournait dans son lit, à repenser à ce moment. Le souvenir aurait pu lui être délicieux, mais il avait conscience de l'embarras dans lequel il avait mis la religieuse.
Ne sachant que faire, que dire, le paroissien et la nonne gardèrent une certaine distance. Mais la première chose qui le surprit – agréablement – fut de la voir demeurer au village ; elle avait hésité, vraiment, à une contrition en couvent. Mais un sens du devoir l'obligeait aussi à rester pour aider.
Elle ne se confessa pas pour son péché. Pas au père Alphonse ni à ses consœurs, tout du moins : les humains ne comprendraient pas ce qu'il s'était passé dans son corps et dans son esprit, ni ce qu'elle ressentait depuis. Pour cela, elle ne s'en remettait qu'à Dieu qui, quelque chose au fond de son âme le savait, saurait la pardonner un jour.
Dans un village, tout se savait très vite. Surtout ce genre de chose. Pour autant, le secret perdura : si l'on pouvait médire que la Jeannette était une graine de putain, jamais il ne viendrait à l'idée de quiconque de soupçonner l'exemplaire sœur Denise. En outre, à cette époque, on respectait encore beaucoup l'habit sacerdotal.
Une saison s'était écoulée. Fernand retrouva de nouveau sœur Denise dans l'église. Elle déposait la nappe fraîchement lavée par ses soins sur l'autel. En levant les yeux, voyant cet homme approcher les mains jointes en avant en tenant son chapeau, le temps parut s'arrêter ; une forme d'inquiétude s'empara de la religieuse.
Fernand s'agenouilla en se signant devant l'autel, puis regarda celle avec qui il avait péché.
— Bonjour, ma sœur.
— Bonjour, Fernand.
Une tension régnait. Pas sexuelle, pas froide ou austère, mais l'un comme l'autre ne semblait pas savoir comment réagir. Ils étaient figés dans ce bâtiment vide et frais.
— Je… Je venais vous voir pour… Il fallait que je vous parle.
— Fernand…
Son regard la montrait comme implorant de ne pas continuer : la dernière fois qu'il avait dit ça…
— Non ! Non, ce… Ce n'est pas ce que vous croyez. Je… Je tenais à vous présenter toutes mes plus sincères excuses. Je… sincèrement, je ne pensais pas qu'on en arriverait là. Je suis désolé, du plus profond du cœur, de tous les tourments que ce moment a pu vous causer.
D'une certaine façon, le cœur de sœur Denise parut s'apaiser. Le jeune homme triturait son chapeau, et on sentait sa sincérité dans ses yeux, dans sa voix.
Elle ne savait pas quoi répondre, les mots lui manquaient. Par conséquent, un profond soupir s'échappa de son nez. Le regard qu'elle portait sur Fernand retrouvait en quelque sorte la même douceur qu'avant la fellation, la même compassion. Bien sûr, elle restait toujours aussi embellie par son habit normalement chaste.
Fernand se l'était avoué : il n'avait pas simplement désiré sœur Denise. Il en était amoureux. Un sentiment qu'il savait interdit. Après ce dérapage, le temps était venu de faire son deuil.
— Je vous pardonne, murmura-t-elle finalement. À vous de vous excuser auprès de Dieu.
— Je le fais, ma sœur. Tous les jours. Et je Le prie pour vous pardonner vous aussi. Vous ne méritez pas Sa colère.
Ce n'était pas à lui, pauvre mortel, d'en décider ; mais l'intention toucha la religieuse, et elle sourit avec un « Merci » sincère.
— Puis-je vous demander, ajouta-t-il, ce que vous comptez faire maintenant ?
— … Je vais continuer mes devoirs.
Et là ce fut tout pendant de longues secondes silencieuses. Puis elle prit une lente inspiration :
— Fernand… Vous devez savoir que ce qu'il s'est passé… C'était une erreur pour nous deux. Un accident grave. Mais ne croyez pas que vous soyez le seul fautif : j'ai aussi mes torts. Je vous l'ai dit : ce n'est pas toujours facile de résister. Vous…
La suite étant difficile à dire, sœur Denise eut besoin d'avaler sa salive.
— … Vous êtes le premier homme que j'aie vu. Dans ce genre de situation, je veux dire. Et vous serez le seul. J'étais curieuse, j'ai appris… et je me sens plus apte à résister à la tentation, maintenant. Je ne trahirai plus mes serments.
— Je regrette de vous avoir poussée à la faute.
— N'en parlons plus. Que nous le voulions ou non, c'est arrivé. Je le regrette, comme vous. Il est temps de tourner la page et de mériter le pardon du Seigneur.
Ils n'eurent plus grand-chose à se dire. Chacun remercia l’autre et se promit de laisser ce souvenir dans son jardin secret, en espérant ne plus éprouver de gêne en se rencontrant. Fernand la salua et quitta la nef.
Cet échange lui avait fait du bien à l'esprit, même s'il en gardait un goût doux-amer, mais prévisible. Mieux valait que les choses restassent ainsi.
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Oberon
4 décembre 2025 à 22:23
Doux et bien écrit, j'aime beaucoup
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