Le Jardin des Silences
Chapitre 1
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Couverture de Le Jardin des Silences, par Olena
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Fiction
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Lesbiennes Orientation principale dans ce chapitre

Le Jardin des Silences — Chapitre 1

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Certifiée écrite par un humain D'après nous ce texte a été rédigé par un humain

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Olena
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Le Jardin des Silences

Chapitre 1

Le premier matin où Camille aperçut Éléna, la ville semblait encore à moitié endormie. Une brume légère s’étirait entre les bancs de la petite place de Saint-Martin, adoucissant les contours du monde comme si quelqu’un avait passé un chiffon sur une vitre. Les cafés n’avaient pas encore mis leurs chaises dehors, et seuls quelques pigeons grommelaient entre les pavés.
Camille, elle, aimait ce moment suspendu où tout était encore possible. Elle s’y tenait chaque jour, carnet en main, prête à dessiner un passant, un lampadaire, ou simplement le silence. Elle travaillait comme illustratrice freelance, ce qui signifiait des horaires flexibles, des nuits souvent blanches, et une passion calme qui ressemblait à un fil qu’elle tirait depuis l’enfance.
Ce matin-là, précisément, Camille avait décidé de croquer la façade du vieux théâtre abandonné. Elle avait déjà posé les premières lignes quand une silhouette apparut sur les marches : une femme, fine, enveloppée dans un manteau bleu nuit, les cheveux tirés en un chignon simple. Elle semblait émerger du brouillard comme un personnage de roman.
Camille releva la tête, son crayon figé en l’air. Il y avait dans cette apparition quelque chose d’inattendu, d’un peu magique, peut-être parce que la femme avançait lentement, presque en écoutant le sol, comme si chaque pas importait.
Puis la femme s’arrêta juste devant le théâtre, leva les yeux vers les lettres délavées, et Camille fut certaine d’avoir déjà vu quelqu’un regarder un bâtiment avec autant d’affection. C’était une façon de regarder que l’on réservait normalement à une personne aimée.
— Il vous plaît aussi ?
La voix, douce, mais assurée, la surprit. La femme venait de se tourner vers elle. Camille sentit une chaleur soudaine lui monter au visage.
— Oui... enfin, oui. J’aime bien ces lieux un peu oubliés. Ils gardent des histoires, répondit-elle.
La femme hocha la tête comme si elle comprenait profondément.
— Je m’appelle Éléna.
— Camille.
Éléna observa le carnet ouvert, se pencha légèrement. Camille eut l’impression d’être soudain très visible, comme si chaque trait qu’elle avait posé sur le papier dévoilait quelque chose d’elle-même.
— Vous dessinez très bien.
Ce n’était pas tant le compliment que le ton : un mélange de douceur et de certitude, comme si Éléna venait de lui dire quelque chose d’évident et d’indiscutable. Camille sourit, troublée. Depuis longtemps, personne ne lui avait parlé ainsi.
— Merci. Vous êtes... de la ville ?
Éléna détourna les yeux vers le théâtre.
— Je suis revenue hier. J’ai grandi ici... mais je n’étais pas revenue depuis dix ans.
Il y avait dans sa voix une nostalgie qui la rendait presque fragile, mais seulement presque. Il flottait autour d’elle une sorte de force tranquille que Camille ne parvenait pas à définir.
— Je peux m’asseoir ? demanda Éléna.
— Bien sûr !
Camille déplaça son matériel pour lui faire de la place. Elles restèrent un long moment silencieuses, l’une dessinant, l’autre contemplant la façade. Parfois leurs regards se croisaient, s’accrochaient une seconde de trop, et Camille avait l’impression qu’un fil invisible commençait doucement à se nouer entre elles. Quand le soleil finit par percer la brume, Éléna se leva.
— Merci pour ce moment. Je crois que j’en avais besoin. Peut-être qu’on se recroisera ?
Elle lança cela avec légèreté, mais Camille sentit que la question n’était pas anodine.
— Je viens ici presque tous les matins, répondit-elle, presque trop vite.
Éléna sourit par un sourire qui semblait refermer un secret autour d’elle, puis s’éloigna.
Les jours suivants, elles se retrouvèrent sans jamais se donner rendez-vous. Éléna arrivait parfois avant Camille, parfois après. Parfois elle apparaissait derrière elle sans un bruit, et Camille sursautait. Parfois elle restait de longues minutes à observer ce que Camille était en train de dessiner avant d’ajouter un commentaire, toujours juste, toujours inattendu.
Parfois elles ne parlaient presque pas. Et pourtant Camille avait l’impression de parler énormément, sans mots entre âmes sœurs qui se comprennent, mais avec tout ce qu’elle était. Un matin, alors que le printemps commençait seulement à se deviner dans l’air, Éléna arriva avec un petit sac en papier.
— Pour vous, dit-elle.
Camille déplia le sac. À l’intérieur : deux croissants encore tièdes dont l'odeur invite à la dégustation.
— Pourquoi ? demanda-t-elle, décontenancée.
— Parce que vous oubliez souvent de manger quand vous dessinez, dit Éléna avec un sourire amusé.
Camille éclata de rire. Et quelque chose, à l’intérieur d’elle, s’ouvrit.
Un autre matin, Éléna arriva en courant, chose étonnante, presque impossible à imaginer venant d’elle.
— Camille ! Il faut que je vous montre quelque chose. Venez !
Sans réfléchir, Camille rangea ses crayons et suivit Éléna qui traversa la place d’un pas rapide, contourna le théâtre, et atteignit une petite rue que Camille ne connaissait pas. Au bout se trouvait un portail rouillé.
— C’est ici, murmura Éléna en poussant le portail.
Derrière, un jardin sauvage, envahi d’herbes hautes, d’arbres tordus, de fleurs oubliées. Des éclats de couleurs surgissaient au hasard, comme si le jardin refusait obstinément de mourir.
— C’était mon refuge quand j’étais adolescente, dit Éléna. Je viens de découvrir qu’il existe encore.
Camille s’avança, émerveillée.
— C’est magnifique...
— Je savais que vous aimeriez.
Il n’y avait rien d’extraordinaire dans cette phrase. Et c’était justement cela qui bouleversa Camille. Cette façon qu’avait Éléna de la comprendre : sans effort, sans hésitation, comme si elle lisait un livre familier.
Elles passèrent l’après-midi à marcher entre les plantes, à toucher les feuilles, à écarter les branches. Plusieurs fois, la main d’Éléna frôla celle de Camille. La première fois, Camille recula légèrement sans le vouloir ; la seconde fois, elle resta immobile ; la troisième, elle osa refermer délicatement ses doigts. Éléna ne se déroba pas. Ce simple geste fit trembler le monde autour d’elles.
Mais il y avait une part d’ombre, et Camille le devinait depuis le début. Éléna semblait parfois s’éloigner, comme si elle disparaissait dans un endroit intérieur où Camille ne pouvait pas la suivre. Elle changeait alors : sa voix se faisait plus lointaine, son regard plus dur, comme si elle se rappelait soudain quelque chose qu’elle tentait d’oublier.
Un jour, Camille osa lui poser la question. Elles étaient dans le jardin, allongées dans l’herbe encore humide. Le soleil filtrait à travers les feuilles, dessinant des taches dorées sur la peau d’Éléna. Camille la regarda et se demanda comment une seule personne pouvait être à la fois si douce et si inaccessible.
— Tu penses à quoi, quand tu t’absentes comme ça ? demanda-t-elle doucement.
Éléna sursauta presque. Puis elle se redressa, croisa les bras autour de ses genoux.
— À rien d’important.
— Éléna...
La jeune femme demeura silencieuse un long moment. Puis elle dit :
— Quand j’étais adolescente, je venais ici pour fuir ma maison. Mon père était... quelqu’un de dur. Violent, parfois. Je suis partie à dix-huit ans. Je n’ai jamais voulu revenir.
Camille sentit une bouffée d’émotion lui serrer la poitrine.
— Je suis désolée...
— Ne le sois pas. C’est du passé.
Mais Camille comprit que « du passé » ne signifiait pas « oublié ». Éléna portait encore en elle des cicatrices qui la faisaient fléchir parfois, comme si le vent pouvait la briser. Alors Camille se rapprocha d’elle, lentement. Elle posa une main sur son bras.
Éléna ne dit rien, mais elle s’appuya légèrement contre elle, comme si elle permettait enfin à quelqu’un de la soutenir. Ce fut ce jour-là que Camille comprit qu’elle était amoureuse. Pas un simple attachement, pas une attirance. Une certitude profonde, lumineuse, calme. Une évidence.
Les jours devinrent des semaines, les semaines un mois entier. Le théâtre abandonné devint leur point de départ, le jardin secret devint leur monde, et la ville autour d’elles semblait peu à peu se teinter des couleurs de leur histoire.
Un soir, Éléna invita Camille chez elle. Elle vivait dans un petit appartement au dernier étage, sous les toits, avec une vue magnifique sur les lumières dorées de la ville.
Elles préparèrent un dîner simple, comme si elles avaient fait cela mille fois. Elles parlèrent, rirent, partagèrent des souvenirs. Camille apprit qu’Éléna travaillait dans la restauration d’œuvres d’art, ce qui expliquait son regard minutieux, sa façon délicate d’observer le monde.
Quand Camille se leva pour partir, Éléna l’accompagna jusqu’à la porte. Elles restèrent là, l’une face à l’autre, incapables de se détacher.
— Camille... murmura Éléna.
Il y avait tant de choses dans cette seule syllabe. Du désir, oui. Mais surtout de la peur. Et de la confiance. Camille posa une main sur sa joue. Éléna ferma doucement les yeux. Alors Camille l’embrassa.
Ce fut un baiser doux, presque hésitant, mais chargé de tous les mots qu’elles n’avaient pas encore osé se dire. Éléna répondit, lentement, comme si elle apprenait la douceur pour la première fois. Quand elles se séparèrent, Éléna avait les yeux brillants.
— Reste... dit-elle dans un souffle.
Alors Camille resta, pas seulement pour la nuit, pas pour se perdre dans des gestes trop pressés, mais pour être près d’elle, pour partager un silence plein de chaleur. Elles s’endormirent enlacées, leurs respirations se mêlant. C’était un amour qui n’avait pas besoin de hâte.
Mais tout amour, même le plus naissant, rencontre un défi. Un matin, Éléna annonça qu’elle devait partir pour une mission de restauration à Paris. Un mois, peut-être deux.
— Ce n’est pas loin, dit Camille, essayant d’être courageuse.
— Mais ce n’est pas ici, répondit Éléna.
Elle avait l’air déchirée. Camille comprit soudain que l’idée même de l’attachement pouvait effrayer Éléna, elle qui avait passé sa vie à se protéger. Elles passèrent la dernière journée dans le jardin. Aucun mot lourd, aucune promesse forcée. Seulement des gestes, des sourires. Mais au moment de se dire au revoir, Éléna prit les mains de Camille.
— Tu as changé quelque chose en moi, dit-elle d’une voix tremblante. Je ne pensais pas pouvoir... aimer à nouveau quelqu’un. Encore moins comme ça. Mais je veux essayer. Je veux... apprendre à ne plus avoir peur.
Camille sentit une larme couler.
— Tu n’as rien à apprendre. Je serai là. Quand tu seras prête. À ton rythme.
Éléna sourit de ce sourire rare, profond, celui qu’elle n’offrait qu’à Camille. Elles s’embrassèrent une dernière fois avant le départ.
Le mois passa, lentement, mais pas douloureusement. Elles s’écrivaient des messages, s’envoyaient des photos de leurs journées, partageaient des petits instants. Camille continuait de dessiner le théâtre abandonné. Elle apprenait à connaître l’absence sans qu’elle devienne un vide. Puis un soir, alors que Camille marchait vers la place, elle vit une silhouette assise sur les marches du théâtre. Un manteau bleu nuit. Camille sentit son cœur bondir. Éléna leva la tête.
— Je suis rentrée, dit-elle simplement.
Camille se précipita vers elle, la serra dans ses bras.
— Tu m’as manqué, souffla-t-elle.
— Toi aussi... tellement.
Mais ce n’était pas une déclaration dramatique. C’était un retour. Le retour d’un amour qui n’avait jamais cessé de grandir en dépit de l'éloignement. Les jours suivants furent teintés d’une douceur nouvelle. Éléna semblait différente, plus assurée, plus ouverte. Comme si Paris lui avait permis de réfléchir à ce qu’elle voulait vraiment. Un soir, dans le jardin, elle prit la main de Camille.
— J’ai quelque chose à te dire.
Camille se tourna vers elle, inquiète sans savoir pourquoi. Éléna inspira profondément.
— J’ai retrouvé l’acte de vente du théâtre. Il est abandonné officiellement. On pourrait... le restaurer. Ensemble. Toi avec tes dessins, moi avec mon travail. On pourrait lui redonner vie.
Camille resta bouche bée. Non pas pour le projet en lui-même magnifique, mais pour ce qu’il représentait.
— Tu veux dire... ensemble ?
— Oui. Ensemble. Pour longtemps, je crois.
Il n’y avait aucune hésitation dans ses yeux. Alors Camille la prit dans ses bras. Et dans ce jardin, au milieu des feuilles et des silences anciens, naquit une certitude : ce n’était que le début de leur histoire.
Deux ans plus tard, le théâtre brillait à nouveau. Les murs avaient été restaurés, la scène rénovée, les peintures retrouvées. On y organisait des expositions, des spectacles, des ateliers. Camille y avait accroché une série de dessins représentant les premiers mois de leur rencontre. Éléna y avait restauré les fresques d’origine avec une précision presque amoureuse.
Le premier soir de réouverture, devant une foule enthousiaste, Camille glissa la main dans celle d’Éléna. Éléna se pencha et murmura :
— Tu sais... parfois je n’arrive pas encore à croire qu’on a transformé nos blessures en quelque chose de si beau.
Camille sourit.
— C’est ce qu’on fait, toi et moi. On redonne vie. Aux lieux. Aux souvenirs. Aux cœurs.
Éléna l’embrassa doucement, sous les lumières dorées du théâtre. Et dans ce baiser, il y avait toute leur histoire : la brume d’un matin, un jardin abandonné, la peur, la douceur, les mains qui se cherchent, les mois d’attente, le retour, et l’amour solide, patient, lumineux. Un amour de femmes. Un amour vrai. Un amour qui ne demandait plus jamais la permission d’exister.
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Photo de profil de Vachette
Vachette
14 mai 2026 à 22:41
Très belle histoire.

2 petites choses: dans Camille, il y a 3 syllabes
des pigeons qui "grommellent" ?? ne serait-ce pas "grapillent" (des graines)
Ou alors c'est qu'ils sont très en colère !
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Photo de profil de Olena
Olena
5 janvier 2026 à 18:31
Je vous remercie pour l'ensemble de vos commentaires. ^^
Une suite n'était pas prévue mais cela mérite que j'y réfléchisse.
Soyez respectueux
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Photo de profil de Crabuto
Crabuto
26 décembre 2025 à 02:24
Belle écriture .je me suis régalé
Soyez respectueux
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Photo de profil de Docsevere
Docsevere
25 décembre 2025 à 18:48
C'est très beau, presque poétique. Et l'image du jardin-refuge créé un effet très fort.
Bravo !
Soyez respectueux
Répondre
Photo de profil de Mumu 47
Mumu 47
25 décembre 2025 à 17:03
Une histoire d'amour si sensible....

Un texte rare ici.
Merci 1000 fois

Mumu
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Répondre
Bonzo
25 décembre 2025 à 16:40
Très bien rédigé, avec beaucoup de tendresse ce qui n'est pas courant ici... Bravo
Soyez respectueux
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Photo de profil de Christel11
Christel11
25 décembre 2025 à 16:38
Un amour naissant autour d'un lieu oublié, vivement la suite...
Soyez respectueux
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Photo de profil de Tom54
Tom54
25 décembre 2025 à 14:45
Hummmmmmm j’ai adoré super bien écrit je suis fan
Soyez respectueux
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