Inspiré du réel
Gays
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
L'hôtellerie — Chapitre 10 · Le travail continue
Auteur
L'hôtellerie
Chapitre 10 · Le travail continue
Avril. Dans les rues de Marseille, les affiches électorales se décollent déjà sous le soleil, les visages souriants fripés par le mistral. À l'hôtel, c'est la période où les téléphones sonnent pour rien et où les clients parlent trop fort au petit-déjeuner.
J'arrive à sept heures quarante, le café à la main, la tête encore ailleurs. Je pousse la porte de mon bureau.
Alexandre est assis dans mon fauteuil.
Costume anthracite, cravate sombre, les mains croisées comme s'il avait toujours été là. Je m'immobilise sur le seuil. Cela fait des mois que je n'ai vu que son visage sur des écrans de visioconférence, des mois que je range soigneusement le souvenir d'une chambre parisienne dans un tiroir fermé à clé.
— Monsieur le Directeur adjoint, dit-il avec un demi-sourire.
— Monsieur le DOP. Quelle... surprise.
Nous échangeons les politesses d'usage, le voyage, la météo, le chiffre du trimestre. Je pose mon café, je ferme la porte. Son sourire disparaît.
— L'hôtel est réquisitionné par la préfecture. À partir de ce soir.
Je laisse passer un silence.
— Oui, comme à chaque élection, réponds-je avec mon ton sarcastique. Ils vont faire une descente dans la cité, et il leur faut un camp de base avec des chambres, du wifi et des croissants. Ce n'est pas nouveau.
— Ce n'est pas tout à fait comme les autres fois. Une personnalité a téléphoné personnellement au siège pour que cette réquisition se fasse chez nous, et pas ailleurs. C'est pour ça que je suis là.
Il me regarde, très calme. Je sens quelque chose se resserrer dans mon ventre.
— Une personnalité ?
— Tu verras.
Je ne dis rien. Mon esprit tourne déjà. Un jeune ministre dont le visage est partout en ce moment, un costume impeccable, un sourire de gendre idéal, une carrière qui s'accélère. *Le jeune politicien.* Celui de cette soirée. Non. Ce serait trop gros. Ce serait absurde.
À peine cette pensée m'a-t-elle traversé que l'interphone du parking grésille.
Je me tourne vers l'écran de contrôle. Une berline noire aux vitres teintées attend devant la barrière, feux de détresse allumés. Je suis la voiture sur les caméras, l'une après l'autre, du portail jusqu'à la rampe, puis le garage souterrain. La portière s'ouvre.
Il en sort, ajustant sa veste d'un geste machinal.
C'est lui.
Il est toujours aussi beau, ce salaud. Costume bleu nuit, chemise blanche, cravate d'un bordeaux discret, les cheveux courts, la mâchoire nette, le regard de ceux qui n'ont jamais attendu une porte. Deux hommes en civil l'encadrent, qu'il congédie d'un mot en désignant l'ascenseur.
Il monte seul.
Quand les portes s'ouvrent sur la réception, il n'adresse qu'un signe de tête à l'équipe et traverse le hall comme chez lui. Il contourne le comptoir, passe derrière, et pousse la porte de mon bureau sans frapper, en terrain conquis.
— Bonjour, dit-il.
Sa voix. Grave, posée, avec cet accent des écoles qu'il perd un peu quand il sourit. Et il sourit.
— Comment allez-vous depuis la dernière fois ?
La chaleur me monte aux joues avant que je puisse la retenir. Du coin de l'œil, je vois Alexandre lever un sourcil, puis étudier mon visage avec une attention très professionnelle.
— Il va bien, répond-il à ma place. Un peu pâle, mais il va bien. Je suppose que la journée va être longue avec votre venue, Monsieur.
— Demain, cinq heures du matin, descente de police dans la cité, répond le politicien en se débarrassant de sa veste. Des interpellations, des perquisitions. Du spectacle pour les caméras, surtout.
Il laisse passer une seconde, puis tourne lentement la tête vers moi.
— Vous pensez qu'ils sont déjà au courant, là-bas ?
Je soutiens son regard.
— Je peux vous l'assurer.
— Faites mieux. Invitez-le directement à dormir ici. Cela évitera que vous soyez dérangé en pleine nuit.
Je fais mine de ne pas comprendre. Je prends le temps de poser mon stylo.
— Dois-je en conclure que ma présence cette nuit est recommandée ?
Il s'approche du bureau, pose les deux mains à plat dessus, se penche d'un cran.
— Chaudement recommandée.
Alexandre se racle la gorge, très sérieux, et feuillette un dossier qu'il tient à l'envers.
---
La journée se déroule avec une tranquillité trompeuse. Les voitures banalisées s'alignent dans le parking, les policiers en civil défilent à la réception avec leurs sacs de sport et leurs oreillettes, les journalistes arrivent au compte-gouttes, badges autour du cou, ordinateurs sous le bras. Je distribue les clés, je répartis les étages, je confirme les plateaux-repas. Alexandre supervise tout avec une efficacité parfaite et, de temps en temps, un regard qu'il laisse traîner une demi-seconde de trop sur moi.
À vingt heures, tout le monde est enfin installé. Le couloir s'est vidé, les portes se sont refermées, l'hôtel respire de nouveau. Je m'enferme dans la 101, ma chambre de nuit pour l'occasion, et j'envoie un texto.
*Deux vieilles connaissances sont là ce soir. Je dors sur place. Viens par la porte de service.*
La réponse arrive en trente secondes.
*Je suis en bas.*
Je descends le chercher moi-même. Il est adossé au mur de la ruelle, capuche relevée, un sac plastique à la main, ce sourire en coin qui me fait toujours le même effet. Je le fais entrer, nous montons par l'escalier de service, nous croisons un agent qui nous prend pour des employés. La porte de la 101 se referme sur nous.
Il me plaque contre elle et m'embrasse, longuement, avec le goût du sel et du tabac.
— T'as dit deux vieilles connaissances, murmure-t-il contre ma bouche.
— Je n'ai pas dit lesquelles.
— Je m'en doute.
Nous passons la première heure comme deux types ordinaires. La télévision sur une chaîne d'infos, les pizzas que nous avons commandées au nom d'un client fictif, la bouteille de rouge qui se vide, ses pieds nus sur mes genoux. Je lui explique ce qui se prépare dans sa cité. Il écoute, les yeux sur l'écran, silencieux. Puis il dit :
— Qui est-ce qui l'a voulu, ce truc ?
Je ne réponds pas.
À vingt-trois heures, on frappe à la porte.
Trois coups. Secs, assurés.
Mon mec me regarde, moi je regarde la porte, et la même évidence nous traverse. Il se lève, torse nu, pieds nus, ouvre.
Le politicien est sur le seuil, sans cravate, la chemise ouverte sur un col, la veste sur le bras. Il ouvre la bouche pour dire quelque chose de poli. Il n'en a pas le temps.
Mon mec l'attrape par la chemise, le tire à l'intérieur, referme la porte d'un coup de talon. Il le plaque contre le mur de l'entrée, lui arrache sa chemise d'une main, la veste tombe. Les boutons sautent. Il y a quelque chose de brutal et de magnifique dans ce geste, une vengeance de classe jouée à fleur de peau, le gamin de la cité qui déshabille l'homme du pouvoir, l'homme qui vient chez lui demain à cinq heures du matin avec des fourgons.
— Alors, c'est toi, souffle-t-il. Le monsieur qui vient nous rendre visite.
— Je... commence le politicien.
— Tais-toi.
Il défait sa ceinture, son pantalon, le baisse avec son caleçon d'un seul geste, et le politicien se retrouve nu, adossé au mur, la peau claire, les épaules larges, le torse parfaitement dessiné de ceux qui s'entraînent trois fois par semaine avec un coach. Sa queue est déjà tendue, belle, nette, rose et dressée contre son ventre.
Mon mec s'ouvre le jean, sort sa verge énorme, lourde, brune, veinée, et la pose contre la joue de l'homme en costume.
— Ouvre.
Le politicien cherche mon regard. Je hoche la tête. Il ferme les yeux, et sa bouche s'ouvre.
Il la prend. Sans élégance, d'abord, la gorge qui se resserre, le souffle qui s'étrangle, puis plus profondément, les lèvres tendues autour de cette épaisseur qui l'emplit tout entier. Mon mec lui prend la nuque de ses deux mains, lui donne le rythme, mi-fort, mi-doux, comme il me l'a donné dans cette même chambre. Le bruit est obscène, humide, délicieux. Une salive épaisse coule sur le menton parfait, sur le torse, sur le sol. Je m'adosse au bureau pour ne pas tomber. J'ai la bouche sèche.
On frappe de nouveau.
Deux coups, plus légers.
Je me redresse. Mon mec ne s'arrête pas, le politicien non plus. J'entrouvre la porte.
C'est Alexandre, en chemise blanche déboutonnée, la cravate roulée dans la main, le regard sombre. Il commence à parler, puis voit par-dessus mon épaule la scène qui se reflète dans le miroir de l'entrée : l'homme politique à genoux, la bite de mon mec dans la gorge, les mains de mon mec crispées sur ses cheveux.
Un long silence.
— On ne m'invite pas ? dit-il d'une voix très calme.
Je m'écarte. Il entre. Il referme la porte à clé, derrière lui.
Il traverse l'entrée sans un mot, s'approche de mon mec, croise son regard au-dessus de la tête du politicien. Mon mec lui sourit, lui fait un signe de menton. Alexandre n'hésite pas : il se met à genoux à côté de l'homme en costume, saisit à pleine main la verge qu'on lui offre, et s'y jette.
Je n'ai jamais vu Alexandre comme ça. Plus de réserve, plus de cravate, plus de directeur d'exploitation. Une bouche avide, une langue large, un petit grondement dans la gorge quand mon mec lui caresse le crâne. Les deux hommes sucent côte à côte, tête contre tête, leurs lèvres qui se frôlent autour de la même queue, leurs langues qui se croisent sur le gland. Mon mec renverse la tête en arrière, un râle lui échappe.
Je ne peux plus rester spectateur.
Je me déshabille en trois gestes, je m'agenouille derrière mon mec, je lui écarte les fesses à deux mains. Elles sont fermes, poilues, tièdes, un peu moites. Il frissonne quand mon souffle l'effleure.
Et je plonge. Mon visage s'enfonce entre ses fesses, ma langue trouve sa rondelle serrée, la lèche, la tourne, l'ouvre. Il laisse échapper un gémissement. Il sent le musc, la sueur d'une longue journée, et ce mélange me rend fou. J'attrape ses hanches, je lui lèche le cul avec une application gourmande, ma langue qui s'enfonce, qui insiste, qui le fait trembler de la nuque aux genoux.
Alexandre se redresse, enlève sa chemise, son pantalon, sa montre. Son corps se révèle sous la lumière tamisée, ferme, hâlé, tendu. Il saisit la tête du politicien, la tire doucement vers lui, et lui présente sa verge, déjà dure, déjà dressée. L'homme la prend sans protester, passant de l'une à l'autre avec une gourmandise toute neuve, avide de ce qu'on lui offre.
Nous glissons vers le lit, un enchevêtrement de bras, de bouches, de peaux brûlantes. Les oreillers volent. Mon mec s'allonge sur le dos, attire le politicien sur lui, à quatre pattes, ses fesses en l'air. Je les caresse, les écarte, les ouvre de mes doigts enduits de gel. Je le prépare, lentement, deux doigts, puis trois, pendant qu'Alexandre, agenouillé devant son visage, le gave de sa queue.
— Vous êtes prêt ? murmuré-je.
Il hoche la tête, la bouche pleine.
Mon mec se glisse sous lui, guide sa grosse queue contre la rondelle ouverte et entre le premier, centimètre après centimètre, avec cette maîtrise qui m'a toujours fait perdre la tête. Le politicien tremble, étouffe un cri autour de la verge d'Alexandre. Il s'habitue, soupire, pousse en arrière. Puis je viens derrière lui, ma queue luisante de gel contre celle de mon mec, déjà enfouie en lui, et j'appuie.
— Putain... gémit-il en lâchant la queue d'Alexandre.
— Respirez, dis-je, la voix brisée. Ça va aller.
Je m'enfonce. Il est étroit, brûlant, rempli de la queue de mon mec, et je sens la sienne contre la mienne, chaude, dure, palpitante, un contact intime et fou. Il hurle presque, enfonce ses ongles dans le torse de mon mec. Alexandre lui prend la mâchoire, lui murmure à l'oreille des mots tendres et crus, lui replace la bouche sur sa verge. Le politicien se tait, s'abandonne, laisse tomber toutes ses défenses.
Ils sont là, tous les trois, à me regarder. Moi, au-dessus de lui. Eux, autour de lui.
Alors nous bougeons.
D'abord lentement, tous ensemble, sans parole, le temps qu'il s'ouvre. Puis nous trouvons un rythme, mon mec qui monte, moi qui descends, Alexandre qui s'enfonce dans sa gorge quand je m'enfonce dans son cul. Les deux queues le remplissent, glissent l'une contre l'autre, l'étirent, le comblent. Chaque coup de reins arrache un son étouffé à l'homme coincé entre nous. Il ne se débat pas. Il se cambre, ondule, en redemande. Sa propre queue, libre entre les cuisses de mon mec, dégouline de mouille sur les draps.
La chambre n'est plus qu'un bruit de chair, de souffles, de draps arrachés, de jurons soufflés à l'oreille. La sueur nous couvre tous les quatre. Le lit grince, la tête de lit cogne contre le mur, et je me dis que dans la chambre voisine, il y a peut-être un journaliste qui tend l'oreille. Cette idée me fait durcir plus encore.
Alexandre jouit le premier. Il enfonce ses mains dans les cheveux du politicien, se tend, grogne, et se répand dans sa bouche par longues saccades que l'autre avale, un filet blanc glissant à la commissure de ses lèvres. Puis c'est mon mec, qui crie à demi, qui plante ses doigts dans les hanches de l'homme au-dessus de lui et se vide au fond de son cul avec des râles profonds, cassés. Je le sens palpiter contre moi, et ça me fait basculer à mon tour. Je jouis en lui, contre mon mec, par vagues immenses, la tête renversée, le souffle coupé.
Le politicien, lui, n'a pas besoin qu'on le touche. Il lâche un cri, un seul, long, rauque, tout ce qu'il retenait depuis des années, et son sexe se contracte, éclabousse le torse de mon mec en jets chauds, abondants, jusqu'à sa gorge.
Nous nous effondrons tous les quatre dans le désordre des draps.
---
Un long silence, rythmé par nos respirations. Alexandre rit le premier, doucement, la main sur le visage. Puis les autres. Ce rire que l'on a quand on a franchi quelque chose ensemble.
Le politicien se redresse le premier. Il remet sa chemise déchirée, ramasse sa veste, sa cravate.
Il regarde mon mec. Un long regard, sans plus aucune arrogance.
— Demain, ça se passera bien. Je m'en occupe.
Mon mec ne répond pas tout de suite. Puis il hoche la tête.
— Fais-le.
Alexandre se rhabille, boutonne sa chemise de travers, me tend la main, la serre une seconde de trop, comme à Paris. Il me dit à voix basse :
— À demain, Monsieur le Directeur adjoint.
Les deux hommes sortent, chacun vers sa chambre, laissant derrière eux le parfum du sexe.
La porte se referme.
Et nous nous endormons, dans la 101
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