Fiction
Hétéro
Orientation principale dans ce chapitre
• Fiction : Récit entièrement imaginé, avec des personnages et des situations inventés
• Inspiré du réel : Récit partant d'une expérience vécue, avec une part d'invention ou d'embellissement
• Réel : Récit fidèle à une expérience réellement vécue
• Fantasme : Histoire correspondant à un fantasme personnel ou collectif
• Poème : Texte rédigé sous forme poétique avec contenu érotique
Hôtel Zéro — Chapitre 2 · Etage 3
Certifiée écrite par un humain
D'après nous ce texte a été rédigé par un humain
Auteur
Hôtel Zéro
Chapitre 2 · Etage 3
Chapitre 2 — Étage 3
Paris, 6e arrondissement, samedi, 21h48
Ils marchaient côte à côte sans se toucher. Léa avait les mains dans les poches de son manteau en laine trop grand, un truc chiné en friperie que Hugo trouvait moche mais n'avait jamais eu le courage de lui dire. Hugo portait son éternelle veste en jean doublée de sherpa, le col relevé, le regard vissé sur Google Maps comme si l'itinéraire allait disparaître de l'écran.
L'adresse venait d'un thread sur un forum qu'il fréquentait depuis le lycée, un coin d'internet où les gens partagent des expériences limites entre fiction et témoignage. Un post sans pseudo, sans historique, juste une adresse et une phrase : L'Hôtel Zéro donne ce que vous ne savez pas demander.
Hugo avait vingt-quatre ans. Léa vingt-trois. Ensemble depuis la L2 de lettres modernes à la Sorbonne, un coup de foudre en TD de stylistique qui s'était transformé en habitude si vite que ni l'un ni l'autre n'avait vu le glissement se produire. Trois ans. Un studio dans le 13e avec une douche trop étroite et un matelas qui grincait tellement qu'ils avaient arrêté de baiser dessus par honte d'être entendus par le voisin, un retraité de la SNCF qui toussait à travers la cloison.
L'éléphant dans la pièce pesait des tonnes.
Ils baisaient encore, techniquement. Une fois par semaine, le dimanche matin, un truc mécanique où Léa gardait les yeux fermés et Hugo finissait vite en s'excusant. Le reste du temps, ils dormaient dos à dos, séparés par vingt centimètres de drap qui auraient aussi bien pu être un océan. Léa se faisait jouir seule dans la salle de bain avec le pommeau de douche, la lèvre mordue pour ne pas faire de bruit. Hugo se branlait devant Pornhub à trois heures du matin pendant qu'elle dormait, le son coupé, la culpabilité qui montait en même temps que l'excitation.
Ils s'aimaient. C'était le pire. Ils s'aimaient vraiment, profondément, et aucun des deux ne savait comment dire je veux que tu me baises comme si tu en avais quelque chose à foutre sans que ça sonne comme un reproche.
— C'est là, dit Hugo en levant les yeux de son téléphone.
La ruelle était étroite, coincée entre une librairie fermée et un restaurant japonais dont le rideau de fer était à moitié baissé. Léa plissa les yeux. Au fond, une porte en bois sombre. Un zéro gravé à hauteur de poitrine.
— T'es sûr que c'est pas un truc de secte ?
— Euh ouais, si c'est ça on s'casse.
— C'est pas comme s'ils allaient devenir riche avec nous de toute façon.
Il sourit. Elle aussi. Leur sens de l'humour, c'était tout ce qui leur restait de complicité, un humour de survie qui colmatait les brèches.
Hugo poussa la porte.
-------
Le hall qui sent l'ambre et les vieux bouquins. Le comptoir en marbre, des lampes à huile dont les flammes tremblotent. Derrière le comptoir, cette femme. Grande, angulaire, les lèvres presque noir.
— Bonsoir. Ensemble ?
Sa voix avait une douceur cassante, comme du caramel qu'on brise entre les dents.
— Euh, oui, répondit Hugo.
— Vous signez tous les deux.
Le registre était ouvert. Deux lignes vides, côte à côte. Le stylo en métal glacial passa de la main de Hugo à celle de Léa. Elle hésita une fraction de seconde en voyant les noms au-dessus, une écriture ronde de femme, Nora, avec un -1 dans la colonne de droite.
— Et on choisit un étage, c'est ça ? demanda Hugo.
— L'étage vous a déjà choisis.
La réceptionniste désigna le registre. Dans la colonne des chiffres, un 3 luisait doucement sur la page, comme de l'encre fraîche qui refuserait de sécher.
— Troisième étage. L'escalier est derrière la tenture.
Hugo regarda Léa. Elle haussa les épaules avec cette désinvolture qu'elle avait quand elle était terrifiée mais refusait de le montrer.
— On y va ?
— Ouais, inch'allah comme on dit.
-------
L'escalier montait en spirale. La pierre sous leurs pieds était usée par des décennies de passages, les marches creusées en leur centre. L'air changeait à chaque palier. Au premier, une odeur de terre humide et de roses coupées. Au deuxième, du cuir et quelque chose de métallique, comme du sang ou du cuivre chauffé. Au troisième, l'air devint tiède, sucré, chargé d'une fragrance que Léa ne put identifier mais qui déclencha une contraction dans son bas-ventre, un réflexe pavlovien dont elle ignorait l'existence.
Le couloir du troisième était court avec une moquette épaisse couleur prune, les murs tapissés d'un tissu damassé où des motifs floraux semblaient bouger quand on ne les regardait pas directement. Une seule porte, entrouverte, laissant filtrer une lumière douce.
Hugo la poussa.
La chambre était immense. Plafond haut, moulures au plâtre, un lustre en cristal dont les pendeloques projetaient des éclats de lumière sur les murs. Un lit gigantesque au centre, baldaquin en bois sculpté, draps en satin couleur ivoire. Deux fauteuils en velours vert émeraude se faisaient face de chaque côté du lit. Des bougies partout, sur les rebords de fenêtre, les commodes, le manteau de la cheminée où un feu crépitait doucement.
Et au centre de la pièce, debout, nu, quelqu'un.
Léa cligna des yeux. Hugo aussi.
Ce qu'ils virent n'était pas la même chose.
-------
Léa voyait un homme. Grand, facilement un mètre quatre-vingt-dix, la carrure d'un déménageur ou d'un ancien rugbyman. Des épaules massives qui roulaient sous une peau bronzée. Des mains épaisses, larges comme des battoirs, les doigts courts et puissants. Une mâchoire carrée couverte d'une barbe de trois jours, des yeux sombres sous des sourcils broussailleux, une bouche large aux lèvres charnues. Son torse était couvert d'une toison brune qui descendait en ligne jusqu'à son sexe, lourd, au repos, niché dans une masse de poils sombres entre des cuisses qui ressemblaient à des troncs d'arbre.
Oh putain, pensa Léa.
Hugo voyait une femme. Pas bien grande, un mètre soixante-cinq peut-être, mais une présence qui remplissait la pièce. Des yeux en amande avec des iris d'un vert irréel, fendus verticalement comme ceux d'un chat. Des pommettes hautes, des lèvres pleines et luisantes. Des hanches larges, rondes, qui créaient une courbe vertigineuse jusqu'à une taille fine. Des fesses voluptueuses, fermes, qui défiaient la gravité. De petits seins ronds et hauts, les tétons rose foncé, dressés. Entre ses cuisses, une vulve lisse, les lèvres légèrement entrouvertes, luisantes.
C'est pas possible, pensa Hugo.
Ils se regardèrent. Le regard de Léa disait tu le vois aussi ? et celui de Hugo répondait la même question, et aucun des deux ne réalisa qu'ils ne voyaient pas la même créature.
L'être ne parla pas. Il, elle, ça, inclina la tête sur le côté avec une curiosité animale, un geste lent qui évoquait un prédateur évaluant sa proie. Puis un sourire. Large, charnel, avec trop de dents, juste une fraction de seconde, avant que la bouche ne redevienne parfaitement humaine.
Hugo sentit la main de Léa chercher la sienne. Leurs doigts s'entrelacèrent. Un réflexe vieux de trois ans.
La créature s'avança. Un pas. Deux. Ses pieds ne faisaient aucun bruit sur le parquet ciré. Elle, il, s'arrêta devant eux, assez près pour que Léa sente la chaleur qui irradiait de ce corps impossible, une température légèrement supérieure à la normale, comme une fièvre permanente.
Des mains se levèrent. Deux mains, une vers chacun d'eux. Léa sentit les doigts épais du colosse effleurer sa joue, lents, délicats malgré leur taille. Hugo sentit les doigts fins de la femme-chat tracer la ligne de sa mâchoire.
Léa tourna la tête vers Hugo. Ses yeux étaient écarquillés, les pupilles dilatées, la bouche entrouverte. Il avait l'air de quelqu'un qui venait de recevoir un choc électrique doux.
C'était cette expression qui déclencha tout.
Parce que Léa ne l'avait pas vu comme ça depuis des mois. Depuis peut-être un an. Cette vulnérabilité nue, cet abandon. Hugo, son Hugo, qui contrôlait tout, qui planifiait chaque instant, qui baisait avec la rigueur méthodique d'un ingénieur suivant une procédure qualité. Là, il était ouvert. Désarmé.
C'est comme ça que je veux le voir quand il est en moi, pensa-t-elle, et la pensée la traversa comme un courant.
La créature perçut le changement. Ses mains devinrent plus fermes. Léa sentit les doigts du colosse descendre le long de son cou, contourner sa clavicule, atteindre le premier bouton de son chemisier. Il le défit. Puis le deuxième. Le tissu s'écarta, révélant la peau pâle de sa poitrine, la naissance de ses seins dans un soutien-gorge en coton noir sans fioritures. Les doigts massifs glissèrent sous la bretelle, la firent tomber de son épaule.
De l'autre côté, Hugo sentait les mains de la femme-chat défaire sa ceinture avec une lenteur insoutenable. Chaque geste calibré, chaque effleurement porteur d'une promesse. Sa veste glissa. Son t-shirt fut soulevé, passé par-dessus sa tête, et il se retrouva torse nu, les abdos contractés par le froid et l'excitation, le souffle court.
Léa laissa son chemisier tomber. Ses bras se croisèrent d'instinct sur sa poitrine, ce réflexe qu'elle avait depuis l'adolescence, depuis que les filles dans les vestiaires comparaient leurs seins et que les siens restaient obstinément petits, deux rondeurs discrètes que les soutiens-gorge rembourrés avaient pour mission de gonfler. La main du colosse attrapa doucement ses poignets et les écarta. Il la regarda. Ces yeux sombres qui n'étaient pas vraiment des yeux la regardèrent avec une faim si pure, si dépourvue de jugement, qu'elle sentit la honte se dissoudre comme du sel dans l'eau chaude.
Il dégrafa le soutien-gorge. Le tissu tomba. Ses seins apparurent, fermes, blancs, les tétons rose pâle dressés par le froid et l'adrénaline. La créature baissa la tête. Ses lèvres se posèrent sur le sein gauche, la bouche large englobant presque toute la rondeur, la langue épaisse et chaude roulant sur le mamelon.
— Ahh...
Le son sortit d'elle sans permission. Hugo tourna la tête.
Il la vit. Torse nu, les bras le long du corps, la tête renversée en arrière, les lèvres ouvertes sur un gémissement. Pour lui, une femme magnifique étaient penché sur la poitrine de sa copine, en train de sucer son sein avec une dévotion obscène.
Hugo sentit son sexe durcir d'un coup, une érection brutale qui tendit son jean à en faire mal. Pas de jalousie. Rien qui ressemble à de la jalousie. Juste une montée de désir si violente qu'elle lui coupa le souffle. Voir Léa comme ça, dans la bouche d'un -non, d'une ?- autre, gémissante, abandonnée, c'était exactement ce qui manquait. L'image qu'il cherchait dans le porno à trois heures du matin et qu'il n'avait jamais trouvée parce que ce n'était pas une inconnue qu'il voulait voir jouir, c'était elle.
La créature sentit son excitation. Du côté de Hugo, les mains de la femme-chat descendirent sur son jean, le déboutonnèrent, le firent glisser avec le boxer. Son sexe jaillit, dur, dressé contre son ventre, la tête gonflée et luisante. La femme-chat le saisit. Ses doigts étaient incroyablement doux, une paume qui épousait parfaitement la forme, la pression exacte, ni trop ferme ni trop lâche, comme si elle avait accès au tableau de commande de ses terminaisons nerveuses.
— Bordel, souffla Hugo.
Léa tourna la tête. Elle le vit, le pantalon aux chevilles, le sexe dans la main d'une femme qu'elle ne pouvait pas voir, qu'elle percevait comme les mains du colosse qui venait de quitter sa poitrine, elle le vit dur, excité, vulnérable, la bouche ouverte, les yeux à demi fermés. Elle ne l'avait pas vu bander comme ça depuis le début. Depuis la toute première fois dans la chambre universitaire de la cité Cuvier, quand il avait enlevé son jean avec des gestes maladroits et qu'elle avait eu le souffle coupé par l'envie de le sentir en elle.
Leurs regards se croisèrent.
Et dans ce croisement, quelque chose se fissura. Le mur invisible, l'habitude, la pudeur usée, tout ça se lézarda d'un coup.
— Viens, dit Léa.
Ce n'était pas un ordre. C'était un aveu.
La créature les guida. Des mains sur les deux corps, les poussant doucement vers le lit. Léa sentit ses jambes heurter le bord du matelas et elle s'y laissa tomber, le dos sur le satin, sa jupe remontée sur ses hanches. Le colosse fit glisser sa culotte le long de ses jambes, lentement, un genou après l'autre, ses doigts massifs frôlant l'intérieur de ses cuisses au passage. Elle frissonna. L'air de la chambre caressa son sexe mis à nu, chaud et humide, les lèvres déjà gonflées, un éclat de mouille qui brillait dans la lumière des bougies.
Hugo monta sur le lit. Nu désormais, son sexe dressé oscillant à chaque mouvement. La créature était entre eux, ou autour d'eux, ou les deux. Son corps semblait occuper plus d'espace que la physique ne l'autorisait, des mains partout, toujours les bonnes mains au bon endroit.
Léa sentit les doigts épais du colosse écarter ses cuisses. Son pouce large pressa contre sa vulve, remonta lentement le long de la fente, s'arrêta sur le clitoris et commença des cercles amples, lourds, comme si la pression de cette main massive suffisait à écraser toute pensée cohérente. Ses hanches bougèrent d'elles-mêmes.
— Nnngh, là, oui, ahh...
À côté d'elle, Hugo était allongé sur le dos. La femme-chat était penchée au-dessus de lui, ses hanches démesurées encadrant son bassin, sa vulve à quelques centimètres de son sexe dressé. Elle descendit. Le contact de cette chair chaude et trempée contre sa verge le fit tressaillir. Elle ne le prit pas en elle, pas encore, elle glissa le long de sa longueur, ses lèvres écartées qui englobaient sa queue sans l'engloutir, un va-et-vient humide qui le rendait fou.
— Oh putain, oh putain...
Léa tourna la tête vers lui. Ses yeux s'agrandirent. Hugo, les veines du cou tendues, les mains crispées sur les draps, qui jurait, lui qui ne jurait jamais au lit, lui qui baisait en silence comme un fantôme poli.
Le colosse enfonça deux doigts en elle. Larges, épais, qui l'étirèrent avec une lenteur calculée. Son dos se cambra. Elle gémit, fort, sans retenue, et elle vit Hugo tourner la tête vers elle, les yeux vitreux de désir, et quelque chose passa entre eux. Un courant. Une reconnaissance.
C'est toi que je veux regarder pendant que ça m'arrive, pensa-t-elle.
Je ne t'ai jamais vue aussi belle que maintenant, pensa-t-il.
La créature accéléra. Des deux côtés.
Le colosse retira ses doigts, souleva les hanches de Léa d'une seule main sous ses fesses, et positionna son sexe contre son entrée. Léa baissa les yeux. La verge était épaisse, épaisse à en être intimidante, la tête large et brune, veinée. Il poussa. La pénétration fut lente, l'étirement progressif, chaque centimètre ajoutant une couche de pression qui frisait la douleur sans jamais y basculer. Léa enfonça ses ongles dans le satin.
— Ahh-ahhh, c'est, nnngh, gros...
Il s'enfonça jusqu'à la garde. Elle le sentit contre le fond, une pression sourde et profonde qui irradiait dans tout son bassin. Il commença à bouger. Des coups de reins lents, amples, qui la remplissaient et la vidaient avec une régularité hypnotique.
De l'autre côté, la femme-chat s'empala sur Hugo. D'un coup, les hanches descendues, son sexe avalé jusqu'à la base. Hugo lâcha un grognement qui ne lui ressemblait pas, rauque, primitif. Les parois de la créature l'enserraient avec une chaleur mouillée qui pulsait autour de lui comme un cœur. Elle commença à chevaucher, lentement d'abord, les hanches ondulant en cercles qui faisaient tourner sa verge à l'intérieur, puis plus vite, des montées et des descentes franches qui claquaient contre son bassin.
Ils gémissaient ensemble. Hugo et Léa, côte à côte sur le lit, baisés par la même entité qui portait deux visages, deux corps, deux promesses. Léa tendit la main. Ses doigts trouvèrent ceux de Hugo. Ils s'agrippèrent.
Et là, enfin, ils se regardèrent.
Pas un coup d'œil furtif. Un vrai regard. Long, fixe, sans fuite. Les yeux de Léa étaient mouillés, pas de larmes, de cette humidité qui vient quand le corps déborde et que l'émotion coule par tous les orifices disponibles. Ceux de Hugo étaient noirs, les pupilles mangées par un désir qu'elle n'avait jamais vu dirigé vers elle avec cette intensité.
La créature intensifia. Le colosse accéléra ses coups de reins, plus profonds, plus secs, chaque impact envoyant une onde de choc qui faisait trembler les petits seins de Léa. La femme-chat resserra ses parois autour de Hugo, un étau vivant qui le comprimait à chaque descente.
— Regarde-moi, souffla Léa.
Il ne cligna pas des yeux.
— Je te regarde, dit-il. Depuis le début.
La créature changea de configuration. Le colosse se retira de Léa, la souleva comme si elle ne pesait rien, et la positionna au-dessus de Hugo. La femme-chat s'écarta. Léa se retrouva à califourchon sur son copain, son sexe humide et dilaté pressé contre l'érection de Hugo, leurs ventres collés.
— Prends-moi, murmura-t-elle.
Hugo attrapa sa hanche d'une main, guida son sexe de l'autre. Elle descendit sur lui. C'était différent. Après l'épaisseur surnaturelle du colosse, la verge de Hugo avait une familiarité chaude, une forme qu'elle connaissait par cœur mais qui, dans ce contexte, avec les nerfs à vif et le corps ouvert, lui arracha un cri qu'elle ne se connaissait pas.
— Ahh, Hugo, ahh-ah-ahh...
Des mains derrière elle. La créature, quelle que soit sa forme, était revenue. Des doigts le long de sa colonne vertébrale, entre ses fesses, glissant sur la peau trempée de sueur. Des doigts qui trouvèrent son autre entrée et pressèrent, doucement, un doigt lubrifié qui s'insinua en elle tandis qu'elle chevauchait Hugo.
Léa se pencha en avant, ses petits seins écrasés contre le torse de Hugo, sa bouche contre son oreille.
— Y a un doigt dans mon cul et ta queue dans ma chatte et je crois que je vais mourir, souffla-t-elle.
Hugo grogna. Ses mains agrippèrent ses fesses et il accéléra le rythme par en dessous, des coups de bassin qui la soulevaient à chaque poussée. Le doigt derrière elle devint deux, l'étirement ajoutant une couche de sensation qui transformait chaque pénétration de Hugo en quelque chose de tridimensionnel.
La créature n'avait pas oublié Hugo. Des lèvres sur son cou, là où il était le plus sensible, une morsure légère qui envoya un éclair dans tout son système nerveux. Des mains qui caressaient ses flancs, ses cuisses, ses testicules, un effleurement délicat sur la peau tendue qui le fit siffler entre ses dents.
— Plus fort, dit Léa.
Hugo obéit. Pas la créature. Hugo. Ses hanches claquèrent contre les siennes avec une violence qu'il ne s'était jamais autorisée, la peur de lui faire mal, la peur d'être trop, tout ça balayé d'un coup parce qu'elle le lui avait demandé et qu'il l'avait entendue. Il la baisait comme il avait toujours voulu la baiser, sans retenue, sans protocole, avec le bruit humide de leurs corps trempés et le grincement du lit et les gémissements mêlés.
— Nnngh, Léa, putain, Léa...
— Vas-y, dit-elle. Dis-le.
— Tu es trop bonne. J'ai envie de te démonter si fort. Depuis le premier jour. T'as aucune idée.
— Montre-moi.
Il la retourna. Sur le dos, les jambes en l'air, ses chevilles sur les épaules de Hugo. Il s'enfonça d'un coup, jusqu'au fond, un angle qui frappait exactement le bon endroit. Léa ferma les yeux.
— Non, dit Hugo. Regarde-moi.
Elle ouvrit les yeux.
La créature était partout et nulle part. Des mains qui maintenaient les jambes de Léa, des lèvres qui embrassaient le creux de son genou, des doigts qui trouvèrent son clitoris et commencèrent à le frotter avec une précision obscène, des cercles rapides synchronisés sur les coups de reins de Hugo. D'autres mains dans le dos de Hugo, sur ses fesses, le poussant plus profond, plus fort, guidant son rythme comme un métronome charnel.
Léa sentit l'orgasme monter. Pas comme d'habitude, pas le petit spasme discret qu'elle se permettait le dimanche matin. Un truc tellurique, une vague qui prenait son temps pour monter depuis le fond de son ventre.
— Je vais jouir, dit-elle, et sa voix n'était plus sa voix, c'était une voix plus tremblante, plus aiguë.
— Jouis. Je veux te voir jouir.
Les doigts sur son clitoris accélèrent. Hugo poussa plus fort. La vague enfla, enfla, et déferla.
Léa jouit en criant, un cri long, fort, qui monta en intensité pendant cinq, dix, quinze secondes. Ses parois se contractèrent autour de Hugo, des spasmes violents qui le comprimèrent, et il sentit l'orgasme le cueillir à son tour, une décharge qui lui traversa le bassin et remonta le long de la colonne vertébrale. Il se vida en elle avec le souffle coupé, les hanches plaquées contre les siennes, le corps rigide, chaque jet envoyant une onde de chaleur qu'elle sentit pulser au fond de son ventre.
La créature ondula. Pendant une fraction de seconde, son corps perdit toute forme définie, une silhouette de chaleur et de lumière ambrée qui les enveloppait tous les deux comme un cocon. Puis les mains se retirèrent, les lèvres disparurent, et ils se retrouvèrent seuls sur le lit trempé de sueur, encore emboîtés l'un dans l'autre.
-------
22h54
Léa était allongée sur le torse de Hugo. Son sexe, encore trempé, reposait contre la cuisse de Hugo, tiède et collant. Les doigts de Hugo traçaient des lignes le long de son dos. Les bougies avaient baissé d'intensité, la pièce baignait dans une pénombre dorée.
— C'était quoi ce truc ? murmura Léa.
— Aucune idée.
— On devrait avoir peur ?
— Probablement.
— T'as peur ?
— Non.
Silence. Les doigts de Hugo firent un détour par la courbe de sa hanche, descendirent sur sa fesse, remontèrent.
— Je t'ai vue jouir, dit-il.
— Je sais.
— T'avais jamais été comme ça. En trois ans, jamais.
Léa leva la tête. Ses yeux étaient sombres, les pupilles encore dilatées.
— Parce que tu me l'avais jamais demandé. Et parce que tu m'avais jamais baisé comme ça.
Hugo ne répondit pas tout de suite. Sa main se posa sur sa joue. Son pouce effleura sa lèvre inférieure.
— J'avais peur de te casser.
— Je suis pas en sucre, Hugo.
— Je vois ça, dit-il avec un rire.
Léa souria, puis posa un baiser sur son torse. Puis un deuxième. Plus bas. Un troisième, sur le ventre, là où les poils se densifiaient. Hugo sentit son souffle chaud descendre.
— On devrait y aller, dit-il sans conviction.
— Mmh.
Sa bouche se posa sur son sexe. Mou, il commençait déjà à reprendre de la consistance sous ses lèvres. Léa le prit en bouche, tout entier parce qu'il était encore assez petit pour ça, et le suça doucement, la langue épaisse qui passait et repassait sur le frein, les joues creusées. Hugo laissa sa tête retomber sur l'oreiller. Il durcit dans sa bouche, un épaississement progressif qui écarta ses lèvres à mesure que le sang affluait.
— Léa...
— Quoi ?
Elle avait levé les yeux vers lui, sa bouche à un centimètre de la tête luisante, un filet de salive qui pendait entre sa lèvre et son gland.
— Continue.
Elle sourit. Ce sourire qu'elle avait quand elle savait qu'elle avait gagné. Elle le reprit en bouche, profondément cette fois, la gorge relâchée, et suça avec une intention qui n'avait plus rien de tendre. C'était vorace, indécent, les bruits humides remplissant la chambre. Hugo serra les dents, ses doigts enfoncés dans les cheveux de Léa, guidant sa tête sans la forcer.
— Attend, dit-il au bout d'une minute. On va continuer ailleurs.
— Où alors ?
— Viens à la maison.
-------
23h19
Le hall était désert. Le registre fermé. La réceptionniste absente. La porte d'entrée entrouverte sur la ruelle mouillée.
Léa portait son chemisier déboutonné sur un soutien-gorge qu'elle avait remis à l'arrache. Hugo avait enfilé son jean sans boxer, la fermeture éclair à moitié remontée. Ses chaussures n'étaient pas lacées. Le manteau de Léa était posé sur l'épaule de Hugo.
Ils marchaient côte à côte. Mais cette fois, la main de Hugo était sur la nuque de Léa, le pouce traçant des cercles dans les petits cheveux derrière son oreille. Le geste le plus intime qu'il avait eu depuis des mois.
— Pourquoi on a attendu si longtemps ?
Léa rit. Un rire tremblant, à bout de souffle.
Léa rit. Un rire tremblant, à bout de souffle.
— Parce qu'on est cons.
— Ouais. On est cons.
Quelque part dans le 11e arrondissement, dans une ruelle sans nom, derrière une porte en bois sombre gravée d'un zéro, le troisième étage rangea ses bougies, lissa ses draps, et attendit les prochains qui auraient assez de courage pour se regarder en face.
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Commentaires ()
J'attends que tous les chapitres soient parus pour faire lire l'histoire complète à ma femme qui l'adorera !
Savez-vous déjà combien il y en aura ?
Je ne sais pas exactement non, il y a des thèmes et des idées que je veux encore "coucher sur pixel" en tout cas.