Réel
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
La salope de mon ex — Chapitre 1 · Le fantôme du passé
Auteur
La salope de mon ex
Chapitre 1 · Le fantôme du passé
La pluie tombait sur Paris comme un voile argenté, transformant les réverbères en halos flous. Camille remonta le col de son trench, pressant le pas sous l'averse qui s'intensifiait. Ses talons claquaient sur le pavé mouillé, rythme familier dans la solitude du jeudi soir.
Elle poussa la porte d'un café, un endroit qu'elle connaissait bien, trop bien, peut-être.
C'est là qu'elle le vit.
Il était assis près de la fenêtre embuée, son café presque vide entre les doigts. Ses cheveux, plus courts qu'avant, découvraient la ligne de sa mâchoire. Il n'avait pas changé. Les années avaient creusé des sillons subtils au coin de ses yeux, lui donnant cette maturité qui la fit frissonner.
Il leva les yeux, comme s'il avait senti sa présence avant même de la voir. Leurs regards se croisèrent et Camille sentit son souffle se bloquer dans sa poitrine. Trois ans. Trois ans depuis qu'ils s'étaient séparés sans vraie explication, sans vraie raison. Juste une accumulation de silences et de malentendus — et ce dernier soir où elle l'avait vu ranger son manteau sans un mot, et où elle n'avait rien dit non plus, parce que dire quelque chose aurait rendu tout réel.
— Camille.
Sa voix était la même, ce timbre grave qui avait toujours fait vibrer quelque chose au creux de son ventre.
— Antoine.
Elle s'approcha, malgré elle, comme attirée par une force invisible. La pluie ruisselait encore sur ses épaules, son cœur cognait sourd contre ses côtes.
— Je... je ne pensais pas te trouver ici, murmura-t-il, ses yeux ne quittant pas les siens.
— Moi non plus.
Le silence s'étira entre eux, chargé de tout ce qui n'avait jamais été dit. L'odeur de son eau de toilette lui parvint — bois de santal et agrumes, une odeur qui lui avait tant manqué sans qu'elle veuille se l'avouer — et quelque chose dans sa gorge se serra, presque douloureusement.
Il se leva, et soudain ils étaient face à face, si proches qu'elle pouvait voir les reflets dorés dans ses prunelles.
— Tu es trempée, dit-il doucement, un sourire naissant au coin des lèvres.
Elle rit nerveusement, passant une main dans ses cheveux humides. — Je n'avais pas prévu la pluie.
— Assieds-toi. Je t'offre quelque chose de chaud.
Ce n'était pas une question. C'était une invitation, un pas vers ce territoire dangereux qu'ils avaient tous deux évité pendant des années.
Camille hésita une seconde puis s'assit en face de lui. Le cuir de la banquette était encore tiède de sa présence.
Le serveur apparut, et elle commanda un chocolat chaud, comme avant. Comme toujours.
Quand ils furent seuls à nouveau, Antoine la regarda avec cette intensité qui lui avait toujours coupé le souffle.
— Tu m'as manqué, dit-il simplement. Je n'ai jamais compris pourquoi on s'était quittés. On n'a même jamais vraiment parlé de nous.
Camille retint les larmes qui montaient. — Moi non plus, je ne comprends pas. C'était comme si... comme si on avait eu peur de ce qu'on ressentait vraiment.
Sous la table, leurs genoux se touchèrent presque. L'électricité qui passa entre eux était presque palpable.
— Camille... dit-il.
Il tendit la main, ses doigts frôlant les siens sur la table. Le contact était léger, à peine un effleurement, mais il traversa tout son bras d'un coup, net et précis comme une brûlure froide.
Elle ne retira pas sa main.
Le chocolat arriva, brisant le moment. Mais le regard d'Antoine resta planté dans le sien, brûlant de questions non posées.
— Je sais que c'est fou, dit-il à voix basse, mais je ne veux pas te laisser repartir ce soir. Pas sans qu'on ait eu la chance de comprendre ce qui s'est passé.
Camille prit une gorgée de chocolat, savourant la chaleur qui se répandait en elle. — On a tellement de choses à se dire...
Il lui revint brusquement en mémoire — une image inutile, stupide — une tasse fendue qu'ils avaient ri de recoller ensemble un dimanche matin, et qu'elle avait jetée le mois suivant, seule dans l'appartement vide. Elle chassa la pensée.
— Alors disons-les. Pas ici. Pas maintenant. Mais bientôt. Il sortit son téléphone, le poussa vers elle. Donne-moi ton numéro. Cette fois, je ne te laisserai pas disparaître.
Elle hésita. Trois ans de cicatrices, de questions sans réponses. Mais le désir de comprendre, de sentir à nouveau cette connexion, était plus fort que sa peur.
Elle tapa son numéro dans son téléphone, ses doigts tremblant légèrement.
Quand elle le lui rendit, leurs doigts se touchèrent de nouveau. Cette fois, il ne retira pas sa main tout de suite. Il laissa son pouce caresser doucement le dos de sa main, un geste intime qui la fit frissonner.
— Merci, murmura-t-il.
Dehors, la pluie continuait de tomber. Dans ce café, en revanche, quelque chose avait repris son cours — quelque chose qu'elle avait cru avoir laissé derrière elle. Camille savait que cette rencontre n'était pas un hasard. C'était une seconde chance.
Et cette fois, elle était prête à tout.
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